La fête d’Achoura au Maghreb

11 10 2016

 

 

 

 

L’Achoura est particulièrement fêtée au Maghreb. Son origine est nettement islamique et révèle les relations premières entre le Prophète et les communautés juives. Il est vraisemblable en effet que le jour du 10 Moharram fut choisi pour date de l’Achoura en parallèle avec ‘Asōr hébreu qui est fêté le 10e jour du premier mois du calendrier juif. L’Achoura est jour de jeûne, mais s’il est recommandé et respecté par les personnes pieuses, ce jeûne n’est pas obligatoire, pas plus que les aumônes qui sont offertes ce jour-là ; l’Achoura fête aussi la sortie de Noé hors de l’arche, à la fin du Déluge*.

 

 

 

Au Maghreb, Achoura a englobé et plus ou moins islamisé de nombreux rites de caractère agraire. C’est au Maroc, aussi bien dans les villes que dans les campagnes, que les caractères préislamiques des pratiques qui accompagnent la fête sont les plus marqués et demeurent les plus vivants ; ils provoquent parfois un grand concours de population.

 

Les habitants du Sahara algérien célébraient le Lîlet el Achoura (la veille du nouvel an) en organisant une sorte de mascarade. Toute l’intrigue roule sur le thème suivant : un vieil Hadj (pèlerin) dont l’accoutrement ressemble à celui des misérables pèlerins du Maroc, a pour épouse une femme jeune et jolie. Il tâche de lui plaire en lui faisant toute espèce d’amabilités; parfois même ses gestes vont jusqu’à l’indécence. Malheureusement, son visage, couvert d’une longue barbe blanche, faite d’une vieille peau de mouton, paraît déplaire singulièrement à sa chère moitié, qui, en revanche, éprouve un penchant très marqué pour un certain arlequin, qui ne les quitte pas un instant et semble prendre plaisir à faire enrager le vieux bonhomme. II n’est de mauvaises niches qu’il n’essaye de lui faire; quelques individus déguisés, qui en lions, qui en diablotins, forment le reste de la mascarade. Tous sont lignes contre le vieux mari. Enfin, comme dénouement inévitable, le malheureux perd sa femme, que lui enlève l’arlequin.

 

A Rouissat, le life du palmier, les peaux de mouton et de chèvre font seuls les frais de la mascarade. A Ouargla et à Touggourt, d’après ce qui m’a été dit, les costumes sont faits avec des étoffes de diverses couleurs. A ce qu’il paraît, cet usage est répandu dans tout l’Oued-R’igh, le Souf, le Djerid et même le Mzab.

Ce qui a le plus surpris, c’est de retrouver dans le fond du Sahara l’arlequin avec son costume classique, son chapeau et sa latte. Le plus agile de la troupe est toujours choisi pour remplir ce rôle.

Cette mascarade nous rappelle celle qui se déroule à Marrakech (Maroc), également à l’époque de l’Achoura. Le cortège parcourait toutes les rues de la ville, portant un mannequin fait de branches et de feuilles de palmier; tout son costume consistait en un pantalon et une chemise; un immense bonnet cylindrique lui servait de coiffure.. La suite se composait de plusieurs individus bizarrement accoutrés de déguisements, parmi lesquels le costume européen formait la partie la plus essentielle. Ce jour-là, toute retenue était mise de côté : la foule chantait, dansait, criait, beuglait même. Les notables de la ville, gens âgés, courir à travers les rues, chantant et frappant sur une sorte de debourka, que dans le pays on nomme agoual. Quand toute cette foule s’était suffisamment démenée, elle allumait un grand feu sur une des places de la ville, et, pour terminer la fête, y précipitait le mannequin.

 

 

Mais si l’Achoura est fêtée partout au Maghreb, les aspects carnavalesques sont aujourd’hui oubliés ou détournés de leur objet primitif qui était propitiatoire.

Dans l’ensemble des pratiques qui accompagnent l’Achoura, il est aisé de reconnaître celles qui sont des survivances des antiques saturnales et s’identifient à un vrai carnaval accompagné de la sortie de masques traditionnels.

 

 

 

 

 

 

Le Masque d’Achoura

 

L’usage des masques  est répandu pendant les célébrations de la fête islamique de l’Achoura, qui marque la fin de l’année et qui a été absorbée dans plusieurs régions par la fête de l’Aïd Kebir qui a lieu au cours de la même période (intervalle d’un mois).

