Les marques de deuil chez les différents peuples

6 04 2016

 

 

 

 

 

 Le deuil est la manifestation extérieure de la douleur qu’on éprouve dans certaines circonstances malheureuses, et surtout des regrets que laisse dans notre cœur la perte d’une personne aimée. Mais si tous les hommes sont également accessibles à la douleur, ils n’ont pas tous un langage uniforme au service des sentiments qui les affectent; d’où il suit que le deuil a dû s’empreindre du cachet particulier des usages, des mœurs privées, politiques et religieuses des différents peuples, et n’a pu se formuler partout sons les mêmes emblèmes. C’est ce qui ressort de l’examen de l’histoire des nations anciennes et modernes.

 

 

 

 

 

Deuil chez les anciens

 

 

 

Les marques de deuil chez les Israélites étaient de déchirer ses habits aussitôt que l’on apprenait une mauvaise nouvelle ou que l’on se trouvait présent à quelque grand mal, comme un blasphème ou un autre crime contre Dieu; de se battre la poitrine, de mettre ses mains sur la tête, la découvrir en ôtant la coiffure , et y jeter de la poussière ou de la cendre au lieu de parfums qu’ils y mêlaient dans la joie. Tant que le deuil durait, il ne fallait ni s’oindre ni se laver, mais porter des habits sales et déchirés, ou des sacs, mot hébreu qui désignait des habits étroits ou sans plis, et par conséquent désagréables; on avait les pieds nus aussi bien que la tête, mais le visage couvert. Quelquefois on s’enveloppait d’un manteau pour ne point voir le jour et pour cacher ses larmes. Le deuil était accompagné de jeûne, c’est-à-dire que, tant qu’il durait, «on ne mangeait point du tout, ou on ne mangeait, après le soleil couché, que des viandes fort communes, du pain, des légumes, et on ne buvait que de l’eau.

Les Hébreux, durant le deuil, demeuraient enfermés, assis à terre ou couchés sur la cendre, gardant un profond silence, et ne parlant que pour se plaindre ou pour chanter des cantiques lugubres. Ordinairement le deuil, pour un mort, était de 7 jours. Quelquefois on le continuait pendant un mois, comme il fut fait pour Aaron et pour Moise. Quelquefois il allait jusqu’à 70 jours, comme pour le patriarche Jacob. Il y avait des veuves qui continuaient leur deuil toute leur vie, comme le firent Judith et Anne la prophétesse.

 

 

 

 

 

Chez les Égyptiens, à la mort d’un parent ou d’un ami, les femmes elles-mêmes, oubliant le soin de leur beauté et les ménagements de la pudeur, se souillaient la tête de fange, se découvraient le sein, le frappaient, et, courant les rues et les places, les faisaient retentir de leurs regrets. Les hommes ne se livraient pas moins vivement à la douleur: ils se couvraient la tête de cendre et de poussière, se frappaient la poitrine, et, tant que durait le deuil, ils laissaient croître leurs cheveux, s’abstenaient de vin et de toute nourriture délicate, portaient des habits sales et négligés, et s’interdisaient l’usage du bain. A la mort des rois, toute l’Égypte était en deuil; les habitants déchiraient leurs habits; les temples étaient fermés, les sacrifices et les fêtes suspendus pendant 72 jours, et ceux qui se réjouissaient le plus de la mort du prince étaient ceux qui montraient le plus de douleur. On s’abstenait de viande et de vin, ou l’on se cachait pour ne pas s’en abstenir; on ne faisait point usage de parfums et l’on couchait sur la dure. Des hommes et des femmes, au nombre de 2 ou 300, se couvraient la tête de boue, se frappaient la poitrine, chantaient deux fois par jour des hymnes funèbres qui contenaient les louanges du mort et l’énumération de ses vertus.

