L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (2ème partie)

1 03 2017

L’ALGÉRIE OCCIDENTALE: FONDATIONS ANTIQUES ET VILLES MÉDIÉVALES

 

 

 

 

 

 

En effet, le pouvoir fatimide avait permis à son fidèle allié Ziri Ibn Menad, de construire dans le massif du Titteri en 936 une capitale, Achir, plus avant vers l’ouest.

 

Cette ville fut construite à l’époque du khalife Al Qa’im, fils du Mahdi qui délégua le plus fameux de ses architectes. Ziri fit venir de Msila, de Hamza (Bouira), de Tobna, un grand nombre de maçons, de charpentiers et de personnes pour construire et peupler sa ville. Al Bekri, qui écrit pratiquement à cette même période, la décrit ainsi : « Achir est une ville importante ; l’on assure dans toute cette région qu’il n’y a point de place qui soit plus forte, plus difficile à prendre et plus propre à décourager un ennemi. On ne pourrait y donner un assaut que par un endroit où il ne faudrait que dix hommes pour repousser une armée… partout ailleurs, le rocher s’élève à perte de vue et ne saurait être escaladé. Ajouter à cela que la place est entourée de hautes montagnes ». Là aussi, le fondateur de la dynastie ziride a construit sa ville sur un site antique puisque les dernières fouilles effectuées ont montré que l’homme y avait habité à l’époque antique.

 

 

 

 

L'urbanisation dans l’Algérie Médiévale (2ème partie)  dans Architecture & Urbanisme 

 Achir, la cour du palais de Ziri

 

 

 

Msila, la nouvelle métropole, aura une courte durée, car elle sera supplantée par une nouvelle ville, fondée par une branche des Zirides, les Hammadides. En effet, Hammad Ibn Bologgin obtint de son suzerain Badis de fonder une ville et d’en faire sa capitale, la Qal’a des Beni Hammad, sur l’emplacement d’une forteresse, Qal’at Abi Tawil, en 1007-1008. Ce site, accroché à plus de 1000 m d’altitude sur le flanc du Djebel Maadid, était occupé à l’époque antique puisqu’une mosaïque y fut découverte. Le choix de ce site fut sûrement dicté par le souci de Hammad de se protéger de ses cousins d’Ifriqiya. Les habitants de Msila et de Hamza furent transférés dans la nouvelle ville ainsi que des tribus Djéraoua. L’historien Ibn Hammad nous apprend que la construction de la ville fut confiée à un nommé Bouniache qui établit de nouveaux canons de construction. C’est que plus de trois siècles ont passé depuis les premiers conquérants musulmans.

 

 

Les géographes et les historiens la décrivent en termes élogieux. Al Bekri, au milieu du XIe siècle, l’appelle Qal’at Abi Tawil et nous dit que cette cité était « une grande et forte place de guerre et devint après la ruine de Kairouan par les Banu Hilal une métropole. Comme les habitants de l’Ifriqiya sont allés en foule pour s’y établir, elle est maintenant un centre de commerce qui attire les caravanes de l’Iraq, du Hidjaz, de l’Egypte, de la Syrie et de toutes les parties du Maghreb ». Un siècle plus tard, Al Idrissi, géographe du roi Roger II de Sicile, décrit la ville en ces termes : « Al Qal’a s’appuie sur une haute colline difficile à escalader. Elle est entourée de remparts. C’est une des villes qui ont le plus vaste territoire, une des plus peuplées et des plus prospères, des plus riches et des mieux dotées en palais, en maisons et en terres fertiles. Son blé est à bas prix ; sa viande est excellente… ». Géographe du XIIIe siècle, Yaqut Al Himawi loue la qualité de ses feutres et la finesse des vêtements et des broderies qu’on y fabriquait. Pour Abderrahmane Ibn Khaldun, au XIVe siècle, « la Qal’a atteignit bientôt une haute prospérité ; sa population s’accrut rapidement et les artisans ainsi que les étudiants s’y rendaient en foule des pays les plus éloignés et des extrémités de l’empire. Cette affluence de voyageurs eut pour cause les grandes ressources que la nouvelle capitale offrait à ceux qui cultivaient les sciences, le commerce et les arts ».

