La question basque

15 10 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

La question basque dans Histoire 1479019180-161009030237576759

 

 

 

 

Alors que le Pays basque dispose d’une autonomie très avancée depuis 1979, la violence d’ETA (Euskadi ta Askatasuna ; Pays basque et liberté) s’est accentuée et interroge. Produit d’un nationalisme  basque radical et de la répression de la dictature franquiste, l’organisation n’a pas pu s’affranchir d’une violence idéologique et pratique (depuis 1968, 817 morts sont imputés à l’ETA). En outre, la structure clandestine et le conflit ouvert avec l’Etat  espagnol ont perpétuellement radicalisé un mouvement abertzale qui n’a pas su s’adapter à la transition démocratique espagnole, débutée en 1975. ETA souhaite l’indépendance des sept provinces dites « historiques », réparties entre l’Espagne (Guipúzcoa, Biscaye, Alava et Navarre) et la France (Labourd, Soule et Basse-Navarre), un territoire qui représente 20 500 kilomètres carrés et trois millions d’habitants (246 000 dans la partie française) aujourd’hui.

L’histoire nationaliste connaît trois évolutions importantes. La première se situe en 1876, avec la fin des guerres carlistes (1833 – 1876) qui ont opposé les partisans du roi Alphonse XII, favorables à une plus grande centralisation, et ceux du prétendant absolutiste Don Carlos, bien implantés au Pays basque. Ces notables ruraux se battaient pour le respect de la loi salique, l’Eglise catholique et la préservation des fors (fueros), ensemble de privilèges fiscaux et juridiques qui garantissaient une relative autonomie régionale. La défaite de Don Carlos –entraînant la suppression des fueros-, l’industrialisation naissante de la région de Biscaye et une immigration croissante engendrèrent les prémisses d’un mouvement nationaliste à partir d’un discours à la fois antimoderniste, catholique et foraliste.

 

 

 

 

 

 

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En 1895, Sabino Arana (1865 – 1903) crée le Parti nationaliste basque (PNV) et le drapeau basque. Dans un contexte d’industrialisation croissante et de faiblesse de la monarchie libérale, il construit une doctrine nationaliste organiciste, fondée sur l’existence d’une race basque autour d’une langue (l’euskara), de la cohésion d’une ruralité mythifiée et de la construction d’un ennemi séculaire, l’Etat central. Cette évolution conduit à la revendication d’une indépendance de la région, en lieu et place d’une simple autonomie. En dépit de la mort précoce et des évolutions autonomistes d’Arana, le parti nationaliste poursuivit son essor, au début du XXe siècle, en insistant sur la question religieuse, au point de changer son nom en Communion nationaliste basque en 1916. Fragilisée par une scission des plus radicaux, en 1921, et la répression officielle de la dictature de Primo de Rivera (1923 – 1930), le parti nationaliste se recentra sur l’action sociale et syndicale.

La troisième évolution, qui conduit in fine à la création d’ETA, se déroule pendant la guerre civile espagnole et l’instauration du régime de Franco en 1939. Mal à l’aise vis-à-vis d’une république laïque et anticléricale, instaurée le 14 avril 1931, le mouvement nationaliste, proche de la droite carliste antirépublicaine, adopte une position de neutralité, poursuivant son objectif indépendantiste. En pleine exacerbation des tensions entre nationalistes et républicains, cette visée conduit un Parti nationaliste basque réunifié à se rapprocher des derniers, seuls à même de leur octroyer l’autonomie. Avec le déclenchement de la guerre, la polarisation politique s’exacerbe et l’octroi du statut d’autonomie, en 1936, pour Biscaye et Guipúzcoa, fait basculer les nationalistes dans le camp républicain tandis que la Navarre rejoint Franco. Ce clivage a profondément marqué les trajectoires singulières des provinces jusqu’à aujourd’hui, la Navarre se distinguant des revendications séparatistes. Victorieux, Franco réalise l’oppression étatique, depuis longtemps dénoncée par les indépendantistes basques : répression sanglante, interdiction de l’euskara et des symboles basques (drapeau, vêtements, etc.). Le PNV en exil commence une longue traversée du désert politique qui s’achève par une nouvelle division entre nationalistes et la création d’ETA, le 31 juillet 1959.

