La fête d’Achoura : Abiannou au M’zab

26 09 2017

 

 

 

 

 

Abiannou est le nom du neuvième jour du mois qui commence l’année. Le dixième jour c’est Achoura. On fait des applications de henné, on se pare, on se change les vêtements et on mange beaucoup : on doit manger cent bouchées, on doit faire cent prostrations de prière.  

Ce jour-là les futures mariées reçoivent de leurs futurs maris « le triomphe ». c’est des cacahuètes, des pois grillés, des pâtisseries, des raisins secs, des figues. On leur offre de l’argent, des habits. Elle « trône ».  

Depuis Abiannou jusqu’au jour d’Achoura (les femmes) ne pilent pas, ne moulent pas, elles craignent que la terre ne vienne se renverser dans la mer. Elles remplissent le centre de leur moulin à bras avec du blé, elles prennent de ce blé et en jettent sur leurs réserves, afin qu’elles soient bénies (abondantes), afin, dit-on, que le blé surabonde.  

 

 

 

 

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On prépare pour le souper du couscous aux dattes, on n’y met ni oignon, ni piment afin que l’année soit bonne et heureuse. Pour le souper on prépare du « refiss » (sorte de met sucré, semoule et sucre) en grande quantité, avec beaucoup de beurre et des œufs. On sert des plats de refiss à des orphelins que l’on convoque, à des enfants qui ont perdu leur père, aux démunis, tous mangent le refiss et on leur oint la tête d’huile, et on leur offre de l’argent.  

Le matin on se rend aux cimetières. On gâche du plâtre blanc. On fait des distributions pieuses, on enduit de blanc les dalles des tombeaux. C’est le matin d’Achoura avant que ne monte le soleil que l’on enduit de plâtre blanc les dalles des tombeaux.  

Alors deux morceaux de viande conservés de la Grande Fête (العيد الكبير) sont mis ce jour d’Achoura dans la marmite. Un de ces morceaux est appelé « la planche », l’autre « le chien ». Ils sont consommés ce jour-là. Aux os de ces morceaux de viande on applique le henné et on les met sous un plat à couscous, on les gardera pour le premier de l’an.  

Les gens appellent Achoura Abiannou.  

Ce jour-là est le neuvième du mois. C’est le jour que Notre Seigneur Noë a reçu, descendu du ciel, l’arche et que le déluge s’est terminé. Il fit sortir un oiseau et il lui dit :  

  • Va, sors, l’herbe a poussé sur la terre.  

Il fit descendre l’arche, en fit sortie les enfants, les femmes et les hommes, les chèvres et les boucs, les ânes et les ânesses, le chameau et la chamelle, le chien et la chienne, le chat et la chatte, la jument et le cheval, le mulet et la mule, le lièvre et la hase, la tourterelle et son mâle, le moineau et sa femelle, le pigeon et la pigeonne, le passereau et sa femelle et les animaux sauvages : le lion et la lionne, le chacal et sa femelle, l’hyène et son mâle, et le monde se trouva créé de nouveau.  

Les enfants ayant faim se mirent à dire (à Noë) :  

  • O Noë ! Noë ! donne-nous à manger !  

Il leur dit :  

  • Mangez de l’herbe.  

Et c’est depuis ce temps-là que l’on appelle ce jour « Abiannou » (jeu de mots en berbère) c’est-à-dire « ô père Noë », ou bien (en langage enfantin) « donne, ô Noë ! ».  

Les enfants disent « Abiannou » et vont quémander aux portes des maisons prenant avec eux un grand bol ou un petit couffin, ils quémandent et y ramassent la nourriture (quêtée) : fèves, dattes, pain, grosse semoule, refiss, petits morceaux de viande, œufs. Ils apportent cela à leur maman et à leur papa, ils en mangent et le lendemain jour d’Achoura ils jeûneront. Ils se lavent tout le corps à grande eau, se mettent des vêtements propres, rituellement purs.  

Les femmes et les filles s’arrangent la tête, les hommes vont chez le coiffeur. La coiffure au parfum se fait avec de la rose, de la racine odorante, de grains odorants, de clous de girofle, de lavande, de musc, d’une sorte d’écorce odorante et de nard indien. 

Ce jour-là on blanchit la laine au lait de chaux, de même les grandes pièces, les fichus, les tuniques des hommes, parce que ce jour-là est béni, il apporte l’abondance, on y confectionne aussi des lissoirs de tissage. 

  

Un gigot de la Grande Fête de ce jour sera conservé, disséqué, salé, mis sur une corde à sécher, enfermé dans un pot pour Abiannou. Il sera utilisé en trois fois : on en met une partie dans la marmite ce jour-là même premier Mouharrem, le jour d’Achoura et Abiannou prochains. Ce jour-même on met dans la marmite le morceau appelé « la planche », on le ronge bien, puis on applique le henné à l’os « planche » de la fête, on le met sous un plat à couscous pendant la nuit d’Achoura et au matin on le retrouve avec des écritures jaunes.  

Voilà ce qui se fait en ce mois de Mouharrem.  

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Témoignage de H.M, homme 36 ans –recueilli à Ghardaïa en 1947 par  J. Delheure auteur du livre Faits et dires du Mzab 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

  

   

  

  

  

  


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