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Gouvernement d’Ahmed Chaouche surnommé ‘El Kobaïli’ Le Kabyle (1223 de l’hégire, ou 1807 de J.-C.)

27 11 2017

 

Chapitre d’une Histoire inédite de Constantine

 

 

 

 

 

 

 

Gouvernement d’Ahmed Chaouche surnommé ‘El Kobaïli’ Le Kabyle  (1223 de l'hégire, ou 1807 de J.-C.)  dans Histoire 1508308435-constantine1836

 

 

 

 

 

 

 

Ahmed-Chaouche était d’origine turque et servait dans la milice. C’était un de ces hommes dont l’énergie sauvage et l’éloquence véhémente remuent les masses en parlant aux passions. Parvenu au grade de chaouche, il épousa une fille arabe de Constantine, nommée Bent-Miassa, et commença à établir un train de maison considérable, faisant fête aux principaux officiers et s’efforçant de gagner leurs cœurs à ses desseins ambitieux.

 

Le bruit de ses manœuvres parvint jusqu’aux oreilles d’Ali Bey, alors gouverneur de la province. Ce prince se montra doux et patient; il se contenta d’exiler le conspirateur. Mais Ahmed-Chaouche ne vit dans cette disgrâce qu’un simple retard, peut-être même une chance déplus, puisqu’il s’éloignait des atteintes du bey sans rompre le fil de ses intrigues. Il s’enfuit dans le pays de Moulay-Chekfa, entre Collo et Djidjelli, et y séjourna environ six mois, ce qui lui valut le surnom d’El-Kobaïli, le Kabyle.

 

A cette époque, Ahmed pacha d’Alger, préparait une expédition contre la régence de Tunis, qui avait donné asile à un ancien bey de Constantine dépossédé; son bachagha, Hussein, venait de quitter Alger à la tête d’une armée nombreuse, emmenant avec lui de l’artillerie de siège, des pièces de campagne et des fonds pour la solde des troupes. Ali Bey était sorti de Constantine pour se porter au devant du corps expéditionnaire, y rallier les forces dont il disposait et former ainsi une armée considérable. Après avoir opéré leur jonction, non loin de la ville, Ali Bey et Hussein Agha laissèrent la colonne sous les tentes et entrèrent à Constantine, précédés d’une escorte peu nombreuse, afin d’assister à l’office du vendredi dans la mosquée de Souk-el-Bezel, aujourd’hui l’église chrétienne.

 

Ahmed le Kabyle qui par un repentir simulé avait obtenu l’aman (pardon) du bey et du bachagha, revint en même temps qu’eux. II descendit au camp de l’Oued-Rummel, dit Mahallet-el-Chita (quartier d’hiver), sur le versant Sud-est du Coudiat-Ati. Là, il retrouva plusieurs amis dévoués avec lesquels il n’avait pas cessé d’entretenir une correspondance secrète, leur montra l’instant favorable, exalta les plus hardis, encouragea les plus timides par l’emphase de ses promesses, et jura sur le nom du Prophète qu’il donnerait, s’il réussissait à s’emparer du pouvoir. 100 mahboubs d’or, environ 600 francs, à chacun de ses compagnons de fortune. Les têtes d’Ali et de Hussein furent mises à prix.

 

Vers midi, la voix dolente des muezzins annonça la prière du haut des minarets. Le bey, accompagné du bachagha, sortit de Dar el-Bey (le palais du souverain) et se dirigea vers la mosquée de Souk el-Rezel, sans remarquer l’affluence du peuple aux abords du lieu saint. Ils entrèrent tous deux. L’imâm avait commencé, et les fidèles sans défiance se prosternaient la face contre terre. Tout à coup une troupe de soldats turcs pénétra dans l’enceinte, et la poudre parla. Aux premiers coups de fusil, il y eut un sauve-qui-peut général. Hussein parvint à s’échapper, à la faveur du désordre, et se précipita dans une maison voisine.

 

Ali Bey crut d’abord qu’il était victime d’une trahison de la part du bachagha. Il s’élança sur un des chaouches algériens qui se tenait à la porte d’honneur et le tua : mais ayant rencontré les soldats apostés là et prêts à faire feu, il s’enfonça, tête baissée, dans la foule, et gagna une autre issue, dite Bab-el-Douroudje, la porte des escaliers. Puis, se glissant dans la maison de Namoun, il conjura les femmes et les serviteurs de l’y cacher.

 

Mais Ahmed le Kabyle n’avait pas perdu un instant. Pendant que ses complices envahissaient la mosquée, il s’était emparé facilement de Dar-el-Bey. Mostafa-Khodja, qui plus tard devint agha à Alger, s’y rendit et le trouva assis sur la doukkana, siège d’honneur qui servait de trône dans les jours de solennité. Il lui baisa les mains avec une vivacité obséquieuse, le félicita de sa nouvelle fortune, et s’empressa de lui dénoncer la retraite d’Ali Bey.

