Les anciennes Mosquées de Tlemcen

8 01 2017

 

 

 

 

Restée de 1069 à 1144 sous la domination des Almoravides, Tlemcen continua à se développer avec les Almohades. Vers 1227, un gouverneur, Yarmorasen ben Zian, se déclara indépendant. Tlemcen devint sa capitale et le siège d’une dynastie nouvelle (les Béni-Zians ou Abdelouadites). Les successeurs de Yarmorasen restèrent sur le trône pendant près de trois cents ans, avec une interruption de vingt-cinq ans: l’entracte mérinide au XIVème siècle.

L’histoire de Tlemcen est dominée par une longue lutte contre les bandes arabes venues de l’Ouest et les rois mérinides de Fez. Ceux-ci, en 1299, investissent la ville. Pendant le siège qui dure huit ans, ils bâtissent en banlieue un camp fortifié, avec mosquée et édifices divers, dans une enceinte de remparts mesurant près de 4 kilomètres: c’est Mansoura. Tlemcen, cependant, demeura inviolée. Mais, en 1337, après un nouveau siège de deux ans, elle fut cette fois prise d’assaut par les Mérinides. Ils y restèrent jusqu’en 1359. Cette date marque la restauration des Abdelouadites. Leurs descendants occupent le trône cent quatre vingt-seize ans. En 1555, enfin, les Turcs s’empareront de la vieille cité.

 

Malgré ces luttes continuelles, les Abdelouadites, les premiers surtout, ne cessèrent d’embellir leur capitale. Eux et les Mérinides ont fait de Tlemcen la « perle du Maghreb », le pur diamant de l’art musulman algérien. Du wagon qui roule à travers tant de méandres, on attend avec fièvre Tlemcen. On la désire du cœur et des lèvres. Une dernière courbe: la voici enfin. Elle est toute féminité. Elle s’appuie nonchalamment à l’épaule des collines. Ses hanches frôlent de leurs tendres inflexions la campagne ardente. Et quelle envolée d’inspiration! Les panneaux des monuments grouillent d’arabesques: elles font comme un bruissement de formes agiles dans le silence odorant des mosquées. Ici, la matière docile s’est amoureusement pliée aux fantaisies de l’homme. Art voluptueux. Art mystique. Art de subtilité délirante.

Le paysage est un parterre de souvenirs. Tlemcen n’a point voulu que le passé demeurât inerte. La nature anime les vieilles pierres. A Mansoura, elle leur verse ses ondes frémissantes. Le soleil met aux ruines un sourire. Secouées de frissons dans les pollens de l’aurore, toutes roses de chaudes carnations, elles désertent les temps révolus. Elles s’incorporent au siècle. Et ces mosquées bourdonnent encore de prières. Elles réconcilient le passé et le présent. Elles enlacent le rêve à la vie. L’heure n’a plus un timbre désuet; elle vibre des sonorités de l’actuel. Admirable leçon de Tlemcen : l’art ne doit pas être un cimetière; la fleur n’est rien sans le fruit, la pensée sans l’action n’est qu’une fleur stérile…

Sous les Beni Zians, Tlemcen devint un marché commercial de premier ordre. C’est là qu’aboutissaient pour se croiser les courants d’affaires, allant de l’Occident à l’Orient, et du port voisin d’Honaïn, aujourd’hui ruiné, au Tafilalet et au Soudan. Cette position cardinale, les influx divers qui se mêlèrent à Tlemcen, expliquent bien des affinités artistiques. Mentionnons aussi la présence de chrétiens, esclaves, soldats ou ouvriers et d’andalous qui vinrent d’Espagne, nous confie Ibn-Khaldoun, à la demande d’un abdelouadite. Petit fait, mais considérable. La Tlemcen de l’époque a, avec l’esthétique de Grenade, une étroite amitié.

 

 

 

 

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Le commencement du XIe siècle est une époque de prospérité pour Tlemcen, dont les beaux monuments, surtout les mosquées, sont d’un style remarquable :

 

 

 

 

Mosquée de Sidi-Bel-Hassen

 

 

 

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TLEMCEN – Le Musée – Ancienne Mosquée de Sidi-bel-Hassen

 

 

 

 

Deux inscriptions la situent (696-1296 de J.-C.) et précisent qu’elle fut érigée en mémoire de l’émir Abou-Amer-Ibrahim, fils de Yarmorasen, en exécution sans doute de la volonté testamentaire de ce prince, On ignore encore pourquoi la mosquée, bâtie pour assurer au défunt émir les félicités éternelles, a changé de destinataire au cours des âges. La piété publique l’a vouée au vertueux, au savant Abou­ L’hassen-et-Tenesi.
 

Salle de prières partagée en trois nefs par deux séries de colonnes d’onyx que relient des arcs outrepassés. Autour de la pièce, frise géométrique. Les arcades étaient autrefois décorées; les murs se peuplent encore çà et là de larges arabesques et de losanges lobés contenant des motifs. Le mihrab  sous coupole à stalactites, s’arque en plein cintre outrepassé; le fer à cheval est couronné de trois bordures, la première circulaire, les deux autres rectangulaires, avec arabesques et inscriptions en koufique. Au-dessus trois fenêtres plein cintre, ajourées d’une ténue dentelle de rosaces. Les chapiteaux, trop massifs peut-être pour les fûts, révèlent deux types: une zone inférieure de méandres sous un turban de palmettes entrecroisées – des feuillages pressant un court bandeau; – la facture en est un peu surchargée. Le minaret est illustré d’un réseau d’arcades et de céramique verte, brune et blanche.

