L’habitat traditionnel au Touat dans le Sahara algérien

29 03 2016

 

 

 

 

 

L'habitat traditionnel au Touat dans le Sahara algérien dans Architecture & Urbanisme 800px-DZ_-_Touat_Region_-_Algeria

Localisation de la région du Touat en Algérie.

 

 

 

 

La population du Touat habite soit le ksar (pl. ksour) entouré de murs de fortifications, soit la kasba, sorte de château-fort saharien. Ces habitats consistent en constructions d’argile (tin) et de poutres de palmier (kachba). L’argile se trouve un peu partout, faisant partie de l’Albien du Crétacé moyen qui recouvre de vastes parties de la région touatienne. Les fosses béantes se trouvent à proximité ou au centre même des villages, fait qui ne dérange personne. Les ruelles les contournent soigneusement. Bien que la pierre, le grès dur (hajra), se trouve fréquemment à disposition, comme à Taourirt, la population locale se sert uniquement des « toub », vite fabriqués et vite séchés, plus faciles à manier que la pierre qu’il faut casser, façonner et transporter péniblement. Parfois cependant, quelques pierres de grès sont intercalées dans un mur de terre glaise, lorsqu’il s’agit d’un marabout (sépulcre d’un saint). Comme habitation, la maison d’argile suffit pour ce climat.

 

Durant la saison chaude, de mars à septembre (en octobre les travaux dans les jardins dominent), les toub se fabriquent d’un mélange d’argile et de sable additionné d’eau. De cette bouillie, on forme les toub à la main et on les sèche au grand air et au soleil. Les périodes favorables à la construction sont celles de février- mai et septembre-octobre. La température, pas trop élevée, permet au mortier qui est de même consistance que les toub de se lier avec ceux-ci. Par les grandes chaleurs, il sèche trop vite. De plus, l’argile transpire des sels de magnésie qui se détachent en taches blanches sur les murs et provoquent des cassures dans l’amalgame. L’administration d’Adrar, parfois aussi des commerçants étrangers, font construire leurs maisons en toub façonnés à l’aide de formes carrées en bois, appelées « galeb » (galba). Ces toub, comme ceux qui sont faits à la main, mesurent environ 30 cm. de longueur, 15 cm. de largeur et 10 cm. de hauteur et pèsent 8 kilos.

 

 

 

 

 

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Lorsqu’un ksar se trouve près d’une sebkha, ses maisons et ses murs d’enceinte et de jardins consistent presque entièrement en de durs galets (afedrik) saturés de sel provenant de cette sebkiha; il en est ainsi pour le ksar de Tamentit. L’humidité salée exhalée par les galets a peu à peu changé le mortier ordinaire qui les relie en une croûte très dure et un amalgame solide en est le résultat. Tous ces murs montrent des traces de sel. Les murs des maisons ont une épaisseur de 50 cm., c’est-à-dire de un toub et demi avec un interstice de 5 cm. environ que l’on recouvre de mortier. Un ouvrier peu expert se servira d’une ficelle tendue pour obtenir un mur en ligne droite. L’unique ornement consiste en une sorte de crénelage en argile (cherrif).

 

 

Les plafonds (sguef), dont l’ensemble forme la terrasse du toit (stah), se composent de poutres de palmier, seul bois disponible presque dans les oasis. Un spécialiste, le « tyah », coupe les palmiers, divise le tronc en 4-6 parties longues de 8-10 pieds chacune puis tranche longitudinalement 3-4 fois chaque partie pour obtenir les kachba. Celles-ci, grâce à une certaine flexibilité, peuvent atteindre une longueur maxima de 12 pieds (2 m. 5 env.). C’est de la longueur de la kachba que dépend son seulement la construction des toits et la largeur des pièces d’habitation, mais encore la largeur des rues et de toute construction couverte. Une kachba provenant d’un palmier mâle, très résistante, forme le chambranle des portes. Une kachba solide n’aura que 1 m. 8 de long. Si l’on dispose de suffisamment de bois, on rapprochera les kachba de façon à pouvoir remplir les intervalles (appelés kébar = tombeau) de kernaf, ce bois très dur. Ils correspondent à peu près à la largeur d’un toub. Si le bois est rare, les kachba seront éloignées jusqu’à un mètre l’une de l’autre et les intervalles bourrés de rameaux de palmier (djerid). Autant kernaf que, djerid sont recouverts de bourre de palmier (fedam) mouillé, de paille ou de feuilles de palmier et le tout est habillé d’une couche de terre glaise.

