Les peintures rupestres en Libye

29 03 2017

 

 

 

 

Il y a 420 millions d’années, des fragments de notre planète dérivaient le long du pôle sud. Des lambeaux de continents remontèrent vers le nord en se reconstituant mais une partie se trouva immergée par les eaux. Suite à ce chambardement, le sous-sol remplit d’eau, de gaz, d’hydrocarbures. Plus près de nous, il y a 20 000ans, l’Europe fut recouverte d’un linceul de glace tandis qu’un vaste désert recouvrait les rivages de la Méditerranée sur une bande de 500 km. Tout changea entre 10 000 et 6 000 ans avant notre ère, lors d’une période de « Grand Humide » qui bouleversera le paysage africain et recouvrit le Sahara de mers, de lacs, de marécages, et d’une végétation tropicale. Les faunes soudanaises remontèrent loin vers le nord, hommes et animaux se retrouvèrent face à face. Les populations de pasteurs se sédentarisèrent, découvrirent l’agriculture, la chasse, la guerre, l’art. C’est alors que l’Homme ressentit le besoin de décrire leur environnement, d’exprimer leurs sentiments, de dessiner sur les falaises tout ce qui avait été dit et observé, en constituant une « bibliothèque sur pierre » pour les hommes du futur.  

 

 

 

 

 

Les peintures rupestres en Libye  dans Archéologie 1487429961-ca-pittura-rupestre-libia-3

Pétroglyphe de crocodile, Messak en Libye

 

 

 

 

 

Les premiers hommes et l’Art

 

L’art rupestre préhistorique constitue la plus riche source de connaissances dont nous disposons sur les débuts artistiques, intellectuels et cultuels de l’humanité. Cet « art de plein air » présent en Libye et au Sahara, se retrouve dans toutes les régions du globe aussi bien dans des grottes souterraines que sur de hautes montagnes. Le répertoire fantastique de dessins et de signes est non seulement un témoignage direct sur le cheminement des hominiens vers l’homme, il permet aussi de comprendre le mécanisme des systèmes sociaux.

 

Dans le domaine de l’art rupestre, les œuvres les plus anciennes qu’on connaisse sont des lignes en zigzag qui datent de 300 000 ans. Le témoignage archéologique le plus reculé est l’utilisation ornementale de l’ocre et de l’hématite, un pigment minéral rouge que nos ancêtres utilisaient il y a des centaines de milliers d’années. Au Paléolithique moyen, entre 150 000 et 35 000 ans, l’homme exploite des gisements d’ocre et de silex ; on trouve la fin de cette période des empreintes de mains sur les parois des grottes. Vers la fin de cette période glaciaire, il y a 10 000 ans, les peintures rupestres se développent à l’extérieur des grottes, ce qui sans doute est lié au changement et au développement de l’environnement. Emergent deux formes artistiques : les pétroglyphes  ou sculptures obtenues par gravure, martèlement, profonde incision ou par grattage des surfaces rocheuses (grès ou granit), et les pictographes ou peintures pariétales.

 

 

 

 

Ecriture ou message ?  

 

L’art rupestre a la particularité d’être pratiqué par des populations non lettrées. Il commence avec l’apparition de l’Homo sapiens et s’achève au moment où les populations acquièrent un mode de communication efficace, en l’occurrence l’écriture. La relation entre l’œuvre et son environnement est conditionnée par trois facteurs principaux :

 

 

1- L’espace : l’emplacement choisi sur la paroi rupestre répond à un choix précis de « l’artiste ».

 

2- L’individu : l’artiste peut être exercé par un homme ou une femme, jeunes ou âgés, initiés ou profanes.

 

3- Le temps : le signe graphique est tracé de jour ou de nuit, en été ou en hiver. Il est tracé avant, pendant ou après certaines rencontres, réflexions ou activités (chasse, guerre, repas,..), seul ou en collectivité.

 

 

 

Signes et thèmes artistiques

Plusieurs signes peuvent s’associer par juxtaposition, par séquence, par affiliation et former une syntaxe ; l’étude de chaque signe devient en quelque sorte une grammaire. Les pictogrammes sont des figures dans lesquelles on reconnaît un être humain, un animal, un objet réel ou imaginaire. Les idéogrammes sont des signes (disques, flèches, roues, étoiles) qui véhicule des idées. Les psychogrammes ne représentent ni objets ni symboles, mais l’occasion de pictogrammes et d’idéogrammes.

L’art pariétal découle de cinq classifications sociales que l’on retrouve sur un échelon universel :

 

1- Les chausseurs primitifs : art pratiqué par des peuples qui ne connaissent ni l’arc, ni les flèches et associent signes et figures sans représenter une scène explicative.

 

2- Les cueilleurs primitifs : art pratiqué par des peuples dont l’économie se fonde sur la cueillette de fruits sauvages. Les scènes sont naïves.