 

 

 

 

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Intérieur de la Mosquée de Sidi Bel Hassen

 

 

 

 

La décoration. - Epigraphie d’un Koufique aminci plus élancé que le Koufique almoravide de la grande Mosquée. Il projette ses tiges, les termine en biseaux, en feuilles, en replis angulaires capricieusement noués aux motifs voisins. En même temps, les vides se comblent d’arabesques: c’est comme un lierre qui grimpe aux longues hampes des lettres. Modèle fréquent dans les inscriptions de l’époque. Le cursif, employé au mihrab sur une partie du cadre, emprunte les belles formes, courtes, grasses, mais ingambes, de l’Andalousie.

La géométrie a pris de l’importance. Elle use de l’étoile octogonale, de la rosace à seize pointes, de dodécagones qui se relient, se prolongent, se répètent en un délire linéaire d’une hallucinante obsession. La flore, nettement andalouse, ne garde plus qu’une lointaine affinité byzantine. Elle jaillit avec une luxuriance de forêt vierge. La broussaille ornementale répète à l’infini un système de palmes, trèfle trilobé et acanthe. L’ensemble est saisissant: c’est un feu d’artifice d’arabesques qui éclatent et couvrent les panneaux de leurs gerbes étincelantes.
 

 

De tous les monuments de Tlemcen, la Mosquée de Sidi-Bel-Hassen est celle qui se rapproche le plus des chefs-d’œuvre espagnols. Avec son mihrab, véritable joyau d’une ciselure infinie, elle est un fleuron splendide de l’art musulman. Elle porte, disent MM. W. et G. Marçais, la trace d’une culture artistique qui ne sera guère dépassée.

 

 

 

 

 

 

 

La mosquée des Oulad-El-Imam

 

 

Cette petite mosquée où Bargès ne trouve « rien de remarquable sous le rapport de l’art » mérite cependant d’être mentionnée. Elle a, sans doute, été assez maladroitement réparée, mais ses beaux spécimens de l’art hispano-moresque attirent encore le dilettante.

 

 

 

 

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La mosquée des Ouled-El-Imam

 
 

 

 

Elle fut fondée en 710 (1310 de J.-C.) par ordre d’Abou Hammou Ier, avec une médersa (El-Médersa El Qadima) et des annexes aujourd’hui disparues. L’ensemble était destiné à deux frères Abou Zeid Abderrahmane et Abou Moussa, savants réputés que le roi voulait retenir à Tlemcen. Ils étaient fils d’un iman de Ténès. De là, l’appellation de l’oratoire. En 1859, date où Bargès l’étudia, il était déjà abandonné. « Il ne sert plus au culte, à cause de la « solitude du lieu où il se trouve… ».
 

Dans les deux travées et les trois nefs de la salle de prières. Rien n’a survécu de l’ancienne ornementation. Le cadre du mihrab conserve les vestiges d’une décoration sur plâtre à maille délicate et légère. La niche se creuse sous une coupole à stalactites que dominent trois petites fenêtres en plein cintre. L’écriture koufique, les palmettes, les courts rinceaux, sont de la même frappe qu’à Sidi-Bel-Hassen.
Le minaret, de 17 mètres, développe sur les quatre faces, comme à Sidi-Bel-Hassen encore, des damiers losangés, des céramiques vertes, blanches et brunes. Dans le sens vertical, deux panneaux, l’un avec arc festonné, le second à deux arcades lobées et jumelées.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mosquée de Mechouar

 

 

 

 

 

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© said bali via Panoramio

 

 

 

Le Mechouar est l’ancien palais-forteresse des rois de Tlemcen. Il dut être superbement aménagé. Mohammed Et-Tenesi parle de ses « édifices splendides, de pavillons « très élevés, de jardins ornés de berceaux de verdure » … Au XVIème siècle, Léon l’Africain évoque la « magnifique « architecture des bâtiments ». Bargès décrit une horloge que les rois de Tlemcen conservaient jalousement. Le passage mérite d’être cité :

« Elle était ornée de figures d’argent d’un travail ingénieux et d’une structure solide. Sur le plan supérieur de l’appareil s’élevait un buisson sur lequel était perché un oiseau avec ses deux petits sous les ailes. Un serpent, sortant de son repaire situé au pied de l’arbuste, grimpait doucement et sans bruit vers les deux petits qu’il guettait et qu’il voulait surprendre. Sur la partie antérieure il y avait dix portes, c’est-à-dire autant que l’on comptait d’heures dans la nuit, et à toutes les heures une de ces portes tremblait et faisait entendre un frémissement. Aux deux coins de l’appareil et de chaque côté était une porte ouverte, plus longue et plus large que les autres. Au-dessus de toutes ces portes et près de la corniche, l’on voyait le globe de la lune qui tournait dans un grand cercle et marquait par son mouvement la marche naturelle que ce satellite suivait dans la sphère céleste pendant cette nuit. Au commencement de chaque heure,… »

« …..au moment où la porte qui la représentait frémissait, deux aigles sortaient du fond des deux grandes portes et venant s’abattre sur un bassin de cuivre, ils laissaient tomber dans ce bassin un poids également de cuivre qu’ils tenaient dans leur bouche; ce poids entrait par un trou qui était pratiqué dans le milieu du bassin et arrivait ainsi dans l’intérieur de l’horloge. Alors le serpent a qui était parvenu au haut du buisson, poussait un sifflement et mordait l’un des petits oiseaux que son père cherchait en vain a défendre par ses cris redoublés. Dans ce moment, la porte qui marquait l’heure présente s’ouvrait toute seule, et il paraissait une jeune esclave ornée d’une ceinture et douée d’une rare beauté. De la main droite elle présentait un cahier ouvert où le nom de l’heure se lisait dans une petite pièce écrite en vers; la main gauche, elle la tenait placée sur sa bouche comme pour saluer le souverain qui présidait la réunion et le reconnaître par ce geste en qualité de khalife. »

 

 

Tout cela avait disparu avant 1830 . En 1836, quand elles pénétrèrent dans le Mechouar, les troupes françaises n’y trouvèrent que des ruines – seule subsistait la Mosquée.
Elle est contemporaine de l’oratoire des Ouled-El-Imam. Mais la salle de prières a été remaniée à diverses reprises, parles Turcs notamment, qui en modifièrent le plan et détruisirent la décoration intérieure. Elle n’a plus guère aujourd’hui de cadence artistique.

