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Le Royaume fort et indépendant des Ath Abbas (1510 -1871)

10 04 2016

 

 

 

 

 

« Les Ath Abbas ont toujours maintenu leur liberté, sans payer  aucun tribu ni au Roi, ni au Prince. En 1550, ils avaient pour Chef Abdelafis (Abdelaziz),  l’un des plus braves guerriers de l’Afrique »           Marmol, 1662. 

  

 

 

 

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Carte du royaume des Béni Abbas (en jaune), du royaume de Koukou et de la régence d’Alger au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.

 

 

 

 

 

Le royaume des Béni Abbas ou sultanat des Béni Abbas, en berbère (phonétique) tagelda Naït Ɛabbas, en arabe : سلطنة بني عباس (salṭanat Beni Ɛabbas), est un ancien État d’Afrique du Nord, puis un fief et une principauté, contrôlant du XVIe siècle au XIXe siècle la petite Kabylie et ses alentours. Il est désigné dans l’historiographie espagnole comme « reino de Labez » ; parfois plus communément désigné par sa famille régnante, les Mokrani, en berbère (phonétique) Aït Meqqrane, en arabe أولاد مقران (Ouled Moqrane). Sa capitale est la Kalâa des Béni Abbas, une citadelle imprenable de la chaîne montagneuse des Bibans.

 

 

Fondé par les derniers émirs hafsides de Bejaïa, le royaume est longtemps un bastion de résistance aux Espagnols, puis à la régence d’Alger. Bénéficiant d’une position stratégique, sur la route d’Alger à Constantine et sur celle de la mer Méditerranée au Sahara, sa capitale la Kalâa des Béni Abbas attire au XVIe siècle des Andalous, des chrétiens et des juifs, fuyant l’Espagne ou Alger. Leur savoir-faire enrichit un tissu industriel local dont l’artisanat de la tribu des Aït Abbas est l’héritage. Les tribus aux alentours sont aussi le siège d’une intense activité intellectuelle et d’une tradition lettrée rivalisant avec celles d’autres villes du Maghreb.

 

À son apogée, l’influence du royaume des Béni Abbas s’étend de la vallée de la Soummam au Sahara et sa capitale la Kalâa rivalise avec les plus grandes villes. Au XVIIe siècle, ses chefs prennent le titre de cheikh de la Medjana, mais sont encore décrits comme sultans ou rois des Béni Abbas. À la fin du XVIIIe siècle, le royaume dirigé par la famille Mokrani (Amokrane) s’émiette en plusieurs clans dont certains sont vassalisés par la régence d’Alger. Cependant, le cheikh de la Medjana se maintient à la tête de sa principauté comme tributaire du bey de Constantine et gère ses affaires en toute indépendance.

 

À l’arrivée des Français, certains Mokrani prennent le parti de la colonisation, d’autres de la résistance. Les Français, pour favoriser leur implantation dans la région, s’appuient sur les seigneurs locaux, maintenant une apparence d’autonomie de la région sous ses chefs traditionnels jusqu’en 1871. Ses souverains prennent divers titres, successivement sultan amokranecheikh de la Medjana, puis s’intégrant provisoirement à l’administration militaire française avant la révolte de 1871khalifa et bachagha. La défaite de 1871 marquera la fin du rôle politique des Mokrani avec la reddition de la Kalâa face aux Français.

 

  

 

 

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Pièce de monnaie hafside de Bejaïa (1249-1276).  

 

 

 

 

 

Le contexte mondial (15e  – 16e  Siècles)

La fin du 15e  siècle correspond à une période où des bouleversements importants ont eu lieu sur notre planète : les derniers musulmans sont chassés d’Andalousie et l’Amérique vient d’être découverte par Christophe Colomb. Par ailleurs, les deux plus grandes puissances  de la planète (les pouvoirs Espagnols et Ottomans) s’affrontent dans une terrible guerre mondiale.

 

 

 

La bataille entre le prince Abderrahmane et Pedro Navaro à Bejaïa le 05 janvier 1510 : 

  

Pedro Navarro y arrive le 5 janvier 1510 avec 5 000 hommes et attaque dès l’aube suivante. Le prince local, Abdrrahman, peut lui opposer 10 000 soldats, qu’il lance immédiatement sur les Espagnols en cours de débarquement, en même temps qu’il les bombarde depuis la ville. L’assaut est néanmoins repoussé, grâce notamment à l’artillerie de marine. L’attaque espagnole commence immédiatement, avec des bombardements maritimes et terrestres. L’essentiel de la bataille se déroule dans la ville, qui se rend finalement au milieu de la journée avec la fuite d’Abderrahmane et de sa suite, ainsi que la mort de nombreux habitants. 

