Le gouvernement de la régence d’Alger

30 05 2016

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement de la régence d’Alger  dans Histoire 1478970719-160514064327557943

Intérieur du Palais du Bey. Trône du Bey / Constantine 1900

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir mis fin à la colonisation espagnol, la priorité des nouveaux conquéreurs est l’installation d’un gouvernement  sur l’unique modèle qui fût connu, celui de l’empire ottoman. Prenant le toit de conquête pour principe de leurs institutions, ils mirent à la disposition des janissaires toutes les places auxquelles étaient attachées la considération, la confiance et l’argent. Les avantages de ce gouvernement se montrent dans sa continuité, puis-qu’après trois cents ans d’existence, il est encore, à quelques petites exceptions près, le même dans les formes de son administration. C’est par le fait une république militaire, gouvernée par un chef électif, nommé à vie, et ressemblant assez, sur une plus petite échelle, à l’empire romain après la mort de Commode. Ce gouvernement se compose ostensiblement d’un chef souverain, appelé Dey, et d’un divan ou grand conseil. Le nombre des membres du divan n’est pas limités; ils sont pris parmi les anciens militaires qui ont eu ou ont encore un commandement. Le divan élit le dey, et délibère sur toutes les affaires que celui-ci veut bien lui soumettre.

 

 

 

Telle est la théorie du gouvernement algérien. Eu vertu de ces principes, le crédit et l’importance du divan devraient s’élever ou s’abaisser selon le caractère et les talents du souverain régnant : il n’en est pas ainsi. Autrefois le divan était réellement un corps dans l’état, tenant régulièrement ses assemblées, ayant des fonds à gérer, et prétendant au droit de discuter toutes les mesures du gouvernement. Avec le temps, ce n’est plus qu’un vain fantôme, dont l’existence serait même problématique, si, en 1816, Orner pacha n’avait pas convoqué un divan, pour délibérer sur les négociations entre la régence et la Grande Bretagne. Depuis que les deys ont fait de la citadelle le lieu de leur résidence, le divan n’est plus, dans la constitution, qu’un mot sans valeur.

 

 

Le dey nomme lui-même ses ministres. Ce sont:

 

 

- le Khaznadji, qui a dans ses attributions les finances et l’intérieur;

- l’Agha, ou Bach-agha qui commande en chef l’armée, et qu’on pourrait appeler ministre de la guerre;

- le Vèkil-Hardj, ou ministre de la marine et des affaires étrangères;

- le Khodgia de Cavallâs, qu’on pourrait désigner sous le nom d’adjudant-général et de surintendant des domaines nationaux;

- et le Beit-el-mâl, ou juge des successions. Ce dernier poste est devenu très-important, à cause des revenus qui y sont attachés.

Ces ministres forment le conseil privé du souverain, et sont avec lui le gouvernement de fait, où n’a rien à voir le prétendu divan.

 

 

 

 

 

 

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Ancien Palais du Dey / Alger 1900

 

 

 

 

 

 

 

L’élection des deys d’Alger doit être confirmée par le grand-seigneur, qu’ils reconnaissent pour leur seigneur suzerain. Mais cette confirmation n’est jamais refusée, et toujours elle est accompagnée du titre de pacha à trois queues, sorte de dénomination que le souverain prend dans ses actes publics; car le nom de dey est à peine connu à Alger*. Les étrangers seuls s’en servent. Dans le principe, ce fut probablement un surnom, puisque, dans la langue turque, dey veut dire oncle. 

 

 

 

Aussitôt après leur élection, les deys d’Alger jouissent de toutes les prérogatives attachées à l’autorité souveraine; mais leur installation solennelle n’a lieu que lorsqu’ils ont reçu le firman du grand-seigneur, qui approuve leur élection, et, avec le firman, le caftan et le sabre d’officier, qui leur sont apportés par un capidji bachi ou messager d’état. Tous les trois ans, dans ses jours de prospérité, Alger envoie au grand-seigneur un présent qui est transporté à Constantinople, sur un vaisseau de guerre étranger, avec l’ambassadeur qui doit l’offrir. Telle est encore l’influence de la régence, que cette mission, regardée par elle comme un titre d’honneur, n’est jamais accordée qu’au gouvernement qui se trouve pour le moment le plus avancé dans ses bonnes grâces. Ce présent est toujours magnifique, et s’élève quelquefois à la valeur de 5oo,ooo dollars (de l’époque). Du reste, il paraît qu’Alger ne reconnaît pas autrement la suprématie du gouvernement ottoman; et même, dans l’ivresse de son pouvoir imaginaire, il lui est arrivé de ne pas toujours respecter son pavillon. Comme compensation, la Porte lui envoie ordinairement un vaisseau avec des munitions de guerre et de mer, lui accordant en outre la permission de lever des troupes dans les pays soumis à sa domination.