 

 

 

 

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Lamentation de la veuve.  Peinture de la tombe des sculpteurs Nebamon et Ipouki

Un prêtre tient la momie debout, un autre procède à l’ouverture de la bouche et offre de l’eau purificatrice qui coule en ondulations sur le corps de la momie. 
Devant la momie :
– le bouquet de fleurs funéraire
– la veuve accroupie a posé sa main droite sur les pieds de la momie comme pour éviter le mouvement de bascule du corps. Avec la main droite, elle se jette de la poussière sur la tête en signe de lamentation. Elle ouvre la bouche sans doute pour réciter une prière funèbre ou des lamentations.

 

 

 

 

 

 

 

Les Lyciens avaient une loi qui obligeait ceux qui voulaient porter le deuil de s’habiller en femmes: ils regardaient l’affliction comme une faiblesse indigne d’un homme. Les Syriens se retiraient pendant plusieurs jours dans des lieux solitaires pour y pleurer les morts sans être troublés. Les Perses, entre autres signes de deuil, coupaient les crins de leurs chevaux.

 

 

Les cérémonies consacrées par les Grecs à l’expression de la douleur causée par la perte d’un ami ou par toute autre affliction profonde nous sont imparfaitement connues. Le deuil se manifestait dans l’extérieur de la personne et par la forme et par la couleur de ses vêtements. Les Grecs, dans cette occasion, cessaient de paraître aux banquets et dans les jeux; ils bannissaient de leur demeure les instruments de musique et tout ce qui donnait l’idée de fête ou de réjouissance. Retirés dans l’intérieur de leur maison, ils s’imposaient mille privations sur les commodités ordinaires de la vie. Ils n’osaient faire usage du vin qui porte à la gaieté. Fuyant la clarté du jour, c’est dans les ténèbres et la solitude qu’ils cherchaient à dérober leur affliction à tous les regards. Le luxe de la parure était supprimé: joyaux, or, ornements riches et précieux, tout était mis de côté; des vêtements d’une étoffe grossière, et ordinairement d’une couleur blanche, en prenaient la place. Ils coupaient et même quelquefois rasaient entièrement leur chevelure; tantôt ils la plaçaient sur le corps du défunt, tantôt ils la jetaient au milieu du bûcher qui devait consumer sa dépouille. Quelquefois ils la déposaient dans le lieu où les cendres étaient conservées. A la mort d’un grand homme, chaque citoyen s’acquittait de ce pieux devoir, soit qu’on crût apaiser ses mânes par ce sacrifice, soit que l’on vit une preuve d’affliction dans cette négligence et cet abandon d’un des principaux éléments de beauté. Les Grecs, en effet, laissaient croître avec le plus grand soin leur chevelure. Dans le deuil, on les voyait quelquefois, égarés par la douleur, s’agiter, se rouler dans la poussière, se couvrir la tête de cendres, l’envelopper dans leurs vêtements, ou, marchant à pas incertains et précipités, se frapper violemment la poitrine et se déchirer le visage avec leurs ongles. Douées de passions plus vives et cédant plus facilement à l’affliction, les femmes déployaient un appareil de douleur plus violent encore. Selon défendit prudemment des excès que la raison condamnait.

 

 

 

 

 

Les Lacédémoniens montraient un grand courage à supporter les pertes privées; mais à la mort de leurs rois, hommes, femmes, enfants, se rassemblaient indistinctement et se déchiraient le front à coups d’aiguilles, autant pour lui donner un témoignage de leur affliction que pour apaiser ses mânes satisfaites de ce sacrifice. Dans la violence de leurs imprécations, les Grecs en venaient au point d’accuser les dieux, leur reprochant une vengeance injuste ou l’envie. Leur fureur insensée renversa plus d’une fois les autels et porta le ravage dans les temples.

A la mort d’un citoyen revêtu d’une charge importante ou d’un personnage du plus haut rang, ou dans toute calamité terrible, les assemblées publiques étaient suspendues, les lieux d’exercice, les bains, les boutiques, les temples fermaient aussitôt, les places étaient désertes et la ville entière n’offrait que l’aspect du deuil ou de la désolation.