 

 

La construction d’une pièce plus large que la longueur d’une kachba présente quelques difficultés. Il s’agit alors d’élever des murs de soutien (arsa), problème que l’on résout de différentes manières. Les maisons n’ayant pas de fenêtres, le toit est percé de quelques ouvertures de 20 X 30 cm., les «koua ». Il s’en trouve parfois une aussi à hauteur d’homme, dans un mur.

 

 Depuis peu, l’on trouve des édifices mieux construits dont les toits sont portés par des voûtes (kous; pl. kouass) en toub. On en a rencontré à Timadanine et Zaouiet Reggan dans le Bas-Touat. Notons qu’une pièce voûtée se nomme également kous.

 

Une maison ne dure guère plus de 50 ans, à moins d’être soigneusement entretenue. En été, les murs exposés au soleil brûlant atteignent à des températures maxima de 60 degrés, et à l’intérieur des maisons le thermomètre monte jusqu’à 40 ou 42 degrés. Impossible alors d’y garder des boîtes de conserves; elles gonflent et éclatent même parfois.

 

Les maisons ne portent pas de nom ou autre signe de distinction. Nul ornement; à peine çà et là les entrées sont-elles blanchies au gypse (= djir dans le Touat; en Afrique du Nord cependant, djir signifie chaux). Il est cuit dans les cendres du foyer et sert avant tout à blanchir les mosquées et les marabouts. Pour fêter l’inauguration d’une maison, le propriétaire tue sur son seuil (atba) selon sa fortune une chèvre, un mouton ou une poule seulement, cela pour apaiser les mauvais esprits. Ainsi, la maison et ses habitants seront à l’abri de l’infortune.

 

 

 

 

 

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Les habitations, bien que différentes selon leur grandeur, le nombre et la disposition des pièces, montrent toutes une même conception. Elles forment des cubes de 5-6 m. de haut, sans étage proprement dit. Celui-ci est formé par une terrasse à laquelle on accède par un escalier montant de la cour. En été, elle sert souvent de dortoir à toute la famille. Les portes d’entrée en bois donnent soit directement sur la rue, soit sur un embranchement étroit. Toutes ces ‘maisons sont caractérisées par leur cour intérieure (rahba) qui donne accès aux pièces d’habitation. Elle est carrée ou rectangulaire (8-10 m. de long et de large d’habitude), recouverte de sable et bien aérée et ensoleillée. Près d’un mur ou dans un coin s’élève le foyer (el menseb) formé simplement par trois pierres ou parfois par trois galets de terre cuite posés en triangle. Sur ce « menaceb » on pose les marmites. C’est dans la rahba que se tiennent avant tout les femmes et les enfants. Une seconde rahba contiguë abrite les quelques animaux domestiques de la famille. Chèvres et moutons courent librement le ksar durant la journée, tandis que le petit âne peine comme bête de somme. Le soir, le petit troupeau rentre par la porte d’entrée. Parfois, les deux cours ne sont séparées que par un mur bas en terre glaise ou simplement par une haie en rameau de palmier. Un coin de la rahba est réservé à l’âne que l’on attache à un anneau fixé dans le mur. Dans un autre coin se trouve la latrine (kanif), un compartiment carré à ciel ouvert, traversé à un mètre environ du sol par deux poutres sur lesquelles on monte,. Trois ou quatre gradins y mènent. Le purin, très apprécié comme engrais, s’enlève par un trou dans le mur qui donne ou dans la cour ou directement sur la rue.