Il en est de même du minaret. Cependant il a gardé, surtout sur la façade Sud, des survivances de beauté. Il se rapproche sensiblement de celui des Oulad-El-Imam. On voit, dans un cadre de faïence vernissée, une épigraphie un peu déclamatoire et décadente: « O ma Confiance, O mon Espérance, c’est Toi l’Espoir, c’est Toi le Protecteur, scelle mes actions pour le Bien ».

 

 

 

 

 

 

 

 

La mosquée de Mansoura

 

 

 Mansoura est le camp fortifié devenu une véritable ville, que les rois mérinides construisirent pendant le siège de Tlemcen. Les ruines en ont été exploitées, notamment par les Abdelouadites. Ils y trouvèrent dalles, chapiteaux d’onyx, marbres, colonnes, ultérieurement utilisés pour l’ornementation des monuments tlemcéniens.

 

 

 

 

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On a pu, à la suite : de fouilles, reconstituer le plan de la Mosquée, édifiée en 1303 ou en 1336. Elle occupait un rectangle de 85 x 60 mètres. La cour, de 30 mètres de côté, de forme carrée, entourée sur les flancs gauche et droit de trois nefs parallèles, précédait la salle de prières, longue elle aussi de 30 mètres et divisée en 13 nefs par des colonnes d’onyx. Le mihrab était flanqué de deux portes latérales donnant sur la salle des morts. Suivant Bargès, six fenêtres l’éclairaient encore en 1839. 13 portes, dont la principale sous le minaret, ouvraient l’accès de la mosquée. Bargès parle de « quatre portes ornées de sculptures ». Seule, celle du minaret a été conservée.
 

Le minaret dont une moitié subsiste, fut consolidé en 1877-1878. Haut de 40 mètres, il est, écrit M. G. Marçais, un des plus fiers monuments que nous ait laissé l’art musulman occidental. Sa construction a donné lieu à une légende d’un savoureux accent algérien. La voici (Ici)

 

En bas, la porte monumentale, l’entrée principale à la fois du Minaret et de la Mosquée, encadrée dans un rectangle large de 8 mètres qui porte, sur une bordure, gravée en style andalou, la dédicace du monument. Ce rectangle enchâsse lui-même trois arcs plein cintre, le premier festonné, le second lobé, le troisième sans dentelures. L’étage de dessus prolonge sur le portail, en guise d’auvent, un balcon ruisselant de stalactites. Les autres façades du minaret ouvraient, à la hauteur du balcon, des fenêtres cernées d’arcades. Plus haut, un large panneau réticulé, comme emprisonné d’une cotte de mailles en losanges, avec des miroitements de céramique verte, brune et bleue. A l’étage supérieur, fausses galeries d’arcs brisés tendus sur de fines colonnes. Il ne reste rien du sommet de la tour qui, suivant la légende, portait des globes d’or. La décoration rappelle la Giralda de Séville, la Kou­toubia de Merrakech, la Tour de Hassan à Rabat, la Puerta del Vino à Grenade.
Oui c’est, bien ici l’un des plus fiers élans de l’art maghrébin. Mais la note esthétique, cependant vibrante, pâlit dans l’ensemble: le minaret efface tout. Il monte vers le ciel- comme un sanglot déchiré. Il crie, dans cette Mansoura si vivante, le désespoir mystique que l’époque n’entend plus. Ardentes oraisons, syllogismes compliqués et gauches, affirmation de l’Unité divine, voilà ce qu’il symbolise. Notre Occident, certains de nos élèves musulmans, veulent d’autres métaphysiques. Nous cherchons, dans des systèmes moins rigides, des règles de vie- Le minaret de Mansoura n’est qu’un Dogme, glorieux, magnifique, mais isolé : la moitié en a déjà croulé.

 

 

 

 

 

La Qoubba de Sidi Boumédien et la Mosquée d’El-Eubbad

 

 

Petit village arabe à environ 2 kilomètres au Sud-est de Tlemcen, « El-Eubbad » est le pluriel de « Abed », pieux. Les Européens appellaient l’agglomération: Sidi­ Boumédine. « El-Eubbad » est plus doux. Le mot sur les lèvres a une saveur de miel. Et voyez! La colline vibre du zig-zag doré des abeilles…

 

Sidi-Boumédien, l’une des figures les plus saillantes de l’hagiographie maghrébine, naquit à Séville, vers 1126. Il fit ses études à Fez, puis à la Mecque. Il embrassa le soufisme: manière de quiétisme ascétique, à fond de panthéisme inavoué, où se mêlent des réminiscences alexandrines et hindoues. Les miracles de Sidi-Boumédien sont célèbres: d’un regard il domptait les lions; sa pensée arrêtait un bateau chargé d’esclaves qu’il voulait délivrer; il rendait ses disciples invulnérables au feu. Sa renommée s’étendit dans l’Islam tout entier. Quittant Bougie où il avait enseigné, il allait à Merrakech, quand arrivé à quelque distance de Tlemcen, il s’écria, désignant la colline d’El-Eubbad : « Quel lieu admirable pour dormir le dernier sommeil ! » Il mourut le jour même et fut enseveli à El-Eubbad (1197), sous la qoubba ou il repose encore. Son tombeau, devenu lieu de pèlerinage, a été magnifié par les poètes arabes. « Si nos corps sont loin de l’endroit où tu reposes; nos cœurs ne soupirent pas moins après le moment où il nous sera permis de te revoir. Tu as couru dans la lice de la vie et tes pas ne t’ont pas trahi car ils ont glorieusement atteint le but; tu reçois maintenant le prix de ta course…»
 