 

 

 

 

 

A Rome, du temps de la république, les femmes portaient le deuil en habits noirs; elles le portèrent en blanc sous les empereurs. Caton, cité par Servius, dit que les femmes quittaient pendant le deuil les habits de pourpre et en portaient de couleur bleue. Elles déposaient tous leurs ornements et négligeaient le soin de leur parure. Dans cette circonstance, les hommes s’habillaient généralement de noir, laissaient croître leurs cheveux et leur barbe, quittaient les anneaux d’or. Les sénateurs et les magistrats ne portaient point de Laticlave ni les autres marques de leur dignité. Tous étaient vêtus comme les plébéiens; les consuls eux-mêmes ne rendaient plus la justice assis sur leur tribunal et dans les chaises curules, mais assis sur les sièges des préteurs ou dans les bancs des tribuns du peuple. Ces marques d’affliction se donnaient surtout dans le deuil public, pendant lequel on fermait le Forum, les tavernes : aussi en abrégeait son quelquefois le temps. Les causes pour lesquelles on mettait fin aux deuils publics étaient la dédicace d’un temple, la clôture du lustre, l’accomplissement d’un vœu public; et les causes qui abrégeaient un deuil privé étaient la naissance d’un enfant, quelques honneurs accordés à la famille, le retour de captivité d’un père, d’un ‘fils, d’un époux ou d’un frère, un mariage, la naissance d’un parent plus proche que celui dont on portait le deuil, la célébration des mystères de Cérès , des compliments de félicitation à faire, la célébration des jeux solennels et celle des Saturnales. Ceux qui étaient dans le deuil ne quittaient point leur maison; lorsqu’ils commençaient à sortir, ils fuyaient les festins, les assemblées et les fêtes publiques. Gratien, Valentinien et Théodose fixèrent à un an le temps des grands deuils, par exemple celui des maris porté par les femmes; ils déclarèrent infâmes et privées de la succession de l’époux défunt celles qui en prendraient un autre avant l’année révolue. Avant ces empereurs, les grands deuils ne duraient que dix mois, ou une année de Numa, qui le premier leur avait fixé ce temps. Les lois de Numa défendaient le deuil pour les enfants morts avant l’âge de 3 ans; une loi de Tibère le défendit aussi pour les condamnés à la peine capitale.

 

 

 

 

 

 

 

Deuil chez les modernes

 

 

 

Aujourd’hui, chez différents peuples, tels que les habitants de la Corée, du Tonkin, les Japonais, les Mingréliens , les Indiens de l’Amérique du Nord, etc., le deuil donne lieu à des pratiques assez singulières : les uns s’abstiennent de la cohabitation avec leurs femmes et considèrent comme illégitimes les enfants qui proviendraient de ce commerce; les autres fuient leurs habitations pendant des années entières, couchent à terre et s’astreignent à une abstinence rigoureuse; ceux-ci célèbrent des fêtes sur la tombe de leurs parents, en les invitant à y prendre part; ceux-là font disparaître tout ce qui a servi aux défunts et considèrent comme un crime et une insulte de prononcer leurs noms; enfin, il en est d’autres qui croient honorer singulièrement les morts en restant 

 

 

En Europe, la livrée ordinaire du deuil est le noir, symbole de la privation de la vie, parce qu’il est la privation de la lumière. Cependant en Turquie la couleur reçue est le bleu ou le violet: le bleu, emblème des vœux qu’on fait pour le bonheur des morts, et le violet qui, étant un mélange de bleu et de noir, indique à la fois et les souhaits qu’on adresse aux morts et la tristesse que leur perte nous inspire.

