‘Le Diseur’ dans la tradition littéraire populaire algérienne

21 03 2017

 

 

 

 

La poésie, chez les Arabes de l’Algérie, est aussi à son déclin, quoique l’on puisse dire qu’elle leur soit restée familière et qu’ils aient l’imagination chaude et facile à l’exaltation.

L’Arabe sent les beautés de la nature, mais ses sensations et sa verve s’exercent plus particulièrement sur la beauté, les charmes de la femme, l’excellence des chevaux, la bonté et le luxe des armes, les faits de guerre, chasse, etc.

Cette poésie se manifeste par des Gais et Ghrazels, sortes de lais.

Quelques-uns s’écrivent, la plupart se chantent dans l’inspiration, se répètent de mémoire, et vont ainsi de tribu en tribu à travers l’Algérie, colportés par les Diseurs, derniers vestiges des anciens bardes et trouvères d’autrefois.

Ces diseurs se divisent en GoualsAïats et Meddah’s.

 

 

 

 

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Les Gouals, ou poètes ambulants, doués du don de l’improvisation, vont de douar en douar, au foyer hospitalier des grands et des riches, chanter, en s’accompagnant de la flûte primitive et du tambourin, les exploits des guerriers en renom, les amours d’amants célèbres.

Ils fréquentent les marchés, les réunions, les noces et les fêtes.

Mais comme tout passe en ce monde, ils vont tous les jours s’éclipsant, et, moins heureux que leurs devanciers de l’ancienne Grèce ou des régions du Nord, les derniers diseurs arabes voient finir avec eux leurs chants et leur récits héroïques. — On’en excepte toutefois ceux qui ont été tirés de l’oubli par plusieurs ouvrages sur l’Algérie, entre autres par les livres du général Daumas.

Le Goual est généralement de mœurs pacifiques, il n’a point de costume particulier; il se reconnaît néanmoins à une physionomie rêveuse et souvent inspirée, à ses modestes instruments qu’il porte dans le capuchon de son bernous. — On le désigne aussi sous le nom de Sahab-elSenâ, ami du métier, de la gaie science.

 

 

 

 

 

L’Aïat* a plus d’analogie avec les bardes belliqueux de la vieille Irlande, qui savaient aussi bien manier la lourde épée que la lyre.

Les Aïats ont a peu près disparu à la fin du XIXe siècle, et c’est à peine si de loin en loin on en rencontrait encore quelques-uns dans les tribus guerrières du Sud.

L’Aïat, homme de cheval et de poudre, — comme il aime à s’en vanter, — possède une voix d’un timbre aigu, d’une immense portée.

Dans la mêlée des combats, il jette des appels, des excitations scandées et rythmées, qui exaltent jusqu’à la frénésie le courage des guerriers.

Véritables clairons humains, avec leurs voix de cuivre, — ces inspirés de la lutte ont souvent, comme les héros d’Ossian, déterminé la victoire par leurs chants énergiques.

Les cris, les appels des Aïats agissent sur les nerfs avec un effet semblable à celui que nous produit la charge battue par le tambour; ils donnent cette horripilation que l’on définit souvent en disant : avoir la chair de poule.

J’ai été soumis à l’action du chant des Aïats, et me suis rendu compte de sa stimulante énergie.

Les lambeaux de phrases ou de vers lancés par les Aïats dans les moments décisifs du combat sont des appels aux sentiments élevés, à la gloire des guerriers, à leurs anciens exploits. — Quelquefois même il est fait allusion à l’amour des plus braves pour des beautés en renom.

Après ces indiscrétions, que l’on peut appeler suprêmes, au moment du péril, — un guerrier doit vaincre ou être mis hors de combat; il n’oserait jamais se représenter vaincu devant la femme qu’il aime, lorsqu’elle a été invoquée en son honneur pour déterminer la victoire de son parti.

 

 

 

 

 

Les Meddah’s** chantent particulièrement la poésie religieuse, les prouesses des compagnons du Prophète. Les Mehds, d’où ils tirent leur nom, sont de petits poèmes sacrés en l’honneur de l’Islam et des hauts faits accomplis par ses Oualis et Moudjaheds***.

Les Meddahs se distinguent par un fanatisme outré.

Pénétrés et convaincus de la véracité des dires et gestes de leurs héros, de la supériorité de leur religion sur celle des infidèles, ils s’enivrent à leurs propres chants et entraînent leurs auditeurs par le récit extraordinaire des faits célèbres et par le mode sur lequel ils sont rythmés.

La cadence, monotone au début, violente et heurtée par progression, finit par opérer une sorte d’enivrement mystique, dont l’effet va toujours croissant, et entraîne jusqu’à l’extase les sectateurs du Prophète.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

* : De aïet (عيط), crier, appeler haut

** : Meddah, louangeur; — medh, louange.

*** : Oualis, saints; — Moudjaheds, combattants pour la foi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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