Kijigui : ‘gros couteau’ Légende Touarègue de l’Aïr (Niger)

13 05 2016

 

 

 

C’était dans les temps anciens, alors que le grand roi Salamon régnait sur terre. C’était un très bon roi ; son nom incarnait la sagesse et ses pouvoirs étaient légendaires ; sa pensée pouvait voyager à travers l’espace et le temps, pour voir ce qui se passait dans son royaume et autour de la terre entière.

Pour sa sécurité, il avait préféré se passer du service de ses semblables : dans sa grande sagesse, il connaissait les faiblesses des hommes, et les bassesses dont ils étaient capables pour accaparer le pouvoir.

Il s’était donc assuré du concours des Djinns, se mettant ainsi à l’abri de l’hypocrisie des humains.

Salomon ne tolérait pas l’injustice, et envoyait des émissaires régler les litiges, sur toute la surface de la planète.

Les justiciers, au temps de Salomon, ne voyageaient pas à la façon du commun des mortels : ils avaient le pouvoir de la Ousma Alghajin, le livre qui contient tous les secrets dont se servaient les thaumaturges ; ils savaient devenir invisibles et immatériels ; ils pouvaient ainsi se transformer en étoiles filantes, et parcourir de grandes distances en très peu de temps.

 

 

 

 

 

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Femme noble du Hoggar (entre la fin du XIXe et début du XXe siècle)  

 

 

 

 

L’un de ces justiciers, passant un jour dans l’Aïr, tomba follement amoureux d’une de ces beautés qui ont les cheveux noirs comme des ailes de corbeaux. Elle n’avait pas son pareil pour chanter, et quand elle jouait de l’Imzad, on aurait cru entendre une musique céleste.

A la suite de cette rencontre, il fit de fréquents voyages pour se rendre auprès de sa bien-aimée, qui lui rendait sa passion.

Il arrivait sous forme d’étoile filante, se posait sur la montagne où il reprenait sa forme humaine, et descendait ensuite auprès de la jeune fille. Tard dans la nuit, il reprenait la voie des airs.

Sur le chemin du retour, il faisait toujours une halte aux puits de Faodet : là, en récitant certains versets du Coran, il faisait monter l’eau jusqu’à la margelle du puits et se purifiait le corps. Après ce rite, l’étoile, plus lumineuse que jamais, reprenait très haut dans le ciel la direction du levant.

Il revint ainsi dans l’Aïr, jusqu’au jour où le roi Salomon lui demanda de rester pour toujours auprès de lui. Il demanda cependant à son Seigneur l’autorisation de se rendre une dernière fois dans l’Aïr. Lors de cette ultime visite, le jour des adieux, il remit son sabre à sa bien-aimée.

- Ce sabre, lui dit-il, est coulé dans un métal spécial : celui qui le détient invincible face à l’ennemi ; il a de grands pouvoirs, et je te le laisse comme souvenir de moi, ainsi que pour défendre ton peuple.

La jeune fille garda précieusement cette arme magique. Beaucoup plus tard, Dieu la rappela à lui, et elle retrouva enfin son bien-aimé, dans le monde immatériel de ‘là-haut’.

 

 

  

 

 

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Forte épée touareg dite Takouba. Monture en fer recouvert de cuir noir et rouge. Large lame droite à gouttière centrale. Fourreau en cuir décoré à garnitures en laiton découpé à jours et gravé / XIXe siècle.

  

 

 

 

La Takouba fut transmise à sa descendance ; depuis cette époque éloignée, elle fut à l’origine de tous les succès des Touaregs de l’Aïr sur leurs envahisseurs.

Les tribus de la région considéraient ce sabre comme leur propriété commune et se regroupaient, en cas de conflit, auprès de l’aménokal qui le détenait.

Il était capable de fendre les rochers, de couper les métaux, et prévenait de la guerre : une semaine avant que ne se déclare le conflit, sans que personne y touche, il transperçait son fourreau et se fichait en terre.

Il était impossible de le prendre par force, et seul le vol aurait permis à quelqu’un de s’en emparer.

Tout le monde le voulait, et l’arme fit des séjours dans presque toutes les tribus de l’Aïr, qui se la dérobaient mutuellement.

Depuis, le temps a passé, et le sabre a beaucoup servi ; il s’est atrophié et les Touaregs de l’Aïr le surnomment Kijigui, ce qui signifie « gros couteau ».

 

 

 

 

 

 

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Guerrier berbère touareg avec sa lance et son épée Takouba. XIXe siècle

 

 

 

 

 

 

Dernièrement, Kijigui fut volé par les Tagaraï-Garaï, autres Touaregs de la région de Tahoua et de l’Azawagh, à ceux de l’Aïr. Ces derniers se sont bien juré de ramener un jour cet ancêtre chez eux ; mais lorsqu’il aura beaucoup servi, son usure sera totale, et il est probable que commencera alors une ère de paix définitive.    

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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