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HAMDANE BOURKAÏB : le dernier Amine es-sekka de la Régence D’Alger

4 05 2017

 

 

 

 

  

  

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Hamdane Bourkaïb ben Abderrahmane, amine es-sekka (1), appartenait à l’une des plus vieilles familles du pays. Il descendait des Hadj Saïd, de Bagdad, qui vinrent se fixer à Alger au XVIe siècle. Son père, Hadj Abderrahmane, grand industriel, possédait de nombreuses usines aux portes de Bab-el-Oued, à l’endroit où se trouva plus tard le faubourg de la Gantère. Très bon cavalier, il présidait souvent le Rekeb. On l’appela d’abord Abou Errakeb (père des chevauchées), puis, par corruption, Bou Rekaïeb, et enfin Bourkaïb. Ce surnom resta à ses enfants.

 

D’une taille moyenne, d’une santé robuste, d’un physique agréable, d’une intelligence supérieure, possédant une belle situation de fortune, ayant acquis beaucoup d’expérience à la suite de ses nombreux voyages en Europe, Hamdane Bourkaïb aurait pu rendre d’utiles services à sa patrie si le beylik de la Régence d’Alger n’avait été, pendant, ses dernières années, en proie à une anarchie qui devait fatalement le conduire à sa chute.

Très jeune, Hamdane avait montré un courage allant jusqu’à la témérité. On raconte qu’à l’âge de douze ans il trompa la surveillance de ses parents pour aller, la nuit, couper la corde d’un infortune qui venait, pour une peccadille, d’être pendu à la porte Bab-Azzoun, et que ses bourreaux avaient abandonné à son malheureux sort. Il lui sauva la vie en risquant la sienne, car, malgré sa jeunesse, il n’aurait pas été épargné, à son tour, s’il avait été surpris pendant ou découvert après son audacieuse entreprise.

 

 

Avant la rupture du Dey avec la France, Hamdane était à Marseille, où il vit un grand défilé de troupes, qui le frappa beaucoup. Après l’insulte faite au pavillon de l’amiral de la Bretonnière, il engagea ses amis à se joindre à lui pour empêcher Hussein de persévérer dans une résistance qu’il considérait comme dangereuse. Deux de ses coreligionnaires l’accompagnèrent dans cette démarche :

Ahmed Bouderba, gros commerçant, parlant bien le français, trafiquant avec Tanger, lié d’intérêt avec la maison Frayssinet de Marseille.

Hamdane Osman (ou Othman) ben Khodja, grand voyageur, ayant visité l’Angleterre et l’Italie. Très bien avec le dey Hussein, dont son oncle, Hadj Mohammed, était l’aminé es-sekka.

Le trio exposa au Dey qu’il serait prudent de faire à la France les concessions nécessaires. Hamdane raconta qu’il avait assisté à une revue sur l’esplanade, à Marseille, et qu’il avait pu se rendre compte des forces considérables dont disposait la France.

 Hussein lui répondit que l’on s’était joué de lui; et comme il croyait, dans son ignorance, Marseille une ville n’ayant que des carrefours et manquant de places comme Alger à cette époque, il prétendit qu’Hamdane n’avait dû voir en revue que les mêmes soldats tournant sans cesse autour de la même rue; il ajouta:

« Jamais les Français n’oseront m’attaquer. Avec Sultan-Calassi (Fort-l’Empereur) et ses deux mille canons, Alger est imprenable » (2).

 

Les trois conseillers comprirent trop tard leur imprudence. Rentrés chez eux, ils résolurent d’éviter de se rencontrer avec les Janissaires qui, très excités contre eux après leur démarche, avaient juré leur perte. Attendant les événements, qu’ils ne prévoyaient que trop, ils se séquestrèrent volontairement chez eux: Hamdane Bourkaïb, dans une maison du quartier Zeghara, dans le haut; de Saint-Eugène; il ne montait plus à cheval que dans sa propriété; Ahmed Bouderba, au Caroubier, près de Maison-Carrée, et Hamdane Khodja bon Othman, à la « maison bleue» (Dar zerga), l’une des plus belles campagnes d’Alger.

Ils restèrent ainsi longtemps cachés, prenant de grandes précautions, sortant furtivement le soir pour se rencontrer sur un point déterminé, qui changeait chaque fois.

 

 

Après la défaite de Sidi-Ferruch, lors de la marche sur Alger., Hussein voulut remplacer Ismaïl, son gendre, incapable comme généralissime, par le muphti Cheikh El-Islam. Il lui ordonna d’appeler la population musulmane aux armes pour se défendre contre l’invasion des Roumis, mais ce n’était pas un homme d’action. Ce fut Bou Mezrag, le bey de Titteri, qui fut chargé définitivement de défendre la Régence contre ses envahisseurs.

