Histoire du Bûcheron et de l’Afrît de la forêt

22 04 2016

Conte populaire marocain de Marrakech

 

 

 

 

 

 

Un pauvre bûcheron, ayant beaucoup d’enfants, allait tous les jours à la forêt pour couper du bois. Quand il avait travaillé péniblement la plus grande partie du jour, il chargeait le bois sur son épaule, car il était trop pauvre pour avoir un âne, et allait porter au souk du bois pour le vendre et acheter de quoi nourrir tous ses enfants.

 

 

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Un jour, qu’il cognait dur et suait toute sa sueur en travaillant, un grand Afrît, à l’aspect terrible, lui apparut soudain. D’une voix tonnante, lui dit : « Je suis le génie de la forêt. La forêt et moi nous somme fatigués de t’entendre frapper du matin au soir. Pourquoi viens-tu troubler notre repos ? »
Et le pauvre bûcheron, tout tremblant, lui raconta sa triste histoire. « Ah ! Ah ! dit l’Afrît, ce n’est pas cela ! Tiens, prends ce moulin de pierre et tu vivras, toi et tes enfants, de ce qu’il te moudra. Mais que je ne te revoie plus ici. » Le bûcheron emporta son moulin et s’en fut. Arrivé chez lui, il le donna à sa femme qui, curieuse, se mit aussitôt à moudre sans avoir mis un grain de blé entre les meules. O surprise, la farine et la semoule coulent en abondance de tous les côtés du moulin. Voilà les pauvres gens assurés de leur pain quotidien et le bûcheron, au lieu d’aller à la forêt, passe ses jours à se promener comme un riche. Intriguées, les voisines bavardent entre elles et ont vite fait de surprendre me secret. Profitant de l’absence du bûcheron, l’une d’elles vient un jour trouver sa femme et lui dit : « prête-moi ton moulin. J’ai envoyé mes meules chez le mâallem(1) pour les faire piquer et je n’ai plus de farine ni de semoule à la maison. »
La femme de bûcheron était sotte et timide. Elle n’osa pas refuser le moulin et le prêta à l’indiscrète, qui lui en rapporta le soir un autre identique. Mais ce n’était pas le même. A l’heure du dîner, le bûcheron, sa femme et ses enfants s’en aperçurent bien, car il leur fallut se coucher sans dîner.
 
 
Le lendemain, le bûcheron, reprenant sa cognée, retourna à la forêt, car il n’avait pas d’autre métier, et malgré la terreur que lui inspirait l’Afrît, il fallait bien donner à manger à tous ses petits enfants qui pleuraient à la maison.
Au premier coup de hache, l’Afrît lui apparut ; fort en colère, il lui dit : « C’est encore toi ? Ne t’ai-je pas dit que la forêt et moi nous sommes fatigués de t’entendre ? »
Mais le bûcheron avait quand même moins peur que la premières fois. Il lui répondit : « O bon Afrît, le meilleur des Afrît, je suis ici pour telle raison. » Alors l’Afrît tira du fond de la terre une grande guesâa de bois et, d’une voix tonitruante, qu’il croyait très douce, il lui dit : «  Va, pauvre, avec cette guesâa, dont ru tireras ta vie et celle des tiens. Tu n’auras qu’à la recouvrir d’un mekebb(2), à l’heure des repas, et à la porter sur la table. Mais ne reviens plus troubler notre repos. »
Et il s’enfonça sous terre avec un grand bruit, et le bûcheron repartit chez lui, emportant la guesâa enchantée. A l’heure du repas de dohor, même un peu avant car ils avaient tous très faim, il mit le mekebb sur la guesâa et la porta sur la table. Puis, avec cérémonie, il enleva le mekebb, et la guesâa leur apparut pleine d’un tajine délicieux de viande cuite à point, d’oignons, de tomates et de pain chaud sentant une odeur de four exquise, et tous, le bûcheron, sa femme et ses enfants, se mirent à manger jusqu’à ce qu’ils aient vidé le plat. Et, à partir de ce jour, le bûcheron ne retourna plus à la forêt et passa une existence de plaisirs et de promenades. Aussi la curiosité des voisines fut de nouveau éveillée, et de nouveau, profitant de l’absence du mari, l’une d’elles emprunta à la sotte la gusâa enchantée et la remplaça par une autre tout ordinaire, et le soir les pauvres gens eurent beau mettre le mekebb suivant le rite, ils durent se coucher sans dîner. Et le lendemain, le pauvre bûcheron retourna à la forêt sous l’œil moqueur des voisines qui s’étaient régalées de bons tajines pendant qu’il avait le ventre vide.
 
