L’ARCHITECTURE MÉSOPOTAMIENNE DU 7e au 4e MILLÉNAIRES (2ème partie)

25 09 2016

 

 

 

 

L’ARCHITECTURE DE PLAN COMPLEXE

 

 

 

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Les deux autres types architecturaux représentés en Mésopotamie marquent, par rapport au précédent, une différence fondamentale et constituent un progrès décisif dans l’histoire de l’architecture. Ils offrent, pour la première fois, une architecture de plan complexe. Plus que l’augmentation spectaculaire de la taille des constructions (8-25 x 6-15 m) ou du nombre de pièces (10-15), il importe de retenir l’organisation du système des circulations internes permettant de se déplacer à l’intérieur même du bâtiment, qui devient ainsi une unité architecturale que l’on peut qualifier véritablement de « monumentale ». Cette « révolution » architecturale paraît liée à une innovation technologique, l’utilisation de la brique crue moulée. C’est en effet aux civilisations de Samarra et d’Obeid que l’on peut attribuer la fabrication, sur une grande échelle, de ce matériau de construction. La fabrication en série répond à la nécessité d’obtenir un nombre suffisant d’éléments de même module pour mettre en œuvre une conception d’ensemble préalable et, d’une certaine manière, standardisée. Mais si les civilisations Samarra et Obeid obéissent toutes deux au même principe d’organisation architecturale, elles diffèrent cependant dans les applications qui en ont été faites, si bien que chacune d’entre elles offre à cet égard une spécificité remarquable.

 

 

 

L’architecture de type Samarra. C’est sur le site de Sawwan que les archéologues irakiens ont mis au jour les exemples les mieux conservés et les plus nombreux de l’architecture de type Samarra. Ce qui frappe, au premier abord, dans ces bâtiments, c’est la dissymétrie dans la disposition des espaces intérieurs, où alternent des pièces barlongues et oblongues de tailles différentes, selon un rythme répétitif (forme générale en T, par exemple), mais irrégulier. Le deuxième trait caractéristique est constitué par le système de communication qui repose le plus souvent sur l’enfilade, c’est-à-dire l’alignement des points de passage sur un même axe. Un dernier point commun, d’ordre technologique, est la présence de contreforts aux angles du bâtiment ainsi qu’à la jonction des murs intérieurs avec les murs extérieurs. Ils peuvent s’expliquer par l’existence d’un niveau supérieur aménagé (terrasse ou étage), hypothèse rarement évoquée, mais rendue plausible par la présence d’escaliers extérieurs signalés par les fouilleurs.

 

 

 

 

 

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L’évolution de l’habitat à Tell Sawwam en Iraq  

 

 

 

 

 

Peu de sites, à part Sawwan, ont livré des plans de bâtiments complets. Les plans des constructions de Choga Mami, même s’ils ne présentent pas le même degré de complexité, appartiennent bien, cependant, à la même famille architecturale, avec notamment le même souci de la communication en enfilade. Une construction très voisine est signalée à Sungur A dans la région de Hamrin. Au principe de l’enfilade s’ajoute ici, comme à Sawwan, l’alternance des pièces oblongues et barlongues.

 

D’autres plans, incomplets, peuvent être rattachés à la même tradition. C’est le cas du niveau V de Hassuna et des vestiges retrouvés à Baghouz.

 

 Après avoir identifié la spécificité de l’architecture Samarra, on peut s’interroger sur la nature des bâtiments retrouvés. Les constructions de Sawwan ont été interprétées, selon certains fouilleurs, tantôt comme des greniers, tantôt comme des temples. Il paraît plus plausible de les considérer comme de grandes maisons d’habitation, ou comme de grosses fermes, peut-être partiellement couvertes d’un niveau supérieur. La présence simultanée de nombreux exemplaires identiques dans un même niveau (niveau III A de Sawwan, par exemple ne convient pas très bien aux premières hypothèses, car on conçoit mal un village composé uniquement de sanctuaires ou de bâtiments de stockage.

 

L’interprétation des constructions retrouvées à Choga Mami ou Sungur A reste plus délicate, car la petite taille des pièces (1,50 – 2, 00 m) les rend peu propices à l’habitation. On est donc amené à supposer, soit que les maisons d’habitation se trouvaient ailleurs sur le site – l’exiguïté des surfaces fouillées permet au moins de poser l’hypothèse -, soit que les pièces d’habitation se trouvaient au niveau supérieur, les pièces retrouvées par la fouille au niveau du sol servant alors au stockage.

