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Le rassemblement d’Okad et les aventures de Soléyk (السليك بن السلكة)

17 09 2016

 

 

 

 

Au sud-est de la Mecque, sur la grande route qui mène à Taïf et au Yémen, à une journée de marche de la capitale, se déroule une large étendue de terrain sablonneux, appelé la « plaine d’Okad ». Ici, depuis les jours les plus reculés de l’ère préhistorique jusqu’à l’avènement du prophète Mohamed et la fondation de l’islam, avait lieu, chaque année, un grand rassemblement, représentant la nationalité arabe tout entière ; il commençait le premier et se terminait le vingtième jour du mois qui précédait celui qui était fixé pour les cérémonies, alors païennes, du pèlerinage annuel d’Hedjaz.

Ce « rassemblement » d’Okad, c’est ainsi qu’on le nommait, tenait à la fois du concile amphictyonique de l’ancienne Grèce, des jeux d’Elis et de la foire moderne de Leipzig. De même qu’Elis, Okad était le théâtre des jeux internationaux, luttes de force et d’adresse, courses de chevaux, courses à pied et le reste.

Mais il était surtout le théâtre de ces fameuses luttes poétiques auxquelles nous devons les sept « Mu’allikat », productions les plus parfaites de la muse primitive d’Arabie.

En même temps, l’instinct commercial, inhérent à la race, cet instinct, qui subsiste encore en Syrie comme en Arabie, malgré l’extinction presque complète de tout autre énergie chez ces peuples, s’empara de l’occasion que ces jeux offraient et de la foule qu’ils attiraient pour y joindre les attraits d’une exposition annuelle de commerce; et, de tous les coins de la Péninsule, ainsi que des contrées voisines avec lesquelles les Arabes étaient en relation de marchandises, on voyait arriver en foule des objets que l’on mettait en vente ou sur lesquels on voulait appeler l’attention.

 

Mais ce « rassemblement », ou cette foire d’Okad, avait un autre caractère plus important encore, puisqu’il était à la fois politique et amphictyonique, ou parlementaire ; et tandis que la foule s’occupait les uns de transactions de commerce, les autres de paris (des paris aux courses de chevaux), les chefs de la confédération arabe tout entière, ou du moins de cette partie qui n’était pas soumise au sceptre himyaritique, se réunissaient pour discuter les questions d’intérêt national, la guerre, les alliances, les traités, pour mettre fin aux disputes, régler les droits sociaux des tribus en désaccord, abolir de vieilles lois, ou en établir de nouvelles, etc., etc.

Aristocratique , en ce qu’elle se composait de chefs et d’hommes influents ; démocratique, puisque tous ceux qui en faisaient partie étaient égaux entre eux, n’ayant ni distinction de caste ni prérogative qui les séparât du peuple qu’ils gouvernaient ; pouvant de temps à autre, et par le choix commun, élire pour monarque quelque chef prééminent en savoir, en valeur ou en influence, auquel, pour un temps déterminé, tous les autres consentaient à obéir ; c’était là une institution adaptée par excellence à la nature mobile, impatiente et pourtant réfléchie de l’Arabe. Si elle avait pu survivre à la crise islamite, elle aurait sans doute acquis cette stabilité et cette puissance exécutive qui, seules, lui manquaient, et qui en eût fait un véritable congrès arabe. Aussi, lorsque nous voyons combien une semblable institution avait de chances de l’emporter en résultats heureux sur l’autorité théo-monarchique que Mahomet et ses successeurs ont substituée à la confédération qui s’élaborait à la foire d’Okad, ne pouvons-nous que regretter qu’elle n’ait point été maintenue.

 

 

 

 

 

Une certaine année, au milieu de la foule innombrable de chefs, de commerçants, d’athlètes, de poètes, de jockeys et de flâneurs venus en ce lieu de toutes les provinces de l’Arabie, apparut soudain un inconnu maigre et noir couvert de poussière, la tête découverte, les pieds nus, n’ayant d’autre vêtement que l’écharpe qui ceignait ses reins décharnés, d’autre arme que la lance que brandissait sa main musculeuse. C’était Soléyk, qui, froid et impassible en présence de tous ces élégants Arabes, vrais types de la fashion de l’époque, traversait les groupes réunis sur le champ de course, et s’adressant à tous et à chacun, s’écriait à haute voix :

« A celui qui me dira les lieux que fréquente sa tribu, je dirai les lieux fréquentés par la mienne. »  

 

Phrase dont le sens technique renferme un défi illimité, et qui peut être rendue ainsi :

« Chacun ici a le droit de m’attaquer et j’ai le droit de l’attaquer à mon tour. »

 

Tout le monde le regardait avec étonnement, mais nul ne semblait disposé à répondre à ce défi extraordinaire, lorsqu’un jeune chef, nommé Keys, fils de Maksooh, Yéménite de la tribu de Murad, fit face au mulâtre et lui dit :

« Je te dirai les lieux que fréquente ma tribu, dis-moi les lieux que fréquente la tienne. »

 

La foule se groupa autour d’eux, et les deux adversaires s’engagèrent sur l’honneur à ne déguiser en rien la vérité l’un pour l’autre.

