L’architecture des arabes et des maures en Espagne

3 12 2016

 

 

 

 

La première période de l’architecture arabe en Espagne dura un peu plus de deux siècles, et, par les variations auxquelles le goût donna naissance, variations qui sont encore sensibles dans la mosquée de Cordoue, on peut dire que, pendant tout ce temps, elle reproduisit assez fidèlement les tâtonnements et la marche. de l’art chrétien à la même époque. Mais, à partir de la dernière moitié du Xe siècle, on voit se développer le goût pour les décorations éclatantes et surchargées de détails.

 La forme des arcs, jusque-là bornée au plein cintre outrepassé, s’enrichit et se complique dé festons et de courbes variées; l’ornementation byzantine, déjà si recherchée et si somptueuse elle-même, ne suffit plus aux exigences du caprice et de la mode. On cite, comme l’exemple le plus frappant de cette phase de l’art, la chapelle de la mosquée de Cordoue, connue aujourd’hui sous le nom de Villaviciosa. Or, d’après une inscription arabe, cette chapelle fut décorée sous le khalife Hakam, vers l’an 965. La chapelle Villaviciosa résume toutes les connaissances acquises par les Arabes, à la fin du Xe siècle, dans les diverses parties de la construction et de l’ornementation.

 

 

A la chute du khalifat de Cordoue, dans la première moitié du XIe siècle, lorsque l’Espagne musulmane se fut partagée en plusieurs principautés, et que la discorde eut pris la place de l’ordre et d’une puissante concentration de forces, l’art se ressentit nécessairement de cette nouvelle situation. Bientôt les chrétiens, refoulés jusque-là au nord et au nord-est de la Péninsule, se montrèrent menaçants, et, en 1085, les princes musulmans, réunis à Séville, se virent dans la nécessité d’appeler au secours de l’islamisme Youssef, fils de Tachfine, fondateur de la ville de  Marrakech et maître du nord-ouest de l’Afrique. A partir de ce moment, l’Espagne musulmane, soumise à l’influence des Africains, vit s’affaiblir peu à peu l’esprit arabe, et c’est alors que se développa dans les arts un nouveau caractère, auquel on donne le nom de maure ou mauresque.

 

 

 

 

 

 

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© Brad Hammonds  via Flickr   / La grande mosquée de Cordoue

 

 

 

 

 

Les monuments romains, pendant longtemps avaient fourni des matériaux pour les nouvelles constructions, n’offraient plus les mêmes ressources. Le goût de la variété et un luxe toujours croissant d’ornements avaient fait dédaigner les anciens principes. A côté de l’arc pesant et simple de la Grèce et de Borne, s’élève l’arc à ogive, plus ou moins élancé; à l’ornementation byzantine régulière, succèdent les broderies et les ornements les plus capricieux; aux mosaïques en verre et en marbre de Cordoue, on pourrait dire de Byzance et de Ravenne, sont substituées des pièces de faïence aux couleurs éclatantes, qu’un art nouveau dispose géométriquement‘. L’emploi des mosaïques en faïence se remarque pour la première fois dans la chapelle Villaviciosa. Ce goût devint général, et on le lit servir au Pavement des salles et à la décoration des lambris et des fontaines. Ibn-Sayed nous apprend qu’il existait de nombreuses manufactures de mosaïques de faïence en Andalousie, d’où l’on en emportait de grandes quantités dans tout l’Orient. C’est le genre d’ornements que les écrivains arabes nomment الزلج, et qui répond à l’azulejos des Espagnols. On remarque, à la même époque, sur les parois des édifices, des ornements coulés en stuc, et qui, mariés avec les autres parties de la décoration, produisent le plus bel effet.

On place le moment où le nouveau système acquit tout son développement, dans la dernière moitié du XIIe siècle, sous la dynastie des princes Almohades, qui régnaient également sur l’Espagne et sur la partie nord-ouest de l’Afrique. Les échantillons les plus brillants de cette phase de l’art se trouvent à Séville, alors siège de la puissance des nouveaux maîtres de la Péninsule. Ce sont la Giralda, les débris de la mosquée qui a été remplacée par la cathédrale actuelle, et certaines portions de l’Alcazar. Ces différentes constructions furent élevées sous le règne de Yacoub, surnommé Al-Mansour, qui avait le goût des arts, et de qui il existe encore des monuments analogues à Fez et à  Marrakech.