 

La ville se dota d’un mur d’enceinte en pierre de 7 km de périmètre et d’épaisseur variant entre 1,20 m et 1,60 m. Ces remparts escaladaient les versants des montagnes environnantes où furent installées des tours de guet protégeant ainsi l’ensemble des quartiers de la ville, puis redescendaient le long de la falaise constituée par les gorges de l’oued Fredj. Sur le bord de cette falaise fut édifié un donjon impressionnant, le donjon du Manar. Un mur intérieur séparait le quartier des Djéraoua du reste de la ville. On entrait dans la ville par trois portes : Bab al-Aqwas au nord-est, Bab Djenan au sud ouest et Bab Djéraoua au sud-est. Une rue principale traversait la ville d’est en ouest, de Bab al-Aqwas à Bab Djenan. Une autre rue reliait Bab Djéraoua à la rue principale. Hammad Ibn Bologgin fit construire son palais au nord de cet axe et la grande mosquée au sud, puis les quartiers populaires comme celui des Djéraoua à l’ouest. Mais nous pouvons penser que ses successeurs firent embellir la ville et agrandir les édifices construits par le fondateur de la dynastie.

 

 

 

 

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Kalaa beni Hammad

 

 

 

 

L’art des Hammadides est connu grâce aux monuments exhumés aux cours des diverses campagnes de fouilles effectuées depuis la fin du XIXe siècle jusqu’au début de l’indépendance. Seuls deux monuments apparaissaient au-dessus du sol : le minaret et le donjon du Manar. Les fouilles ont permit d’établir un plan complet de l’édifice religieux. C’est en superficie l’une des plus grandes mosquées d’Algérie après celle de Mansourah à Tlemcen. Elle comptait treize nefs orientées sud/nord. La salle de prière avait quatre- vingt-quatre colonnes dont il ne reste que les socles. Le minaret est décoré sur sa face sud par des niches et des défoncements disposés en trois registres verticaux qui préfigurent les minarets du XIIe siècle, notamment la Koutoubiya de Marrakech et la Giralda de Seville.

 

Le palais du Lac était construit en terrasses vers le versant du mont Takerboust. La partie supérieure était réservée aux appartements de l’émir et à son harem. Il prit son nom du grand bassin de 67 m de long sur 47 m de large pour une profondeur de plus de 1,60 m, qui le borde au sud. C’est le monument le plus important mis au jour par de Beylié. L’auteur anonyme d’Al Istibçar nous en donne une description précise : « Les Banu Hammad élevèrent à la Qal’a d’importantes constructions d’architecture soignée… parmi lesquelles Dar al-Bahr au centre duquel était un vaste bassin où avaient lieu des joutes nautiques et où la quantité considérable d’eau était amenée de fort loin ». D’autres complexes architecturaux comme le palais du Salut, le palais du Manar ou le palais l’Étoile n’ont pas révélé encore tous leurs secrets. De même pour les autres structures comme les constructions hydrauliques (hammam, aqueducs, citernes) qui laissent entrevoir une maîtrise parfaite de l’eau, qui était acheminée de diverses façons dans la ville malgré sa construction en altitude.

 

Les différentes pièces archéologiques trouvées à la Qal’a (frises de décor, inscriptions, pierres sculptées de palmettes et de fleurons, vasque aux lions, céramique d’une très grande richesse…) nous donne un aperçu du décor des palais hammadides que l’on retrouve à Béjaia, leur nouvelle capitale, ou dans la chapelle palatine de Palerme qui fut influencée par cet art sanhajien. C’est à la Qal’a qu’ont été découverts les plus anciens vestiges actuellement connus en Occident musulman d’encorbellements à muqarnas (nids d’abeilles).