 

Pedro Navarro : né à Garde, Royaume de Navarre en 1460 -mort à Naples, le 28 août 1528), il été marin et ingénieur militaire espagnol. Il est un des acteurs des conflits méditerranéens du début de la Renaissance. Il a été à la tête de l’expédition africaine. Il prend ses quartiers d’hiver à Formentera puis se dirige vers la riche cité de Bejaia. Il occupa la ville en janvier 1510.                                   

 

Navarro profite ensuite des dissensions entre Abderrahmane, et son neveu, le jeune roi Mouley Abdallah. Ce dernier le guide dans la montagne où se sont réfugiés les fugitifs. Navarro les attaque de nuit avec 500 soldats. Abderrahmane réussit à s’enfuir une nouvelle fois mais perd 300 de ses hommes. 600 de ses soldats sont faits prisonniers, ainsi que sa première épouse, sa fille et les dignitaires de la ville. Les trésors qu’il abandonne dans sa fuite viennent grossir le butin des assaillants, qui n’ont à déplorer qu’une seule perte dans l’expédition de la montagne. 

 

La prise de Bougie et les grandes villes d’Algérie, a contraint tous les gouvernements de ces régions à ce rendre. Selim Toumi, roi d’Alger vint à Bougie le 31 janvier 1510 se soumettre au capitaine espagnol Pedro Navaro. A l’issue de leur rencontre avec les dignitaires de ces villes les espagnoles instaurèrent plusieurs procédures et sanctions:

 -possession des tribus.

-restitution de tous les esclaves chrétiens.

-soumission a tous les rois des villes occupées.

-paiement d’une taxe annuelle par tous les habitants.                

 

 

 

En 1515, Cinq années après la prise de Bougie, le roi de Tunis (Dynastie Hafside), dont dépendait  Bougie, envoya des corsaires pour la reprendre aux espagnols. Ces corsaires étaient les frères Barberousse, Elias, Ishaq, Kheir Eddine et Arroudj. D’origine turque ces derniers s’étaient convertis à l’Islam. Ces mercenaires possédaient une douzaine de galères et un millier d’hommes. Les combats durèrent plusieurs jours et eu cours de la première bataille Arroudj perdit sa main droite et retourna a Tunis après avoir perdu la moitié de sa flotte. Il lui a fallu deux années pour reconstituer son armé et sa flotte et en 1514 in constitua une armée de 12 galiotes et s’installa a Jijel. Il rassembla autour de son armée plus de 20 000 combattants Kabyle, venus offrir leurs service pour délivrer le pays de l’occupation espagnole .après une bataille acharnée, Bougie tomba entre les mains des turcs. Cette bataille n’aurait pas été gagnée sans l’implication des habitants des cotes de Bougie et de Jijel. A leur tête leur chef Ahmed Ben El Qadi, qui était qadi des derniers rois de Bougie, puis Khalifa puis devient allié de Arroudj. La bataille fut menée sur deux fronts : 

-les vaisseaux turcs attaquèrent la ville par la mère.

-les Kabyle, à leur tête Ben el Qadi attaquèrent par voie terrestre.

 

 

 

 

L’arrivée du prince Sidi Abderrahmane à Takorabt et le début de l’histoire du royaume berbère indépendant des Ath Abbas :

 

Après la prise de Bougie par les espagnoles en 1510, le prince Abderrahmane « connu actuellement sous le nom de Sidi Abderrahmane » n’a pas pu faire face aux forces espagnoles lors de leur offensive, Il rassembla autour de lui 10 000 hommes combattants venus offrir leurs services pour délivrer Bougie de l’occupation espagnole. Après une bataille acharnée, en jetant des pierres du sommet de la montagne « Gouraya », Bougie tomba entre les mains des espagnols.   