 

L’on rencontre çà et là une étable (taguemine) couverte d’un toit, où on loge les bêtes en hiver pour les préserver du froid. Elle se trouve parfois entre les deux cours intérieures.’ Dans de nombreux ksour on entend par taguemine une étable pour les chèvres et moutons seulement; dans d’autres (à Melouka par ex.) également celle de l’âne.

 

Chaque maison a sa « seguifa », souvent même deux, qui sont contiguës. Il s’agit de la pièce d’entrée, longue (10 m.), mais étroite (2 m. 5) qui sert au maître de maison pour recevoir ses hôtes. C’est là qu’il les installe sur des tapis et leur offre une collation. C’est là aussi que la famille passe la nuit ordinairement, dormant sur des tapis ou à même le sol couvert de sable. Les murs, sans ornement aucun, portent uniquement des entailles triangulaires où placer les bougies.

 

La plus grande pièce recouverte, divisée par des murs de soutien, est le « souari », pièce d’habitation de la famille. Des hôtes y sont également reçus, mais en l’absence des femmes seulement. Par les froides soirées d’hiver, un feu de rameaux y brûle et tous les membres de la famille se chauffent autour de ce « kanoun ».

 

Dans la « mesria » , petit réduit fermé, on garde de nombreux objets, habits, bijoux, armes, vaisselle, mais aussi des vivres comme du blé, du sucre, du thé, mais pas de dattes cependant dans le Touat en général. C’est le maître de maison qui en conserve la clef. Souvent, le mari et la femme ont chacun leur mesria où ils rangent leurs affaires séparément.

 

Les dattes se conservent dans de petits greniers, les makhzens, élevés à hauteur des terrasses de maison et avançant sur la rue. De telles constructions surélevées s’appellent « el ali » (ali = élevé). Les côtés du makhzen donnant sur la rue sont garnis d’une petite ouverture qui permet l’aération. Les mêmes côtés portent souvent des os d’animaux, fétiches qui préservent les denrées serrées dans le grenier du « mauvais œil ». Beaucoup de maisons disposent d’au moins deux makhzen et cela pour pouvoir serrer séparément les dattes et le blé. L’on sait par expérience que les dattes se gâtent lorsqu’elles voisinent immédiatement avec le blé; personne n’en sait la raison cependant. Lorsqu’on ne possède qu’un seul makhzen, on le sépare soigneusement en deux compartiments pour éviter que les deux denrées ne se touchent.

 

Dans certains ksour avoisinant aux dunes, dans le Bouda par exemple, il est d’usage d’enfouir blé et dattes dans le sable pour les y conserver durant des mois, sans crainte de vol. Au moment des récoltes, de nombreuses familles se mettent à creuser des trous dans le sable. Ces trous sont tapissés de feuilles de palmier ou de paille, remplis de blé ou de dattes, couverts du même matériel et recouverts finalement par une couche de sable humide. La même méthode est souvent employée dans les jardins, pour peu qu’une couche de sable suffisante se trouve à disposition. En gardant ainsi ces provisions, on les préserve des attaques des termites.

 

Le « khzana» (ou khazana = la cachette), un cube en toub de 2-2 mu 5 de hauteur, sert à conserver le froment et l’orge. Il s’élève dans la cour de la maison. Les familles plus aisées en possèdent deux, un pour le froment, l’autre pour l’orge. Ces khzana portent, à la hauteur de la première rangée de toub, un rang de pierres dures, de quarzite ou de grès en général, destiné à porter les poutres du plancher. Des interstices sont laissés entre les pierres. Grâce à cette manière de construire, les provisions sont à l’abri des termites du sol, appelés « el âtta » ou « tounia ». Ces bêtes nuisibles peuvent apparaître toutes les années. Elles s’attaquent à tout, même aux kachba. Dans l’école d’Adrar, elles ont rongé le matériel scolaire et tout’ doit être tenu soigneusement éloigné du sol et des murs. Les touatiens ne font pas de différence entre les diverses sortes de termites. Les khzana (ce mot vient de akhzen = cacher) se remplissent par le haut et se vident par une petite ouverture dans le bas. Le blé est recouvert par des rameaux ou feuilles de palmier.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : Revue de géographie alpine, tome 41, n°3, 1953.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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