• Accueil
  • > Art
  • > L’usage des perles et pierres précieuses en bijouterie et joaillerie algériennes

L’usage des perles et pierres précieuses en bijouterie et joaillerie algériennes

18 04 2016

{Entre le XVIe et le XIXe siècle}

 

 

 

 

 

 

 

L’usage des perles et pierres précieuses en bijouterie et joaillerie algériennes  dans Art 1477994256-160412104855796295

La belle Fatma ornée de bijoux traditionnels / Alger 1900

 

 

 

 

 

Le luxe suprême dans la parure a été de tout temps la pierre précieuse, surtout en Orient. C’est la clé des cœurs, comme disent les Orientaux dans leur langage poétique. La Bible décrit le pectoral du grand prêtre Aaron (هارون), frère de Moïse (موسى) décoré des douze pierres précieuses les plus renommées : cornaline, topaze, émeraude, rubis, saphir, diamant, hyacinthe, agathe, améthyste, chrysolithe, sardoine, jaspe. Chacune d’entre elles était dédiée aux douze tribus d’Israël. Les récits des écrivains arabes parlent avec enthousiasme des gemmes arrachées aux entrailles de la terre pour couvrir les murs des mosquées. Les poètes éblouissent leurs lecteurs des milliers d’étincelles qui jaillissent des parures idéales des femmes. Il n’est pas de conte des Mille et une nuits sans une description où, dans des bassins d’or, les pierres les plus rares jettent des feux comme un caractère de volcan. L’Oriental adore les pierres précieuses qui l’aveuglent de leur éclat et le fascinent de leur rayons. Non seulement il leur trouve d’étroites affinités avec la femme, autre objet de sa convoitise, mais il les poétise et les personnifie. Il va même jusqu’à leur donner une réelle influence.

Comme les astrologues occidentaux du moyen âge, il leur découvre des vertus célestes. Le diamant est un antidote contre la peste. L’émeraude conserve la clarté et guérit des morsures venimeuses.

Un Maure, dont l’ouvrage a été traduit en Latin au XIIIe siècle par Jehuda Mosca, ne leur en compte pas moins de trois cent vingt cinq, qu’il répartit, selon leur pouvoir bienveillant ou hostile à l’espèce humaine, entre les douze signes du zodiaque.

D’ailleurs, Grecs ou Latins, Musulmans ou Chrétiens, croyaient fermement à la vie propre de la pierre précieuse à sa naissance, à son état de santé ou de maladie et à sa mort.

C’est l’avis de Théophraste dans son Discours des pierres, de Pline l’Ancien dans un chapitre de son Histoire naturelle, du médecin arabe Avicenne dans son Traité sur les pierres, du docteur Albert Grand, un des maîtres de la science hermétique, dans son ouvrage De Rebus Metallicis.

Pour tous ces auteurs, la pierre précieuse respire et souffre, participant aux joies et aux misères de l’humanité. Dans toutes les régions de superstitieux Orient s’affirme, pour les gemmes, le même culte fervent et passionnée. Les Pharaons d’Egypte, les rajahs de l’Inde et les mandarins de la Chine se parent de perles, d’émeraude, de rubis et de saphirs, dont les seuls diamants du schah de Perse ont dépassé la splendeur.

Tour à tour occupée par les Romains, par les Arabes et par les Turcs, l’Afrique septentrionale a été depuis des siècles la terre promise des pierres précieuses. A titre d’exemple les tunisiennes donnent à chaque pierre une signification déterminée. C’est un langage des fleurs d’un nouveau genre.

-Le diamant personnifie l’orgueil.

-L’émeraude fait plaisir à voir et dissipe la mauvaise humeur.

-La turquoise est un porte-bonheur.

- Le rubis inspire la sympathie.

-La perle est l’image de la noblesse.

 

 

 

 

Le Diamant :

 

Le diamant, cet objet de tant de désirs, n’est qu’un souffle, un rien, du charbon qu’un rayon solaire passant par un miroir anéantit en une seconde, ne laissant après lui qu’une trace légère d’acide carbonique. Avant les découvertes des mines du Cap, il se trouvait surtout dans l’Inde, sur les rives sablonneuses ou dans les creux de rochers. Les Perses, les Turcs, les Arabes l’appellent الألماس el-almace, qui est l’expression littéraire, et aussi le nomment très souvent, mais à tort, ياقوت yagoute, qui est rubis(*).

Avant le XVIe siècle on l’employait en cabochon, le mélangeant aux pierres de couleur. Souvent même il restait à l’état naturel. Bientôt la taille se perfectionna. On le taille en rose. Il conservait ainsi son étendue. On l’appelait alors « diamant à facettes ». Mais le progrès s’accentua. On chercha à donner au diamant tout son éclat. La taille en brillant qui attisait ses feux prévalut.

Les Algériens eurent beaucoup de brillants sous les deys. Avant la colonisation ils venaient de Golconde en passant par l’Orient.

