Anciennes Coutumes & Traditions Algériennes relatives à la célébration d’ Ennayer

10 01 2018

 

 

 

 

 

La durée de la fête est variable, généralement elle est de trois jours. A Tlemcen le premier jour s’appelle يوم نفقة اللحم)), le deuxième jour (يوم نفقة الكرموس), le troisième (راس العام). Les moulins restent fermés pendant trois jours. A Tlemcen, les fours publics chôment pendant les 3 jours qui suivent la première nefqa. On apporte à la ville, pour les vendre, du lait, des tiges de palmier nain (دوم) dont on mange le cœur. Les fermiers offrent ces mêmes produits à leurs propriétaires qui leur donnent en retour des fruits. L’année sera ainsi blanche comme le lait et vertes comme le palmier.

 

En Kabylie, on place dans les champs ensemencés des tiges de laurier-rose pour chasser les insectes. Chez les nomades, on jette des plantes vertes sur les tentes. Les Beni Bou Saïd font, à leurs chevaux et aux agneaux, une litière de verdure de même au Telagh. A Tlemcen, il est des maisons où, pour l’Ennayer, on jonche de feuillage frais le sol de la cour (de même à St-Denis-du-Sig).

 

 

 

 

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Pour que l’année ne soit pas (حار), brûlante, on évite, un peu partout, de manger des aliments épicés pour l’Ennayer (1er jour), ou des aliments amers, tels que les olives.

Pour le deuxième jour, appelé a Tlemcen نفقة اللحم . En Kabylie, il y a, à cette occasion, ‘thimecheret’ (distribution de viande). Dans l’Aurès, on sacrifie moutons et chèvres. Au Khemis (Beni Snous), on égorge dans chaque famille un nombre de volailles égal à celui de ses membres. Une femme qui allaite ou qui se trouve enceinte mange deux poules. A Tlemcen, dans les familles fortunées, les femmes mangent des coqs, les hommes mangent des poules. On engraisse ces volailles longtemps à l’avance. Même coutume dans la Grande Kabylie. Il importe de manger, ce jour-là, de la viande de poule ; ceux qui sont trop pauvre pour en acheter ont soin de se nettoyer les dents avec des os de poulets. A Nédroma, près de Tlemcen, on mange (le deuxième jour) des têtes de mouton. L’on dit :

من ياكل راس فناير يبقى راس

« Celui qui, pour l’Ennayer, mange une tête, reste tête (homme supérieur) ».

 

 

Le dîner se compose uniquement de berkoukes qui se prépare en roulant en gros grains de la semoule grossière. On ne le place pas comme le couscous dans l’ustensile en alfa (ar : كسكاس / berb : انفيف / Nédroma et Tlemcen : قلال ) pour le faire cuire sur une marmite (ar : قدرة / berb : ثايدروث) à la vapeur d’un bouillon (ar : مرقة / berb : ثيسي). On le fait cuire simplement dans du lait. A Géryville, on cuit le berkoukes dans le keskas, mais on le fait en une seule fois (tandis que le couscous se cuit en trois fois) ; on en laisse au fond de la marmite pour les génies ; on en place sur les pierres du foyer, dans le puits, sur la porte d’entrée, sur le moulin à main (قرويشة) ; mais s’il reste beaucoup de berkoukes, on empêche les djenouns de le gâter en plaçant sur le plat du charbon et du sel.

Chez les Beni Ournid pendant les huit jours qui précèdent l’Ennayer, on ne boit pas de lait aigre ; on ne fabrique d’ailleurs pas de beurre durant cette période. On évite de mêler au berkoukes des condiments.

Même coutume chez les nomades ; ils donnent à manger aux pierres du foyer (مناصب), on place du berkous contre la poutre centrale qui soutient la tente, dans les ustensiles, contre les pièces d’étoffe qui la composent.

On laisse un peu de barkoukes dans les ustensiles pour que, selon les uns, les génies (جنون) trouvent à manger, ou bien pour l’Adjoûzat ennâyer selon d’autres, ou bien encore pour les chiens et les chats qui, ce jour-là, ne doivent pas manquer de nourriture ; peut-être aussi pour la même raison qui fait que l’on ne balaie pas la maison pour l’Ennayer.

A Tlemcen, on mange aussi le berkoukes le jour où l’on commence les labours. Le propriétaire en porte, aux champs, à ses fermiers. On place, dans le premier sillon, du levain, des fèves et une grenade (chez les Beni Snous : du levain, des figues, une grenade). A en croire de vieux tlemceniens, on commençait autrefois les labours pour l’Ennayer. On dit encore ici :

خل زيتونك لنّاير * يضمن لك الخساير

« Laisse tes olives jusqu’à Ennayer ; il te donnera une compensation (en qualité) pour la perte subie (en quantité) ».