 

La vie artistique et intellectuelle était intense dans la capitale hammadide surtout après la prise de Kairouan par les Hilaliens. La ville se dote d’une industrie prospère formée d’une multitude de tisserands, de joailliers, de céramistes réputés, de charpentiers, de menuisiers… Elle attire aussi les savants, les poètes et les docteurs en théologie à l’image du poète et savant Abû-1 Fadhl Al Nahwi qui s’installe à la Qal’a et y meurt en 1119. Il a donné son nom au petit village qui s’est construit autour de son tombeau, au sud ouest de la grande mosquée. Il semble qu’une communauté chrétienne vécut à la Qal’a. Mas Latrie, utilisant un texte tiré de la chronique du Mont Cassin, croit pouvoir affirmer qu’il y existait un évêque qui aurait habité une maison voisine de l’église dédiée à la Vierge.

Mais les événements politiques qui se déroulent au Maghreb en ce milieu du XIe siècle poussent les Hammadides à un réaménagement radical de leur territoire en choisissant pour la première fois d’être en contact avec la Méditerranée. C’est à partir de 1067 / 460 H que la ville de Béjaia entre pleinement dans l’histoire. En effet le milieu du XIe siècle vit la rupture entre les Zirides de Mahdia et le khalife fatimide du Caire qui envoie pour les châtier les tribus hilaliennes vers le Maghreb. Les nomades pillèrent les campagnes de l’Ifriqiya. À cause de l’insécurité régnante, les villes de l’intérieur se vidèrent en partie. Le Maghreb central et particulièrement le royaume hammadide reçurent un afflux de population. Mais bientôt les Hilaliens menacèrent le territoire de la Qal’a et les souverains hammadides se replièrent sur la côte. Sur un site très tôt fréquenté par les Phéniciens faisant de la navigation de cabotage à la recherche de minerais dans les pays situés à l’ouest de Carthage, Béjaia33 fut sûrement un de ces comptoirs qui permettait une économie de troc avec les autochtones du pays moyennant des redevances annuelles. Il est possible qu’elle soit mentionnée dans le périple de Scylax parmi les villes maritimes appartenant à Carthage. Nous savons que la ville et son territoire dépendaient du royaume de Massinissa au IIIe siècle avant l’ère chrétienne. On a trouvé sur le site des monnaies numides et carthaginoises ainsi que des stèles dont les frontons sont invariablement sculptés de soleils et de lunes. Par ailleurs, des textes libyques découverts dans cette région attestent de la survivance d’un usage écrit, donc d’une occupation très ancienne.

 

 

La ville accède, selon Pline, au statut de colonie (Colonia Julia Saldantium) à l’époque d’Octave, en 33 av. J.-C, qui y installe des vétérans d’une septième légion. C’est aussi à cette époque qu’est élevée l’agglomération de Tiklat (Tubusuptu). Strabon mentionne le port de Saldae en ajoutant qu’il marquait la limite du royaume de Juba II à qui Auguste venait de donner la Maurétanie en gestion. On a trouvé à Béjaia une dédicace au roi Ptolémée, fils de Juba II. À la suite du géographe grec, de nombreux auteurs ont mentionné Saldae dans leurs récits : Ptolémée le géographe d’Alexandrie (140 ap. J.-C), l’Itinéraire d’Antonin écrit sous le règne de Dioclétien (284-305), la table de Peutinger, le Géographe de Ravenne…

 

 

Au milieu du IIe siècle, des classici milites furent employés pour creuser le tunnel de l’aqueduc devant amener l’eau à la ville. De grands réservoirs, creusés sur le plateau supérieur de la cité, distribuaient ensuite cette eau. À la même époque Saldae est appelée civitas splendidissima. Un episcopus Saldi- tanus, du nom de Paschasius, assiste au concile provoqué par le roi vandale Hunéric à Carthage en 484. Il est probable que les Vandales et les Byzantins occupèrent la cité, mais nous n’avons aucune preuve archéologique de cette occupation pour le moment.