Un autre termine ainsi son poème: « Que la bénédiction de Dieu repose sur notre puissant intercesseur Sidi­ Boumédien), et cela, tant que les oiseaux feront entendre dans le ciel leur langage harmonieux. »

 

 

 

 

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La Qoubba. La Qoubba ou dort Sidi-Boumédien remonte aux dernières années du XIIème siècle. L’édifice fut remanié plusieurs fois, lors de la fondation de la Mosquée voisine, à l’époque turque et en 1793 après un incendie. C’est le type classique uniformément usité en Berbérie : cube couvert d’une coupole. Sur les quatre murs intérieurs; défoncements à arc outrepassé, et dans la partie supérieure de l’arcade, une fenêtre qu’ajoure un treillis en plâtre.
La décoration, de date récente, serait l’œuvre d’un artiste turc. « Les parois, de la base au faîte, écrivait Brosselard en 1859, sont entièrement refouillées. C’est une étonnante profusion d’arabesques du style le plus pur le plus correct, le plus gracieux. »


 

 

 

 

La mosquée de Sidi-Boumedien

 

 

 

 

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Annexe de la Qoubba construite en 1339.
Le porche est prestigieux. Une grande arcade outrepassée, dépassant 7 mètres, large de 3, encadre la porté. Dans le rectangle qui la chevauche, s’entrelacent des arabesques en faïences blanches, brunes, vertes et jaunes, combinaisons diaprées de palmettes doublés symétriquement affrontées. Au-dessus, une bande de mosaïques déroule une inscription dédicatoire à hampes élancées: « Louange au Dieu unique ! L’érection de cette mosquée bénie a été ordonnée par notre maître, le Sultan serviteur de Dieu, Ali fils de notre seigneur le Sultan Abou Saïd Otman, fils de ……. etc… que Dieu le fortifie et lui accorde son secours – en l’année 739 (1339) », Dominant le ruban épigraphique, une frise de 5 rosaces dont le centre est une étoile octogonale et qui se joignent les unes aux autres, au moyen de chevrons disposés sur quatre bandes verticales. Un auvent à consoles géminées fait saillie sur l’ensemble. A environ 2 mètres du sol, les faces intérieures du porche sont sillonnées d’arabesques et d’inscriptions.

 

 

 

 

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Une lourde porte en cèdre, à deux battants, revêtue de lames de bronze, sépare le vestibule de l’oratoire. Les thèmes décoratifs en sont les suivants: (a) – un polygone à 16 sommets d’où rayonne une grande rosace rectiligne. Également à 16 sommets; (b) — entre ce groupe géométrique et sa reproduction voisine dans le sens vertical, une petite rosace octogonale; (c) – des remplissages curvilignes et floraux; (d) – de gros clous en dômes cannelés; (e) -­enfin un heurtoir de bronze, de forme à peu près circulaire avec, à l’intérieur, une rosace à huit pointes sertie de palmes trilobées.

 

 

 

 

 

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Cette belle porte a sa légende. Un captif espagnol détenu à Tlemcen obtint sa libération contre la promesse d’envoyer une porte à la mosquée de Sidi-Boumédien. 

Le prisonnier, revenu en Andalousie, confia les deux lourds battants à la Méditerranée. Docilement, la mer latine les déposa sur la colline d’El-Eubbad. Ce miracle géographique a peut-être sa signification. Suivant MM. W. et G. Marçais, il révèle l’origine espagnole des vantaux d’ailleurs en partie confirmée par certaines analogies. Souvenez-vous du rameau de Salzbourg cher à Stendhal : une source le vêt de diamants calcaires. Brisez les cristallisations de la légende: le petit fait historique qu’avait enrichi l’imagination du peuple apparaît aussitôt dans sa sécheresse dépouillée.

 

La cour de la Mosquée (10m x 11) est entourée sur trois côtés de galeries: arcades en fer à cheval plein cintre. Le quatrième côté, au sud, s’ouvre sur la salle de prières large de 19 mètres et longue de 15. Cinq nefs supportées par seize colonnes quadrangulaires, la nef médiane large de 3m50, alors que les autres ont seulement 3m10. Des arcs outrepassés relient les colonnes.
 
 

Le mihrab ressemble beaucoup à celui de Sidi-Bel-Hassen : arcature en fer à cheval, cintre à claveaux, cadre sculpté d’inscriptions koufiques, etc. Les deux colonnes d’onyx qui le supportent sont coiffées de chapiteaux qui réalisent un grand progrès pour l’époque: meilleure coordination des éléments (tailloir bien lié au reste, fût se fondant plus harmonieusement dans le chapiteau), accentuation des reliefs, chaleur de l’invention ornementale toute en méandres, volutes d’angles, festons floraux, entrelacs géométriques.
 Le chapiteau de chacune des deux colonnes d’onyx étale une inscription glorifiant le Sultan Abou-L’hassen qui les fit exécuter. L’une d’elles porte: « Ce qu’il a ambitionné, c’est de se rendre agréable au Dieu tout-puissant et il espère en sa récompense magnifique. Que Dieu, à cause de cette œuvre, daigne lui réserver ses grâces les plus efficaces et lui donne la place la plus haute. »
   

Le minaret, d’un galbe élégant, est remarquable à deux points de vue: la délicatesse linéaire des réseaux qui garnissent les façades (arcade festonnée continuée par une série d’arcs brisés, composant des octogones curvilignes allongés et déformés) — parfois, palme trilobée; en outre, surtout au sommet, l’éclat de l’incrustation céramique, dans une frise en mosaïque toute scintillante de belles étoiles à vingt-quatre pointes. Sur la face ouest, traces d’ornements peints en brun rouge.