 La répartition géographique des sites offrant de l’architecture de type Samarra, dont on peut situer le floruit vers 5.600 – 5.000 montre une implantation plus centrale, en Mésopotamie, que la civilisation Halaf. Mais c’est pourtant vers le nord et vers l’ouest qu’il semble bien que l’on doive chercher l’origine de cette tradition architecturale. En effet, le double principe sur lequel elle repose est déjà présent dans des constructions néolithiques de la seconde moitié du 7e millénaire (6.600-6.000 B.C.) retrouvées dans la moyenne vallée de l’Euphrate, sur les sites de Abu Hureyra et Bouqras. La parenté des plans et donc de l’organisation intérieure des constructions paraît assez évidente pour pouvoir être prise en considération. Le « relais » qui aurait permis la transmission de cette conception architecturale se trouve sur des sites de la Mésopotamie septentrionale, dans une région déjà évoquée à propos du Halaf. On rencontre en effet, vers le début ou le milieu du 6e millénaire (6.000-6.500 B.C.) à Umm Dabaghiyah et Yarim I la coexistence d’une architecture de plan simple et d’une architecture de plan complexe, composée de petites cellules juxtaposées. Si l’hypothèse selon laquelle ce second type d’architecture constituait non pas une maison d’habitation, mais un bâtiment à usage collectif (entrepôt, magasin etc.), on serait en présence d’un des premiers exemples de « différenciation » architecturale. La « spécialisation » architecturale dont on peut aussi soupçonner l’existence sur des sites comme Choga Mami ou Sungur A, aurait trouvé une première application dans le courant du 6e millénaire, dans le nord de la Mésopotamie.

 

Il semble donc bien, dans l’état actuel des connaissances, que ce soit sur l’Euphrate et dans le Sinjar qu’il faille chercher les origines de l’architecture de type Samarra, dans une région où l’architecture rectangulaire complexe a fait l’objet, plus tôt que partout ailleurs, d’un traitement privilégié. Cette hypothèse permet de reposer la question des rapports entre les différentes civilisations qui s’y sont rencontrées.

 

 

 

L’architecture de type Obeid. Tout en offrant une organisation complexe, l’architecture Obeid répond à des règles antithétiques et, d’une certaine manière, moins originales. Tout, en effet, y paraît subordonné à la recherche d’une symétrie. Le principe consiste à disposer autour d’un espace central, très probablement couvert, des pièces de formes et de tailles variées. Dans leur état le plus achevé, on obtient des constructions de grande taille (15-20 x 5-15 m) dans lesquelles les éléments de contraction (briques crues moulées) participent, dans leur agencement même, au décor architectural. Le décor à redans constitue ainsi l’un des traits remarquables de l’architecture Obeid. La répartition des espaces intérieurs fait que l’on a donné parfois à ce type de plan le nom de « plan tripartite », définition commode, mais qui ne rend pas compte de la totalité de la documentation architecturale, dont la caractéristique reste la volonté de disposer symétriquement un certain nombre de pièces de tailles et de formes différentes, de part et d’autre d’un espace central rectangulaire dont la taille dépasse nettement celle des autres pièces. La présence d’un niveau supérieur, comme dans l’architecture Samarra, est probable. Elle se déduit de l’existence de certaines pièces, étroites et allongées, dont la seule destination logique est de servir de cage d’escalier.

 

Le grand nombre de sites occupés et la durée de l’époque Obeid, qui s’étend sur environ deux millénaires (5.600-3.700) font que ce souci de perfection a atteint, selon les périodes et les endroits, des degrés divers.

 

Si les niveaux profonds d’Eridu (XVII – ХV) n’offrent pas, vers 5.600 – 5.000, de constructions très caractéristiques, avec des maisons monocellulaires rectangulaires ou carrées, on notera cependant la présence d’un foyer central construit et, au niveau XVI, du décrochement dans l’un des murs, traits que l’on retrouvera, amplifiés et transformés dans les niveaux supérieurs. On rencontre, en revanche, dès le niveau XVIII de Gawra, vers 5.000-4.500, un bâtiment offrant une disposition conforme aux principes énoncés. Il succède à une construction moins bien conservée, mais conçue de manière semblable.

 

 Les niveaux XI-VIII d’Eridu (4.500-4.100) n’ont livré que des plans partiels, mais où la conception d’ensemble se laisse parfaitement deviner. Dans le même temps, deux constructions du niveau XV de Gawra reprenaient les dispositions antérieures.

 

Dans la phase finale de la civilisation Obeid (4.100- 3.700), plusieurs constructions «monumentales» ont été fouillées à Eridu, niveaux VII-VI ou à Gawra, niveau XIV, avec un bâtiment posé exceptionnellement sur un soubassement de pierres, mais respectant les mêmes principes de symétrie dans son agencement, ainsi qu’au niveau XIII, avec les trois « temples », tandis qu’au niveau XII, on retrouve, les dispositions connues déjà depuis les niveaux XVII-XV.  

