La Fête de Maslénitsa ou le carnaval Russe

21 05 2016

 

 

 

 

 

Depuis la christianisation de la Russie, la Maslénitsa, antique fête païenne du printemps, se trouve déportée avant le cycle de Pâques, quelle que soit la date de cette dernière. C’est en effet le seul moment où cette fête peut s’insérer sans s’éloigner par trop du début du printemps, la période de Pâques étant suivie du Pentécostaire (50 jours). La proximité avec le début du cycle des fêtes chrétiennes lui donne une coloration particulière. De fait, la Maslénista et le Grand Carême se mettent réciproquement en relief.

 

A la différence des autres cérémonies et ensembles rituels du calendrier russe, qui sont célébrés à la fin des périodes marquées par la privation et des interdits (Noël vient après un carême de 40 jours, la fête de Pâques après un carême de 7 semaines), la Maslénitsa exalte les dernières réjouissances, les ultimes explosions d’énergie puisqu’elle précède la longue période du Grand Carême.

 

 

 

 

 

Présentation de la fête 

 

Le caractère particulier de la Maslénitsa provient du fait qu’elle se trouve à la frontière de l’anti-fête la plus importante dans le cycle annuel russe. C’est pourquoi cette fête est la plus célébrée, la plus bruyante des Russes. Son nom Maslénitsa est dérivé du mot maslo (beurre), car pendant la semaine précédant le Grand Carême on mangeait surtout des laitages, lesquels seront supprimés ainsi que la viande, jusqu’à Pâques. Cette interdiction alimentaire limitée souligne le caractère transitoire de cette fête : sur le plan de la nourriture, c’est plutôt l’anté-fête. Sur d’autres points relevant sans doute de survivances païennes, c’est une vraie fête dont la célébration était obligatoire.

 

 

Le peuple russe croyait que ne pas fêter Maslénitsa pouvait porter malheur. Une chanson enregistrée dans la région de Tver (Kalinine) souligne le caractère exubérant de cette fête :

 

 

On a fait venir des invités de partout,

Les compères et les commères, les filles et les gars,

Et toute la semaine ils ont mangé et bu,

Chanté et dansé.

 

 

Dans une autre chanson russe datant de la fin du XIXe siècle, on raconte que lors de la fête, un village entier s’est réuni en boissons à tel point que la femme du pope a vendu son mari pour pouvoir continuer à se soûler. La femme du chantre l’a imitée ainsi que les petites vieilles qui ont vendu leurs petits vieux ! Les jeunes filles ont mis leur couronnes à l’encan et les jeunes gens se sont défaits de leur ceinture de fête.

 

Pendant cette « semaine de laitage », la Russie tout entière était prise de frénésie. Avant la fête dans les villages et dans les villes, on aménageait les espaces publics en vue des réjouissances futures : on construisait des glissoires et des montagnes de glace ; dans les villes, on dressait des baraques de foire et des débits de boisson, des échoppes où l’on vendait des friandises.

 

 

En Sibérie, on construisait des forteresses de neige qu’il faudrait prendre d’assaut durant la fête. Il s’agissait de véritables places fortes avec remparts et tours. Elles étaient assailles par des « cavaliers » et défendues par des « fantassins ». Un drapeau flottant au sommet de chaque forteresse. Les non-belligérants assistaient en spectateurs à ce siège dont l’enjeu était aussi passionnant que celui d’un match de foot-ball. Comme aujourd’hui les supporteurs du stade, chacun encourageaient son camp.

 

Les témoignages des ethnographes datant du XIXe siècle confirment la persistance de ces coutumes. La semaine de Maslénitsa servait d’exutoire à la violence et la population entière se défoulait avant le début du Grand Carême. Les hommes s’affrontaient très souvent en de véritables batailles rangées qui éclataient parfois sans aucun prétexte. Excités par les vapeurs de l’alcool, ils cherchaient la bagarre. Des clans se formaient regroupant les habitants d’une rue ou d’un quartier et s’opposaient à d’autres clans. Les adversaires se servaient de bâtons et de leurs mains. Au terme des affrontements, il pouvait y avoir des morts et des blessés.   

 

Les femmes, de leur côté, faisaient preuve d’un comportement moins agressif mais tout aussi inhabituel : par exemple elles se travestissaient. Encore vers 1940, dans un village sibérien, des femmes surtout des veuves, sortaient dans la rue déguisées en hommes. Elles se promenaient dans le village en chantant des chansons obscènes. Le but de cette mascarade : réveiller les forces assoupies de la nature.

Les femmes organisaient leur propre fête où les hommes n’étaient pas admis. Le vendredi de la semaine de carnaval, jusque vers 1930, les femmes de différents villages russes de Lettonie, plus particulièrement celles qui avaient mis un enfant au monde dans l’année, se réunissaient chez l’accoucheuse. Elles apportaient des présents pour leur hôtesse (colifichets, babioles) ainsi que des victuailles. Elles  mangeaient, buvaient, bavardaient, chantaient  et dansaient pendant trois ou quatre heures d’affilée. Après quoi elles rentraient chez elles.