 

Keys dit alors :

« Place ton visage entre les points de l’horizon d’où soufflent le vent du sud et celui du sud-est; marche devant toi jusqu’à ce que tu ne voies plus l’ombre des arbres (voulant dire par là assez loin vers le sud pour que les rayons du soleil tombent d’aplomb sur la tête, ou à peu près), et tu arriveras à des lits de torrents ; traverse-les, et poursuis ton chemin pendant quatre jours encore, tu verras alors une plaine de sable ; prends le sentier qui la traverse par le milieu et il te mènera à ma tribu, qui est celle de Murad et de Kha’them ; à ton service. »

 

Soléyk à son tour répondit : « Marche sur la ligne qui se trouve entre le lever de Sohéyl (Canopus) et la gauche des Gémeaux, qui se dirige vers le firmament (indiquant sur le compas nord-est par est), et va droit devant toi ; ce chemin te mènera aux lieux que fréquente ma tribu, dont le nom est Béni-Sa’ad, de Zeyd-Menat. »

 

Là-dessus les adversaires se séparèrent, et Soléyk, ayant atteint son but, s’en alla brusquement comme il était venu. Mais Keys resta jusqu’à la fin de la foire. De retour à sa tribu, il raconta son étrange aventure avec le mulâtre inconnu.

 

Dès que son père, Maksooh, en eut entendu le récit, il s’écria :

« Peste soit de toi, Keys ! Sais-tu bien de qui vient le défi que tu as accepté ?

Comment le saurais-je, répondit Keys, c’était un misérable nègre, à pied et à demi nu; il avait plutôt la mine d’un vagabond qu’autre chose. Qui était-ce donc ?

 -Nul autre que Soléyk-Ebn-Solakah, de par le ciel ! Et tu peux te vanter de nous avoir préparé à tous de la bonne besogne », lui répondit son père.

 

 

 

 

Cependant Soléyk était retourné aux lieux qu’il fréquentait d’habitude, dans le Nedjid; et il avait réuni autour de lui plusieurs jeunes hommes de sa connaissance, appartenant aux deux familles de Béni-Sa’ad et de Béni’-Abd-Semeea ; rejetons toutes deux de la vieille souche des turbulents Tameem, ceux là mêmes qui forment aujourd’hui le noyau de la coalition wahabite.

Soléyk avait depuis longtemps pour habitude de faire de fortes provisions d’œufs d’autruche vides ; après les avoir remplis d’eau, et bouchés avec soin, il les enterrait dans le sable, l’un ici, l’autre là, dans les sentiers les moins fréquentés, qui, par le désert, conduisent vers l’Yémen; et quand, plus tard, il allait faire ses razzias en plein été, il pouvait, en dirigeant ses courses d’après ces réservoirs cachés, dont il avait seul le secret, traverser des contrées regardées généralement comme inabordables dans cette saison, parce que l’eau y manquait. A l’occasion dont il s’agit, il mena ses compagnons par l’un de ces sentiers déserts.

 

Ils le suivirent, se fiant à son expérience comme guide ; mais, arrivés très-avant dans le désert, ayant épuisé leur provision d’eau, et ne voyant aucun moyen de la renouveler, ils se tournèrent contre Soléyk et lui dirent :

 « Tu nous as amenés dans ce désert pour nous y faire mourir de soif. »

 

Soléyk se mit à rire, et leur répondit gaiement :

« Courage, enfants ; il y a de l’eau ici près. »

 Il arriva, par malheur, qu’un peu plus loin, là où il savait avoir caché jadis quelques-uns de ses réservoirs, Soléyk ne put retrouver les jalons qu’il y avait placés ; et, en grande détresse, il se mit à chercher, allant et venant de tous côtés, comme un homme qui aurait perdu la tête. Pendant ce temps, quelques uns de ses compagnons disaient aux autres :

 « Jusqu’où vous laisserez-vous donc conduire par ce nègre ? Par le ciel! Il sera la cause de notre mort à tous. »

Soléyk les entendait, mais il n’en fit point semblant, continuant à creuser çà et là en silence, jusqu’à ce qu’enfin il eût retrouvé les œufs d’autruche et que toute la bande se fût désaltérée.