 

 

 

 

 

1477994591-160412104336869531 dans Art

Coiffe de mariage à décor de soltani sertie de diamants et perles. Constantine : entre 1856 et 1867

 

 

 

 

 

Émeraude, Rubis et Saphir :

 

Avec le diamant, les seules pierres adoptées sur la côte africaine sont l’émeraude, le saphir et le rubis quelquefois la turquoise et le grenat. La Topaze, زبرجد zeberdjad, est négligée.

 

L’émeraude, en arabe زمرد zmerred, d’un beau vert pré vaut plus cher que le diamant, son prix s’élevait souvent jusqu’à 500 francs le carat. Lorsque la pierre est ordinaire sa valeur moyenne est de 5 francs le carat, et de 40 à 50 francs lorsqu’elle est fonce et veloutée : plus elle est claire et plus elle a de défauts, et moins elle a de valeur.

 

Le rubis spinelle, en arabe ياقوت, de couleur bien carminée est également recherché. Une pierre parfaite, de forme ronde ou octogone, vaut de 2 à 300 francs le carat. Son prix est plus élevé si la couleur tire au rouge ; on paye alors à 500 francs le carat la « goutte de sang ». le rubis balais couleur lie de vin vaut moins.

 

Quant au saphir, il a baissé de prix. La pierre bleue pâle ne dépasse guère 5 à 10 francs le carat. La belle pierre indigo violet, transparente et translucide, avec une double réfraction, s’élève à 100 ou 150 francs le carat.  

 

 

 

 

 

1477994700-160412104411257154

Pendentif porte-amulette (meskia ou meska) en or, perles et pierres fines. Alger entre le 17ème et le 18ème siècle

 

 

 

 

La turquoise n’est pas appréciée des Arabes. Rarement, ils s’en servent comme chaton de bague. Unie et non gravée, une belle pierre vaut à peine cent francs.

 

 

 

 

1477994849-160412102043861835

Paire de pendants ‘Khamssa’ en or et turquoise d’Alger ou Tlemcen / 18ème siècle.

 


 

 

 

Le grenat syrien ou oriental vient tout taillé de la France. Cette escarboucle des lapidaires, d’un beau rouge feu, n’est pas cotée un prix élevé à Alger, où on la rencontre rarement dans les bijoux.

 

  

 

 

 

Diamant rose :  

Avec sa forme plate dessous et sa table aux coins arrondis ou en pyramides taillées à facettes elle ressemble à un bouton de rose avant son épanouissement. Bien qu’elle ne soit plus qu’un diamant défectueux, elle lance peut-être des feux plus vifs que le brillant, à cause de la largeur de ses facettes, mais elle joue moins et fournit moins de variétés de couleurs pour qu’une rose soit bien taillée, il faut que sa hauteur, prise de la base à la pointe, ait la moitié de la largeur du diamètre de la base de la pierre.

 

 

* valeur des roses : les belles roses d’Algérie sont quelquefois venues du Midi lors des mauvaises récoltes. Les roses épaisses arrivent de Hollande où on les taille de 12 à 24 faces. Elles valent de 90 à 100 francs le carat. Lorsqu’elles proviennent de Belgique elles sont taillées à 6 francs. Elles ne se vendent alors qu’environs 45 francs le carat. Mais il en reste encore beaucoup dans le pays provenant d’anciens bijoux démodés, démontés et fondus. Ce sont, pour la plupart, des roses de 3 à 6 faces.

 

* calcul du prix des roses : leur prix varie suivant leur poids et leur étendue ; du reste pour calculer le prix des roses, les auteurs de traités sur les pierres précieuses indiquent un moyen pratique. Le prix du premier carat(**) de la rose bien pure, bien blanche, sans défauts, taillée à 24 facettes et amincie sur les bords, étant de 50 francs par exemple, et la rose pesant deux carats, il suffit de multiplier le poids par lui-même, 2 x 2 = 4, et de multiplier ce produit par le prix de 50 francs. Le total obtenu donne le prix de la rose : 200 francs.

 

* emploi des roses : en Algérie, les roses brillent, serties dans des montures faites de branchages et d’enroulement. Elles ornent surtout les boucles d’oreilles et les ouardas qui se piquent à la chevelure ; on les retrouve souvent sur les messkas, au milieu des rubis et des émeraudes. Rarement, elles parent les bracelets et les khalkhals.

 

 

 

 

 

1477994931-160412104334282723

Ancien khit errouh ou  » zerouf  » bijou traditionnel Algérois ; en or 18 carats serti de diamants taille rose.

Le bijou possède de nombreux poinçons (dont le hibou) sur les extrémités en forme de cœur. 

Très beau bijou d’époque début du 20ème siècle (vers 1900/1920)

 

 

 

 

Perles fines :    

La perle fine s’appelle en arabe جوهرة  djouhra et aussi très souvent dite لولو loulou. Cette sécrétion de l’huître bivalve était connue de toute antiquité. Elle fut l’ornement préféré de Cléopâtre. L’histoire raconte qu’elle possédait deux perles superbes. Elle en détacha une de ses oreilles et, l’ayant fait dissoudre dans du vinaigre, l’avala d’un trait dans un festin offert à Marc-Antoine. A l’époque de la Renaissance, les Valois mirent la perle à la mode, les mignons la portèrent aux oreilles, les courtisanes en parèrent leurs corsages.