La situation était terrible. Elle s’aggravait d’heure en heure. Hussein rassembla les notables, les aminés et les hommes de loi. Khodja, Bouderba et Bourkaïb furent appelés et reparurent. Le Dey demanda à tous leur avis.

L’assemblée ne fut pas sincère. Elle opta pour la résistance, tout en déclarant que le Dey était le souverain maître et que ses sujets se conformeraient à sa volonté. En apparence, on se sépara pour se préparer à combattre jusqu’à la mort.

Or il y avait deux courants bien distincts à Alger, celui de la lutte à outrance, qui était à la Casbah et que représentaient les Janissaires, et celui de la capitulation, qui était dans la ville et que dirigeaient les notables. Aussi, la nuit, les gens influents de la ville se réunirent dans le Fort Bab-El-Behar (Porte de la Marine). La résistance fut déclarée impossible. La capitulation s’imposait pour éviter l’effusion du sang, même d’après les plus résolus; quelques-uns déclaraient qu’il n’y avait à craindre ni pillage, ni massacre, d’une nation civilisée comme la France.

Il fut décidé qu’une députation se rendrait à la Casbah et, en même temps, aux avant-postes français. Khodja, Bourkaïb et Bouderba furent désignés à cet effet.

Le lendemain ils se présentaient devant le Dey. Tout espoir était alors perdu. Les Français occupaient le Fort-l’Empereur. Hussein déclara se soumettre et se démettre.

Alors ils le quittèrent et se rendirent au quartier général français, à El-Biar, déclarer au général de Bourmont que, non comme parlementaires accrédités, mais comme les délégués des Maures de la ville, ils sollicitaient une trêve pendant laquelle le Dey aurait le temps de donner satisfaction à la France.

Après une courte entrevue avec le général en chef, ils se retirèrent.

En attendant la fin des négociations, le feu cessa des deux côtés. Pendant ce temps le Dey avait envoyé au général en chef, comme parlementaire, Si Mustapha, makatadji; Hadji Hassen, fils d’Hamdane Khodja, comme interprète. Sir John, représentant de l’Angleterre, seul consul resté à Alger, les accompagna. Les contemporains prétendent que le makatadji, conspirant avec le khaznadji qui voulait s’emparer du pouvoir, proposa comme satisfaction au général en chef d’apporter la tête du Dey.

Le général de Bourmont repoussa avec indignation cette proposition.

« Je ne serai pas complice d’un assassinat, dit-il. Des sentiments d’humanité conseillent au Dey de capituler. Il a raison».

On sait le reste: le dey apposa son sceau sur la capitulation dont le texte est connu. Qu’est-il devenu ?

L’amine es-sekka, Mohammed, descendit alors de la Casbah et, devant le vieux palais, rassura la population affolée, lui annonçant que la capitulation était signée; il prévint en même temps le lieutenant du bey de Constantine d’aviser son maître, dont les troupes attendaient les événements à l’Harrach, qu’il n’avait plus qu’à battre en retraite.

Quelques heures après, Bourkaïb, Khodja et Bouderba, accompagnés de Ben Guechoute et Belkoubabti, guidèrent le général de Bourmont, à son entrée dans la ville, par la rue Porte-Neuve.

Le général en chef avait senti, dès la première heure de son installation, la nécessité d’avoir des intermédiaires entre la population et le nouveau gouvernement.

Il choisit pour l’aider dans cette tâche ceux des habitants qui, au début, s’étaient présentés à lui comme les plus influents de la ville et spontanément avaient déclaré se rallier aux nouveaux conquérants. C’étaient Bouderba, Khodja, Bourkaïb, qui avaient offert d’employer leur crédit, leur influence et leur fortune à servir la cause française.

 Ahmed Bouderba fut alors placé à la tête de la municipalité dont fit partie Khodja.

 

 

Quelque temps après, Hamdane Bourkaïb ben Abderrahman, amine es-sekka, fut nommé agha des Arabes. C’était une situation considérable du temps de la Régence. L’agha commandait en campagne la milice turque; il disposait, avec le concours des caïds et des hakem, de la justice criminelle dans les districts du gouvernement d’Alger.

Bourkaïb organisa, le 26 septembre 1830, l’expédition de l’Harrach. Il s’agissait d’établir près d’Alger la première ferme expérimentale à Maison-Carrée.

