Bahiret el Biban

9 01 2016

 

 

 

 

 

Située dans le Sud tunisien, à proximité de la frontière libyenne, la Bahiret el Biban est une lagune côtière originale dans un environnement aride (pluviométrie moyenne annuelle inférieure à 200 m). Elle est isolée de la mer, non par une flèche sableuse actuelle ou holocène, mais par un bourrelet consolidé haut de quelques mètres (Slob ech Chergui à l’Est, Slob el Gharbi à l’Ouest), fait d’un calcaire gréseux oolithique (formation Rejiche). Ce bourrelet représente un ancien cordon littoral qui s’est formé pendant le dernier interglaciaire, il y a environ 125 000 ans. La Bahiret el Biban a une forme grossièrement elliptique; son grand axe, orienté ONO-ESE, mesure 32 km, son petit axe 9 km. Elle couvre une surface de 230 km2. Sa profondeur maximale atteint 6,50 m dans une gouttière médiane qui correspond au grand axe du bassin. La lagune communique avec la mer, à peu près au droit de son petit axe, par une ouverture large de 2,5 km, mais réduite à de multiples passes, étroites et très peu profondes, séparées par des îlots; seul le chenal d’El Biban, juste à l’est de l’îlot du même nom, a une profondeur qui peut atteindre 5 m. Plusieurs facteurs commandent le régime hydrologique de la Bahiret el Biban : les échanges avec la mer au niveau des passes; l’évaporation surtout sensible aux deux extrémités du bassin ; les apports d’eaux continentales, faibles pour ceux liés aux nappes souterraines, parfois importants mais exceptionnels pour ceux dus aux crues d’oueds, en particulier l’oued Fessi. A l’intérieur de la lagune, les vents locaux engendrent une dérive littorale qui se déplace préférentiellement dans le sens des aiguilles d’une montre et qui est perturbée, à proximité des passes, par des courants alternatifs provoqués par la marée dont le marnage moyen est ici de l’ordre de 0,70 m. Les températures des eaux de surface varient entre environ 13° en janvier et 27° en août.

 

 

 

La composition chimique des eaux de la Bahiret el Biban n’est constante ni dans le temps ni dans l’espace. Elle dépend des courants qui permettent l’ingression des eaux marines, des arrivées intermittentes d’eaux continentales, de l’évaporation plus ou moins forte suivant les saisons. La lagune présente une dissymétrie fondamentale entre sa moitié occidentale où l’influence des saumures évaporitiques est prépondérante et sa moitié orientale où les eaux sont chimiquement voisines de celle de la mer ouverte. Dans l’ensemble les échanges avec la mer sont insuffisants pour compenser l’évaporation de la lagune. Celle-ci se comporte comme un piège pour les sels dissous et seuls des apports continentaux importants, lors des années pluvieuses, déclenchent de temps à autres des phases de dessalage. Ainsi se maintient une salinité d’ensemble modérée qui, en moyenne, ne dépasse pas de 15% celle de l’eau de mer voisine.

 

 

 

La Bahiret el Biban constitue actuellement un des hauts lieux de la pêche en Tunisie. Les poissons y abondent (daurades, loups, serres, marbrés, saupes, mulets) et cette richesse a attiré l’Homme depuis des époques très reculées. Aujourd’hui des bordigues, installées à la sortie des deux passes situées de part et d’autre de l’îlot d’El Biban, permettent la capture des poissons qui migrent vers le large. Les prises sont particulièrement importantes d’octobre à janvier et de mai à août quand les poissons migrent vers la mer. La production moyenne est d’environ 300 tonnes par an, mais elle varie beaucoup d’une année à l’autre en fonction inverse de la salinité des eaux dans la lagune. Les longues périodes de sécheresse engendrent des salures accusées qui empêchent un bon alevinage, donc une chute marquée des prises de poissons.

 

 

 

Les ressources halieutiques de la Bahiret el Biban étaient déjà connues et exploitées dans l’antiquité : sur ce point, le témoignage des textes est en accord avec les données archéologiques récentes. Dans le Périple du Pseudo-Scyllax (Desanges, 1978, p. 408-409), des Salaisons (Tarikheiae) sont mentionnées entre Abrotonon (Sabratha) et l’île des Hauts-Fonds (Jerba); pour Strabon (XVII, 3,18), ces Salaisons et des fabriques de pourpre (porphyrobapheia) étaient localisées à Zoukhis, c’est-à-dire à l’entrée de la Bahiret el Biban (Desanges p. 101), où des traces d’installations d’époque romaine (cuves, mosaïques), s’observent effectivement à proximité du bordj hispano-turc de l’îlot Sidi Ahmed Chaouch. La position privilégiée de ce dernier, près du plus important des chenaux qui ont donné leur nom (biban = les portes) à la lagune, a permis une occupation humaine permanente à travers les siècles. D’autres sites d’importance majeure ont été reconnus sur les rives de la Bahiret el Biban, qui mettent en évidence une présence humaine plus dense dans l’antiquité que de nos jours, autour d’activités liées à la pêche : sur la rive sud, face à l’entrée de la lagune, l’Henchir Bou Gueurnine, se remarque par de très nombreuses et vastes citernes ; en plusieurs autres points, sur les slobs notamment, on voit des restes de tours qui font penser aux observatoires (thynnoscopia), mis en place, selon Strabon (XVII, 16), pour guetter les migrations de poissons. Le plus remarquable des établissements antiques est celui d’Henchir Medeina, situé à l’extrémité sud-est de la Bahiret el Biban. Il pourrait correspondre à la localité de Pisida mentionnée par la Table de Peutinger (VII, 1-2) entre Pons Zitha et Sabratha. Les vestiges, étendus sur environ 500 m en bordure du rivage intérieur de la lagune, avaient été pris à tort pour les quais d’un port dans les descriptions anciennes (Rebillet, 1892; Lecoy de la Marche, 1894). Les éléments les plus caractéristiques étaient en effet de longs alignements de blocs ou de dalles, disposés parfois sur deux rangées à la limite de l’estran. Mais il n’y a jamais eu ici, à l’époque antique, de fond suffisant pour permettre l’accostage des bateaux, même de faible tirant d’eau. Il s’agit, en fait, des substructions dégagées par l’érosion littorale, de batteries de cuves appartenant à un groupe d’usines de salaisons ou de garum. Des analogies nombreuses sont en effet à souligner avec les établissements du même genre signalés plus au nord le long des côtes tunisiennes, notamment à Nabeul, Salakta et à Kerkennah, ainsi qu’avec ceux qui ont été étudiés sur les côtes ibériques et marocaines.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par : R. PASKOFF  & P. TROUSSET

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La pêche traditionnelle est encore fortement présente sur les lagunes d’El Bibane et Boughrara en Tunisie. A l’image de leurs ancêtres, des pêcheurs répètent des gestes transmis de génération en génération.

Ce film est une rencontre entre l’écologue, scientifique de terrain, et une famille de pêcheurs du sud tunisien. 

 

 

 

 

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