Le décor de la salle de prières est géométrique, floral et épigraphique.
Géométrique : peu important, sauf sur le minaret.
Floral: les types foliacés se simplifient encore alors que la tige croît et meuble les vides. Mais le tout est traité avec une virtuosité, une science des rythmes décoratifs, un sens de l’orchestration sculpturale qui confondent et éblouissent. Nous sommes en pleine maturité de l’arabesque, minée, lisse sans doute, mais d’un envol extraordinaire. Elle s’enroule, se déroule, s’élance, se tord à nouveau, enlace les panneaux, dans un mouvement de ferveur incomparable.
Épigraphie: très développée sur le décor de plâtre. Beaux spécimens de cursif andalou. Du koufique fleuri, enguirlandé d’arabesques et dont les hautes lettres, les alif, les lam, les kaf partent comme de longues fusées verticales qui éclatent en pluies de fleurons et d’étoiles, C’est « l’âge d’or » de cette écriture hiératique qui, à partir du XVème siècle, entrera en décadence.

A signaler, à titre tout à fait exceptionnel dans la décoration épigraphique maghrébine, un exemple de koufique quadrangulaire : les lettres allongées en rectangles s’assemblent en un carré que l’on prendrait pour un simple motif géométrique.

 

 

 

 

 

La médersa d’El-Eubbad

 

 

La Médersa est, en pays d’Islam, une école de théologie, de droit coranique, de jurisprudence. C’est ici que l’on étudie la philosophie et la science musulmane. Renan a raillé avec beaucoup de douceur la métaphysique arabe. Est-elle vraiment si méprisable ? Disons que nous avons perdu le sens théologique. L’Islam a eu ses grands docteurs, subtils et embrouillés comme les nôtres. Son Ghazali, entre autres, reste considérable. Il fut le plus beau drame intellectuel de son temps. Figure grave, douloureuse, nostalgique où l’âpre renoncement pascalien se tempère déjà des mélancolies d’un Jouffroy…

 

 

 

 

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La Médersa d’El-Eubbad, terminée en 747 (1347 de J.-C.), est, comme la Mosquée, un hommage à la mémoire de Sidi­ Boumedien. Portail en arc outrepassé inscrit dans deux rectangles de mosaïque et de losanges festonnés. Un auvent protège le porche. Cour à galeries: celles de droite et de gauche sont flanquées chacune de six chambres d’étudiants; quatre autres chambres à l’est. Ces cellules ont 2m85 sur 2m.

 

 

 

 

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Un premier étage répète cette disposition. La salle de prières, qui servait également pour le cours des professeurs, était couverte d’une coupole en bois, restaurée à l’époque turque. L’ornementation, dont il ne reste que quelques fragments, s’apparentait à celle de la mosquée voisine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mosquée de Sidi-Lhaloui

 

 

 

Un cadi andalou quitte soudain sa ville natale. Est-il écœuré de l’argutie juridique ? Veut-il échapper à la mollesse sévillane ? Fuit-il le désenchantement d’un grand amour brisé ? Peu importe. Le voici à Tlemcen. Son mysticisme cocasse séduit la plèbe. En ratiocinant sur l’éternel, pour vivre, il vend des gâteaux. A ce commerce, il gagne un surnom: El-Haloui. Hélas! Que ne reste-t-il dans le beignet frit à l’huile!
Mais l’ambition est le démon des saints. Elle l’attire à la cour. Il y perd sa tête, non par métaphore, mais sur le billot. Au delà des remparts, on jette aux chiens son cadavre. Miracle ! Quand à la chute du jour, le veilleur de nuit clame qu’il va fermer la porte Bab-Ali, il entend la voix du pauvre Sidi Lhaloui « Gardien, gardien, ferme ta porte! Il n’y a plus personne dehors, personne, sauf Sidi-Lhaloui, Sidi Lhaloui l’opprimé ! »

Grand émoi dans la ville. Ces bons Tlemcéniens s’émeuvent. Ils donnent enfin une sépulture à Sidi Lhaloui.

 

Le cadi marchand de gâteaux, l’ascète à la pacotille de bouche, dont la voix lamentable emplissait les soirs bleus de Tlemcen, repose encore dans un modeste mausolée, près de la mosquée qui porte son nom. Suivant une inscription du portail d’entrée, elle fut bâtie en 754 (1353) sur l’ordre du sultan Méridine Abou-Inan-Farès. L’arcade portale ouvre un cintre outrepassé qu’entouraient des céramiques. On voit encore le second cadre, bandeau rectangulaire avec entrelacs, rosaces de faïence, riantes couleurs bleues, vertes, jaunes, brunes et blanches. Au-dessus, l’inscription dédicatoire à Abou-Inan. Sur la frise, quatre rosaces octogonales. L’auvent est porté par treize consoles appuyées sur une bande de bois à épigraphie koufique : « La prospérité durable, la bénédiction parfaite et la félicité ».
 