 

Le prince Abderrahmane replia à El Kseur actuel, puis à Sidi Aiche probablement à Thimezrith, enfin à Ath Abbas plus précisément à Takorabt dans la même année en 1510 il fonda une école coranique. Takorabt une nouvelle page a commencé dans son histoire en avril 1510. Une nouvelle ère a commencé autour du prince Hammadide Abderrahmane, qui est venu de Bougie, fuira au danger espagnole, et s’installa au village. Car Takorabt fût le berceau et le noyau du royaume berbère des Ath Abbas, ce village qui a donné naissance au royaume de la Kalaa N’Ath Abbas : bâtie sur le modèle de celle des Beni Hammad ; Position stratégique, accès difficile, portes gardées et muraille tout autour. 

 

 

Le village Takorabt de son vrai nom THIGRA N’ATH ABBAS, village berbère d ‘Algérie, situé à 80 K au sud ouest de la Wilaya de Bejaïa (Ex Bougie). Takorabt fait partie de la région N’Ath Abbas qui porte le nom du royaume de Sduikch il ya mille « 1000 » ans, celui-ci s’étend de la vallée de la Soummam jusqu’aux hauteurs des chaînes montagneuses des Babors et des Bibans. Takorabt bordé au nord par la commune d’Ait Rzine, au sud par la commune d’Ighil Ali dont il fait parti administrativement, à l’est par les villages Belayel et Ath Sradj ,à l’ouest par deux villages aussi Thawrirth et Thalefsa qui font parti de la commune d’Ait Rzin .très relié à l’histoire de la kalla des Ath Abbas .Le sultan Ahmed fils de Sidi Abderrahmane enterré à Takorabt s’installa à la Kalaa et fonda ce royaume, il déménagea à ces montagnes inaccessibles d’Ath Abba s en Kabylie pour des raisons sécuritaires.

 

 

 

 

 

 

Les Bibans, les Portes de Fer et la  Tribu des Aths Abbas  

 

La Qal`a des Ath Abbas est située au cœur des Bibans. Elle occupe un plateau à 1364 m par rapport au niveau de la mer, au Nord de Bordj Bou Arreridj, à une centaine de Kilomètres de Bejaïa. Elle n’est accessible qu’à partir d’un chemin carrossable, creusé par les français après l’occupation de la cité. 

 

Le Dr Shaw, qui visite le lieu au 17ème siècle, donne une description de cette zone géographique un peu particulière : « entre les montagnes des Béni Abbas, à quatre lieues au Sud-Est des Ouled Mansour, passe un défilé très étroit, qui pendant l’espace d’environ quatre cent toises est bordé de côté et d’autre de rochers très escarpés qui séparait chaque vallée en forme de portes de la largeur de six à sept pieds ». 

 

Quant aux habitants de cette région, le témoignage d’un colon de la première heure permet de s’en faire une idée précise : « La Tribu des Béni Abbas est la plus importante de la Vallée de la Soummam. Son territoire est très fertile. Il est très riche en céréales, huile d’olive, fruits divers, miel et cire. Elle a de beaux pâturages et beaucoup de bestiaux de toute espèce ». En particulier, il affirme qu’à cette époque (1833), « La Tribu des Béni Abbas pouvait mettre sous les armes trois mille fantassins ».

 

 

 

 

 

La Qal’a, Capitale d’un Royaume indépendant              

L’édification de la Qal`a en tant que capitale du Royaume indépendant des Ath Abbas remonte au début du 16ème siècle. Son noyau urbain est donc dû au démembrement, voire à la chute des royaumes musulmans du Maghreb. En effet, les deux fils du Sultan Hafside Abu Abdelaziz survécurent à la bataille de Bejaïa et s’y réfugièrent en 1510.  

 

De nombreux témoignages permettent de se faire une idée précise de ce que fût la Qal`a n’Ath Abbas bien après sa chute : « Callah ou Kelah est la seule ville considérable de la contrée qui nous occupe ; elle en serait sans nul doute la capitale si ces farouches républiques, jalouses, isolées, indépendantes, quelques-unes existant malgré leur petitesse, pouvaient reconnaître un centre d’action et de pouvoir ».   

 

Jusqu’à cette époque, les gens de Kalaa vont garder leur réputation de probité proverbiale dans toute la Kabylie. C’est en effet, à la Qal`a qu’ « à toutes les époques d’invasion, les personnages considérables du pays sont venus chercher un refuge pour eux, pour leurs familles et leurs trésors. Ils confiaient leur fortune, leurs objets les plus précieux à des habitants qui les enfouissaient dans quelque cachette ignorée de leurs maisons, pour les restituer quand le péril était passé. On ne cite pas un exemple d’un dépôt nié ».