 

 

Quoique l’élection du dey, par le principe des institutions de la régence, appartienne au divan, elle est pour l’ordinaire le résultat des intrigues d’une faction dominante parmi les janissaires, et presque toujours une sanglante tragédie. Un dey est égorgé, pour faire place à un nouvel aventurier plus heureux que lui. Ses amis et ses partisans, sont tués, pillés ou bannis, et tout cela interrompt tout au plus pendant vingt-quatre heures, le calme ordinaire des affaires publiques. Ces révolutions se succèdent avec une telle rapidité, qu’on a peine à y croire, quand on ne connaît pas les mœurs et le caractère atroce des Turcs. Un dey d’Alger est, de son vivant, le monarque le plus absolu et le mieux obéi du monde; mais son règne est toujours précaire, et pour lui une mort naturelle est un accident.

 

Un Turc est-il une fois enrôlé dans le corps des janissaires, n’importe ce qu’il est, il peut prétendre à la souveraineté, excepté qu’il ne soit natif de Bosnie ou de Crète. Il est janissaire: voilà ses titres et ses qualités; et souvent la fortune s’est plu à tirer de l’obscurité les êtres les plus bas et les plus abjects, pour les placer sur le trône. On montre encore les tombeaux de sept aventuriers proclamés souverains et tués le même jour. Comme marque de mépris ils furent enterrés sur le grand chemin. Celui qui est élu ne peut ni refuser ni résigner l’honneur de gouverner Alger ; pour lui il n’est que deux places, le trône ou le tombeau.

 

 

 

 

 

 

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 Le palais du Dar-el-Bey / Constantine

 

 

 

 

 

 

 

Les trois provinces sont gouvernées par des beys, que nomme le souverain, et qui, avec le titre de ses lieutenants, sont par le fait investis de toute son autorité despotique. Le même pouvoir leur adjoint un vakil ou intendant. Chaque province est imposée pour une somme déterminée, selon la capacité qu’on lui suppose pour la payer. Le fisc perçoit cette somme par dividende de six mois.

 

 

La situation de ces gouverneurs est nécessairement précaire, et leur tyrannie comme l’oppression qu’ils font peser sur les provinces soumises à leur autorité, afin de se créer des ressources pour conserver leurs places,  car la douceur et l’équité dans un gouverneur de province, seraient regardées comme une tendance à la popularité, popularité que condamne le gouvernement central, et que les coupables, comme le prouve plus d’un exemple, payent de leur fortune et de leur vie.

 

 

Toutes les trois années lunaires, les beys sont obligés de venir en personne, rendre compte de leur administration au siège du gouvernement; leur entrée publique est très magnifique, mais la continuation de leur pouvoir, et leur vie même dépendent du talent qu’ils ont eu, de rassasier l’avarice des membres de la régence. Chaque visite des beys à Oran et à Constantine, ne leur coûte pas moins de trois cent mille dollars; il leur faut, dans ces occasions, acheter la faveur des officiers de la régence, dont le prix est plus ou moins élevé, selon que leur crédit est plus ou moins grand. Cependant il n’entre pas la moindre partie de ces contributions extraordinaires dans les coffres de l’état.

 

 

 

 

 

 

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Demeure de Hassan Bey / Oran

 

 

 

 

 

 

 

Les officiers de la régence d’Alger ne reçoivent pour leur salaire, que leur paie et leurs rations comme janissaires. Le pacha lui-même se soumet à cette loi, avec une apparence de simplicité primitive. Mais dans leurs rapports avec la société, ces mêmes officiers se reposent sur les privilèges de leurs places et la licence qu’elles leur donnent pour toute sorte d’exactions.

 

 

 

 

 

 

 

*: Le dey ajoute toujours ce mot Dai , à la suite de son nom, dans la signature des lettres ou de ses traités avec les puissances chrétiennes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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