 

Aussitôt des mesures furent prises pour s’emparer de la personne du malheureux prince. Les Turcs se répandirent autour de la maison de Namoun et dans les rues adjacentes. En même temps Mostafa khodja, l’ennemi secret d’Ali Bey, vint lui conseiller de sortir de chez son beau-père. Moustafa avait épousé une des filles de Namoun.

 

A peine Ali Bey eut-il mis le pied sur le seuil de la skifa (vestibule), que les gens embusqués firent une décharge sur sa personne; quoique blessé, il eut le bonheur d’arriver jusqu’au four du boulanger Massoud. La force de son bras tint ses agresseurs à distance et lui donna le temps de s’esquiver, en reculant le long du mur, dans l’intérieur de la maison; mais déjà plusieurs hommes l’avaient escaladée et s’étaient établis sur le toit. L’un d’eux, Kabyle de la tribu des Zouaouas, nommé Ahmed-Ben-el-Atrache, qui était inscrit sur les rôles de la milice turque, écarta quelques tuiles, et ajusta presqu’à bout portant Ali Bey, blotti sous les combles. Son crime ne devait pas lui profiter. Plus tard il devint aveugle et passa le reste de ses jours à Constantine, sans autre ressource que la charité des passants.

 

Quant au bachagha, les soldats le traînèrent vivant jusqu’aux pieds d’Ahmed-Chaouche. Sa fermela (veste) et ses bedaïas (gilets) étaient tellement chamarrés, que l’or en cachait l’étoffe. De magnifiques bazouams (breloques talismaniques) en or massif étaient retenus à son cou par une chaîne de même métal. Sa ceinture de brocard était garnie de pistolets et de yatagans montés en or incrusté de pierreries. A la vue de ce riche équipement, la cupidité des satellites s’alluma si promptement que, au lieu de tuer le bachagha, lorsque l’usurpateur prononça son arrêt de mort, accompagné du geste consacré, ils se ruèrent sur ses dépouilles avec un acharnement sans exemple, coupant, déchirant, arrachant chacun un lambeau. Puis le malheureux fut massacré à demi-nu, et sa voix expira en murmurant les noms de Dieu et du Prophète.

 

Pendant que ces scènes de carnage jetaient l’épouvante dans la ville, le canon tonnait du haut des remparts, les tambours battaient aux champs, et le berrah (crieur public) parcourait les rues et les carrefours en criant : «  La tranquillité est rétablie, vive le seigneur Ahmed!… ».

 

L’usurpateur profite de la stupéfaction des habitants. Après le meurtre, le pillage; il fait main basse sur les trésors d’Ali Bey et envoie chercher, par une bande de Turcs, les fonds que la colonne avait apportés d’Alger. Les coffres sont brisés, les ressources de l’armée et de la province s’entassent sur le tapis devant lui. Le moment de la récompense était venu. A mesure que les soldats inscrits à l’Odjak s’avançaient dans la salle, il leur comptait lui-même 100 mahboubs. Plusieurs chefs kabyles eurent également part à ses largesses, entre autres le cheikh qui lui avait naguère accordé l’hospitalité.

 

Chaque jour il allait visiter la colonne d’hiver campée au bord de l’Oued-Rummel, dans le but d’entretenir le zèle et le dévouement des Turcs. A sa sortie comme à son entrée, il était salué par une salve de quarante coups de canon. Sur son passage il prodiguait à la foule les mahboubs et les dirhems.

 

Bientôt il fallut songer à constituer le makhzen. Les plus fidèles serviteurs d’Ali Bey avaient quitté Constantine, tandis que d’autres, préférant à l’émigration les chances d’un nouvel avenir, étaient venus d’eux-mêmes s’offrir au choix de l’usurpateur. Ahmed el-Tobal fut nommé Khalifa à la place de Ben-Ismaïl. Le bach kateb (secrétaire d’État), Si-Hamou-Ben-Namoun, fut remplacé par Abbâs-Djelloul. La dignité de nader fut conférée à Si-Ammar-el-chérif. Les cheikhs Tahar-el-Ourezzini et Moustafa-Ben-Bach-Terzi, auteur du Chareh el-mokal fi Djouaz el-Intikal et de plusieurs autres ouvrages, furent nommés, le premier mufti des Malékites, le second mufti des Hanéfites. Les nouveaux kadis furent le cheikh Ahmed-el-Eulmi pour les Malékites, et pour la secte des Hanéfites, le cheikh Fateh-Allah. Ce dernier ne jouit pas longtemps de son emploi. Au milieu de ses succès, le nouveau bey commença à ressentir les angoisses de la peur. Sa conscience lui fit comprendre qu’une soldatesque indisciplinée, qui s’était vouée à sa fortune par le seul appât du gain, pourrait manquer de fidélité et l’abandonner au premier instant. L’énormité de ses crimes avait revêtu la forme d’un spectre hideux qui obsédait sa pensée nuit et jour. Cependant il trouva en lui-même un reste de force et dissimula ses remords.