 

 

 

 

 

 

Rapports avec l’Espagne,  l’empire ottoman et le Royaume de Koukou 

Nous avons déjà évoqué le rôle pionnier joué à la fin du 15ème siècle par Sidi Abderrahmane (mort en 1500).  Après la prise de Bougie par les Espagnols et l’action de structuration de  son fils Ahmad, la Qal`a retrouve de fait un statut de capitale politique et militaire, d’autant plus que les fils du prince hafside s’y sont refugiés. Ahmed (mort en 1510) devient ainsi le premier Sultan du Royaume indépendant des Ath Abbas.  Cependant, c’est le règne de son fils Abdelaziz qui va faire entrer la Qal`a dans l’histoire. Dès lors, la famille portera le nom d’Ath Mokrane. 

 

En effet, toutes les sources historiques ne tarissent pas sur la dimension d’Abdelaziz Amokrane. Ses exploits vont permettre à son royaume de s’étendre jusqu’aux portes du désert.  Sa capitale, la Qal`a, se dotera de fabriques d’armes avec l’aide de renégats, de chrétiens et d’Andalous chassés d’Espagne, qu’elle accueille et qui apportent leur savoir faire. 

 

Après la mort d’Abdelaziz, c’est son frère Ahmad Amokrane qui lui succède et qui continue son œuvre. Il régnera pendant quarante ans. Il meurt au combat à Bordj Hamza (Bouira). Son fils Nacer prend le relais. Homme pieux, il est mort assassiné en 1620. C’est de cette époque que la Qal`a perd son statut de capitale d’un royaume prospère. En effet, comme le constate Lapène : « La Qal`a restera cependant la prestigieuse forteresse des Ath Abbas et des Ath Mokrane jusqu’à sa chute finale en 1871« .  

 

 

 

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Mausolée du sultan Ahmed fondateur du royaume indépendant de la Kalaa des Ath Abbas: Le mausolée a la forme d’une petite mosquée composée d’une salle de prières dotée d’un mirhab, une véranda légère du côté de la façade principale et un jardin utilisé comme cimetière, en arrière-plan vers le coin à droite se trouve la tombe de Ahmed haute de 20 cm.

 

 

 

 

 

 

 

Les Rôles  Militaire et Politique 

 

Le rôle éminent joué par le royaume des Ath Abbas va durer près d’un siècle et demi. Son alliance temporaire avec les Ottomans,  puis avec les espagnols avaient pour objectif une « restauration possible » d’un royaume puissant, du type de celui des Hammadides, au Maghreb central. Les écrivains espagnols, et notamment Marmol, rapportent en détail ce jeu d’alliance du Sultan Abdelaziz (mort en 1560), ainsi que les troupes engagés. « La Abez avait 180 mousquetaires à pied et treize cent chevaux. Ils menaient outre cela trois pièces de batterie… » Cependant, la puissance du Royaume deviendra telle que Salah Rais « se mis en campagne de peur que la réputation de cet Africain ne souleva le Pays ». Le détail de cette campagne est rapporté et le rôle du Royaume de Koukou est précisé.  

 

Le portrait que les écrivains espagnols font du prince de la Qal`a est des plus élogieux.  Il demeurait l’ennemi des Turcs. « Fier et brave, tout acte d’honneur seul le réjouissait ; s’il ne réservait son admiration que pour ce qui était glorieux, en revanche … En vrai guerrier et en homme, ayant conscience de sa dignité,…. ». La démarche du Sultan Abdelaziz contre les Ottomans s’expliquent par sa conviction que leur venue au Maghreb a contrecarré et interrompue ses projets.  

 

Contrairement aux Bel-Qadi (du royaume de Koukou), le Sultan des Ath Abbas, « soutenu par une dignité ancestrale, irréprochable et glorieuse », s’affranchissait du pouvoir ottoman à Alger. Bien organisé autour de sa citadelle, Il restait maître des Portes de Fer et obligeait les Turcs à n’avoir des relations avec Constantine que par Aumale et Bou Saada. « De la Medjana à l’Oued Sahel, toute la confédération était sous les armes, prête à répondre, au premier signal d’alarme, à l’appel de son chef ».  