 

Une circonstance contribua à donner à la deuxième période de l’architecture arabe un caractère nouveau, c’est l’importance qu’acquirent les inscriptions, employées comme: branche d’ornementation. L’on sait que les musulmans, partageant les préjugés des Juifs, s’interdisent toute représentation de ce qui a en vie. Il existe, à la vérité, des exceptions; mais le principe n’en est pas moins absolu, et, en général, on s’y conforme. Pour varier leurs couleurs, les artistes musulmans ont été obligés de s’attacher à des détails qui, pour nous, ne sont que très-secondaires. Sur les parties les plus anciennes de la mosquée de Cordoue, on voit dominer l’écriture coufique, écriture d’un trait mâle, et à lignes droites. Peu à peu l’écriture coufique se mêle aux ornements capricieux qui l’entourent. Enfin cette écriture fait place aux caractères naskhi ou cursifs, caractères bien plus légers de forme, et qui se combinent mieux avec les fleurs et les entrelacs.  L’écriture naskhi, comparée au coufique, rappelle l’élégance de notre écriture cursive, opposée à la sévérité d’aspect des anciennes lettres onciales.

 

Mais la deuxième période de l’art arabe de l’occident ne reçoit que le nom d’époque de transition. En effet, l’art ne tarda pas à subir une nouvelle transformation, et, malheureusement, si ce fut la plus belle, ce fut aussi la dernière.

 

  

 

 

 

 

 

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© Jesús Pérez Pacheco  via Flickr   / Ancienne mosquée devenue une église à Tolède

 

 

 

 

 

Tolède, Saragosse, Mérida et plus tard Séville, étaient, rentrées sous la loi de l’Evangile. Cordoue elle-même, Cordoue, le sanctuaire des musulmans de la Péninsule, devait bientôt éprouver le même sort. Au milieu de la décadence générale de l’islamisme en Espagne, il s’était formé un nouvel état au pied des montagnes qui, à l’est de Séville, font face à la mer Méditerranée. La capitale du royaume était Grenade  et le fondateur du nouvel état était un prince éclairé et ami des arts. A mesure qu’une contrée se soumettait à l’Evangile, une partie des habitants cherchaient un refuge dans les provinces de Grenade; le territoire du royaume était fertile; l’industrie y avait acquis un large développement; La population s’accrut prodigieusement, les sources de la richesse publique devinrent de plus en plus abondantes, et le prince, qui présidait au mouvement, profita de ces avantages pour embellir sa capitale. Comme l’impulsion donnée par le fondateur de la dynastie se maintint sous ses descendants pendant un siècle et demi, la ville de Grenade ne tarda pas à devenir le séjour le plus poli et le plus brillant des provinces musulmanes de l’occident. Les plus beaux échantillons de l’art mauresque à cette époque existent à l’Alhambra. On peut encore citer certaines portions de l’Alcazar de Séville, qui fut, à la même époque, restauré par les ordres de Pierre le Cruel; ces portions, exécutées, à ce qu’il paraît, par des artistes musulmans, peuvent, entrer en comparaison avec ce que l’art a produit de plus beau à Grenade.

 

 

 

  

 

 

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Alcazar de Séville

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Alhambra, colline située auprès de Grenade, et où se trouvait la demeure des rois, est ainsi appelée du mot arabe alhamra, qui signifie la rouge. Telle est en effet encore à présent la teinte de ses murailles, qui sont construites en tapia, c’est-à-dire avec une espèce de mortier mêlé de petites pierres, et que le temps et le soleil ont colorées d’une manière admirable. Les constructions commencèrent vers le milieu du XIIIe siècle et se poursuivirent jusque vers la fin du XIVe, époque où, la discorde et les guerres intestines absorbant toutes les ressources, il devint impossible de continuer des travaux si longs et si coûteux.