Dès qu’il leur eut clairement démontré que leur outrageant soupçon était injuste, il se retira un peu à l’écart, délibérant en lui-même, se demandant s’il ne ferait pas bien de tomber sabre en main sur les mutins et de les tuer ; il se retint toutefois, et revenant auprès d’eux, il engagea simplement ceux qui avaient peur ou qui étaient mécontents à s’en retourner. Ils le firent sur l’heure. Un petit nombre d’entre eux lui resta fidèle, et parmi ceux-là, un jeune homme nommé Sard, qui pleura amèrement, néanmoins, lorsqu’il vit disparaître ses anciens compagnons.

Soléyk le réconforta en lui disant que nul n’a plus de chance que celui dont on désespère.

Ils se remirent bravement en chemin, et la petite troupe arriva enfin au territoire des Kha’them. Ils firent halte avant de franchir la frontière ; mais, pendant la nuit, le chameau de Sard se détacha, et son maître, après avoir cherché en vain à le rattraper pendant l’obscurité, fut aperçu dès le point du jour par quelques villageois, qui, le reconnaissant à son air pour un commerçant interlope du Nedjid, se jetèrent sur lui et l’emmenèrent captif. Le cri d’alarme fut poussé dans le camp, et le soleil eut à peine paru à l’horizon, que déjà une troupe de cavaliers kha’themites, ayant à leur tête Keys, le fils de Maksooh, venait au-devant de Soléyk.

Un combat très-vif s’engagea, et déjà les maraudeurs commençaient à reculer devant des forces supérieures, lorsque Soléyk, reconnaissant Keys, alla droit à lui et lui porta un coup qui le mit hors de combat. Cet événement (comme dans les combats des guerriers d’Homère) décida du sort de la journée ; les Kha’themites prirent la fuite, laissant Keys et quelques autres prisonniers au pouvoir des vainqueurs. Soléyk s’empara de tout le butin dont il put se charger sans danger, échangea Keys contre Sard, rendit la liberté aux autres prisonniers, et reprit la route du nord en si grande hâte, qu’il rejoignit les hommes qui l’avaient abandonné et qui n’avaient pas encore pu regagner leur demeure. Dès qu’ils furent arrivés dans le Nedjid, Soléyk partagea le butin entre le petit nombre de compagnons qui lui étaient restés fidèles jusqu’à la fin, refusant une part aux révoltés. Il célébra, en outre, toute l’expédition, depuis le commencement jusqu’à la fin, par un poème dont quelques passages ont été conservés dans les pages d’Abu Jaraj d’Ispahan.

Comme tant d’autres de ses pareils, Soléyk éprouva de grandes vicissitudes de fortune, mais la présence d’esprit, pour laquelle il fut non moins célèbre que pour sa valeur, le tira toujours heureusement d’affaire.

 

 

 

 

 

Une fois, réduit à la dernière gêne, il se trouvait, à l’entrée de la nuit, seul, sans souper et sans gîte, au milieu d’une plaine découverte dont la lune vint lentement éclairer comme en plein jour le sable et les rochers arides. Ne voulant point former un point trop visible d’un paysage dont il se trouvait le seul être animé ni attirer l’attention des passants que le hasard pouvait amener en ce lieu, Soléyk se drapa dans le sombre et grossier burnous qui forme à lui seul toute la toilette extérieure de l’Arabe pauvre, dont la longue chemise est l’unique vêtement de dessous, et, s’étendant par terre, il fut bientôt profondément endormi. Vers minuit, un homme passa par là et, remarquant le dormeur, s’arrêta ; puis, se jetant sur lui brusquement, il l’accabla de tout le poids de son corps, lui disant en même temps :

« Rends-toi, tu es mon prisonnier !»

 

Soléyk, dont les mains étaient embarrassées dans les plis de son burnous, leva la tête et regardant bien en face l’homme qui le tenait, lui dit tranquillement :

« La nuit est longue et la lune est dans son plein », locution proverbiale qui équivaut à : « Ne te presse pas. »

 

L’autre, irrité par ce calme, se mit à le frapper de son poing répétant toujours :

« Rends-toi, misérable ; tu es mon prisonnier ! »

Soléyk, fatigué enfin de ce jeu et ayant réussi à dégager un de ses bras des plis de son burnous, le glissa autour de la taille de son adversaire, et, l’attirant à lui, il le pressa d’une si effroyable étreinte, que l’agresseur se mit à hurler de douleur.

