EL- OULAD SIDI-HADJERES

23 03 2017

 

 

 

 

 

Quoique ces mots indiquent le nom des habitants d’une tribu arabe de l’annexe du Sidi-Aïssa, du cercle de Boussaâda, ils sont synonymes aux yeux de la population locale et des entrepreneurs de travaux publics de « casseurs de pierres ».

 

La tribu des Oulad-Sidi-Hadjerès est située au Sud -Est d’Aumale entre cette ville et Msila, sur la limite du département de Constantine. Son territoire se trouve complètement dans le bassin du Hodna et a déjà l’aspect désolé du Sud Algérien ; le terrain est plat, sujet en été au mirage ; la végétation devient rare, quelques pieds de guettaf ou de Tagouf constituent toute la flore du pays. 

 

Au point de vue hydrologique, il n’est pas plus favorisé et ne comporte que quelques petits ruisseaux absolument secs en été, et de rares sources donnant un filet d’eau chargée de principes magnésiens ; c’est ce qui fait que dès le printemps, des groupes de femmes, d’enfants et d’ânes, effectuent des trajets de plusieurs kilomètres pour remplir les outres de l’eau nécessaire à leur alimentation.

 

Il y a bien, dans les Oulad Sidi-Hadjerès, quelques terres de culture, mais leur qualité médiocre, leur peu d’étendue permettent tout juste aux propriétaires de vivre lorsque la récolte est bonne.

 

Aussi les habitants de cette tribu ayan eu à supporter successivement la fameuse invasion de sauterelles en 1866 et la famine de 1867, durent-ils s’expatrier afin de se procurer un travail leur permettant de vivre.

 

 

  

 

 

EL- OULAD SIDI-HADJERES  dans Attributs d'Algérienneté phoca_thumb_l_0000001-401

 

 

 

 

 

Ils quittèrent en 1867-1868 leur ingrat pays. Leurs aptitudes ne leur permettant pas de se montrer difficiles sous le rapport de la profession, et des chantiers de charité ayant alors été organisés en vue de secourir les populations atteintes par la misère, les Hedjerès se mirent tous à la besogne, hommes, femmes, enfants, sur les divers chemins de l’Algérie où l’autorité avait installé les dits chantiers ; ils réussirent ainsi à traverser la rude épreuve de la famine et revinrent, deux ou trois ans après, dans leur pays d’origine.

 

C’est à cette circonstance que les Oulad Sidi-Hadjerès doivent leur particularité de casseurs de pierres. En effet, depuis l’exode général provoqué par la famine, les habitants de cette tribu ont continué et continuent de la quitter chaque année pour aller travailler sur les routes. C’est maintenant chez eux une tradition; ils font leur tour d’Algérie, comme les Limousins font leur tour de France. Il y a cependant cette différence, c’est qu’ils ne peuvent se perfectionner dans leur métier, la pierre se cassant partout de la même façon.

 

Les Oulad-Sidi-Hadjerès partent tous les ans de leur pays en automne et y rentrent au moment des récoltes, six ou huit mois après. Ils circulent par groupes de vingt, trente, quarante familles, principalement dans les départements d’Alger et de Constantine, à la recherche des travaux d’empierrement ; quelques groupes se rendent parfois jusqu’en Tunisie.

 

 

 

 

 

 

 dans Attributs d'Algérienneté

 

 

 

 

 

 

Leur vie errante les a familiarisés avec les routes et les localités où se trouvent les entrepreneurs. Dès qu’une adjudication pour la construction d’un chemin de fer a eu lieu, les deux ou trois chefs d’un groupe se présentent à l’adjudicataire et lui offrent de fournir la pierre cassée qui lui est nécessaire. Ils savent le rabais qui a été consenti par l’adjudicataire et basent leurs offres d’après ce rabais.

 

Aussitôt qu’il y a eu entente entre l’entrepreneur et les tacherons des Oulad-Sidi-Hadjerès, ces derniers amènent leurs familles sur les points où le travail doit s’effectuer ; c’est alors un bien curieux spectacle de voir l’arrivée des casseurs de pierres : en tête se trouvent les enfants de tout âge des deux sexes, en guenilles, juchés sur les ânes qui portent aussi les biout (tentes), puis après, viennent les femmes dans leur costume ample, poussant devant elles d’autres ânes chargés du matériel de cuisine et des provisions, et enfin, en queue, se tiennent les hommes dont deux ou trois seulement sont à cheval ; quelques vilains chiens aux longs poils, hargneux et maigres, suivent la caravane.

