l’Ennayer chez les Beni Snous

12 01 2017

 

 

 

 

L’édition  en dialecte berbère des Béni Snous été dicté au Kef pendant la fête d’Ennâyer  (en 1905) par le jeune Belkacem ben Mohamed. Le texte est donné en transcription arabe, traduction en français et mise en forme par Edmond DESTAING le professeur à la Médersa de Tlemcen.   

 

 

 

 

« Nous célébrons au Kef la fête d’Ennâyer pendant quatre ou cinq jours ; au Khemis, elle dure sept jours, pendant lesquels les gens ne mangent que des aliments froids.

Avant l’Ennâyer, les hommes se rendent au marché et y achètent les choses nécessaires. Ils partent au moulin y chercher de la semoule. Pendant cinq jours, les femmes vont couper du bois qu’elles rapportent du Taïnet (montagne qui s’élève au N-E du Kef) sur leurs épaules.

Le premier jour, dés le matin, les femmes et les enfants vont à la forêt sur les pentes. Ils en rapportent des plantes vertes : du palmier nain, de l’olivier, du romarin, des asphodèles, des scilles, du lentisque, du caroubier, de la férule, du fenouil. Les femmes jettent, sur les terrasses des maisons, ces plantes qu’on y laisse se dessécher.

Les tiges vertes ont, en effet, une influence favorable sur les destinées de l’année nouvelle, qui ainsi sera verte comme elles. Et pour que l’année soit pour nous sans amertume, nous nous gardons de jeter, sur nos maisons, des plantes, telles que le chêne-vert, le thapsia, le tuya, qui toutes sont amères.

Les enfants rapportent aussi, de la montagne, de petits paquets d’alfa, six, huit, en nombre pair ; deux paquets sont d’alfa sec ; ils se procurent aussi trois grosses pierres ; au pied des pentes, ils recueillent de la terre rouge. Ils apportent le tout à la maison. Alors, au moyen d’une pioche, les femmes démolissent l’ancien foyer, enlèvent les trois vieilles pierres, qui servent de support à la marmite, et les remplacent par celles que les enfants ont apportées. Elles font détremper la terre rouge dans l’eau, la pétrissent, en enduisant les pierres du nouveau foyer et laissant sécher jusqu’au moment de préparer le repas du soir. On allume alors le feu avec l’alfa récolté sur la montagne.

Quant aux hommes, ils se réunissaient autrefois, de grand matin, à Mzaourou, pour faire une battue. On en rapportait des lapins, des perdrix que l’on mangeait le lendemain. De nos jours, on égorge un mouton, une chèvre, pour que les gens soient pourvus de viande (le second jour de la fête). On mange aussi des poules dans chaque famille.

Alors, on s’occupe du dîner. Il se compose uniquement de berkoukes au lait. Après le repas, on en place quelques grains sur les pierres du foyer, ainsi que sur les poutres qui soutiennent le toit. On ne lave pas le plat dans lequel on l’a mangé, ni l’ustensile qui a servi à le faire cuire ; on ne nettoie pas les cuillers ; on ne secoue pas la corbeille à pain, ni l’anfif (en alfa dans lequel se cuit le couscous).

 

 

 

 

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A cette occasion, on fait des سفنج (crêpes) et des ثريد (beignets). On prend des figues, des grenades, des oranges, des noix. On en fait des colliers, auxquels on ajoute un thaja’outh. C’est un pain plus ou moins gros, au milieu duquel on place un œuf, que l’on recouvre de petites baguettes de pâte ; on porte au four beaucoup de ces pains ; quand ils sont cuits, on les retire et on en fait cadeau aux amis qui en rendent d’autres.

Pour faire un gâteau avec des œufs, les femmes en cassent vingt ou trente, y mêlent du levain, des raisins secs, du sucre. Lorsque cette pâte a levé, on la place dans une marmite et on fait cuire dans de l’huile. On enlève le gâteau et, après l’avoir laissé refroidir, on le mange, en compagnie d’invités, avec du pain de froment.

On ne mange pas, ce jour-là, de pain d’orge, mais seulement du pain de farine de blé. Les femmes ont soin de jeter les coquilles au loin, afin  qu’il n’arrive à personne de marcher dessus.