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Le crêpe et les tentures noires sont, en France, les principaux attributs du deuil. Quant à sa durée, elle est ainsi réglée par l’usage : pour un mari, 1 an 6 semaines; pour père et mère, six mois; autant pour l’épouse; aïeul et aïeule, 4 mois 1/2; frère et sœur, 2 mois; oncle et tante, 3 semaines; cousin-germain, 15 jours; oncle a la mode de Bourgogne, 11 jours; cousin issu de germain, 8 jours. Napoléon avait renouvelé, par un décret, différentes modes tombées en désuétude, concernant la durée et les attributs des deuils de cour et deuils ordinaires; mais la Restauration a modifié tous les règlements émanés de l’autorité impériale. Bien que les deuils publics ne soient pas de rigueur, l’histoire contemporaine nous offre le tableau de plusieurs manifestations solennelles et éclatantes de douleur publique. Sans parler de la fête mortuaire décrétée par l’assemblée constituante en l’honneur des Français morts pour la liberté, et à l’imitation de laquelle une autre loi est venue après 1830 instituer un deuil à perpétuité pour les morts des trois journées de juillet; sans rappeler aussi ce qui se passe sous nos yeux depuis la mort de Charles X dans certaines classes de la société française, nous dirons qu’à la mort de Benjamin Franklin, arrivée le 17 avril 1790, tous les états de l’Union américaine portèrent le deuil pendant deux mois, et que la France s’associa aux regrets de sa patrie. Mirabeau fit son éloge funèbre, le 11 juin, au sein de l’Assemblée constituante, qui prit-elle même le deuil pour trois jours, les 14, 15 et 16 juin. Puis, quand Washington mourut, le gouvernement prit encore le deuil, comme pour Franklin, et Fontanes prononça son éloge; enfin, plus récemment encore, la tombe de Lafayette a été honorée, en Amérique et en France, d’hommages universels et spontanés.  

 

Comme dans toutes les parties du monde civilisé, la religion sanctifie chez nous les fêtes en l’honneur des morts; mais les pratiques de piété ne servent qu’à faire ressortir davantage le contraste affligeant des débauches qui, dans grand nombre de localités, suivent les inhumations. C’est ainsi que, dans la Bresse, par exemple, on dépose sur le cercueil des bouteilles qu’on s’amuse à vider ensuite; dans plusieurs autres parties de la France, comme dans le Morvan (Nièvre) et à Paris même, on se fait presque un devoir d’insulter, par ces libations indécentes, à la cendre des morts. C’est cet usage, emprunté aux superstitions anciennes, qui a donné naissance à la locution proverbiale : In dolio doleum infunde (noyez le deuil dans le tonneau).

 

 

L’assemblée qui forme le convoi mortuaire se nomme le deuil, c’est ordinairement le plus proche parent qui le conduit. On appelle deuil joyeux celui d’une personne qu’on n’aimait pas ou qui vous laisse une riche succession; quand serons-nous assez avancés pour bannir de notre langue cette expression scandaleuse qui profane la tombe?

 

 

 

 

 

 

Deuil de cour

 

 

 

Le grand et le petit deuil de la cour et leur durée sont réglés par le souverain. Ordinairement le grand deuil est de 6 à 2 mois; le petit deuil est de 3 semaines à 3 jours. En France, pendant le grand deuil, le roi portait l’habit, la culotte et la veste en drap violet et les bas en laine violette; le chapeau et l’épée étaient garnis d’un crêpe de la même couleur; les appartements étaient tendus en violet. Les ministres, les personnes attachées à la cour portaient les cheveux sans poudre, l’habit noir, les boucles des souliers bronzées, les bas de laine noir, l’épée garnie d’un crêpe noir. Pendant le petit deuil, le roi portait l’habit de soie noire, l’épée et les boucles en argent; le costume des autres personnes était à peu près le même. Dans les grandes cérémonies, les hommes ajoutent à leurs vêtements de deuil un manteau, un crêpe au chapeau, quelquefois ‘une cravate longue, et des pleureuses ou espèces de manchettes rabattues sur les parements des habits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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