 

La ville romaine, tournée au sud, sur la pente de la montagne Gouraya, occupait les deux contreforts de Bordj Moussa à l’ouest et de Bridja à l’est que sépare le ravin des Cinq Fontaines (oued Abzaz). Le tracé du rempart romain était reconnaissable en beaucoup d’endroits au début de la conquête française. Long d’environ 3000 m, ce rempart avait pour mission de contenir les tribus montagnardes environnantes qui s’accommodaient difficilement du joug de l’occupant. Tout au long de l’intermède romain des révoltes éclatèrent dans le territoire de Saldae.

 

Interprète dans l’armée, Ferraud dresse un inventaire des vestiges archéologiques antiques trouvés lors de la pénétration française. Il signale de grandes citernes d’époque romaine pratiquement dans toute la ville et particulièrement dans le quartier ‘Azib Bakchi, entre le fort Barrai et la porte du Grand Ravin ; les vestiges du cirque-amphithéâtre furent reconnus en-dessous de la porte du Grand Ravin ; sur la place Fouka furent extraites de nombreuses pierres taillées et de belles colonnes en calcaire, un édifice assez important avait dû être construit là. Même dans la Qasbah des constructions antiques furent mises au jour comme dans les différents quartiers de la ville, près de Sidi Touati ou sur la route du fort Abd El Kader vers le port. . . Des mosaïques et des inscriptions furent découvertes lors de constructions coloniales.

 

Les alentours de Béjaia attestent aussi de cette présence antique : tronçons de voies romaines menant vers Jijel (Igilgilt), Tiklat (Tubusuptu), Rusuc- curu (Dellys) ; arches de l’aqueduc de Toudja.

 

