L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (3ème partie)

10 04 2017

L’ALGÉRIE OCCIDENTALE À L’ÉPOQUE DE LA CONQUÊTE MUSULMANE

 

 

 

 

Nous savons que cette partie de la Maurétanie césarienne était composée d’un réseau de cités plus espacé que dans la Numidie ou la Proconsulaire. Au- delà du Chott El Hodna, vers l’ouest, à l’intérieur des terres, les agglomérations d’époque antique ne connaissent pas la densité de la partie orientale de l’Afrique. Rome avait abandonné cette partie du territoire avec Dioclétien, à partir du IIIe siècle, et avait fait du Chélif sa frontière, pour mieux concentrer ses forces sur la partie orientale de l’Afrique, car au-delà c’est le pays par excellence des tribus nomades, incontrôlables et belliqueuses.

 

Tiaret fut négligée par le nouveau limes qui remontait vers le nord et la vallée du Chélif à partir de Columnata en empruntant la trouée de l’oued Rhiou. La ville fut une sorte de bastion qui couvrait à l’ouest la partie de la Maurétanie césarienne gardée par l’Empire. Mais il semble que ses attaches avec « l’Afrique romaine » furent conservées. Les fouilles des Djeddars, ces monuments funéraires royaux situés sur les monts de Frenda à 30 km de Tiaret, nous apprennent qu’il existait autour de Tiaret un royaume qui perdura peut-être jusqu’au début de la conquête musulmane. Ceux qui les ont édifiés étaient sûrement en contact avec les Byzantins de Carthage. Ce sont eux qui s’opposèrent à ‘Oqba Ibn Nafi’ lors de sa grande expédition vers l’ouest en 683. Tahert l’ancienne devait exister au moment où Ibn Rostom vient s’installer dans la région puisque des monnaies de bronze, des fulus, trouvées à Volubilis mais frappées à Tahert, mentionnent le nom d’un gouverneur de la ville, dépendant de Bagdad.

 

Les récits de fondation des villes relatés par les historiens musulmans nous font penser que certaines furent créées ex nihilo. Nous avons l’exemple de Tahert. Selon la tradition ibadhite, le site n’était au départ qu’un maquis touffu, repaire de bêtes sauvages, lions et reptiles. Aussi les compagnons d’lbn Rostom firent-ils la proclamation suivante aux bêtes : « Allez-vous en, car nous voulons habiter cette terre » ; ils leur donnèrent un délai de trois jours. Les animaux obéirent et l’on vit une bête sauvage emporter ses petits dans sa gueule. Or quand nous nous référons au terrain, nous constatons que le site décrit comme vierge est au contraire riche en vestiges ? Cadenat a trouvé des pièces de monnaies antiques mais aussi de l’outillage lithique remontant à la préhistoire. Les historiens et géographes ont mis en relief le manque d’eau dans l’ancienne Tahert par rapport à la nouvelle agglomération qui n’en manquait pas. Mais c’est surtout la volonté du fondateur de créer un nouveau pôle à partir duquel un aménagement du territoire est entrepris. Tahert la neuve, fondation de Abderrahmane Ibn Rostom, se développa rapidement et des populations de diverses régions accoururent s’installer du fait de son activité commerciale et de la bonne gouvernance des imams rostémides. Al Muqadassi pouvait ainsi la décrire comme « une grande cité, très riche, vaste, accueillante, agréable, avec des marchés ordonnés, de l’eau en abondance, une population excellente, une cité de fondation ancienne, de construction solide et d’aspect magnifique ». Le centre ville était situé autour de la mosquée cathédrale construite par Ibn Rostom. S’agençaient là les différents quartiers, avec de nombreux bains, bazars et marchés. Surplombant le marché principal, une citadelle avait été construite et portait le nom de « Ma’suma », l’inviolable. La ville était entourée d’un rempart percé de plusieurs portes dont Bab al-Safa, Bab al-Manazil (porte des Logements), Bab al-Andalus, Bab al-Matahin (porte des Moulins). Al Muqadassi et Ibn Saghir nous donnent certains noms de quartiers et de rues : Darb al- Maçuna, Darb Harat el-Faqir, Darb al-Bassatin, Bab Majjana. Mais l’important dans la fondation de Tahert fut de drainer un flux économique sans précédent vers cette nouvelle capitale. Elle ouvrit surtout la route du sud vers le Sahara et le Bilad ai-Soudan, le pays des Noirs, c’est-à-dire le pays de l’or.

 

 

Plus vers l’ouest, il existait un royaume autour d’Altava (Ouled Mimoun) dirigé par un chef berbère, Masuna, qui, sur une inscription d’Altava datée de 508, porte le titre de rex gent(ium) Maur(orum) et roman(orum), « roi des tribus maures et des Romains ». Outre Altava, Masuna possédait deux autres villes, Castra Severiana et Safar. Nous savons aussi qu’autour de Siga, l’ancienne capitale des Massaessyles, il y avait un certain nombre de petites agglomérations et de ports qui servaient d’escales aux marchands puniques ou romains. Le littoral de la côte orano-tlemcénienne était connu des géographes et historiens de l’antiquité. Tite Live et Ptolémée signalent Portus Sigensis et Gypsaria Portus. Mais c’est Vltinéraire d’Antonin qui est le plus complet dans sa description, mentionnant six escales entre la Malua (Moulouya) et Portus Sigensis (Rachgoun, à l’embouchure de la Tafna) : Lemnis, Popleto Flumen, Ad Fratres, (Ghazawat, ex Nemours), Artisiga, Portus Coecili, Siga Municipum. Dès l’époque des Sévères, apparaissent dans cette région des points de défense du limes qui se transforment par la suite en agglomérations plus ou moins importantes. C’est le cas d’Aitava, de Pomaria (Tlemcen) et de Numerus Syrorum (Maghnia).