En 1557, le pacha Hassan, fils et successeur de Khair-Eddine, arriva à Alger. Dès 1559, la guerre fut officiellement déclarée. Retranché à la Qal`a, Abdelaziz résista aux Ottomans et à leur allié de Koukou. Mais il fut tué an combat en Octobre 1560. Sur la conduite de Sidi Amokrane, frère de Abdelaziz, les Ath Abbas résistèrent.. Cette expédition de 1590 est relatée en détail par Haëdo, Epitame de los reyes de Argel, traduction de Grammont.  Cette source s’arrête vers septembre 1596, avec Mustapha Pacha, son 31e roi d’Alger.    

 

 

 

 

Les Béni Abbas, puissante et riche confédération qui tire à la fois son opulence des montagnes de Djurjura et des plaines de la Medjana, s’allièrent aux Turcs. Leur chef Abd el Aziz coopéra avec Hassan Pacha à la prise de Tlemcen et, accompagna Salah Rais dans le Sud, à Laghouat, aux oasis de Touggourt et d’0uargla. De retour. A Alger, le pacha, jaloux de la gloire et de la puissance acquises dans ses campagnes par son allié, résolut de le faire étrangler. Abd el Aziz, prévenu à temps, se sauva dans ses montagnes où il pouvait défier Salah Rais  dont il connaissait les moyens d’attaque. Sans tenir compte des rigueurs de la saison, au commencement de l’hiver 1555 le pacha d’Alger s’avança jusque devant Kalâa, ville considérable et fortifiée, située sur une montagne, chef lieu des Béni Abbas. Les Turcs rencontrèrent une résistance opiniâtre qui se termina par leur complète défaite. Les débris de l’armée durent leur salut à la cavalerie des contingents arabes qui protégea leur retraite. Sur les entrefaites, des événements survenus dans l’ouest du Maghreb forcèrent Salah Rais à revenir en toute hâte. Il abandonna le commandement à deux chefs renégats qui se dirigèrent du côté de Msila, point principal de la route de Boussaâda ; mais Abd el Aziz, voulant achever de se venger de la perfidie de son ancien allié, se mit à leur poursuite; les ayant rejoints à l’Oued-el-Hamman, il complète la défaite de cette désastreuse expédition en massacrant tout ce qui était turc (1555).

 

Sous le gouvernement d’Hassan Pacha, les expéditions contre les Béni Abbas se succédèrent avec des chances diverses. Une tentative d’alliance entre le gouvernement turc et cette confédération échoua, et n’eut guère plus de succès avec les chefs de Kouko.

 

A cette époque (1560) fut fondé le bordj Souika, armé de dix canons, qui commande la plaine de la Medjana et d’importants marchés. Le kaïd devait surveiller le cheikhat héréditaire des Oulêd-Mokhrâne, dont Alger s‘était réservé l’investiture. Ce poste assurait en même temps les communications de la route de Constantine. Il avait pour accessoire obligé de son importance militaire la colonie de Zâmmora, composée en grande partie de Coulouglis privilégiés. Comme tous les établissements du même genre, ce fort fut maintes et maintes fois pris et repris. L’autorité turque finit par avoir le dessus grâce à l’aide des éléments mélangés de la colonie de Zâmmora et à la présence annuelle des Maghzen des beys de Constantine qui venaient faire rentrer l’impôt , ou plutôt des fictions d’impôt à la fraction des Béni Abd el Djebar, arrachée par la politique algérienne à cette masse toute féodale des Béni Abbas.

 

 

 

 

 

 

 

Le Rôle Industriel  

De nombreux écrits coloniaux ont mis en avant le savoir faire des Ath Abbas dans le domaine industriel (Vêtements, Orfèvrerie, Armurerie,…). C’est le cas par exemple d’Edouard Lapène, qui écrit : « Les Kabaïles connaissent l’industrie. Ils exercent et exploitent les produits de leurs montagnes ». Un colon de la première heure donne plus de précisions (1833) : « La tribu des Béni Abbas est essentiellement manufacturière. On y fabrique diverses étoffes de laine, et on y fait des burnous blancs et rayés qui sont très estimés dans toute la contrée. On y fabrique beaucoup de savon. Il y a aussi dans cette tribu beaucoup d’ateliers pour la fabrication de cardes à laine ». « Il y a aussi à Béni Abbas beaucoup d’ateliers d’orfèvrerie dans lesquels on fabrique tous les bijoux d’or et d’argent à l’usage des femmes Kabyles ». 