Le passage de la fête de Maslénitsa au jeûne s’effectuait de manière brusque, pour marquer l’entrée dans la période de l’anti-fête, les paysans changeaient de vêtements (les vêtements simples et sombres remplaçaient les habits festifs multicolores). Aux mets gras succédaient les repas strictement végétariens (même sans lait) pris à de plus grands intervalles. Certaines personnes se contenaient d’un repas par jour. En sibérie, s’il restait de la nourriture après le carnaval, on essayait de la donner à la population non-orthodoxe ou bien de la conserver jusqu’après Pâques. Même la vaisselle utilisée pendant la fête devait être changée. Ceux qui n’avaient pas cette possibilité devaient nettoyer soigneusement avec de l’eau bouillante et du sable, voire par le feu, celle dont ils s’étaient servis pendant la Maslénitsa.

 

 

 

 

L’accueil de la Maslénitsa

 

La semaine de carnaval comprend plusieurs étapes et chaque jour de cette semaine est marqué par une activité précise : le lundi est le jour de l’accueil de la Maslénitsa, le mardi le jour des jeux, le mercredi le jour des ripailles, le jeudi le jour de la « fiesta » appelée chiroki tchetverg, la soirée du vendredi est consacrée à la belle-mère, le samedi est réservé aux soirées-amusements des jeunes filles et le dimanche est le jour du pardon.

 

Au centre des festivités populaires se trouve une poupée en paille qui personnifie la fête et est appelée actuellement Maslénitsa,  le nom primitif demeurant inconnu. Autour de cette poupée ont lieu l’accueil de la Maslénitsa et sa célébration. Elle part, puis est enterrée ou consumée dans le feu, ce qui clôture la fête. Elle était attendue avec impatience et accueillie par les jeunes filles qui préparaient les plats rituels de la fête : fromage, beurre, miel et bière. Voici un extrait d’une chanson enregistrée dans la 1ère moitie du XXe siècle dans la région de Kalouga :

 

Holà, Maslénitsa entre dans la cour,

La grosse Maslénitsa  entre dans la cour !

Et nous, les jeunes filles, nous l’accueillons,

Et nous, les belles, nous l’accueillons !

Holà, Maslénitsa, reste chez nous une semaine

Reste chez nous, la grosse, une autre semaine !

Malsénitsa répond : « je crains le carême,

Moi, la grosse, je crains le carême »,

Holà, Maslénitsa le carême est encore loin,

La grosse, le carême est encore loin !

 

 

 

 

 

 

 

Un témoignage sur la célébration de la Maslénitsa  au XIXe siècle à Saint Saint-Pétersbourg   

 

 

ʽʽIls sont peu nombreux à St. Pétersbourg et ont lieu principalement pendant la semaine qui précède le grand carême, appelée en Russie la semaine au beurre (maslénitsa) et pendant toute la semaine qui suit la fête de Pâques.

La place de l’Amirauté se couvre alors de baraques aux formes variées avec tréteaux et théâtres, balançoires, chars tournants, carrousels simulés et surtout d’une quantité prodigieuse de boutiques en plein veut garnies de noisettes, d’oranges, de caroubes, de pains d’épice, etc. etc. Mais ce qui domine tout cela, ce sont les montagnes de glace avec leurs joyeux pavillons, mi-partie blancs et roses, qui se déploient au vent. Qu’on se figure une charpente en bois, élevée d’environ 30 pieds, imitant l’architecture d’une tour gothique. De la terrasse en plate-forme de la tour, s’échappe sur une pente d’environ 45 degrés un sentier de glace légèrement arrondi au point où il atteint la ligne horizontale. Cette ligne également pavée de dalles de glace unie se prolonge dans la proportion de l’élan donné au traîneau par la force acquise dans la descente d’une effrayante rapidité. Là où le traîneau s’arrête s’élève une autre montagne dont la pente glissante court parallèlement à la première, de sorte qu‘on n’a qu’à changer de sentier pour revenir avec la même rapidité au point d’où l’on était parti. La sensation qu’on éprouve la première fois qu’on est précipité de cette pente est étrange et saisissante. La poitrine se serre, l’émotion est grande, et ce n’est pas sans une certaine satisfaction qu’on sent le rapide traîneau ralentir progressivement sa marche. Pendant toute la semaine la place est encombrée de monde.

