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Les éléments de la décoration dans l’architecture romano-africaine

24 05 2017

 

 

 

 

Le Romain fut plus architecte qu’artiste et peut-être plus encore ingénieur qu’architecte. L’architecture romaine n’eut guère, une fois fixés ses thèmes principaux, ni la faculté, ni le goût du renouvellement. Elle piétina.

Son ordre favori, en Afrique, est le corinthien (surtout caractérisé par les feuilles d’acanthes des chapiteaux) ; parfois, le composite, qui diffère du corinthien par les volutes ioniques des angles et le coussinet circulaire. Le dorique et l’ionique sont rares. D’une manière générale, les canons classiques se sont ici quelque peu déformés ; certains chapiteaux corinthiens n’ont qu’une unique rangée d’acanthes, au lieu de deux (théâtre de Philippeville), ou ils se réduisent à deux moulures et à un gros bourrelet fleuri d’acanthes (Timgad). L’acanthe poursuivra, dans l’art de l’Algérie, sa destinée prodigieuse. Mais déjà, dès le me siècle, elle s’ossifie; son contour et ses reliefs s’amaigrissent. La sculpture ne se hasarde plus aux fortes saillies elle réduit au minimum la troisième dimension.

 

 

 

 

 

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Chapiteau de pilier romain – Timgad

 

 

 

 

 

 

La mosaïque. - La mosaïque a connu, en Afrique du Nord, une belle floraison.

Art délicat, charmant : les Romains lui demandaient d’orner leurs palais. La Bataille d’Arbelles ou d’Issus, trouvée à Pompéi dans la maison du Faune, est justement célèbre. Le mosaïste, d’ailleurs, était un véritable artiste  » la mosaïque était pictura de musivo  ».
C’est en Afrique du Nord, que les spécimens les plus nombreux ont été découverts. Le Berbère latinisé veut donner à sa vie privée un cadre luxueux. Puis, le pavement en mosaïque permet le lavage à grande eau : ainsi on noie la poussière, on rafraîchit les salles que surchauffe le dur soleil numide. Enfin, le pays lui-même fournissait avec abondance la matière première :

marbres roses, orangés, verts, azurés, bruns, onyx blanc rosé que donnent encore les carrières d’Algérie.
 

Le dessin est quelquefois gauche, souvent incorrect. Mais la coloration reste harmonieuse et élégante; la palette est opulente, suffisamment nuancée; la conception a des paradoxes singuliers; elle se réalise en audaces de lumière et d’ombre que M. Marçais a rapprochées de la hardiesse de quelques maîtres modernes. Le seul défaut, à notre sens, est le dédain de la réalité précise et du détail. Alors que ses confrères romains ont souvent usé de moyens d’expression qui rendent les aspects mouvants de la vie, le mosaïste de ce pays n’a pas senti l’originalité de l’ambiance africaine. Il fait de l’art officiel. Il est un homme d’école, un bon élève, zélé, circonspect, rien de plus.

 

 

  

 

 

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Mosaïque romaine – vieille fontaine – Musée de Cherchell

 

 

 

 

 

Il s’évade rarement du conservatoire mythologique à la mode: tête d’Océan avec quatre néréides sur des dauphins – l’hiver .et une néréïde – un sanglier – encore une tête d’Océan et deux Néréides sur des hippocampes – un pugiliste tenant une palme – les trois Grâces – buste de Bacchus couronné de lierre, etc… L’inspiration manque de réalisme local, ou pour tout dire, de vision, d’équation personnelles. Quelquefois seulement, l’artiste s’est affranchi de l’imitation d’école un panneau découvert à Cherchell, et transporté à Alger, représente le cheval Mucosus, favori de la faction des Verts. Les  » Captifs  » de Tipaza révèlent, avec des creux d’ombre saisissante, l’âpreté de la physionomie berbère. Les mosaïques de l’Oued Atménia furent aussi, prises sur le vif, des images de l’existence rurale.