 

Dès qu’ils sont arrivés sur le chantier, les Hedjarès installent leur campement, les tentes noires et enfumées sont dressées, les vieilles nattes en alfa sont étendues, les nombreux ânes sont entravés étroitement par les pattes de devant et les femmes se mettent en devoir de faire la cuisine dans les bourma (marmites) crasseuses.

 

Le lendemain, les hommes vont à droite et à gauche des travaux de terrassements et reconnaissent les points où la pierre pourra être extraite. Il ne s’agit pas cependant de travaux effectués à la barre à mine, à la pince, comme se fait; les Hedjarès se bornent à ramasser les pierres qui se trouvent dans les champs, et pour cela tous les enfants de la bande sont employés. Ils emplissent de pierres les chouara (paniers en alfa doubles) des ânes et viennent les déposer en petits tas sur le côté droit ou gauche de la route.

 

Quand la pierre ainsi apportée est en suffisante quantité, c’est au tour des hommes et des femmes à travailler. Armés de la massette traditionnelle, tous, à coups répétés, cassent les pierres en morceaux susceptibles de passer par l’anneau réglementaire de sept centimètres, puis la pierre est mise-en longs cordons et est ensuite reçue et mesurée par les services des ponts- et-chaussées ou de la voirie départementale.

 

L’enlèvement des pierres des terrains avoisinants, occasionne bien quelquefois des réclamations de la part de propriétaires grincheux, mais ordinairement ils sont pour la plupart enchantés de voir leurs terrains nettoyés sans bourse délier.

 

Les Hedjarès, pendant l’exécution de leur traité avec l’entrepreneur, se font délivrer des avances au fur et à mesure des fournitures faites, puis, à l’expiration des travaux, ils règlent définitivement avec l’entrepreneur et retournent dans leur pays, emportant le montant des bénéfices qu’ils ont pu réaliser pendant leur absence.

 

Durant leur séjour le long des routes, il y a bien quelques larcins qui se produisent ; des moutons disparaissent souvent des troupeaux des propriétaires voisins, mais les casseurs de pierres sont si adroits voleurs et puis la viande est engloutie avec tant de facilité par les nombreuses et solides mâchoires de la bande, qu’il est impossible de découvrir les traces du vol !

 

Vers la fin du XIXe –début du XXe siècle les Oulad-Sidi Hadjerès ont à peu près accaparé le monopole de casseurs de pierres ; ils ont écarté, par la modicité des prix, tous les autres ouvriers ; il est vrai que ces derniers ne peuvent, en effet, lutter contre une association dont tous les membres, hommes, femmes, enfants, travaillent.

 

Cela peut paraître étrange qu’aune population arabe consente à laisser ainsi les femmes travailler publiquement à visage découvert, pourtant la chose est vraie.

 

Au métier de casseurs de pierres, les Oulad-Sidi Hadjerès ont appris à se «servir de la pioche (cheboune), de la pelle (mesha) de la massette (materga), ils discernent la bonne ou la mauvaise pierre et savent employer le mètre.

 

C’est à la misère de 1867 qu’ils doivent ces connaissances qui manquent tant aux autres. N’est-ce pas là le cas de dire : « A quelque chose malheur est bon ? »

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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3 réponses à “EL- OULAD SIDI-HADJERES”

  1. 27 09 2017
    mihoubi abdelkader (17:56:35) :

    بارك الله فيكم على هذه المعلومات القيمة وانا ممتن لكم رجائي اعطائي بعض المعلومات المتوفرة لديكم انا بامس الحاجة اليها بارك الله فيكم

    Répondre

  2. 27 11 2017
    Luc Thiebaut (11:59:35) :

    Les Hadjeres sont souvent perçus comme « Gitans », c’est pourquoi j’en parlerai dans ma conférence
    Gitans du Nord de l’Afrique

    Mardi 5 décembre 2017 18h à l’ Hôtel Despringles (ancien Rectorat), 51 rue Monge, Dijon
    Causerie diaporama de Luc Thiébaut
    Des Naouar d’Egypte aux Beni Addès d’Algérie

    Répondre

    • 28 11 2017
      quintessences (13:06:58) :

      Fort intéressant!! Est ce qu’il y aura une possibilité d’accès à la conférence via un support numérique??

      Répondre

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