« Comment, tu cries quand tu as le dessus ? » dit Soléyk, mots qui sont passés en proverbe chez les Arabes, pour dire que « souvent le plus fort n’est pas celui qu’on pense ».

 

« Qui es-tu? ajouta-t-il, quand l’autre eut suffisamment senti l’étreinte de ses muscles d’acier.

 – Je suis un homme jadis riche et heureux, tombé aujourd’hui dans la misère la plus profonde, accablé de honte. J’ai abandonné ma tribu, jurant de n’y reparaître jamais, à moins d’avoir, d’une manière ou d’une autre, retrouvé ma fortune perdue.

 –C’est bon, dit Soléyk ; viens avec moi. »

Dès le point du jour, ils se remirent en route ensemble. Le hasard les fit rencontrer un troisième individu qui, ne se trouvant pas dans une meilleure passe, se joignit volontiers à eux. 

Soléyk se fit chef de bande, et tous trois ils se dirigèrent vers le « Jowf» ou gorge, non point le Jowf de l’Arabie du nord, sur les confins de la Syrie, mais cette grande oasis située au milieu des sables du « Dahna », au delà de l’ Yémen central, et qui, comme toutes celles des déserts des tropiques, se trouve dans une gorge profonde.

C’est, de l’avis des voyageurs arabes, une région d’une fertilité merveilleuse ; mais elle est fort peu visitée, à cause des plaines de sable qui lui font une large ceinture; je la crois complètement inconnue des Européens. Après de longues journées d’une marche pénible, Soléyk et ses compagnons arrivèrent à cette « terre promise » et, cachés derrière un rocher saillant, leurs regards purent plonger dans la verdoyante vallée où de nombreux troupeaux de chameaux et de moutons broutaient l’herbe, gardés par de paisibles bergers sans armes. La proie était en apparence facile.  

Mais les maraudeurs n’étant jamais venus en ce lieu, craignirent qu’il ne se trouvât dans le voisinage quelque village ou campement et que l’alarme pût être donnée assez tôt pour mettre obstacle à leur fuite avec le butin.

 

Après une courte délibération, Soléyk dit à ses compagnons :

« Je m’en vais descendre seul dans la vallée. Je ferai causer les bergers pendant que vous resterez ici en faisant bonne garde ; si j’apprends que les maîtres des troupeaux sont dans le voisinage, je viendrai tranquillement vous rejoindre ; s’ils sont à distance, je vous adresserai un signal, et vous viendrez aussitôt à mon aide.»

Ses hommes restèrent donc cachés là où ils se trouvaient, et Soléyk tourna la hauteur pour pénétrer dans la gorge d’un côté opposé.

Arrivé jusqu’aux bergers, nègres comme lui, il s’assit auprès d’eux d’un air calme et indifférent. La conversation s’engagea et, de demande en réponse, il parvint à découvrir qu’ils étaient les serviteurs de maîtres habitant un village fort éloigné des pâturages. Satisfait de ce renseignement, Soléyk s’étendit nonchalamment sur le gazon et leur offrit de chanter une chanson pour faire passer le temps. Les bergers furent enchantés de la proposition, et Soléyk, élevant la voix, afin que de leur cachette, ses amis pussent l’entendre, commença ainsi :

O vallée calme et solitaire ! Les bergers gardiens des troupeaux, Les jeunes filles qui viennent en recueillir le lait parfumé, troublent seuls le silence de tes rochers !

Accourez, amis, accourez ! Combien la vie de ces lieux est douce. Plus doux encore me sera-t-il d’errer avec vous, Parmi les verts pâturages, rafraîchis par la brise et la rosée du matin.

 

 

A cet appel, facile à comprendre, les bandits accoururent ; les bergers prirent la fuite; Soléyk et ses compagnons, avec un butin à les enrichir, étaient depuis longtemps hors d’atteinte lorsque les maîtres des troupeaux arrivèrent à la rescousse.

 Dans une autre occasion, Soléyk se trouva à deux doigts de sa perte.

 

Rôdant autour des pâturages de la tribu d’Awara, sur les confins du Nedjid, il fut aperçu et entouré de façon à lui rendre la résistance ou la fuite également impossibles.

Il alla droit au camp, pénétra au hasard sous une tente où une jeune fille, appelée Jakihah, se trouvait seule. Il la conjura de le protéger contre les gens de sa propre tribu. Sans hésiter, elle jeta sur lui le pan de son long vêtement (robe traînante que portent encore les femmes arabes de nos jours et dont la mode, d’après les traditions mahométanes, leur vient d’Agar, la mère d’Ismaël, chassée par Abraham).