 

3- Les chasseurs évolués : art pratiqué par des peuples chasseurs connaissant l’usage de l’arc. Les scènes sont anecdotiques et descriptives.

 

4- Les pasteurs éleveurs : art pratiqué par des peuples qui pratiquent l’élevage du bétail. Les scènes mettent en valeur les animaux domestiques et décrivent la vie pastorale.

5- Les sociétés à économie complexe : art pratiqué par des peuples qui se livrent à diverses activités agricoles. Les scènes sont de caractère mythologique.

 

 

 

 

 

1024px-Tadrart_Acacus_1 dans Archéologie

Art rupestre (Tadrart Acacus, Libye)  

 

 

 

 

 

 

La Préhistoire en Libye   

 

De nombreux fossiles témoignent de la période humide du Sahara néolithique. A cette époque, les poissons les plus courants sont le Lates Niloticus et le Silure qui vivent à présent dans le Nil, au Tchad, au Niger, au Sénégal ainsi que dans des lacs et des mares du Sahel. Le Néolithique abonde en reptiles, surtout tortues et crocodiles. Les mammifères sont représentés par les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, les sangliers, les antilopes. Le Sahara est alors peuplé de chasseurs (on retrouve un grand nombre de pointes de flèches et de harpons), de pasteurs et d’agriculteurs (haches polies). On retrouve aujourd’hui de nombreux restes fossilisées de mollusques, poissons, reptiles et mammifères. A partir du Ve millénaire, les forêts du Hoggar disparaissent, ainsi que les steppes et les lacs. Tout le réseau hydrographique s’affaiblit progressivement.

 

 

Le Sahara entier, de la Mauritanie à l’Egypte, se couvre de dessins et de peintures rupestres ; les premières découvertes auront lieu d’abord au Hoggar puis au Fezzan par les missions italiennes. Les gravures rupestres  du Fezzan seront signalées pour la première fois en 1850 par l’explorateur allemand Heinrich Barth au cours d’un voyage qui devait le conduire de Tripoli à Tombouctou par le Fezzan et le Tchad. Barth constatera, comme plus tard d’autres savants, que pétroglyphes et peintures doivent être classifiées en fonction de l’entrée du cheval et du dromadaire en Afrique du Nord et au Sahara. En effet, le cheval domestique est introduit par les peuples Hyksos vers 1 500 av. J.-C. ; le dromadaire, diffusé par les Perses apparaît vers le Ve siècle avant notre ère.

 

 

 

 

 

Evolution de la gravure pariétale   

 

 

Période du bubale   

 

 

 

 

1487429393-ec2w1402

gravure rupestre néolithique – Le plateau du Messak au Sud-Ouest de la Libye

 

 

 

Le bubale (bubalus antiquus) est un buffle à grandes cornes effilées tournées vers le haut ; sa ligne de dos est inclinée vers l’arrière. Les populations ont leurs activités tournées vers la chasse à différentes espèces sauvages : éléphant, rhinocéros, hippopotame, girafe, grandes antilopes, autruches. On ne sait pas, en revanche, si le bélier est représenté à l’état sauvage ou domestiqué. Le style est naturaliste. Le contour est indiqué par un trait poli à profil en U surbaissé ou en V. La patine est foncée de la même couleur que le support rocheux. Les gravures peuvent être grandes ou moyennes. Les personnages sont armés soit d’une massue, d’un bâton de jet, soit d’une hache ou d’un arc. Il n’y a pas de javelot.

 

 

 

 

Période des pasteurs

 

 

 

 

Fezzan0320

Un ensemble de bovins signifiant que l’élevage des animaux était une pratique commune. Tadraret – Fezzan

 

 

 

 

Le bubale antique a disparu. Le style devient semi-naturaliste, la figure peut être schématisée. Le contour est indiqué par un trait poli à profil en U surbaissé, rarement en V. la patine est foncée mais un peu plus claire que le support rocheux. Les gravures sont de taille moyenne de 50cm à 120cm. Les personnages sont armés d’un arc.

 

 

 

 

 

Période du cheval

 

 

 

 

 

1487439307-photoliste-20090616171456-libye-akakus-gravures-ru-500

 

 

 

 

1/- Période des chars : les grands pachydermes ont disparu sauf l’éléphant accidentellement évoqué. Mouflons, chiens domestiques et plus rarement le bœuf domestique sont représentés. L’antilope chevaline a disparu. Les chars ne possèdent qu’un seul timon, les coursiers sont surtout montrés de profil, les bêtes placées dos à dos. Les chars plus récents sont représentés d’une façon stylisée par les roues et le timon. Les personnages sont schématisés, de forme bitriangulaire. La technique consiste en un pointillé serré sur la surface, le plus souvent jointif avec un léger polissage. La patine est de couleur chamois foncé. Les gravures sont de petite taille, de 25cm à 50cm. Apparaissent des changements dans l’armement : un javelot et un bouclier rond, parfois l’introduction de l’arc.