 

 

 

 

 

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Couvercle de sarcophage : adoration des rois mages à gauche et les hébreux dans la fournaise à droite - 4e siècleEmpire romain (période) – Bas-Empire romain (307-425 ap J.-C.)

 

 

 

 

 

 

  

 

La statuaire

Avouons-le: sauf de rares exceptions, sauf à Cherchell, la statuaire africaine resta de valeur moyenne. Bien qu’elle prodiguât ses sujets – statues de dieux dans les temples, d’empereurs sur les forums ou divers édifices, de magistrats municipaux ou de particuliers – elle ne paraît guère s’être élevée beaucoup au-dessus de la production courante de l’époque. Elle tomba même dans la création mercantile. M. Marçais a signalé des statues d’empereurs  » dont le torse et les membres étaient achevés d’avance et dont la tête était sculptée suivant les besoins du moment.  » Il y eut cependant de belles œuvres : une statue de dame romaine (Palais de la subdivision de Constantine), têtes d’Hadrien et d’Agrippine à Philippeville, épisodes de l’histoire de Pélops et d’Oenomaus, Castor et Pollux, sur deux sarcophages de Tipaza.

Mais c’est surtout Cherchell qui fut et resta longtemps la métropole de la statuaire.

Juba II, malgré quelques ridicules, garde dans l’histoire africaine une figure pittoresque. Descendant d’une vieille dynastie locale, élevé à Rome, il régna à Caesarea de 25 avant J.-C. jusqu’en 22 ou 23 de notre ère. Il fut un polygraphe en somme très distingué,  » un royal touche à tout « , dit M. Gsell, et, croyons-en Plutarque,  » le meilleur historien qu’il y ait eu parmi les rois « . Histoire naturelle, médecine, géographie, grammaire, peinture, poésie, rien n’échappa au zèle de cet effrayant compilateur. Certes, ses recherches furent confuses, plus appliquées que déliées. Elles aboutirent à une pesante érudition où l’ingénieuse mise en œuvre du savoir reste rudimentaire. Mais Juba II est intéressant par son philhellénisme. Ne raillons pas ce fort en thème grec : grâce à lui, l’Afrique s’est amollie aux souffles de l’Hellade.

 

 

 

 

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Fragment de statue : portrait de Juba II

 
 

 

 

 

Caesarea, à partir du règne de Juba II, devint une académie où fréquentèrent des artistes de tout le bassin méditerranéen, un foyer d’atticisme qui rayonna largement sur l’Afrique. Des sculpteurs habiles vinrent à Cherchell Ils assouplirent les marbres numides dans la noble eurythmie de l’art grec. Et quel éclectisme d’inspiration! Ce fut une technique variée, dédaigneuse de la formule unique. Caesarea eut des disciples de Phidias, de Praxitèle, de Polyclète, de l’école de Pergame, des mièvres Alexandrins. Manque d’originalité ? Soit. Le puriste, ici encore, ne trouve que de bons élèves, des  » accessits  » sans flamme personnelle. Mais leur ciseau a restitué, après les siècles, la facture éternelle des Maîtres. Ces artistes ingénieux de Caesarea surent, eux aussi, faire jaillir du marbre la vie étincelante des Formes.

Il serait fastidieux de dresser l’inventaire des richesses de Cherchell. Je citerai cependant: Apollon avec le serpent Python que le dieu vient de percer d’une flèche; – Athéna, d’un lent mouvement de draperie; – Déméter à la douceur sereine et grave; le Satyre et la panthère; – un majestueux Esculape ; Auguste avec sa cuirasse d’une minutie très fouillée; – un Neptune colossal, un admirable torse de Vénus, une matrone romaine tenant des épis et des pavots, une Livie calculatrice, une élégante canéphore, etc…

Dans l’art d’Afrique, Cherchell est une voix unique, L’une des plus pures. Peut-être la plus belle. Certainement la plus harmonieuse: elle a l’accent de la Grèce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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