Une partie de l’ancienne résidence des rois de Grenade est maintenant détruite. Quelques corps de bâtiments furent sacrifiés dans la première moitié du XVIe siècle, pour faire place à un palais bâti dans le goût de l’époque, et que l’empereur Charles-Quint voulait opposer au chef-d’œuvre de l’architecture maure. D’autres parties ont été successivement minées par le temps ou détériorées par des restaurations malhabiles. Mais il reste des débris assez imposants pour donner une idée du goût qui régnait à la cour de Grenade, et cette idée suffit pour justifier et satisfaire le souvenir gracieux que le seul nom d’art mauresque a laissé dans tous les esprits. Qu’on se représente des galeries décorées d’arcades de toute forme, découpées en festons et en stalactites, chargées de dentelles en stuc, et autrefois peintes et dorées; qu’on se figure une forêt de colonnettes, isolées, accouplées, groupées, toujours à formes élégantes, et à travers lesquelles étincellent les eaux jaillissantes de la fontaine des Lions, et la riche parure des appartements royaux.

On aurait tort de comparer l’Alhambra et les autres édifices mauresques aux monuments de l’antique Égypte et de l’ancienne Borne, et aux cathédrales du moyen âge. Ici dominent les grandes masses, là la légèreté; ici une solidité quelquefois accompagnée de lourdeur, là une élégance capricieuse et souvent des proportions mesquines. Mais si les monuments, et c’est là le plus beau privilège de l’architecture, sont faits pour refléter les mœurs, les usages et la civilisation du peuple qui les éleva, nul édifice, mieux que l’Alhambra, ne révèle le caractère d’une nation oisive, galante, ingénieuse, comme l’étaient les Maures de cette époque. L’extérieur des édifices mauresques, simple, presque sans décoration, et à peine percé de quelques fenêtres, fermées par des treillages, rappelle partout la vie sédentaire et purement intérieure que commandaient au Maure sa religion et ses habitudes. Aussi à Grenade, il n’y avait guère, en fait d’édifices publies, que des mosquées, des collèges et des bains, et là encore, comme dans les habitations privées, tout l’éclat des décors, toutes les recherches du luxe, étaient pour l’intérieur. Rien, au dehors de l’Alhambra, n’annonce la salle des Ambassadeurs ou celle des deux Sœurs; l’entrée même de l’Alhambra n’offre qu’un arc immense, orné de quelques emblèmes et d’une inscription renfermant le nom du prince qui l’avait fait élever.

 

 

 

 

 

 

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Mais, dans l’intérieur du palais, quel spectacle inattendu! Quelle réunion de tout ce qui peut flatter les sens! L’eau circule partout: ici s’élancent des jets qui rafraîchissant l’air; là roulent des cascades dans des rigoles de marbre, puis, l’eau se recueille au centre de patios ou cours, dans des réservoirs entourés de plates-bandes d’arbustes et de fleurs. Les salles sont percées de nombreuses fenêtres à claire voie et découpées en broderies de stuc, qui tempèrent l’éclat de la lumière. Cette disposition de fenêtres élevées est favorable au renouvellement continuel de l’air, et permet de jouir plus complètement de l’effet des couleurs. Partout la vue est frappée d’inscriptions, tantôt choisies parmi les vers des poètes le plus en faveur, tantôt rappelant certains passages du coran, tantôt exprimant des vœux pour le prince qui a élevé cette partie de l’édifice.

 

Au palais de l’Alhambra étaient annexés des bains, accompagnement nécessaire de toute grande habitation musulmane. Il existe des restes d’édifices semblables à Majorque et ailleurs.                                                                                                                                                                                                                    Les bains de l’Alhambra se trouvaient à quatre mètres au-dessous du niveau de la cour des lions et de celle de l’Alberca; l’humidité, le manque de réparations, d’une part, et, de l’autre, des réparations mal dirigées, les ont dénaturés.

 

On fait quelques observations analogues par rapport à la distribution des maisons de Grenade, dont quelques-unes ont conservé, malgré l’effet du temps et des révolutions, leur aspect primitif; ces maisons ressemblent à celles qu’on voit encore sur les côtes d’Afrique. Elles ont à l’entrée, du côté de la rue, un vestibule plus ou moins étroit et obscur, véritable atrium des Romains, lequel aboutit à un patio ou cavœdium, et celui-ci offre sa fontaine jaillissante entourée d’orangers, ainsi que ses galeries à colonnettes, servant d’entrée aux salles disposées tout autour de la cour. Souvent encore, comme au temps des Maures, les chambres et les salles ne reçoivent du jour que de l’intérieur, du côté du patio; du côté de la rue, les habitations offrent un mur entièrement nu, ayant à peine quelques ouvertures fermées paru des grilles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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