Les Mauresques adorent les perles mais elles ignorent la perle noire qui rehausse l’éclat de la peau, elles recherchent surtout la perle baroque. Pour elles la perle ronde ne leur parait pas sincère. Il leur semble qu’elle n’est devenue sphérique que par un travail mécanique.

Une différence : dans l’Est, à Tunis, et même à Constantine, la perle blanche de couleur argentine ou de lait, est la plus estimée ; à Alger c’est, au contraire, la perle jaune. Son rayonnement solaire séduit plus que le rayonnement lunaire ; peut être les algéroises n’ont-elles pas tort, en tout cas des goûts et des couleurs il ne faut pas discuter.

Le comble de l’élégance, pour les Mauresques, est une belle cravate ou un beau collier pendant de perles à 3, 5, 7 et 9 rangées. On en voit souvent qui valent 1 500 et 2 000 francs. Le collier n’est jamais porté en sautoir comme à l’Opéra de Paris, sous l’Empire, ou en long chapelet comme à Londres, au théâtre d’Hyde-Park. Tantôt à un seul rang, la perle plus grosse au centre et les autres enfilées en gradation avec les autres, il n’est pas ajusté au cou. Tantôt à plusieurs rangs, il s’attache sur des morceaux d’étoffe matelassée aux extrémités de forme triangulaire, auxquels sont fixés deux cordons quelconques se nouant derrière le cou.

A Alger, quelques riches mettent leurs économies en perles fines. Ils peuvent ainsi garder une forte somme sous un petit volume. On cite une famille qui possède quatre ou cinq kilogramme de perle fines.

 

*la perle dans les bijoux : non seulement la perle se porte en collier en Algérie, mais les orfèvres l’emploient beaucoup pour orner leurs bijoux. Sa couleur s’enlève bien sur l’or à côté des rubis et des émeraudes. On la retrouve sans cesse encadrant les belles messka, enfilées dans les meqfoul, servant de pendeloques aux assabas, tombant en écheveaux de la Khorsa Nab Tounès (***), jouant librement dans les mengouch, servant d’ornement aux medhibah, cousues en pavage sur les belles ceintures ou servant à composer des pendeloques avec des boules ou des olives de pierres précieuses, roulées comme des cailloux polis par la mer. La Méditerranée ne recèle pas d’huîtres perlières. Les plus belles perles viennent de golfe persique par la Mecque, le Caire, Constantinople, Vienne.

 

 

 

1477995099-160412101848611880

1477995138-160412101846585273

Collier à pendeloques. Alger (19ème siècle) / Matière argent (métal), émeraude, filigrané (or), perle baroque,  rubis

 

 

 

 

 

 

Il reste encore beaucoup de perles baroques en Algérie, provenant des anciens bijoux disparus dans le creuset des orfèvres. Pendant longtemps, vu la pauvreté du pays, le stock disponible à cette époque là (XIXe siècle) suffira à pourvoir en grande partie à tous les besoins en attendant des temps meilleurs. La perle s’achète au carat par les marchands, et par la population à l’once (l’ouqia de 30 grammes) avec ses subdivisions. Suivant leur grosseur, leur pesante, leur orient et leur poli, les belles perles peuvent valoir jusqu’à 1 400 francs ; les moyennes 500 francs ; les semences de 150 à 200 francs.

Les perles se ternissent à l’usage. Leur éclat diminue avec le frottement de la peau. La tradition voulait que jadis on les fit avaler à un poulet. Un court séjour dans son gésier leur rendait leur éclat et on reprenait la perle à la poule en lui coupant le cou. On donne cette légende orientale pour ce qu’elle peut valoir, mais on croit que pour lui faire retrouver son éclat, le meilleur moyen consiste à laver la perle avec l’eau chaude ensuite à la rouler dans du riz pilé, réduit en poudre fine.

La perle peut redevenir, de cette façon, aussi belle et aussi brillante qu’au moment où, après avoir été longtemps baignée par l’eau de la mer, elle vient de quitter la coquille qui la retenait en captivité.               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes: 

(*) : Il y a près de Batna l’Aïne-Yaqoute, « la fontaine de diamant », selon les uns, « la fontaine de rubis » selon les autres ; yaqoute veut plutôt dire ‘gemme’.

  

 

 

(**) : Le mot carat vient d’une érythrine, nommée Kouara en Afrique, dont les semences, petites fèves rouges avec un point noir, sont employées dans les Indes orientales pour peser les diamants et les perles.  

  

 

 

(***) : Pendants d’oreille formés d’un gros fil recourbé, aplati et troué à son extrémité supérieure. La partie supérieure est un plané d’or quelquefois émaillé dessus et dessous et sur lequel sont enchâssées des pierres précieuses, elle reçoit en outre trois anneaux destinés à supporter les accessoires tels que barrettes, écheveaux de perles, boules creuses en or et pièces de monnaie. Des cabochons y sont appliqués. Le nom de cette parure de Tlemcen signifie « boucle dent de Tunis »

 

 

1477995208-160412101901597568 

Source image: Inumiden

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45