La cour intérieure a 10m10 x 10m60. Bordure d’arcades. La salle de prières, 13m68 x 17m50, comporte 5 nefs de 3m de large, celle du milieu de 3m35. Les arceaux des travées, en fer à cheval, reposent sur des colonnes d’onyx hautes de 2 mètres. Les chapiteaux d’un très bel effet, ressemblent à ceux des ruines de Mansoura. Deux colonnes de la salle de prières, prés de l’entrée, offrent une inscription commémorative et l’une d’entre elles un cadran solaire. Un cadran solaire à une place abritée du soleil ? Cette anomalie, l’étroite parenté des chapiteaux et de ceux de Mansoura, sont révélatrices : on estime depuis Brosselard, que les colonnes, d’abord destinées à la ville des assiégeants, furent ensuite employées à la Mosquée de Sidi-Lhaloui.

 

 

 

 

 

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Le mihrab, entre deux fûts d’onyx, dans un cadre dont le décor a disparu, s’abrite sous une coupole à stalactites. Sur les chapiteaux de ses deux colonnes d’ouverture, des inscriptions psalmodient: « Mosquée du tombeau du cheikh aimé de Dieu, l’élu de sa grâce El-Lhaloui, que sa miséricorde divine soit avec lui! L’ordre d’édifier cette mosquée bénie est émané du serviteur de Dieu, celui qui met sa confiance dans le Très Haut, Farès, prince des Croyants.»

 

Le minaret, campé à droite de la façade nord, a un visible cousinage avec celui de Sidi-Boumédien. On y remarque des défoncements, cerclés d’arcades découpées, avec écoinçons géométriques. Au-dessus, comme une toile d’araignée, un grand réseau à lambrequins et à fleurons.
 

Le décor des plafonds, en bois ouvragé, rappelle ceux de la Médersa Bouanania, élevée à Fez sensiblement à la même époque, et du « Tailler del Moro » de Tolède. Ils dessinent, de leurs entrelacs géométriques très régulièrement disposés, rosaces, octogones, losanges et carrés. Nous sommes, en effet, à l’ère où l’ébénisterie hispano-moresque amenuise et découpe le bois pour lui faire rendre sa pleine tonalité d’art. Les lattes assemblées encadrent généralement des polygones traités à la peinture. La frise est une planche sculptée de koufique voisinant avec des arabesques.
N’oublions pas les consoles de l’auvent, sur le portail, avec leurs panneaux latéraux supérieurs à entrelacs et à palmettes.

 

 

 

 

 

 

 

Mosquée et Qoubba de Sidi-Brahim

 

 

 

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Fondée vers 1363 par Abou-Hamou II, avec une médersa aujourd’hui disparue. Elle fut surtout importante au temps des Turcs qui la firent réparer et embellir plusieurs fois, notamment vers 1830. Ils l’avaient réservée aux Kouloughlis. Le plan est celui des mosquées Mérinides. Une arcature avec auvent borde la cour intérieure. La salle de prières, 19m x 15, a cinq nefs délimitées par des piliers supportant des arcs brisés. Mihrab, enfoncé dans un cadre faïencé et fleuri où s’aiguise le croissant turc.
 

Le minaret engoncé, lourdaud, est revêtu, d’abord d’arcatures lobées, puis d’un ruban de faïences en damier blanches, brunes, vertes et jaunes; des réseaux à lambrequins viennent ensuite et, enfin, au dernier étage, un panneau d’arcades sur fond de petits carreaux.
En même temps que la Mosquée et la Médersa, Abou Hamou II fit élever un mausolée (Qoubba) pour servir de sépulcre à son père et à ses oncles. Sidi-Brahim El Masmoudi, mort en 1401, y fut également inhumé. Encore un saint homme, plein de piété et de science, prompt aux miracles et que la ferveur populaire n’a pas abandonné, D’abord une cour carrée de 6 mètres environ avec galeries circulaires en arc à fer à-cheval brisé. Les colonnes d’onyx proviennent sans doute des ruines de Mansoura. La qoubba est, comme toujours, sur plan carré avec coupole à huit pans. Aux quatre murs de la chambre sépulcrale, arcature’ en fer à cheval légèrement déformé au sommet. Sur les panneaux intercalaires, polygones étoilés sertissant des inscriptions. Soubassements de céramique. Décor de plâtre sculpté, avivé de peinture.

 

Le décor floral se réduit à la palmette ordinaire, de moins en moins végétale et évoluant sans cesse vers la stylisation. Le koufique tend à disparaître et cède la place au cursif. Par contre, la géométrie joue un rôle très accentué. Elle forme l’élément principal de l’ornementation des grandes surfaces, symptôme très rare dans les belles époques et qui accuse une incontestable décadence. Le thème polygonal, toutefois, est nouveau à Tlemcen, bien qu’il soit représenté à Grenade: une étoile à douze pointes inscrite dans un grand triangle et centrée d’un fleuron.
En résumé, bien que l’on y trouve encore des parties remarquablement exécutées, la Mosquée et la qoubba de Sidi-Brahim révèlent un style déjà anémique, des gaucheries de dessin, une adresse artificielle qui n’arrive pas toujours à masquer, sous la redondance et l’emphase du détail, la débilité de l’inspiration créatrice.

 

 

 

 

 

 

 

Le minaret d’Agadir

 

 

 

 

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Agadir est l’ancien Tlemcen. Idriss Ier et son fils le pourvurent, au IIème siècle (vite de J.-C.), d’une belle mosquée qui fut ornée d’une chaire. Il ne reste rien de la Mosquée. Çà et là quelques débris de remparts où M. Alfred Bel a retrouvé l’emplacement d’ateliers de potiers et de céramistes (Xème siècle de notre ère). Seul, le minaret quadrangulaire dont Yarmorasen dota la mosquée, vers 1280, se silhouette encore: grande pensée solitaire, agonisante, qui, pierre à pierre, tombe dans l’oubli.