1512986360-femmes-roulant-du-couscous dans Coutumes & Traditions

 

 

 

 

 

Les kabyles (Djurdjura) sèment leurs légumes et plantent les jeunes arbres pendant les quinze jours du mois de yennayer. Ce moment est choisi pour faire, dans les plantations d’arbres fruitiers, un premier labour.

A Tlemcen, ceux qui font cuire le pain que l’on porte à leur four (طرّاح) gardent une partie des pains et demandent des étrennes (عوايد), on leur donne de l’argent, des fruits ; on donne aussi des étrennes aux hommes chargés d’enlever les ordures (زبّال), ainsi qu’aux garçons des bains maures.

Pour l’Ennayer, on ne donne pas son levain aux voisins, on ne le prête pas, mais il est fait plus volumineux que d’habitude ; cela, afin qui toute l’année, tous jouissent dans la maison s’un grand bien-être dont le levain est le symbole.

Près de Mascara, on réunit pour l’Ennayer, le plus d’hôtes possible. Aux environs de Tlemcen, dans certains douars, les habitants se réunissent sous une même tente, de préférence sous celle d’un homme qui a perdu sa fortune, ils y font un repas ensemble. On ne s’absente pas pour l’Ennayer.

Une jeune tlemcénienne, qui marchait sur des coquilles d’œufs, ne trouverait pas de mari, surtout si cela lui arrivait pendant l’Ennayer. Même croyance à Nedroma.

Saïda, des vieillards vont de porte en porte. Ils font des souhaits :

 

 

عام مبروك. الله يدخله عليكم بالحنة و الرحمة

Bonne année ! Que Dieu vous apporte une année de clémence et de miséricorde !

Des souhaits faits sans sincérité se retournent contre celui qui les a formulés.

 

 

On se fait aussi des cadeaux. A Nedroma, à Tlemcen, le fiancé envoie, à sa promise, un sultani d’or, un foulard de soie. Sa famille offre, aux parents de la fiancée, une corbeille de palmier nain (قطانية) remplie de fruits divers et de pains aux œufs. Elle en reçoit le lendemain un t’ifour (table ronde avec bordure en planches) garni de crêpes et un pot de miel. Même échange entre la famille d’une femme mariée pendant l’année et le nouveau ménage. On s’offre, entre voisins, des assiettes pleines de berkoukes. On porte des fruits et des crêpes aux juifs de leur connaissance qui leur offrent en retour des reqàqàs (à pâte sans sel ni levain), à la fête dite des reqàqàs.

 

Mascara, à Saïda, à Géryville, on doit manger beaucoup le jour d’Ennayer et ainsi, on ne souffrira pas de la faim pendant l’année nouvelle. A Tlemcen les parents recommandent la sobriété aux enfants et menacent les gloutons de l’âdjoûzat ennayer (عجوزة اناير). Cette vieille femme ouvre, pendant la nuit, le ventre des enfants qui ont trop mangé, prend la nourriture qui s’y trouve, et coud la plaie avec du palmier nain (à Nedroma عقوزة), on l’appelle à Geryville la lemmâsâ (لماسة) ; elle chatouille, pendant la nuit, ceux qui n’ont pas suffisamment mangé.

 

 

La coutume de promener un lion (ayred) pour l’Ennayer se rencontre au Khemis, au Bou Hallou, Beni Snous et aussi chez les Beni Bou Saïd, ainsi que dans l’Aurès (voir ici).

 

 

 

Tlemcen, au 19ème siècle, les élèves de chaque école coranique faisaient pour l’Ennayer une quête au profit de leurs maîtres. De vigoureux tolbas, un bâton à la main, conduisaient des ânes chargés de denrées recueillies. L’un des tolbas se plaçait sur le visage un masque taillé dans une citrouille, agrémenté d’une barbe, de sourcils et barbouillé de plâtre. Le talb masqué s’appelait Boubennâni, il parcourrait les rues de la ville, suivi de ses camarades qui criaient : »Boubennâni ! ». Voici leurs paroles :

 

 

بوبنّاني هاهاه ، و ثنّاني هاهاه ، و ثلثلو هاهاه، و ربعلّو هاهاه، و خمسلّو هاهاه……

Et ainsi, jusqu’à dix.

 

 

Sans autrement s’annoncer, Boubennâni entre dans chaque maison et se couche dans la cour. Ses camarades entrés avec lui l’interpellent :

 

 

بـاش اتقوم ابو بنّاني

« Moyennant quoi te lèveras-tu, Boubennâni ? »

 

 

Celui-ci répond :

انقوم بالشريحة و الكرموس، و الحوز الفروقي، و الرمان المشقوق، و فطور الطالب مالفوق.

« Je me lèverai pour des figues sèches, ouvertes ou non ; pour de grosses noix ; pour des grenades que la maturité a fait éclater ; pour le déjeuner du maître par-dessus le marché ».  