Cette semaine de plaisir qui répond à notre carnaval est suivie de 7 autres où les Russes en général, le peuple surtout, observent le jeûne le plus rigoureux. Après le carême, les amusements du carnaval recommencent pendant huit jours et le peuple se dédommage amplement par la bonne chère et l’eau de vie des longues privations qu’il n’a subies du reste qu’avec le plus profond respect religieux. Un des plus grands amusements des habitants de St. Pétersbourg pendant l’hiver, ce sont les piques-niques ou parties de traîneaux qui se font aux environs de la ville. Si les nuits d’été sont magnifiques comme nous l’avons vu, les belles soirées d’hiver ont aussi leurs agréments, quand le vent ne fait pas sentir ses rigueurs et que la terre est couverte d’une épaisse couche de neige qui double le plaisir du trainage. Les rues étincellent, comme si elles étaient pavées de diamants, et à la campagne, la neige est tellement durcie par le froid qu’elle enfonce à peine sous le poids du traîneau. Les trois chevaux de la troïka volent plutôt qu’ils ne courent, le clair de lune est superbe et augmente le plaisir de la soirée; le silence de la campagne, la solitude de la forêt, interrompus seulement par le bruit des sonnettes du cheval du milieu (qui va continuellement au trot pendant que les deux chevaux de côté ne cessent de galoper) ou par celles d’un attelage lointain, rappellent à l’esprit le calme et la tranquillité des plus beaux jours. Les fines branches des pins élancée sont couvertes de givre et paraissent entourées d’une écorce argentée; on dirait que le bouleau s’est revêtu d’un feuillage de glace pendant que tous les autres arbres restent nus et découverte. Le bouleau est le plus bel ornement des forêts du Nord pendant l’hiver, que ses branches soient comme pétrifiées et couvertes de cristaux glacés ou qu’elles se balancent au gré de la brise, dépouillées de tout ornement. Le sol est comme rayé par l’ombre des arbres qui se dessine avec finesse sur la blancheur de la neige. On croirait que la clarté, la belle transparence de la nuit fait sentir son influence sur tous les promeneurs; la gaîté est partout et passe d’une troïka a l’autre, la conversation est animée, de joyeux chants se font entendre. Ces belles excursions se font quelquefois de jour, mais si les promeneurs s’attendent à avoir un beau clair de lune, le retour n’aura lieu certainement que la nuit, et ils ont raison, car c’est l’heure où la nature parle le plu à l’âme et où les cœurs se livrent le mieux à. la joie.ʼʼ

 

 

 

 

 

 

 

‘Maslénitsa’ : le mannequin de paille

 

On  appelait Maslénitsa un mannequin, le plus souvent de paille, qui était pivot de la célébration du carnaval russe. Il était fabriqué par les jeunes gens du village et revêtu d’un vêtement de femme acheté à l’une des villageoises. Il avait donc la taille d’un être humain.

Un témoignage datant de 1888 dans le gouvernement d’Oriol : le jeudi de la semaine du Carnaval, on confectionnait le mannequin, on l’habillait en femme. Dans une main on lui fourrait une crêpe, dans l’autre une bouteille de vodka. A partir du vendredi on le promenait à travers tout le village dans un traîneau tiré par 3 garçons au milieu de chants, de cris et du changement des crécelles. La plus belle des filles du village, soigneusement vêtue, était assise dans le traîneau à côté de la Maslénitsa. On mettait aussi une branche de sapin ou de pin enrubanné dans le traîneau. Cet attelage participait également aux glissades. On s’amusait jusqu’au Dimanche du pardon, jour auquel on emmenait la Maslénitsa hors du village pour la brûler.

Il arrivait que le mannequin soit fait de cordes, de torchons ou d’autres matériaux. Dans le gouvernement de Saratov à la fin de la semaine de carnaval, on enterrait un mannequin de bois. Il était porté à travers tout le village en procession conduite par un vieillard vêtu de loques noires. Des débris de vaisselle étaient attachés à ses mains par des cordelettes.

Il est à remarquer que dans d’autres témoignages, l’enterrement de la Maslénitsa s’accompagne de chants rituels. En voici quelques-uns.

Dans la région de Tver, on enterrait la poupée dans la neige et on piétinait sa tombe en chantant :

Repose, Maslénitsa,

Jusqu’à l’arrivée de l’été,

Alors, nous te déterrerons,

Et de nouveau nous te promènerons.  

 

 

Le jour le plus important de Maslenitsa était le dimanche précédant le Carême. Les gens se demandaient pardon pour toutes les offenses et visitaient les cimetières.

Le dernier jour, on confectionnait une effigie de Maslenitsa avec de la paille ou des chiffons, on l’habillait en femme, on la portait dans tout le village, ensuite on la brûlait, noyait ou tout simplement déchirait, en éparpillant la paille dans les champs. Maslenitsa était parfois vivante – on transportait une jeune femme bien habillée ou une vieille ivrogne en loques, et une fois sortis du village, on la renversait dans la neige.

Le premier jour du Carême symbolisait la fin de Maslenitsa. Lundi était le jour où on se purifiait du péché et de la nourriture grasse. Les hommes « se rinçaient les dents », c’est-à-dire buvaient de la vodka pour soi-disant éliminer de la bouche les restes des repas festifs; dans certains régions, ils organisaient des combats à poings nus pour « vider les bliny*« . Les femmes nettoyaient la vaisselle pour en supprimer le gras, et tout le monde se lavait dans des bains, seuls ou en petits groupes dans des cabanes aménagées comme des bains à vapeur.

 

 

 

 

 

 

 

(*) Bliny : symbole de soleil, le plat principal de Maslenitsa

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bibliographie :

  • Une autre Russie: fêtes et rites traditionnels du peuple russe Par Nadezhda Stangé-Zhirovova

 

  • Guide du voyageur à St. Petersburg, etc Par Jean BASTIN

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                            

 

 

 

 

 

 


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