Le soubassement qui atteint 6 mètres est formé de pierres de taille provenant de ruines romaines. Le reste du monument est en briques. Le décor ne commence qu’au tiers de la hauteur totale. C’est d’abord un cadre rectangulaire avec arcade festonnée ou deux arcs découpés de lobes; au-dessus grands réseaux à losanges reposant sur deux arcades lobées. Entre chaque maille, un fleuron incrusté d’émail vert. A la galerie supérieure, cinq arcades lobées.

Les pierres de taille du soubassement portent des inscriptions romaines dont Bargès a donné la traduction. Le savant abbé ajoute avec une bonhomie savoureuse qui dédaigne l’anachronisme :
« Nous ferons remarquer en passant que l’architecte musulman qui a présidé à la construction du minaret, a fait preuve d’intelligence en plaçant dans le mur les inscriptions latines, de manière à pouvoir être lues, car il aurait pu cacher dans la partie intérieure du mur le côté de ces pierres sur lequel ont été gravés les caractères; et la science historique eût été peut-être à jamais privée des données utiles fournies par la lecture de ces antiques monuments ».

 

 

 

 

 

La grande mosquée de Tlemcen

 

 

 

 

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Les Almoravides posèrent la première pierre; cela résulte d’une inscription sur la coupole du mihrab. « Que Dieu bénisse Mohammed, sa famille et lui donne le salut! L’ordre d’exécuter cet ouvrage est émané de l’Émir très illustre… ». Le nom qui manque fut plus tard effacé, biffé d’un trait rageur, peut-être par un puritain almohade haineux du dithyrambe épigraphique. Mais la date de la construction subsiste: 530 ou l135 de J.-C.

 

Yarmorasen, fondateur de la dynastie royale de Tlemcen, fit vers 1280, bâtir le minaret. Depuis, de nombreuses corrections, au XIVème siècle notamment, modifièrent l’ensemble.
Et c’est l’une des originalités du sanctuaire : les autres mosquées de Tlemcen sont chacune l’œuvre d’une seule époque, d’un seul prince. Elles portent comme un sceau d’origine.
 

Dimensions : 60m x 50. Cour carrée de 20 mètres de côté. Dans la salle de prières, 13 nefs de 3m20 parallèles au grand axe, perpendiculaires au mur du mihrab. Celle du milieu a 4m60. Forêt de 72 colonnes: comme à la grande Mosquée algéroise, leur forme est rectangulaire ou cruciale. Toutes sont en maçonnerie, sauf dans la nef centrale où jaillissent, d’un élan spontané, deux beaux fûts de pierre. Trois types d’arc: le plein cintre outrepassé, le brisé outrepassé, le lobé.
 

Le mihrab rappelle celui de Cordoue. Sa coupole est intaillée de cannelures oblongues. Décor en plâtre, avec feuilles d’acanthe et motifs épigraphiques.

 

 

 

 

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© Happy Boy via Panoramio

Mihrab de la grande mosquée de Tlemcen : La zone du mihrâb est magnifiée par une nef plus large ponctuée de deux magnifiques coupoles, héritières des coupoles de la Grande Mosquée de Cordoue, de Kairouan en Tunisie et d’al-Azhar au Caire.

 

 

 

 

Chapiteaux. – Les premiers décorateurs musulmans ont emprunté leurs chapiteaux aux ruines antiques. C’est pourquoi, vers les débuts, dominent le corinthien et le composite déliquescent. Plus tard, le réservoir classique épuisé, il fallut bien inventer. On reproduisit d’abord la superposition d’acanthes corinthiennes; peu à peu, elles se réduisirent à une seule rangée; l’ancien feuillage se cristallisa en un méandre continu incurvé au sommet. Deux chapiteaux de la grande Mosquée ont encore l’acanthe disposée en étages, mais sans nervures ni découpures profondes. L’acanthe tlemcénienne de l’époque est un moment de l’évolution qui, partie des modèles corinthiens, a fondu le dessin primitif pour aboutir à la formule du XIVème siècle.

Autre innovation, déjà virtuelle, vu, à la Qala des Beni-Hammad : la stalactite ainsi nommée parce qu’elle ressemble aux concrétions calcaires des grottes. A la grande mosquée de Tlemcen, les angles de la coupole – avant du mihrab – s’en revêtent; mais c’est encore un tâtonnement, une gauche réplique de Cordoue.

 

L’élément floral et géométrique – En thèse générale, il faut toujours, dans la décoration végétale, distinguer la tige de la palmette. La tige peut, à elle seule, si elle sait s’épandre, masquer la nudité des surfaces. La feuille a un double rôle; elle aussi remplit les vides des panneaux et elle habille de frondaisons les rinceaux trop grêles. L’art musulman occidental demandera à la tige un immense effort; il l’étirera et l’assouplira, la courbera en de savantes involutions. Par contre, il va réduire de plus en plus la palmette. La voici qui perd sa riche variété. Elle se recroqueville comme une feuille que flétrit l’automne. Tige et feuille s’écartent sans cesse de la nature pour aboutir à un dessin intellectualiste, stylisé, qui dédaigne l’observation.

 

La flore tient une place considérable à la grande Mosquée de Tlemcen. Elle est d’une verve fougueuse et drue. Elle va cependant point les foisonnements de Cordoue dont elle s’inspire visiblement. Son alphabet se réduit, en somme, à une lettre: l’acanthe simplifiée, souvent présentée de profil et tendant déjà à s’ossifier dans la sèche abstraction d’un triangle. La nervure est encore gonflée de vie; elle va se faire plus molle; la palme devient lisse et s’affranchit du détail patient qui pourtant l’individualise, pour devenir une vague généralité. Ainsi elle traduira plus tard le mouvement unitaire de l’esprit almohade. Quant à la tige, elle n’a plus cette rainure médiane, héritée des techniques byzantino chrétiennes, que l’on pouvait encore voir au minbar d’Alger.

