Fête de l’Aid-es-Sghir (la petite fête), à Constantine en 1845

6 07 2016

 

 

 

Nulle part la solennité de l’Aïd-es-Sghir ne présente un caractère aussi imposant qu’à Constantine, dans cette cité vraiment arabe, que son caractère éloigne à la fois des forbans sang-mêlés de la côte et des hordes fanatiques de l’ouest. Nous nous sommes trouvé plusieurs fois à Constantine pendant les fêtes de l’Aïd-es-Sghir; mais celles de 1845 ont laissé dans notre esprit une impression plus profonde, parce que le spectacle dont nous filmes témoin contrastait d’une façon étrange avec l’horrible drame qui assombrissait alors la province de l’ouest. On venait d’apprendre le massacre de Sidi-Brahim et la grande insurrection dont il fut le prélude.

 

En dépit de ces nouvelles désastreuses, et comme pour protester contre la nouvelle lutte que le fanatisme venait d’engager, la fête de l’Aïd-es-Sghir fut célébrée avec plus de pompe encore que de coutume.

 

La veille et l’avant-veille les caïds des différentes tribus soumises étaient arrivés suivis chacun de quarante ou cinquante cavaliers composant leurs goumis.

 

Quelques difficultés s’étaient élevées pour la fixation du jour de la fête; l’avant-veille un témoin était venu annoncer au cadi l’apparition de la nouvelle lune; mais le kadi ayant récusé son témoignage, le jeûne fut prolongé d’un jour.

 

Le lieu où les fêtes se célèbrent ordinairement à Constantine est le plateau de Msalla, situé derrière la colline de Koudiat-Ati. L’autorité française, dans un sage esprit de conciliation, avait voulu que la population européenne prit part, comme cela d’ailleurs est d’usage, dans cette ville, aux réjouissances de la population musulmane.

 

Sur le théâtre de la fête une tente pavoisée de flammes tricolores avait été dressée pour le commandant supérieur de la province, qui devait présider à la solennité. Des invitations avaient été adressées aux dames de la ville, pour qui les autorités française et musulmane, rivalisant de courtoisie, avaient fait préparer des rafraîchissements.

 

Dès le point du jour un brouhaha de sons distincts se faisait entendre au voisinage de la porte de la brèche. Le bruit du tambour annonçait que les troupes françaises étaient en marche vers Koudiat-Ati; le bruit de la musique arabe annonçait que le Cheick-el-arab, ce préfet du Sahara, s’acheminait avec ses nommes d’armes vers le même point. Onze coups de canon tirés du haut de la brèche annonçaient à toute la population que le jeûne ‘du ramadan avait cessé.

 

A sept heures les courses commencèrent, courses à pied, courses à cheval, courses françaises, courses indigènes; les prix étaient là; c’était au plus agile coureur, au meilleur cavalier à les gagner.

 

Toute la garnison, en grande tenue, sous les armes, formait un vaste rectangle, dans l’intérieur duquel les divers épisodes de la fête devaient se passer. Ils étaient annoncés par des coups de canon tirés à peu de distance de la tente prétorienne, et répétés par les échos du magnifique amphithéâtre que dessine la vallée du Roumel. Une foule immense, composée d’Européens, de musulmans, d’israélites, se pressait derrière la haie de soldats pour prendre sa part du spectacle.

 

Vers neuf heures commença la grande fantasia.

 

Les différents caïds, suivis de leurs goums, délitèrent successivement, à la manière des Arabes, c’est-à-dire au galop en brandissant leurs armes et faisant retentir l’air de coups de fusil.

 

Une circonstance prêtait à la fête un caractère nouveau: plusieurs chefs soumis depuis peu à la France y paraissaient pour la première fois. C’étaient le caïd de l’Aurès, jeune homme de dix-huit ans, les deux caïds des Oulad-Soltan, et le marabout récemment investi caïd des Sahari et des Oulad-Derradj.

 

A côté de ces personnages, qui au temps même de la puissance des beys ne paraissaient pas à Constantine, en figuraient d’autres, qui depuis longtemps étaient nos amis. A la tète de ces derniers on remarquait le brave et infortuné Ben-Ouani, cet intrépide enfant de tribu, si promptement et si noblement francisé, victime depuis de son dévouement à notre cause. Il était alors caïd des Amer et des Eulma, près de Sétif.

 

C’était un curieux spectacle que celui de tous ces chefs, escortés des cavaliers de leurs goums, représentant le Tell et le Sahara de la province, réunis sous la même bannière.

 

 

 

 

Fête de l’Aid-es-Sghir (la petite fête), à Constantine en 1845  dans Coutumes & Traditions 1478784094-160705073759486551

La place de la Brèche pendant une fête arabe. Constantine

 

 

 

 

 

 

La dernière de ces hordes nomades avait défilé, et cependant la fête n’était pas complète. Une nouvelle fantasia devait avoir lieu sur la place de la brèche, en l’honneur des dames. On appelle place de la Brèche l’espace qui s’étend entre le rempart de Constantine et le pied du Koudiat-Ati. C’est là en effet que se donna l’assaut en 1837. Toute la population bourgeoise se trouvait réunie sur cette double estrade; les musulmans occupaient les pentes du Koudiat-Ati, les Européens le rempart de la ville.

 

A un coup de canon la multitude armée agglomérée sur le plateau de Msalla se mit en mouvement vers la place de la brèche, les troupes françaises d’un côté, les goums arabes de l’autre.

 

Puis commença la fantasia des dames, cette fois individuelle et non par goum, mais toujours avec force coups de fusil, auxquels le canon répondait du haut de la brèche.

 

Au centre de cette place, qui porte désormais un nom historique, s’élèvent deux petits monuments, les seuls que la guerre ait respectés; l’un est un minaret isolé, l’autre est une sebbala ou réservoir d’eau pour les voyageurs. Le minaret, de forme octogonale, porte sur une de ses huit faces ces mots qui n’ont pas besoin de commentaire: 

Aux braves morts devant Constantine pendant les années 1836 et 1837.

 Au pied de l’autre monument est un petit enclos fermé par une simple barrière en bois; modeste cimetière, qui contient les restes de quelques-uns des martyrs de notre conquête.

 

C’est autour de ces deux petits monuments qu’avait lieu le tournoi en l’honneur des dames. A la vue de ce simulacre de combat, du lieu de la scène, des souvenirs tristes et glorieux qu’il réveille, des physionomies sereines de tous les spectateurs, l’âme émue rapprochait involontairement toutes ces circonstances, et y reconnaissait une sorte d’hommage funèbre rendu en commun à la mémoire de ceux que la guerre a moissonnés et de la paix que tous leur doivent.

 

Quelques personnes comparaient ce spectacle, mélange bizarre de sons et de costumes si divers, aux carrousels du moyen âge. Quelle différence pourtant! Au moyen âge on disait : Crois ou meurs. Aujourd’hui on laisse chacun libre de croire ce qu’il veut, et l’on se réjouit ensemble.

 

Après la fantasia pour les dames, chacun retourna chez soi ; les goums regagnèrent leurs tentes, les soldats leurs casernes et les habitants leurs maisons.

 

 

 

 

 

 

 

Source : Algérie Par M. Rozet (Claude Antoine)& Ernest Carette

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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