 
 
Il arriva de bonne heure au cœur de la forêt et se mit au travail ; mais il n’avait pas fini de frapper le premier coup de cognée que l’Afrit monstrueux était devant lui et, rugissant d’une colère qui faisait trembler la terre, lui disait : «  Comment faut-il te dire que la forêt et moi sommes fatigués de t’entendre et que nous ne voulons plus que tu troubles notre repos ? » et le pauvre bûcheron, tout tremblant lui aussi, le mit au courant de la nouvelle malice des voisines.
« Bien, dit l’Afrit, je veux encore te prouver mes bonnes dispositions, mais n’y reviens plus surtout », et il lui donna un beau chat noir en disant : « Tu vivras de ses excréments, toi et les tiens, et va-t’en. »
Le bûcheron reprit le chemin de sa maison, emportant son chat. Et en cours de route il faisait d’amères réflexions : «  Cet Afrît veut notre mort, se disait-il, et c’est bien certain, car a-t-on jamais vu des fils d’Adam se nourrir des excréments d’un chat ? »
Tristement il lâcha le chat dans sa chambre et, prenant sa tête dans ses mains, se mit à songer sur sa misère. Tout d’un coup, il vit le chat gratter le sol de la maison, tourner en rond, arrondir son dos et déposer sur le sol un petit tas de cailloux de toute les couleurs.
C’étaient des diamants ; des rubis, des émeraudes, des perles du plus pur orient. Mais le pauvre bûcheron n’en avait jamais vu et ne se doutait pas de la fortune que ce chat bienfaisant lui assurait ainsi. Il ramassa tristement tout ce que le chat avait déposé sur le sol et se rendit au Mellâh, chez un juif, et lui montrant ces cailloux, lui dit : «  Cela a-t-il une valeur et puis-je en tirer de quoi nourrir ma femme et mes petits enfants ? » et le cupide juif, voyant combien ce pauvre était ignorant, lui répondit : « Cela, ô pauvre, n’a aucune valeur et personne ne te les achètera ; mais moi, qui suis un homme de bien et connu pour sa générosité, je te donne un pain en échange de ces mauvais cailloux. »
Et le bûcheron, tout pleurant, repartit à la forêt, car s’il avait bien peur de l’Afrit, il ne pouvait voir non plus mourir ses enfants. Mais, cette fois, l’Afrît ne dit rien quand le bûcheron lui raconta ce qui s’était passé avec le juif.
 

 

la-mort-et-le-bucheron-gustave-dorefable- dans Littérature populaire

 

 

 

Il prit deux zerwâta (3) bien cloutées dans ses terribles mains, ce que voyant le bûcheron se jeta à terre en invoquant Allah, croyant son heure venue. Mais, à son grand étonnement, il ne reçut aucun coup de bâton des mains de l’Afrît qui le releva, lui donna les deux zerwâta et lui dit : «  Débrouille-toi avec cela. Tu n’auras qu’à dire : « Zerwâta, zerwâta, faites votre besogne », et tu seras tiré d’embarras. Mais n’y reviens jamais. Ceci est mon dernier mot ; ne trouble plus le repos de la forêt. »
 
 
Et le bûcheron partit. Et la malice lui vint, en route, de récupérer tous les dons de l’Afrît en moins d’une journée, car il eut vite compris pourquoi le bon Afrît musulman lui avait donné ces deux bâtons. Il se rendit d’abord chez la femme qui avait pris le moulin enchanté, premier don de l’Afrît. Celle-ci nia énergiquement avoir changé le moulin. Mais les zerwâta, invitées à faire leur besogne, la firent vite changer d’avis, et elle rendit le moulin après avoir été rouée de coups comme il convient.
 
Ensuite, la guesâa revient par le même procédé. Quant au juif, les zerwâta firent une si bonne besogne, que non seulement il rendit en pièces d’or la valeur des pierres précieuses volées, mais il donna, en outre, tout l’argent qu’il avait dans sa boutique et les pierres précieuses elles-mêmes dont il avait déjà fait de magnifiques bijoux.
 
Grâce au moulin enchanté, à la guesâa, au chat noir dont les excréments sont des pierres précieuses, il est le plus riche, et les zerwata qui savent si bien besogner en font l’homme le plus puissant et le plus respecté. Et tout cela grâce au bon Afrît, terrible d’aspect seulement, et pour le grand repos de la forêt.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Note: 

(1). L’ouvrier

(2). Le mekebb est un couvercle de sparterie en forme de cône dont on recouvre les plats.

(3). Bâton terminé par une extrémité cloutée qui en fait une arme dangereuse.

 

 

 

 

 

 

N.B : Illustrations de Gustave Doré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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