Elle prit un sabre suspendu à la perche de la tente et attendit ; les hommes qui poursuivaient Soléyk arrivèrent bientôt en foule, furieux, injuriant la jeune fille, et, la voyant impassible, ils voulurent lui enlever son protégé.

Mais, arrachant son voile, le jetant à terre et appelant à haute voix ses frères, l’intrépide Jakihah resta devant eux le visage découvert et armée de son sabre.

 Ses frères accoururent à son appel, et, mettant de côté toute autre considération, ils prirent si vigoureusement son parti, que Soléyk put s’en aller en toute sécurité. Comme témoignage de reconnaissance, il adressa plus tard à Jakihah les vers suivants :

 

Que la Renommée porte au loin le bruit de tes vertus, amie sûre. Charmante vierge de l’Awara, de leur enfant que tes parents soient fiers !

Du renom de leur sœur que tes frères s’enorgueillissent !

Belle est ton âme, parfaits les traits de ton beau visage ! Ta beauté est sans égale, ta vertu sans tache.

La femme hautaine et superbe n’inspire pas l’amour; mais l’âme reste captive auprès de la vierge timide et chaste, qui, intrépide et sans peur,

S’armant du glaive, et le visage découvert, défend le malheur, et fait respecter les droits sacrés de l’hospitalité !

 

 

 

 

 

 

Les bandits arabes, tout sauvages qu’ils étaient sans doute, forment pourtant un heureux contraste avec les brigands et condottiere du moyen âge et ceux d’une époque moins reculée encore ; il faut, certes, leur tenir compte du soin avec lequel ils gardaient dans toute leur fraîcheur l’élément intellectuel et poétique de leur caractère.

 Enfin, à moins d’être sous le coup d’un danger imminent ou animé, comme l’était Schanfara’, par un esprit de vengeance, il faut dire qu’ils n’étaient ni cruels ni sanguinaires. Au contraire, ils semblent avoir puisé dans la vieille doctrine méphistophélique, si souvent chantée par les poètes arabes, cette idée que « le sang est une liqueur précieuse et rare » et en avoir tiré la conclusion anti méphistophélique que l’ « on doit bien se garder de la répandre sans nécessité. »

 

Il est de toute évidence qu’un peuple d’une énergie puissante ait seul pu produire des hommes de cette trempe.

Soléyk était d’une époque plus reculée, mais l’ère de Ta’abbet-Schourran n’a précédé celle de Mahomet que d’un siècle à peine.

Malgré tous ces dons supérieurs et toutes ces qualités, ces hommes étaient marqués du sceau fatal des meurtriers. Nous avons déjà dit la fin de Schanfara’;Ta’abbet-Schourran et Soléyk moururent tous deux de mort violente.

 Ta’abbet-Schourran, en maraude chez ses vieux ennemis d’Hodéyl, sur le territoire de Jébel Aseer, fut tué par eux et enseveli dans une caverne dont la tradition a gardé le souvenir, et que l’on montre encore de nos jours.

La mort de Soléyk eut lieu au loin, dans les profondeurs de l’Yémen.

On ne connut que bien plus tard le moment précis et les particularités de cette mort; dans l’intervalle, son épitaphe fut composée par sa mère, de qui il tenait sans doute son génie poétique.

Longtemps il erra en pays lointain; mais enfin le trait fatal a atteint le voyageur !

O mon bien-aimé ! Que ta mère sache au moins comment tu as perdu cette vie qu’elle t’avait donnée !

La mort, compagne inévitable de l’homme, sa victime, le suit furtivement pas à pas ;

Mais, oh ! Dis-moi, comment elle t’a frappé; as-tu succombé sous la trahison d’un ennemi caché ?

Ou cette ombre invisible, plus rapide que l’oiseau du désert, t’aura-elle foudroyé au passage ?

Abattu par la souffrance, es-tu demeuré seul et triste, sans consolation et sans appui ?

Ou, comblé d’honneurs, fatigué de triomphes et de plaisirs, t’es-tu livré au trépas ?  Tu ne réponds pas..………

Ah ! Cruel est le destin qui te rend sourd à ma voix ! Sois calme une heure, pauvre cœur maternel !

… Il ne peut se calmer. Il saigne. Il souffre à jamais, Sombre est le silence ! Sombre est l’avenir sans espoir !

Mon fils ! Mon héros ! Ah! Que n’est-il donné à ta mère de racheter ta vie au prix de la sienne !

 

Hymne de douleur bien digne de cette vie et de cette mort !

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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