 

Plus récemment, d’autres constructions de la même famille architecturale ont été signalées à Oueili et à Uruk. Les dernières découvertes dans la région de Hamrin viennent enfin d’enrichir considérablement la documentation architecturale de l’époque Obeid, en introduisant même ce qui paraît être une variante régionale.

 

On a retrouvé à Kheit Qasim III, associée à un bâtiment de plan « classique » (10 x 10 m) avec murs à redans, une autre construction (14 x 10,5 m) de plan « cruciforme », composée de trois unités principales, en forme de T, disposées perpendiculairement. Le fouilleur insiste bien cependant, et à juste titre, sur le fait que « malgré quelques petites irrégularités dans la symétrie, c’est l’axe long du hall principal qui est privilégié; en effet, les unités latérales se répondent, ainsi que les éléments constituant l’unité I ». On retrouve donc bien dans cette architecture modulaire, le principe général de l’architecture Obeid.

 

Plusieurs exemplaires de cette variante ont été retrouvés dans un même niveau sur le site de Abbadeh, avec des degrés différents de « pureté » par rapport à un modèle idéal. Ils accompagnent, comme à Kheit Qasim III, une construction pourvue de murs à redans. On possède moins de détails sur Rachid, qui offrirait une architecture analogue à celle d’Abbadeh. Sungur В a livré un bâtiment incomplet de plan plus nettement cruciforme. A Sungur C, les vestiges retrouvés n’offrent pas de plan très cohérent. C’est aussi le cas à Ayyash, où l’on retrouve cependant des murs à redans.

 

A la phase finale d’Obeid appartiennent, dans le Hamrin, les sites de Abu Hussaini et Madhur. Sur le premier, les archéologues italiens ont retrouvé une architecture très mutilée, où l’on distingue de petites cellules carrées. A Madhur, les archéologues anglais ont fouillé quelques pièces d’un grand ensemble dont tout laisse à penser qu’il appartenait à la série des constructions à grande pièce centrale.

 

Ainsi, quel que soit le nom que l’on donne à ces types de plans (tripartite, cruciforme, en forme de T, etc.), l’important est de reconnaître qu’ils appartiennent bien à une seule et même famille architecturale. L’imprécision qui règne encore parfois dans la nomenclature employée pour désigner les phases de la civilisation Obeid ne permet pas encore de situer chronologiquement les types les uns par rapport aux autres. Mais on doit dès maintenant insister sur deux points.

 

On ne peut manquer d’être frappé, tout d’abord, par l’homogénéité, au moins dans sa phase finale, de l’architecture Obeid, d’une extrémité à l’autre de sa zone d’extension : il suffit de comparer, par exemple, les constructions du niveau XIII de Gawra, au nord avec celles des niveaux VI -VII d’Eridu, au sud. D’autre part, grâce aux nouvelles découvertes dans la région de Hamrin, il devient maintenant possible de discerner à l’intérieur d’un même ensemble des variantes régionales, dont il est prématuré de dire si elles avaient aussi une signification chronologique.

 

D’un point de vue plus général, il semble bien que la civilisation Obeid offre, comme celle de Samarra, des exemples de « différenciation » architecturale. A côté des « monuments » dont il vient d’être question, on rencontre sur des sites comme Gawra et Abbadeh, des constructions « ordinaires », de plus petite taille, dont l’organisation intérieure est moins caractérisée. Cela ne veut pas dire pour autant que ces « monuments » doivent être systématiquement considérés comme des temples, comme l’on fait les premiers archéologues à les avoir rencontrés à Gawra, Eridu ou Uruk, opinion transmise dans toute la littérature archéologique. L’opinion des fouilleurs anglais de Madhur, d’après les trouvailles faites dans le bâtiment, est qu’il s’agit de maisons d’habitation, et ils proposent la même interprétation pour les bâtiments de Gawra, en particulier. On ne peut que souscrire à cette interprétation, comme on l’a montré en avançant l’hypothèse que ces bâtiments pouvaient être des maisons communautaires, analogues aux mudhif actuels, qui servent de salle de réunion pour les hommes du village et de pièce de réception pour les hôtes de passage.

 

Architecture de prestige, mais à vocation profane ou civile, telle est la signification que l’on peut donner à ces constructions où l’on passe insensiblement, selon les cas, de la simple maison d’habitation au monument chargé d’assurer sa place et son rang dans la communauté, sans pour autant modifier la conception fondamentale de l’espace occupé. Si l’on peut trouver, dès l’époque d’Obeid, des différences entre une architecture « domestique » et une architecture « monumentale », il ne s’agit pas, à ce stade, d’une différence de nature, mais tout au plus d’une différence de degré.

 

 

 

 

 

 

 

La 1ère partie : Ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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