 

Cependant, c’est dans le domaine de l’armurerie que la Qal`a jouera un rôle qui dépassera le cadre de l’Algérie.  Reprenons le témoignage de Lapène : « La tribu des Béni Abbas fabrique les longs fusils des Kabaïles avec le fer de la tribu des Béni Sédiman. Le minerai est en roche et traité par le charbon de bois dans un bas fourneau à l’instar de la méthode catalane. Les soufflets sont faits avec des peaux de boucs et fonctionnent comme ceux de nos étameurs forains à mains d’hommes ». C’est aussi à la Qal`a n’Ath Abbas que l’on faisait les batteries. « La Qal`a fournissait aussi les platines qui ont une très grande réputation et s’exportent jusqu’à Tunis ».  

 

 

 

 

 

 

Le Mouvement Intellectuel des Bibans à l’époque de la Qal`a des Béni Abbas 

 La région des Bibans a abrité des activités intellectuelles significatives dès le 11ème siècle. A cette époque, la Qal`a des Ath Abbas n’était qu’un poste d’observation au niveau de Tariq as-Sultan et un point de garde pour contrôler les portes de fer. La route qui reliait les deux capitales, la Qal`a des Béni Hammad (près de M’sila) et Béjaia, a été fréquentée (par l’élite savante des deux cités) dans les deux sens, d’abord avant le transfert effectif du lieu de résidence des princes (1092), mais également bien après, car la Qal`a des Béni Hammad est restée pendant des siècles un important centre d’enseignement avec ses traditions propres. 

 

C’est cependant au début du 16ème siècle, que Qal`a n’Ath Abbas a conquis son statut de centre d’enseignement, grâce notamment à ses rapports privilégiés avec les autres institutions scientifiques de la région, ainsi qu’avec celles de la Vallée de la Soummam. Dans sa Rihla, le voyageur L’Hocine al-Wartilani (1713 – 1779) donne des détails sur les rapports du Sultan Ahmad Ben Abderrahmane (mort en 1510) avec la Zawiyya – Institut Yahia alAydli de Tamokra. Il distingue par la suite les Ulémas des Walis. Parmi les premiers : Sidi Nacer (`Alim Zahid qui avait formé plus de 80 Taleb), les descendants de Sidi Muhamed Aberkane, Sidi Ahmed Zarrouq et les descendants des Ouled Taboundawuth, Sidi `Abdel Halim, les Chorfas de Boudjellil, Sidi Muhammed b. Mahrez, Ouled Maamar, Ouled Boudjemaa, Ouled Sidi Khrouf, ceux de Ta`aroussine et les Ouled Abkoura, Sidi `Ali (le Maître de mon grand père), Sidi Ahmed `Achab,…. Quant aux Walis, alWartilani cite : l’ancêtre des Ouled Taleb, Sidi Muhamed Aberkan, Sidi Ahmed b. Youcef, , Slimane El Mourabit, Sidi Ali al-Fartas, Sidi med Salah,… 

 

 

 

 

 

 

 

El  – Mokrani, la Qal’a et l’insurrection de 1871  

Mohamed Aït Mokrane est le fils d’Ahmed El Mokrani, un des gouverneurs de la région de la Medjana (Hauts Plateaux). Il succède à son père non pas comme Khalifa, mais comme Bachagha. Le passage de l’administration militaire à l’administration civile lui fait perdre beaucoup de pouvoir. El Mokrani démissionne en 1871 et se révolte contre les Français. L’appel au Jihad de Cheikh Haddad de la Rahmania consolide son action et lui permet de mener son armée jusqu’à Bordj Bou Arreridj. Tué le 05 Mai 1871, il est enterré à la Qal`a, près de Djamaä El Kebir. La révolte se poursuit sous le commandement de son frère Boumezreg jusqu’à son arrestation le 20 janvier 1872 

 

Le mouvement a soulevé 250 tribus, soit le 1/3 de la population algérienne. La répression fut très sévère et se traduisit, une fois matée, par de nombreux internement et déportations en Nouvelle Calédonie (on parle des Kabyles du Pacifique). Les importantes confiscations de terre ont obligé de nombreux Kabyles à s’expatrier (notamment à Damas).