 

Par rapport au parti nationaliste originel, ETA marque une rupture : il modifie son recrutement social en se tournant vers les étudiants et les ouvriers et radicalise sa pratique terroriste. Sa doctrine reprend les thèmes historiques de Sabino Arana, mais remplace la thématique radicale par celle de l’ethnie (d’où l’importance corrélative de l’euskara), minore l’influence religieuse et requiert une identification totale à la cause nationaliste. La « guerre révolutionnaire », théorisée par Federico Kruwig, exige de transcender l’allégeance civile à l’Etat et légitime le recours à la violence physique. Dans le contexte de la dictature franquiste, l’oppression « historique » du pouvoir central est effective et solidarise une partie importante de la population autour du mouvement abertzale. Le camp nationaliste se structure alors entre pacifistes et partisans de la violence. A partir de 1968, ETA est en conflit ouvert contre une dictature dont il exacerbe la décadence à travers le célèbre procès de Burgos en 1970. Modifiant son idéologie vers une ligne tiers-mondiste et révolutionnaire, l’organisation accroît ainsi son audience nationale et internationale, tout en poursuivant un terrorisme sanglant ; le 20 décembre 1973, assassinat du président du gouvernement, Luis Carrero Blanco, et, le 13 septembre 1974, attentat à Madrid (13 morts), qui provoque un nouveau schisme. En 1974, le 6e assemblée générale consacre l’éviction des éléments les plus radicaux qui formeront l’ETA militaire, alors que les modérés fondent l’ETA politico-militaire (Euskadiko Eskerra), qui récusera la lutte armée puis fusionnera avec les socialistes basque en 1993.

 

 

 

 

 

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Réunion lors de la création en 1978 du parti Herri Batasuna avec Jokin GorostidiTelesforo MonzónPatxi ZabaletaJon Idigoras et Txomin Ziluaga.

 

 

 

 

 

Avec la chute du franquisme et la transition démocratique, le PNV, proche de la démocratie-chrétienne, et ETA s’insèrent dans le jeu politique. Le PNV, négocie avec le gouvernement Suarez un statut d’autonomie pour le Pays basque ; de son côté, l’ETA militaire fonde une coalition d’extrême gauche (Herri Batasuna), cautionnant la lutte armée et solidaire de l’organisation clandestine. Malgré les promesses du PNV, la marche vers l’autonomisation, adoptée par le référendum en octobre 1979, n’arrête pas le terrorisme de l’organisation (234 morts entre 1978 et 1980), frustrée du manque de reconnaissance de sa résistance contre le franquisme. Les premières élections au Parlement basque de 1980 consacrent la victoire du PNV. La Communauté autonome du Pays basque dispose, depuis, du statut régional le plus avancé de la monarchie : le Trésor public basque perçoit un impôt dont une partie est réservée à Madrid (6.24%), le gouvernement autonome bénéficie de compétences en matière de sécurité routière et de droit commun (il existe une police basque, l’Ertzaintza, qui agit aux côtés de la Guardia Civil et de la police national), et la radio et la télévision publiques sont en langue basque. Toutefois, ETA, dont l’idéologie avait construit une dichotomie profonde entre identités basque et espagnoles, est perturbée par cette identité hybride, à la fois basque et espagnole qui invalide le thème de la résistance séculaire contre l’Espagne.  

C’est pourquoi, en dépit de cette autonomie historique, l’activisme etarra maintient une pression constante au Pays basque avec la guérilla urbaine, la Kale borroka. ETA ne questionne pas sa représentativité populaire : consciente de ne pas rassembler une majorité de la population (Henri Batasuna regroupe peu ou prou 15% de l’électorat basque), elle se considère comme une avant-garde et reprend à son compte les acquis de l’autonomie. De plus, elle table sur le surcroît de sympathie chez les jeunes générations, dues aux révélations sur la « sale guerre » des GAL (Groupe antiterroristes de libération) menée par le gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez entre 1983 et 1986 (23 assassinats de militants d’ETA).

Sa violence terroriste modifie pourtant la donne. Après deux attentats à Saragosse et Barcelone, qui font 22 morts en 1987, les partis nationalistes signent le pacte d’Ajuria Enea qui nie toute légitimité à l’action terroriste et consacre les avancées du statut de Guernica. En dépit de ce fond politique commun, la région ne se pacifie pas-d’autant que les négociations d’Alger, menée de janvier à avril 1989 entre les représentants de l’ETA et le gouvernement socialiste de Felip Gonzalez, se concluent par un échec.   

Avec la décapitation de sa direction en 1992, l’ETA réorganisée comprend que la victoire militaire de l’Etat est utopique et se recentre sur une stratégie de déstabilisation pour amener le pouvoir central à négocier sur ses revendications et garder une capacité de nuisance.