 

L’élément géométrique est hésitant. A Tlemcen, comme partout ailleurs, en débutant dans la carrière décorative, il s’exerce d’abord timidement aux grilles, aux panneaux ajourés, aux claustras. Puis, il s’enhardit: des étoiles à huit pointes rayonnent déjà sur l’encadrement du Mihrab : ailleurs, polygones curvilignes à six pointes.

 

Enfin, le minaret quadrangulaire de 35 mètres, qui domine Tlemcen : vieux pasteur, troupeau moutonnant et serré de maisons…

 

 

La grande Mosquée de Tlemcen est peut-être un recul sur l’art espagnol contemporain. Elle constitue, pour l’Algérie, un immense progrès. Par les innovations et l’audace de son décor, le lyrisme de ses arabesques, par ses coupoles, ses stalactites, ses essais de géométrie élégante, elle garde dans l’anthologie des œuvres almoravides une valeur de premier plan.
En somme, l’art almoravide algérien élargit l’utilisation des systèmes d’arcs. Il prépare un chapiteau dont les hérédités corinthiennes s’allègent. Ses ébauches de stalactites et de géométrie ornementale, la générosité de son décor floral, lui donnent une haute valeur d’initiative. Il se, relie étroitement à l’Espagne voisine. L’objection d’influences orientales directes, tirée d’éléments d’apparence asiatique est loin d’être décisive. Au surplus, on n’irrite que ce que l’on crée. Seule est admirée l’œuvre qui, du dehors, vient se superposer au dessin intérieur de la mémoire. Reproduire une sculpture, un tableau, c’est les tirer de l’inconscient. « On n’assimile bien que ce que l’on a soi-même presque inventé ».

 

 

 

 

 

 

Prière du vendredi dans la Grande Mosquée de Tlemcen, début du 20ème siècle.

 

 

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Autres mosquées

 

 

 

 

Mosquée de Sidi-Senoussi. Seules caractéristiques d’une part, la salle de prières au premier étage; d’autre part, le minaret bien pris et svelte, avec ses trois étages d’arcatures; sur une face  » quelques plaques de faïence stannifère à décor bleu et jaune incrustées dans l’un des cadres d’arcade, seul exemple de ce genre que nous ayons observé comme décor extérieur du minaret tlemcénien  » (W. et G. Marçais).

 

 

 

 

 

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Mosquée de Sidi-Lhassen.- Élevée en 1453, en l’honneur du savant Sidi-Lhassen ben Makhloouf erRachidi. Elle est aujourd’hui à demi ruinée. Le minaret tresse de longs réseaux de mailles, sur colonnettes à chapiteaux. A la galerie supérieure, belles arcades dentelées. Décorations de faïences vertes et jaunes.
 

 

 

 

 

A la Mosquée Bab-Zir, chapiteau ancien qui évoque ceux des vieux oratoires de Cordoue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Qoubbas

 

 

La Qoubba de l’Afrique mineure est, dans l’immense majorité des cas, une pièce cubique surmontée d’un dôme. Tantôt l’un des murs, tantôt les quatre sont évidés. L’ingéniosité de la science nord-africaine explique la forme spéciale de la coupole par la rareté du bois. Comment, sans une forêt voisine, soutenir la terrasse et le toit? M. Ricard cite l’exemple d’El-Oued:  » Cette agglomération apparaît, en effet, comme une immense taupinière établie dans une région où les dunes règnent à cent kilomètres à la ronde. La seule végétation arbustive réside dans le palmier, arbre infiniment précieux, que l’on protège sans cesse contre l’envahissement des sables et dont on a prolongé la vie par tous les moyens pour en récolter les fruits. On n’y dispose donc pas de bois. Ce pays, heureusement, est riche en gypse d’où l’on extrait un excellent plâtre, suprême ressource pour la construction. « 

 

Ce type de mausolée, très fréquent en Berbérie, abrite la tombe d’un personnage vénéré ou d’un inconnu dont l’anonymat enchante la masse. C’est là que brûlent les bougies expiatoires. Ici, le voleur qui, en pays arabe, porte toujours d’audacieuses moustaches, jure sous l’œil sévère des plaignants, qu’il n’a pris ni la femme, ni la chèvre du voisin. Ce serment laisse sceptique le vieux mari soucieux lui-même, dans sa lointaine jeunesse, ne vint-il pas ici bien des fois, après des nuits de belle aventure, témoigner de la pureté de ses mœurs ? Mais le bon marabout est indulgent. Il absout tout le monde et son descendant fait la quête. Autour du mausolée, au printemps et à l’automne, auront lieu les zerdas et les ouadas, sortes de foires religieuses où les anciens rites agraires se fondent dans les pratiques de l’Islam berbère.

 

Aux environs de Tlemcen, cent notes blanches éclatent dans la verdure. On dirait un chapelet d’onyx dont le fil s’est rompu. Ce sont les qoubbas. Leur gaîté vive détend la solennité des oliviers séculaires. Aucun aspect funèbre. L’Islam a conservé à la mort une noblesse apaisée, résignée, souriante que nos civilisations occidentales ne comprennent plus. Le fameux fatalisme de l’Orient, dont on n’a guère saisi le tonus psychologique, s’éclaire et s’humanise à la douce blancheur de ces coupoles.

 

 

 

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 koubba de Sidi Yacoub

 

 

 

Citons les qoubbas de Sidi Yakoub, de Sidi Ouahab, de Sidi Senoussi, d’Aïn-el-Hout, dont on trouvera dans le beau livre de M. M. Marçais, de précieuses monographies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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