 

 

 

 

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Masque d’Achoura/ Algérie XXe siècle (1954)

 Porté par les jeunes garçons, qui escortent « Gurgeysha », le vieillard lubrique dans la nuit du 9e jour de Moharrem (fête d’Achoura qui démarre au premier jour du calendrier de l’Hégire). Le soir du 10e jour, les masques sont abandonnés dans une touffe de palmiers improductifs ou dans un puits à demi comblé.

 

 

 

 

Les descriptions ethnographiques de l’Achoura dans les régions amazighophones de la Kabylie, du Rif, du Haut Atlas et de l’Anti Atlas mentionnent la présence de deux jusqu’à quinze personnages aux costumes volumineux et portant des masques faits de peaux d’animaux et d’écorce de calebasses ou simplement d’un carton d’emballage, des roseaux découpés simulent les dents des masques « féroces » comme Azzaïène en Kabylie ou l’Amγrar. Ces masques, suivis par un cortège de musiciens, passent par le village en chantant et font mine d’entrer de force de maison en maison pour recevoir des offrandes (gâteaux, amandes, figues sèches etc.) et apporter fécondité et bien-être.

 

L’esclave ou l’affranchi (Iklan), l’âne (aγiul) sont les masques traditionnels en Kabylie ; mais on retrouve aussi la fillette, dans le Rif par exemple ; dans le Haut-Atlas marocain, le personnage principal est Boujloud, l’homme-bouc qui pourrait être identifié à une représentation de Pan ou d’un satyre si les pratiques agraires n’étaient aussi évidentes, ainsi « l’homme aux peaux » (Bou Ilmaoun, surnom de Boujloud) se trouve, à la fin de la cérémonie, attelé à un araire avant de se dépouiller des peaux de bouc qui serviront à confectionner des tambourins. Comment ne pas évoquer, à cette occasion le texte de Pline l’Ancien relatif aux satyres et égypans qui jouaient du tambourin dans les solitudes de l’Atlas. A Marrakech, ce sont de véritables mannequins portant des vêtements féminins qui sont promenés dans la ville.

Du carnaval traditionnel ressortent également les chansons et propos grivois, accompagnés de gestes obscènes qui soulignent l’apparition et le jeu des masques. Néanmoins, traditionnellement, la visite des masques dans les maisons est considérée comme bénéfique.

 

 

 

 

 

La célébration de l’Achoura s’accompagne aussi d’autres pratiques qui célèbrent la mort de l’année et qui précèdent la renaissance printanière, d’où les embrasements de bûchers et, comme dans les feux de la Saint-Jean, les sauts au-dessus des flammes.

Les différents caractères de cette fête complexe sont indubitablement liés, à l’origine, au calendrier solaire (car dans d’autres régions berbérophones d’Algérie, chez les Béni Snous (vers Tlemcen), par exemple, le carnaval ‘Ayrad’ a lieu pour yennayer 12 janvier.) ; du fait de l’adoption du calendrier lunaire musulman, ils ont été parfois absorbés par l‘Aîd el Kebir, fête proche de l’Achoura, puisqu’elle est célébrée vingt jours avant le premier Moharram, qui est le jour de l’An.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

: Le jour de l’Achoura, Adam se repentit de sa faute; l’arche s’arrêta après le déluge sur le mont Djoùdi; Moïse sépara les eaux de la mer Rouge et le Pharaon fut noyé ; Jésus vint au monde; Jonas sortit du ventre de la baleine; Joseph fut retiré du puits; les Ninivites firent pénitence; Abraham fut mis au monde et, plus tard, fut conservé intact au milieu de la tour de feu où l’avait fait précipiter Nemrod; Jésus fit son ascension au ciel ; Idrîs fut enlevé au ciel; Job fut guéri; David reçut le pardon de son péché ; Jacob recouvra la vue; et, ajoute-t on encore, c’est le jour de l’Achoura ou jour correspondant au 10 d’un mois de moharrem, que Dieu créa Adam, le plaça dans l’Eden; c’est le jour où, avant cela, furent créés les cieux, la terre, le soleil, la lune, les étoiles, Ârch ou l’Empirée, le trône éternel et le paradis La première pluie qui tomba des airs tomba le jour de l’ Achoura. Ce fut encore le jour de l’Achoura que .tous les animaux, grands et petits, même les insectes, jeûnèrent jusqu’après le coucher du soleil.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit extrait du documentaire ‘Les jeux de l’Achoura dans la vallée du Draa’, dans le sud marocain.  

 

 

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Bibliographie :

-          Encyclopédie berbère

-          Exploration Scientifique De L’Algérie Pendant Les Années 1840, 1841, 1842

-          Nouvelles annales de la marine, Volume 3

-          De l’art de la narration tamazight (berbère)

-          Rituels algériens

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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