 

On lui avait appris que le cheikh Fateh-Allah jouissait d’une grande considération à la cour du pacha, et qu’à son arrivée d’Égypte à Alger, où il séjourna quelque temps, il avait eu l’honneur d’être inscrit en qualité de hanéfite sur le livre des pensions. Il le manda auprès de lui ; après mille caresses sans effet, il lui ordonna d’écrire au souverain de la régence que les vœux de l’armée et de la population de Constantine avaient porté Ahmed-Chaouche au commandement de la province; que, par une fatalité déplorable, la vie du bachagha et celle d’Ali Bey n’avaient pu être préservées de la fureur des insurgés; que ce qui arrive sur la terre est décrété par la volonté de Dieu ; qu’enfin il espérait que le pacha ratifierait son élection.

 

Le cheikh employa d’abord le ton de la persuasion ; il lui répondit qu’il ne pouvait pas prendre sur lui d’écrire un fait auquel les habitants de Constantine étaient restés étrangers ; puis il fit entendre des paroles sévères qu’Ahmed-Chaouche releva en lui intimant l’ordre de partir immédiatement pour Bône. Une heure après, le kadi chevauchait sur la route de Soumaa, emportant quelques effets ramassés à la hâte. Dix cavaliers du makhzen furent détachés à sa poursuite dans plusieurs directions, avec ordre de le tuer en quelque lieu qu’ils le rencontrassent. Trois d’entre eux l’atteignirent dans un défilé appelé Fedj-Bou-Ghareb, au Sud-est de l’Oum-Settas; ils l’égorgèrent et l’enterrèrent à la hâte. Que Dieu le reçoive en sa sainte miséricorde!

 

Cependant le Khalifa d’Ali Bey avait pris la fuite le jour de la mort de ce prince; et, avec l’aide de Dieu, il était parvenu sain et sauf à Alger, où il informa le pacha de ce qui s’était passé, ne lui laissant pas ignorer qu’une grande partie de la milice était dévouée à Ahmed le Kabyle. Alarmé de ces nouvelles, le pacha craignit que l’usurpateur ne marchât sur Alger. Il fit armer en toute hâte le fort de Bab-Azzoun et envoya secrètement le kaftan d’investiture à Ahmed el-Tobbal, le plus fidèle de ses serviteurs à Constantine; il lui recommandait en même temps de ramener les Turcs à leurs devoirs.

 

Malgré ces mesures, il fut impossible d’empêcher le nouveau bey de songer à l’exécution de ses projets. Il osa proposer à la milice de se porter sur Alger, de tuer le pacha et de le proclamer à sa place. L’expédition se préparait. Au moment de partir, Ahmed-Chaouche ordonna au bach-hammar Ben-el-Gandouci de charger sur les mulets du convoi le reste du trésor : mais le Khalifa El-Tobbal, déjà en possession du kaftan, ne pouvait pas consentir à laisser enlever les ressources de l’État. Il engagea le bach-hammar à différer tant qu’il pourrait l’exécution de cet ordre.

 

Ces retards exaspérèrent le bey; il fit appeler El-Gandouci à Dar el-Bey et le condamna à mort. Le malheureux fut décapité dans la cour entre les deux cyprès que l’on y voyait encore il y a quelques années. Quant au Khalifa, il eut pour mission de gouverner la ville par intérim et d’expédier le trésor au camp dans le plus bref délai. Mais à peine le dernier homme de l’escorte d’Ahmed-le-Kabyle eut il disparu derrière le Coudiat-Ati, que les portes de la ville se refermèrent. La colonne expéditionnaire alla camper dans un lieu appelé Beïn-el-Baguirats, sur la route de Sétif, tandis qu’une partie de la réserve tenait ses quartiers d’hiver près du Rummel. Le lendemain à l’heure de la prière du matin, Ahmed-el-Tobbal, revêtu du kaftan d’honneur, descendit au camp d’hiver. Quelques vieux officiers de l’Odjak, que leur expérience avait sauvés de l’entrainement et qui ne demandaient pas mieux que de se défaire d’un chef réprouvé par le pacha, vinrent au-devant de lui et baisèrent, l’un ses habits, l’autre ses étriers, en signe de soumission. Alors les canons signalèrent un nouveau règne.

 

La nouvelle de ce changement ne tarda pas à être annoncée à Ahmed le Kabyle. Il en fut atterré : la fortune l’abandonnait. Soit ardeur du pillage, soit besoin de vengeance, les goums arabes, qu’un despote de la veille avait, pour ainsi dire, enchaînés à sa suite, prirent les armes d’un commun accord. Les Turcs, déjà affaiblis par une orgie qui marquait la durée de ce règne, tombèrent presque sans défense sous leurs coups. Quelques bêtes de somme disparurent de la mêlée, emportant les tapis, des tentes et ce qui avait paru le plus précieux. Restait Ahmed-Chaouche le Kabyle, avec les gardes de sa tente. Ils soutinrent le choc des Arabes jusqu’au moment où la lutte fut rendue inutile par l’arrivée d’Ahmed-el-Tobbal. L’usurpateur fut pris, emmené à Constantine et étranglé. Son règne avait duré quinze jours. Le peuple le désigne dans ses récits par le surnom de bey ras-ho (le bey de sa tête), de bey dera-ho(le bey de son bras) et de bey rouh-ho (le bey de sa propre volonté).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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