« Très bel homme et bon cavalier, dit M. Camille Rousset, il montait un cheval superbe, harnaché comme son maître, et était vêtu avec la dernière magnificence. Le velours de la selle turque, le drap des fontes disparaissaient sous l’éclat des broderies d’or; les étriers longs et larges étaient dorés, le fourreau du yatagan était en or, les crosses des pistolets garnies d’argent étaient incrustées de pierres précieuses. Cinq cavaliers marchaient devant lui, portant des drapeaux;six autres le suivaient, le long fusil en bandoulière; cinq serviteurs l’entouraient, chargés du soin de sa pipe, de son eau, de sa cuisine et de ses tapis de voyage. »

 

Bourkaïb échoua dans cette: entreprise. Contrairement à ce que les historiens ont écrit, les Arabes ne considéraient nullement comme une humiliation d’avoir à leur tête un beldi, homme de la ville, commandant à des hommes de la tente. Très aimé,Bourkaïb possédait une-grande influence à cause de son énergie, qui le distinguait des citadins efféminés. Cependant le général en chef plaça à côté de lui le jeune Yousouf, en qualité de lieutenant chargé de la surveillance de la Mitidja et du Sahel. Le khalifa Yousouf fit de nombreuses expéditions qui ravagèrent la plaine et tinrent les Arabes en respect autour d’Alger.

 

 

Effacé bientôt par son lieutenant, Bourkaïb paraissait rarement. Cependant il accompagna le général Clauzel dans son expédition sur Médéa pour remplacer le bey de Titteri, Bou Mezrag, qui trahissait la France, par Mustapha ben El-Hadj Omar, le fils de sa sœur. Le général Clauzel réussit dans son expédition. Bou Mezrag se rendit prisonnier à Blida. Omar fut installé dans ses nouvelles fonctions avec le cérémonial ordinaire; mais au retour à Alger, victime, de basses intrigues, Hamdane Bourkaïb fut destitué. Il dut rendre  à M. Rolland de Bussy, par ordre supérieur, et entre les mains de M. Daubignosc, chef de la police, le yatagan d’honneur qu’il avait reçu comme insigne de son grade (procès-verbal trouvé dans les papiers). Pendant quelque temps, il ne put sortir que sous la surveillance d’un gendarme. Il fut remplacé alors par Mendery, nommé grand prévôt. Les fonctions d’agha des Arabes furent provisoirement supprimées.

 

 

Exilé peu après, interné à Paris, Hamdane Bourkaïb rentra en grâce après des péripéties trop longues à raconter, et toucha sa solde d’agha jusqu’au 12 février 1832. Le général Berthezène se l’attacha. Il écouta trop souvent ses conseils, dit Pélissier de Raynaud.

 

 

Mais la faveur dont il jouissait de nouveau ne dura pas longtemps. Le père d’Abd-el-Kader, partant pour la Mecque avant la colonisation, était logé à l’haouch Kalaïdji, chez Mustapha ben Omar, dont la mère était Khaddoudja Bourkaïb, mariée à Hadj Omar el-Kobby, descendant des Maures d’Andalousie.

Aussi, quand Mahi-Eddine, après avoir été nommé agha des Arabes, commença, vers 1832, à agiter le pays, la famille Hamdane fut soupçonnée d’appuyer le mouvement et deviser une restauration musulmane (Pélissier de Raynaud). L’insurrection s’accentuant, Bourkaïb, devenu suspect, fut exilé de nouveau, emportant, dit-on, pour ses besoins personnels, un sendouq de grande dimension, rempli d’or et contenant ses bijoux et ses armes. A Paris, il se maria pour la troisième fois avec une Française. Fort malade, le gouvernement français l’autorisa à rentrer dans sa ville natale. Il revint à-Alger vers 1835, à peu près ruiné. Le ministre de la guerre lui accorda un secours de 8,000 francs. Malade, il traîna quelque temps à sa campagne de Zéghara, au-dessus de Notre-Dame d’Afrique, et mourut d’un cancer à la langue, le 12 avril 1836, dans sa maison, 47, rue de la Casbah. Il fut enterré à la mosquée Sidi-Abderrahmane-Thsualabi, près du jardin Marengo.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) – L’aminé es-sekka était à Alger un fonctionnaire du service des finances, investi de la confiance du dey. Il avait pour mission de s’occuper de la frappe de la monnaie et il devait, en même temps, éviter la circulation des monnaies de mauvais aloi et empêcher toute fraude en ces matières.

 

 

(2) الجزائر المحمية بالله-  Alger, la bien gardée de Dieu.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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