 

 

2/- Période des cavaliers : le cheval monté remplace le char. La faune ne reçoit aucun changement. Le style est semi-naturaliste pour l’animal, schématique pour les personnages bitriangulaires. La technique est un pointillé serré mais de qualité inférieure à la période précédente. Le polissage interne est restreint. La patine est de teinte chamois. Les gravures sont de petite taille, de 20cm à 50cm. Les personnages portent des javelots, des boucliers ronds et un couteau pendant de bras, semblable au poignard actuel des Touaregs. Des plumes ornent la coiffure des guerriers. Apparaissent des signes graphiques libyco-berbères introduits par des cavaliers.

 

 

 

3/- Sous-période du cheval et du dromadaire : le bœuf devient de plus en plus rare. Le style semi-naturaliste accuse une certaine décadence. La technique est un pointillé plus grossier qu’à la période précédente. Le polissage est exceptionnel. La patine est chamois. Les gravures sont de petite taille, entre 18cm et 40cm. L’armement est le même qu’à la période des cavaliers.

 

 

 

4/- Période du dromadaire : c’est la période la plus récente. La faune représente les espèces actuelles : oryx, gazelle, mouflon, zébu, chèvre,…Le style naïf est comparable à des dessins d’enfants. La forme bitriangulaire des personnages est remplacée par des formes linéaires. La technique est une percussion assez grossière sur toute la surface de la gravure. La patine est très claire, presque blanche. Les gravures sont de petite taille, de 15 à 20 cm. Le javelot persiste.

 

 

 

 

 

Fezzan0750

Les archéologues distinguent divers écoles de peinture qui se seraient succédées sur une période de 6000 ans.
Ici on a admiré cette chasse au mouflon avec des chiens.

  

 

 

 

 

 

 

Evolution de la peinture pariétale

 

 

 

Les peintures ne peuvent exister que dans des endroits abrités des intempéries, c’est-à-dire dans des abris sous roche et en particulier dans des régions gréseuses. En général, les lieux de gravure ne comportent pas de peinture et inversement. On a constaté d’une part, qu’en peinture la représentation humaine est importante alors qu’elle est rare en gravure ; d’autre part, que les peintures comportent de grands ensembles « théâtraux » alors que les sujets sont presque toujours isolés sur les gravures. Ces conventions artistiques pourraient s’expliquer par l’existence de groupes humains d’origine différente.

 

 

 

 

 

Fezzan0310

Les peintres racontent la vie quotidienne des pasteurs : ici un chasseur marchant à coté de son chien

 

 

 

 

 

1/- Période des hommes à têtes rondes (8 500 à 5 500 av. J.C) les personnages à corps rond sont schématisés (Tassili à proximité de la frontière algérienne). Le corps est peint en ocre clair, cerné d’une bordure ocre foncée. Les personnages féminins ont les jambes ployées. Cet art négroïde annonce l’art africain classique des masques et, à la fin de cette période, se devine une influence égyptienne. Les peintures ont augmenté de taille avec le temps, allant jusqu’à représenter des personnages de plus de 5 m de haut et des animaux peints, grandeur nature, ce qui nécessite de grandes surfaces de travail.

 

 

 

 

 

1487439494-fezzan0660

 chasseurs de mouflons représentés avec leurs arcs et flèches

 

 

 

 

2/- Période bovine ou pastorale c’est la période la plus diversifiée en art pariétal (10 000 figures) alors que tout le Sahara, peuplé de pasteurs, possède de beaux pâturages et des rivières grouillant d’hippopotames. L’économie est basée sur l’élevage du bœuf (introduit par les régions du haut Nil) et, dans une moindre mesure, du mouton et de la chèvre.

Pasteurs de Uan Amil (5 500 – 4 000 av. J.-C.) : nombreuses scènes pastorales ; les personnages portent une épaisse touffe de cheveux sur le front (peut être par souci de représenter un type physique particulier). Quelques types négroïdes (esclaves ?). trait fin avec ou sans remplissage de l’intérieur du dessin.

Pasteurs de Ti-n Anneuin (4 000 – 1 500 av. J.-C.) : personnages longilignes à nez sémitique et à front fuyant qui rappellent les Ethiopiens (« faces brûlées ») et les Peuls, dessinés corps de face, tête et pieds de profil.

 

 

 

 

 3/- Période caballine : (1 500 av. J.-C. à notre ère) introduction du cheval domestiqué dans le Sahara et du char de guerre ou de chasse dit « garamantique » représenté en « galop volant ». Silhouette des personnages traitées en aplat, sans souci du détail. Tête en bâtonnet (comme si la représentation du visage était interdite) sur une poitrine et un tronc triangulaires. Chasse au mouflon avec des chiens domestiqués. Apparition des caractères libyco-berbères qui accompagnent les scènes de cavalerie. 

 

 

 

 

 

4/- Période cameline (cinq siècle avant l’ère chrétienne) le chameau est introduit au Sahara par le nord-est. Dessins naïfs.          

           

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45