La langue franque (La lingua Franca)

20 04 2017

 

 

 

 

Sur une grande partie des pourtours méditerranéens, dont les côtes de l’Italie, de la France, de l’Espagne et du Maghreb, la lingua franca fut en usage, durant tout le Moyen Âge, l’époque classique, et jusqu’au début du XIXe siècle, dans les relations commerciales, politiques, diplomatiques ou guerrières qu’eurent avec les européens les souverains d’Alger et de Tunis, ainsi que les marchands et voyageurs, militaires et marins. La dynamique de ces rapports assez instables, et sans doute aussi le caractère coloré et pittoresque d’un subir où se mélangeant des mots d’origines hétéroclites (surtout italiens mais aussi provençaux, catalans, castillans, français, grecs, turcs et arabes) firent de la lingua franca un sujet de fantaisies littéraires.   

 

 

 

 

 

La langue franque (La lingua Franca)  dans Attributs d'Algérienneté 1490291997-237-001-1 

 

 

 

 

La lingua Franca que l’on parlait à Alger et qu’on l’appelait aussi le Petit Mauresque tient beaucoup à l’espagnol, employée par les habitants des villes maritimes. Cet idiome n’a ni orthographe, ni règle grammaticales bien établies ; il diffère même sur plusieurs points suivant les villes où il est parlé. Les verbes s’emploient constamment à l’infinitif, il n’y pas même les inversions des pronoms, qui en français donnent à une phrase le caractère interrogatif, en sorte que lorsque l’on parle d’une action on est embarrassé pour savoir si c’est d’un acte consommé ou d’une acte à faire , ou même si on demande ce qui a été fait relativement à cet acte; ainsi 

 

 

ti andar passegiar veut tout aussi bien dire tu es allé te promenerque vas-tu te promener? Es-tu allé te promener? Ou enfin iras-tu te promener? 

 

mi crumpar cavalloj’ai acheté un cheval, J’achèterai un chevalachèterai-je un cheval? 

 

Remarquez bien encore qu’on ne distingue pas les nombres, ainsi cette phrase se dit tout aussi bien s’il est question d’un cheval que si on veut parler de plusieurs chevaux, et à moins que l’on ne dise si l’on a dans sa pensée deux, trois, quatre chevaux, on ne sait pas. Si celui qui parle entend exprimer par sa pensée un cheval ou plusieurs chevaux.

 

Ce n’est rien que tout cela encore, mais presque tous les mots tirés des diverses langues sont défigurés principalement dans leurs terminaisons, et au milieu de ce galimatias se trouvent d’innombrables barbarismes, des mots traduits à la volonté de celui qui parle ; ainsi 

mi voulir facir sella al cavalloje veux faire une selle de chevalvoulir et facir se comprennent, mais d’où viennent-ils?  Et ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que cette phrase qui peut se prendre comme la précédente dans le temps passé ou futur, ou dans le sens interrogatif, s’emploie dans les mêmes expressions et pourrait s’entendre sous les mêmes modifications, s’il était question de mettre la selle à un cheval comme de faire une selle de cheval. 

 

La pauvreté de ce langage se fait sentir à chaque instant; bono est le grand mot qui vient à chaque instant, bono vent dire bon , mais il veut dire aussi bonnement, bien , il exprime de plus le sens des adjectifs, solide, propre , sage , beau, joli et tous ceux qui ont un sens laudatif; la casa bono est à votre choix la maison solide, ou belle, ou propre, ou commodeune bonne terre est terra bono, mais la terre médiocre est poco bono , la meilleure est mucho bono et la terre mauvaise est non bono, car il n’y a pas d’autre moyen pour exprimer la qualité de ce qui est mauvais; ainsi qui sait bono connaît la moitié de la langue, et lorsque Figaro croyait savoir parler anglais parce qu’il disait goddem, le premier venu connaît à plus forte raison la langue franque , lorsqu’il sait dire bono et non bono

 

 

 

On a cherché à découvrir l’origine de cet étrange baragouin , et on a pensé qu’il avait pris naissance parmi ceux que les corsaires retenaient esclaves à Alger; ces prisonniers appartenaient principalement à l’Espagne , à l’Italie et à la Provence , et chacun d’eux éprouvant le besoin de se faire entendre de ses compagnons d’infortune , apportait le tribut de son idiome, qu’il tâchait de mettre à portée de son interlocuteur, à qui il cherchait à faire adopter quelques-unes de ses expressions , en s’efforçant de comprendre et d’employer les siennes. Les maîtres de ces infortunés, ceux qui avaient sous leurs ordres les captifs appartenant à l’état, étaient dans la nécessité d’apprendre à parler comme eux, autant pour les entendre que pour se faire entendre d’eux. Les Corsaires, qui étaient nombreux à Alger, tant parmi les Maures que parmi les Turcs, avaient également besoin, ainsi que leurs équipages , de connaître ce langage , et quelques navires marchands d’Alger qui fréquentaient les ports de Marseille , Gènes , Livourne, Naples, Barcelone , Carthage, Manon et autres, en rapportaient toujours quelques mots qui s’entremêlaient confusément sans qu’aucune méthode intervînt pour en régulariser l’usage ; mais l’Espagnol y domine, et de toutes les langues de l’Europe, c’est celle avec laquelle on est le plus généralement compris. Cependant c’est avec cette façon de parler que les Européens arrivés à Alger, depuis la domination française, ont pu se faire entendre des Maures et des juifs; plus ou moins, les indigènes en comprennent tous quelques mots, les juifs surtout en font un usage fréquent ainsi que les kabyles qui sont nombreux dans la campagne.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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