 

 

 

 

 

 

 

Les Rapports Qal`a – Bejaïa  

Après l’assassinat du Sultan Nacer, sa femme s’enfuit dans la région de Bejaïa, amenant avec elle son fils. Ce dernier deviendra le célèbre Wali Sidi Mohand Amokrane. Il est le père de Sidi Abdelkader, le Saint protecteur des Marins (voir illustration ci-après). L’année 2010 a connu des célébrations. En effet, il y a 500 ans de cela, le Royaume indépendant des Ath Abbas voyait le jour. C’était également l’anniversaire de la mort de: 

- Sidi Abderrahmane, fédérateur des villages des Ath Abbas (510e);

- Ahmed Ben Abderrahmane, structurateur de l’état et premier Sultan (500e)

- Abdelaziz, le restaurateur du prestige de la région (450e). 

Cette célébration permettait de raffermir les liens entre les Wilaya de Béjaia et Bordj Bou Arreridj et permettait de désenclaver la Qal`a n’Ath Abbas.

 

 

 

 

 

 

La Qal`a Aujourd’hui 

Tous les 05 Mai, les pouvoirs publics et la société civile (Association Nadi El Mokrani – Qal`a n’Ath Abbas, Association Mokrani – Bordj Bou Arreridj, Association Gehimab Bejaïa) participent à la Qal`a n’Ath Abbas à la commémoration de l’anniversaire de la mort d’El Mokrani.  Dès 1996, l’Association Gehimab Bejaïa y avait produite l’exposition « Les Bibans à l’époque d’El Mokrani », qui sera complétée quelques années plus tard par la conférence « Le Milieu Intellectuel des Bibans à l’époque du Royaume des Ath Abbas ».  

Le premier dossier déposé pour le classement global du site formulé par les partenaires cités, n’a pas été validé car la plupart des terrains du site sont des terrains privés.  C’est pourquoi une nouvelle stratégie a été adoptée. Elle consiste : 

1° – à classer les biens culturels suivants : Djamaa Oussahnoune et Djamaa El Kbir, Dharih Sultan Muhammad Ben Abderrahmane et Dharih El Mokrani, le Mess des Officiers (Kahouat Boumezreg) et la poudrière, Médersa des Ulémas Musulmans. Cette opération s’est concrétisée dès le samedi 16 Mai 2009, à la suite de la session de la Commission des Biens Culturels de la Wilaya de Béjaia ;

2° – à mettre en place une charte signée par tous les habitants de la Qal`a. Ces derniers s’engagent à respecter le style de construction propre à la Qal`a et à favoriser le projet de mise en valeur du passé historique de la Cité ; 

3° – à définir un projet de réhabilitation de la Qal`a, dans un cadre plus général d’un plan de développement local. Dès à présent, un projet de création d’un Musée a été formulé, avec création d’un poste d’archéologue ;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie :

  • Wikipédia
  • Encyclopédie Berbère 
  • Actes de la conférence du 28/07/2011 sur le Royaume fort indépendant des Ath Abbas (El-Hachemi Oukil)
  • Les confins militaires grande Kabylie sous domination turque province d’Alger Par Henri Baron AUCAPITAINE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi: Le royaume de Koukou 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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2 réponses à “Le Royaume fort et indépendant des Ath Abbas (1510 -1871)”

  1. 9 07 2016
    Laribi abdrlhakim (15:29:21) :

    Bonjour, merci de ce bel effort retraçant le parcours de notre royaume. Permettez-moi de vous poser une question factuelle, j’ai récemment lu que le royaume disposait de trois fonderies servant à fabriquer des canons et de l’armement, dont un à boudjellil, auriez vous une carte geographique ou autres indices pour la situer exactement sur le terrain? Les deux autres etant situées a thalefsa, si je m’en souviens bien et kalaa….
    Merci!
    Cordialement.

    Répondre

    • 10 07 2016
      quintessences (10:57:23) :

      Je vous en prie!! Merci pour votre passage et votre encouragement.
      Malheureusement je ne dispose pas de cette carte mais j’essaye de la chercher.

      Répondre

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