Les récits des historiens ne parlent pas de Béjaia aux premiers temps de l’Islam. Les différents conquérants de l’Afrique du Nord ont eu des itinéraires qui, d’une ligne partant de Kairouan, la première base musulmane, se dirigeait vers le Maghreb extrême en empruntant la route des hauts plateaux et délaissaient ainsi la route côtière et ses villes. Au milieu du XIe siècle, c’est-à-dire juste au moment du choix d’Al Nasir, Al Bekri met en évidence les avantages du site : « au-delà de Mersa el-Dedjadj, on trouve le port de Bougie, Mersa Béjaia, ville très ancienne qui a pour habitants des Andalous. À l’orient est un grand fleuve qui admet des navires chargés. Ce port est sûr et offre un bon hivernage… Béjaia est le port de Qal’at Abi Tawil. Dans les montagnes qui dominent ce mouillage se trouvent des tribus kotamiennes qui professent la doctrine des chiites. Elles respectent les gens qui ont du penchant pour leurs croyances et traitent généreusement ceux qui font profession de leur religion. Avant d’arriver au port de Béjaia, on rencontre l’île de Djouba (île Pisan)… ». Dans sa narration, Al Bekri montre bien que le territoire de Béjaia est sous contrôle des Fatimides, puisqu’il fait référence aux tribus kotamiennes qui soutinrent le Da’i Abu Abdallah Al Chi’i dans son entreprise de conquête du Maghreb pour le compte du Mahdi ‘Obaïd Allah. Le point de départ du mouvement fatimide était Ikjan, petite ville entre Sétif et Béjaia. En 1067, Al Nasir (1062-1082), le cinquième souverain de la dynastie, jeta son dévolu sur le territoire des Bgayet et installa sa capitale à Béjaia qu’il voulut nommer Al Nassiriya. Tout en continuant de résider en partie à la Qal’a, il s’attacha à développer sa future capitale en construisant un splendide palais, Qasr al-Lu’lu’ (le palais de la Perle). Il y transféra tous ses biens, ses bibliothèques et exhorta les savants, les écrivains et les artistes à venir y habiter. Le fils d’Al Nasir, Al Mansûr (1090-1104) quitta définitivement la Qal’a et s’installa à Béjaia avec ses troupes et sa cour. Il y bâtit la Grande Mosquée dont parle le voyageur Al Abdari (XIIIe-XIVe siècle) quand il décrit Béjaia : « Elle possède une merveilleuse mosquée unique dans sa beauté, originale ; elle domine la plaine et la mer et constitue un spectacle qui vous enchante et remplit d’admiration. Les fidèles y sont assidus et ils l’entretiennent avec dévouement… ». L’intérieur de la mosquée était entièrement pavé de marbre ; son minaret avait soixante coudées de haut et vingt coudées de large à la base. Mais les autres cultes monothéistes comme le judaïsme et le christianisme, existant déjà à la Qal’a des Beni Hammad, étaient  également présents dans la nouvelle capitale. Les communautés chrétiennes des différentes villes hammadides (Buna-Annaba, la Qal’a, Béjaia) étaient dotées d’un évêque et vivaient en parfaite sécurité. L’histoire a gardé une correspondance du Pape Grégoire VII répondant favorablement à une demande d’Al Nasir, « roi de la Maurétanie et de la province de Sétif », pour la désignation d’un guide pour la communauté chrétienne de Hippone. Les deux pontifes s’échangèrent des cadeaux. Dès cette époque, des marchands d’Amalfi et de Gaëte fréquentaient le port de Béjaia. Ils seront suivis plus tard par des Génois, Pisans, Vénitiens, Florentins, Aragonnais, Catalans, Marseillais…. Tous ces négociants européens étaient installés dans la Kaïssaria située près de Bab al-Bahr. Al Nasir fit planter des jardins et construire les palais d’Amimûn et de l’Étoile. Il améliora le système d’alimentation en eau de la ville. On pouvait compter jusqu’à soixante-douze mosquées dont la Djama’ al-A’dham, la Djama’ al-Qasaba, la mosquée al-Mordjani, la mosquée Abu Zakariya al-Zawawi. . . La capitale médiévale comprenait de nombreux quartiers : Abû-1-Abbas Ahmad al-Ghobrini parle de huit quartiers, Ferraud en a compté plus de vingt. Parmi eux, on peut citer les quartiers de Brija, al-Maqdassi, Bab al-Bahr, Sidi Bou Ali, Acherchour, Sidi Abd el-Hadi, El Kenitra, Zaouïat Sidi Touati… Ce fut l’âge d’or de la ville qui accueillit à ce moment-là l’élite intellectuelle, les savants et les artistes qui avaient quitté la Qal’a déchue et les villes d’Ifriqiya, d’Andalousie… Béjaia rayonnait sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Par elle, l’art maghrébin était imité particulièrement en Sicile et en Italie. Les demeures et les palais de Palerme s’inspiraient de ceux de Béjaia dont le poète sicilien Ibn Hamdis nous fournit une description admirative.

 

Le palais de Amimûn devait se situer non loin du tombeau de Sidi Touati ; le fort Barrai a succédé au palais de l’Étoile ; le château de la Perle occupait l’emplacement des casernes de Bridja. Des citernes, une partie de l’enceinte orientale et la porte sarrasine, Bab al-Bahr, peuvent être attribuées aux souverains hammadides. Béjaia avait, comme Honaine, Mahdia et Salé, la particularité d’avoir un port intérieur auquel on accédait par une arche. La métropole hammadide était étendue en surface. Nous connaissons les noms des sept ou huit portes dont certaines peuvent être localisées : Bab Amsiwan à l’est sur la route qui mène à la vallée des Singes, Bab al-Bunûd à l’emplacement de la porte Fouka, Bab el-Lawz sur la même face, Bab al-Sina’a, la porte de l’Arsenal, qui a disparu après la prise de la ville par les Espagnols. D’autres portes sont citées par les historiens du Moyen Âge comme Bab Ilân, Bab al- Debaghine, Bab al-Jadid et Bab Bâtina, Bab al-Rouah. . . En-dehors de la ville s’étendaient sur les deux rives de la Soummam les jardins créés au XIIe et restaurés au XIIIe siècle : le Badi’ à l’ouest et le Rafi’ à l’est.