 

 

Nous ne connaissons pas le devenir de ces agglomérations car les récits ne nous donnent pas une description exacte des villes traversées par les troupes d’Oqba dans leur chevauchée à l’ouest de Tahert. Des villes comme Tlemcen sont mentionnée sans trop de détail par Al Baladuri ou Ibn Abd El Hakam. Est-ce que les petits centres urbains, qui existaient déjà à l’époque punique ou romaine en tant qu’échelles commerciales et furent plus ou moins abandonnés à la fin de l’antiquité, connurent à nouveau un essor important du fait de la dynamique imprimée par l’Islam au début du VIIIe s. dans cette partie de la Méditerranée où l’un des faits les plus marquants fut la conquête de la péninsule Ibérique vu la proximité des deux côtes ? Ce n’est qu’à partir du IXe s. qu’on devine un réseau de villes, à la suite de la conquête du pays orano-tlemcénien par Idris 1er, puis de l’installation de son frère Suleyman. C’est encore le géographe Al Ya’qubi qui nous donne la structure du territoire. Il cite les villes sièges de différentes principautés comme Numalata (antique Numerus Syrorum), Madinat al-Alawiyyin (Sabra), Falusan (Nedroma). On voit apparaître avec ce géographe une bonne couverture urbaine du pays de Tlemcen et des Traras. Les territoires situés juste à l’ouest appartiennent à Salih al-Sa’id dont la capitale est Nakur, située à proximité de Melilla, à la limite ouest du pays des Traras. Selon Al Bekri, Nakur aurait été fondée par Sa’îd Ibn Salih à l’époque de la première conquête musulmane sur un site entre deux rivières ressemblant à celles des Traras. Est-ce la présence de cette agglomération qui pousse les Suleymanides à urbaniser massivement le littoral ? En tout cas à partir de leur centre de Jerawa, fondé en 871/258 à l’est de Nakur, ils occupent la côte des Traras jusqu’à Arashgul (Rashgoun). La description que fait Ibn Idhari de Jerawa ressemble à celle des autres agglomérations situées sur la côte : « La ville de Jerawa est entourée d’une enceinte faite en pisé… à l’intérieur on trouve de nombreux puits… elle est entourée de plusieurs fortins. Elle possède une casbah bien protégée. On y trouve cinq bains et une mosquée cathédrale à cinq nefs. Elle avait quatre portes… ». D’autres centres comme Honaïne ou Arashgul qui existaient sûrement à l’époque antique furent reconstruits sur le même modèle d’urbanisme avec une défense très forte du côté de la mer. Ainsi le IXe siècle met en évidence l’urbanisation d’une région avec l’éclosion d’un certain nombre d’agglomérations (Jarawa, Numalata, Falusan, Tarnana, Arashgul…) dans un espace relativement réduit et bien individualisé. Comment peut-on expliquer une telle concentration ? Est-ce que le phénomène se reproduit ailleurs ? Si, ici, il peut s’expliquer par la proximité de la péninsule Ibérique et par le débouché des routes de l’or qui commencent à se dessiner, on peut aussi penser que la science géographique connaît un développement qui permet aux voyageurs et fonctionnaires des états musulmans de rendre compte des pays et curiosités qu’ils visitent. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la description précise que fait Al Bekri du Maghreb pour le compte des Omeyyades d’Espagne.

 

Dans sa description d’Arashgul construite sur l’ancien site de Siga, Al Bekri nous apprend que la ville « possède une belle mosquée cathédrale de sept nefs dans la cour de laquelle sont une grande citerne et un minaret solidement bâti ; elle renferme aussi deux bains dont un est de construction antique. Bab el-Fotouh (la porte des Victoires) regarde l’occident, Bab el-Emir est tournée vers le midi et Bab Merniça vers l’orient. L’épaisseur de la muraille est de huit empans…». Puis il décrit les différentes forteresses (Hisn) situées à l’ouest de cette ville (Hisn Tinekremt, Hisn Marniça el-B, Hisn el-Furus, Hisn al-Wardaniya, Hisn Honaïne), la ville de Nedroma et celle de Tarnana, puis Tawunt (Ghazawat, ex Nemours). Les forteresses de Honaïne et de Tawunt sont pratiquement identiques ; les deux villes avaient à peu près la même superficie (environ 7 ha). Aussi, peut-on se demander si les critères de construction n’avaient pas été définis à une même époque par le même maître d’œuvre.

 

 

 

 

 

 

Khelifa Abderrahmane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45