 

 

Le maître de la maison donne aux tolbas des fruits mélangés, des grains, de la farine. Les jeunes gens remercient en chantant :

لا اله الا الله

هذا الدار دار الله * و الطلبة عبيد الله

عمّرها و ثمّرها * بجاهك يا رسول الله

« Cette maison est la maison de Dieu * et les tolbas sont les serviteurs d’Allah

Puisse-t-elle pas considération pour toi, ô Envoyé de Dieu, être habitée et prospère. »

 

 

Mais si l’on n’a rien donné à Boubennâni, le vacarme commence. Les jeunes gens hurlent :

المسمار في اللوح، مول الدار مذبوح، شبرية معلقة، مولاة الدار مطلقة

 « Que le maître de la maison soit égorgé ! Et la maîtresse répudiée ! »

 

(Les autres paroles « le clou dans la planche, le pot suspendu » ne paraissent être là que pour la rime)

 

 

Quand les tolbas d’une école se rencontraient avec les élèves d’une autre, une bagarre, souvent sanglante, commençait. Le parti qui l’emportait dépouillait l’autre. Le produit de la quête était apporté au maître qui donnait un repas (زردة) et accordait un jour de congé. Ce genre de quête a été interdit plus tard.  

 

 

Le personnage masqué appelé Bou Bennani ; on prononce aussi بومنّاني Boumennâni. À Nedroma, le personnage déguisé s’appelle المسيح, le Messie ; il porte un masque en peau de lapin. Il est coiffé d’un vieux كسكاس, garni de plumes. On lui passe au cou un collier de coquilles d’escargots (اغلال).  Le Messie danse, un camarade l’accompagne en frappant sur un tambour fait d’une marmite défoncée, recouverte d’une peau. Un individu, portant un sac, suit le Messie et recueille des figues aux portes ; on l’appelle حمار الكرموس, l’âne aux figues. 

 

Dans les environs de la ville, c’est un jeune garçon qui se déguise en femme et demande, à chaque porte, des figues.

Dans la Grande Kabylie, un homme masqué se promène dans le village à la tombée de la nuit.

 

 

Tlemcen, on se garde d’aller au bain pendant les trois jours de fête, durant lesquels on ne change ni de linge, ni de vêtements. On ne se rase pas. En Kabylie, on choisit ce jour pour faire aux enfants leur première coupe de cheveux. On ne se taille pas les ongles. Si, par mégarde, on s’est coupé les ongles, on enterre plus soigneusement que d’habitude les parties enlevées (il est de même chez les juifs de Tlemcen). Ceux qui ont de la vermine craignent ; le jour d’Ennayer, de s’en débarrasser. Certains maris évitent d’avoir, pendant la première nuit d’Ennayer, des rapports avec leurs femmes. L’enfant qui en pourrait naître apporterait le malheur dans la famille.

Pendant trois jours, les femmes ne balaient pas les chambres ; ou bien, si elles le font, elles laissent les balayures dans un coin, à l’intérieur de la pièce ; afin, disent-elles, que la prospérité ne sorte pas de la maison ; car une chambre nettoyée à ce moment resterait, toute l’année, nue comme l’aire que l’on a soigneusement balayée après le dépiquage. Chez les Beni Snous, on fait rentrer, pour l’Ennayer, les objets prêtés. A Saïda, on achète pour ce jour un balai neuf, que l’on introduit dans la maison en le jetant, par-dessus les murs, de la rue jusqu’à la cour intérieur. 

 

 

 

 

Se teinter le bord des paupières avec du collyre ; puis la nuit se placer un tamis sur le visage en comptant les étoiles au ciel. Cela, afin de renforcer sa vue. Cette coutume se rencontre un peu partout en Oranie. A Tlemcen les enfants se mettent aux yeux du collyre, les uns pour faire fuir l’adjoûzet-ennayer, d’autres pour préserver l’œil du froid ou d’une lumière trop vive. En Kabylie presque tout le monde fait usage ce jour-là de collyre. A Nedroma, certains se teignent les mains avec du henna.

 

 

 

 

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Si dans une famille, un enfant, né avant l’Ennayer, perce des dents, une petite fille le prend sur son dos. Elle se présente ainsi aux portes en demandant de quoi préparer à l’enfant de la bouillie (pour lui faire pousser les dents. Ses compagnes chantent :    

 

 

 

يا سنينة يا بنينة * تخرج لوليدي سنينة * بجاه مكة و مدينة * و رجال الله الكاملين 

 

 

 

« O petite dent, excellente petite dent * tu viendras à mon jeune enfant* par considération pour (les deux villes saintes) La Mecque et Médine et pour tous les saints de Dieu ».   

 

 

 

 

Les enfants des riches, aussi bien que ceux des pauvres, sont ainsi conduits de porte en porte, cette démarche ayant surtout pour but de préserver l’enfant du mauvais œil. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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