 

Un siècle plus tard, Al Idrissi lui consacre une description plus longue du fait de son nouveau statut : « De nos jours, Béjaia est la métropole du Maghreb central et la capitale du territoire des Bani Hammad vers laquelle les navires mettent les voiles, les caravanes dirigent leurs pas ; les produits et marchandises sont expédiés par voie de terre et par voie de mer, le négoce y est particulièrement actif, les habitants sont de riches commerçants, l’artisanat et les artisans sont d’un niveau inégalable. Les négociants de Béjaia traitent avec ceux du Maroc, du Sahara et du Moyen Orient. C’est à Béjaia que sont entreposés des ballots et que sont vendues des marchandises pour des sommes colossales. Dans ses campagnes et exploitations agricoles, le froment, l’orge, les figues et tous les autres fruits sont cultivés en quantités suffisantes pour la consommation de plusieurs pays. Béjaia possède un chantier de constructions navales d’où sortent navires de guerre, paquebots, vaisseaux, galères. C’est que dans ses vallées et dans ses montagnes, il y a du bois à profusion. De ses environs, proviennent de la poix et du goudron d’excellente qualité. On y trouve des gisements de fer de bonne teneur. Son artisanat produit toutes sortes d’articles originaux, finement ouvragés. À un mille de la ville, coule une rivière venant de l’ouest, du côté des massifs montagneux de Djardjra (Djurdjura). C’est un cours d’eau important qu’on ne traverse, à son embouchure, que sur des embarcations… ». Et le géographe de citer les villes qui gravitent autour de cette métropole : Ikjan, Belezma, Sétif, Baghaï, Tobna, Qalama, Tébessa, Biskra….     

Si Al Idrissi lui consacre tout un développement, c’est que la ville a acquis une dimension méditerranéenne que personne ne lui conteste. En plus de ses activités économiques et portuaires, la ville abrita, sous l’impulsion d’Al Mansûr et de ses descendants, une importante université où des professeurs de renom venaient enseigner. En 1152 (546 de l’hégire), Abdel Mumin s’empara de la ville et le dernier souverain hammadide, Yahya Ibn al-Aziz, finira ses jours, traité comme un prince, d’abord à Marrakech la capitale almohade, ensuite à Salé où il mourut en 1163 (558 de l’hégire). Béjaia fut déchue de son rôle de capitale et devint le chef-lieu d’une province almohade gouvernée par un fils du khalife. Mais elle n’en continua pas moins d’attirer les savants durant tout le Moyen Âge. En 1228, à la chute de l’empire almohade, Béjaia passa sous l’autorité des Hafsides tout en gardant une certaine autonomie du fait de son éloignement par rapport à Tunis. Ibn Khaldun, dans son histoire des Berbères, donne le détail de cette période (XIIIe-XIVe siècles) riche en retournements et en rivalités entre les dynasties mérinide, zayanide et hafside. Cela n’empêchait pas le port d’être fréquenté par des navires marchands grâce aux traités de commerce signés avec les nations européennes.

 

 

Cet effort d’urbanisation apparaît sur la côte. Un certain nombre de villes portuaires Stora, Djidjel (antique Igilgili), Marsat El Kull (antique Chullu, Collo), Bûna (antique Hippone) apparaissent dans le récit des historiens ainsi que dans les portulans42. Il semble qu’au départ le conquérant utilise l’aménagement du territoire tel que l’a laissé l’occupant romain ou byzantin. Par la suite, au gré des nécessités ou des nouveaux centres d’intérêt, il fonde de nouvelles villes, la plupart du temps sur les ruines d’un établissement ancien, en utilisant le matériau de l’ancienne agglomération, qui deviennent de nouveaux centres de rayonnement.

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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