A celui qui n’a rien, nous offrons des figues, des grenades mises en colliers, un petit pain ; de cette sorte, ses enfants ne pleurent pas d’envie en voyant les friandises des autres.

Tous les enfants vont jouer sur la pente des montagnes, ils emportent des crêpes, du pain, des figues et, quand ils ont bien joué, ils mangent et reviennent à la maison.

Parfois ils vont, quand le soleil est chaud, jusqu’à la grotte des Ath Moumen. Au moyen d’une tige de férule, les petites filles font une poupée qu’elles revêtent comme une mariée et jouent, en chantant jusqu’au coucher du soleil.

 

 

 

 

 

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Quand approche la nuit, on fait un lion. Deux hommes, placés l’un devant l’autre, la face tournée vers le sol, se saisissent. Les jeunes gens vont chercher un tellis dont ils les revêtent et qu’ils fixent au moyen de tresses d’alfa ; on n’oublie pas de pouvoir le lion des attributs de son sexe. Alors l’individu placé devant se met à rugir dans un mortier qu’il a à la main. La marmaille emmène le lion dans les maisons et les tentes, où il effraie les petits enfants. Les jeunes gens disent aux habitants : « donnez-nous pour le diner du lion ». On leur donne des figues, des beignets, du pain, des crêpes. Tout ce monde vient ensuite au bordj du caïd. Chemin faisant, le lion danse au son d’un tambourin. Puis on se réunit dans un endroit voisin de la Tafna ; les jeunes gens se partagent le produit de la quête, mangent et se séparent après avoir récité la Fatiha.

Et comme cette année-ci est sèche, nous avons ajouté cette prière : « O Seigneur, donne-nous de la pluie ».

Après le diner, le maître de la maison va vers ses brebis et les appelle ; si elles bêlent, la nouvelle année sera bonne ; si le troupeau se tait, l’homme se rend auprès de ses vaches et leur parle ; un beuglement comme réponse est le présage d’une année passablement prospère. Si les vaches restent silencieuses, le maître se dirige vers ses chèvres. L’année sera médiocre si elles bêlent, mauvaise si elles se taisent.

Le lendemain, nous préparons au village un chameau. On fait un faisceau de perches que l’on lie avec des tresses d’alfa. On apporte alors une tête de cheval, ou d’âne, ou de mulet ; on y adepte une branche que l’on fixe ensuite à l’une des extrémités du faisceau en question. Trois hommes, masqués par une couverture, supportent le tout. Cela représente un chameau. Dans des raquettes de figuiers de Barbarie, on taille à l’animal des oreilles, et aussi des yeux au milieu desquels on place des petites coquilles d’escargots. On fait, de ces coquilles un grand collier que l’on passe au cou du chameau. Enfin, on lui adepte une queue faite d’une branche de palmier. On le promène ensuite comme on l’a fait pour le lion, et la marmaille crie : « Donnez-nous à manger pour le chameau ».

On ne revêt pas, pour l’Ennâyer, des beaux habits, comme on le fait un jour de fête.

Si l’un de nous veut arriver à découvrir, dans les broussailles, les œufs de perdrix, il se teint, le palmier jour d’Ennâyer, le bord des paupières avec du collyre ; puis, la nuit, se plaçant un tamis sur le visage, il compte les étoiles au ciel, cela, afin de renforcer sa vue.

 

 

 

 

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Une femme est-elle en train de faire une natte aux approches d’Ennâyer ? Elle s’empresse de l’achever pour l’enlever du métier avant la fête : elle détache ensuite le roseau auquel est fixée la trame. Parfois ses voisines viennent l’aider. Si cette femme n’enlevant pas la natte, lui laissait  passer l’Ennâyer sur le métier, un malheur surviendrait, qui éprouverait ses enfants, son mari, ses biens. On agit de même pour un burnous ou une jellaba.

Si une femme n’a pu achever une natte commencée, elle l’enlève avant l’Ennâyer et la fait porter au loin dans la montagne. Puis, la fête passée, on la place de nouveau sur le métier et on l’achève.

Voilà comment se passe le premier de l’an chez les Béni Snous. Que cette année soit heureuse pour vous !  »

 

 

 

 

 

 

L’Ennayer chez les Beni Snous (texte berbère, Dialecte des B.Snous)  ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi: Ayrad N’Yennayer chez les At Snus 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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