L’arrivée au pouvoir de la droite du Parti populaire (PP) de José Maria Aznar, en mai 1996, coïncide avec le début d’une inflexion historique pour le mouvement etarra. L’émotion populaire suscitée par l’assassinat en 1997 du jeune député du Parti populaire, Miguel Angel Blanco, et la répression menée par le gouvernement affaiblissent l’organisation. Le pouvoir mène sa lutte sur deux fronts : contre le soutien politique apporté à l’ETA (poursuites engagées contre 23 membres de la direction d’Henri Batasuna pour « collaboration avec une bande armée ») et contre la violence de rue des Jeunesses indépendantistes du mouvement Jarrai (dispositions anti-casseurs). Toutefois, la gestion uniquement policière du conflit légitime paradoxalement la représentation d’une organisation en guerre contre l’Etat. Les années 1990 marquent un recul général de l’influence nationaliste au Pays basque, obligeant le Parti nationaliste basque à partager le gouvernement autonome, au sein de coalitions avec le Parti populaire ou le Parti socialiste (PSOE). Afin de renforcer sa légitimité, le PNV revendique alors le droit à l’autodétermination et se rapproche d’Henri Batasuna .

 

 

 

 

 

 

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En septembre 1998, l’ensemble des partis basques (PNV, Henri Batasuna et la gauche nationaliste d’Eusko Alkartasuna) signe le pacte de Lizarra pour fonder un front nationaliste commun autour d’une revendication d’indépendance de l’ensemble du Pays basque (Navarre et territoire français y compris) au sein d’une Europe fédérale. Le 17 septembre, ETA annonce « une trêve unilatérale et illimitée » pour contribuer au dialogue engagé. Le scrutin législatif d’octobre 1998, effectué sans la menace terroriste, confirme la pluralité du paysage politique basque et le partage des voix entre nationalistes et non-nationalistes (PP, PSOE). En novembre 1998, le gouvernement Aznar autorise des discussions directes avec ETA, qui ont lieu en Suisse en mai 1999, afin de négocier une reddition sans contrepartie politique. Pourtant, le 3 décembre 1999, l’organisation met fin à quatorze mois de trêve et relance une campagne d’attentats spectaculaires, justifiée par la promesse non tenue du PNV d’entamer un processus d’indépendance. En 2000, les deux principaux partis nationaux (PP et PSOE) signent un pacte antiterroriste, alors que 23 personnes tombent sous les balles etarra.

Depuis, si le mouvement abertzale a réaffirmé le principe de lutte armée, il a connu une rapide marginalisation, marquée par deux coups durs : son inscription sur la liste européenne et américaine des organisations terroristes et l’offensive judiciaire du juge Baltasar Garzon, contre ses organisations de jeunesse (Haika et Segi), son appareil international (Xaki) et ses journaux (Egin, Egunkarria). En mars 2003, la coalition politique Henri Batasuna est mise hors la loi tandis que le mouvement connaît des difficultés croissantes de financement. Si elle a montré dans son histoire des capacités de réorganisation, ETA paraît durablement affaiblie et ne compte plus, à l’automne 2004, que 250 militants (dix fois moins que dans les années 1980) ; 700 etarras sont en prison. La coopération sécuritaire franco-espagnole porte ses fruits : le 3 octobre 2004, des policiers français arrêtent, en Béarn, Mikel Albizu Iriarte (alias Mikel Antza), leader de l’organisation depuis 1992. Le nouveau chef indépendantiste, José Antonio Urrutikoetxea Bengoetxea, dit Josu Ternera, maintient à la surprise générale une ligne dure pour tenter de compenser la faiblesse de l’organisation et l’inexpérience des militants. A cela s’ajoute, la disparition du monopole du thème de l’indépendance, porté également par le PNV, l’absence d’une figure charismatique, à l’instar de Gerry Adams en Ulster, et une violence, résiduelle mais persistante, rejetée par une majorité de la population basque qui y voit un frein au développement économique.

Cette faiblesse opérationnelle et politique, accentuée par l’appel de six leaders historiques emprisonnés à l’abandon de la lutte armée en août 2004, ouvre une fenêtre d’opportunité, saisie par le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero. Dans une Espagne traumatisée par les attentas du 11 mars 2004, hermétique à toute revendication portée par un groupe terroriste, et dirigée par un Premier ministre déterminé à ouvrir un processus de paix analogue à celui d’Irlande du Nord, le mouvement déclare une trêve des opérations armées le 22 juin 2005, suivie d’un cessez-le-feu permanant, le 22 mars 2006. Négociant la fin de la violence contre la libération de 462 etarras, le gouvernement favorise des discussions entre les parties nationalistes sur le statut juridique du Pays basque ; celui-ci devant s’accompagner de la reconnaissance du droit des Basques à décider de leur avenir. Las, la situation c’est dramatiquement dégradée avec un nouvel attentat mortel à Madrid, le 30 décembre 2006, tandis qu’ETA continuait ses extorsions et la kale borroka. Dans un climat alourdi par l’opposition de droite critiquant, fait inédit, la politique antiterroriste du gouvernement, les discussions ont achoppé sur l’inclusion de la Navarre dans le future entité, sans même évoquer celle de la partie française, fermant provisoirement la courte page du processus de paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Encyclopédie de la culture politique contemporaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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