Le Ghoul (ogre) des Gorges du Rhumel: légende constantinoise (Est Algérien)

11 01 2014

 

 

Le Ghoul (ogre) des Gorges du Rhumel: légende constantinoise (Est Algérien) dans Croyances & Légendes 17095274

 

 

 

Voici une histoire vraie qui se racontait dans les chaumières constantinoises, à l’époque du règne turque sur la ville. Les méfaits d’Ali le Ghoul des Gorges.

Par son aspect, Ali inspirait une répulsion insurmontable. Il était borgne, chassieux, et son nez avait été ravagé par une mauvaise tumeur. Cette disgrâce fut peut être la cause première et déterminante de sa sauvagerie meurtrière. Par ailleurs, il était grand, d’une carrure impressionnante, et solide comme un roc. Sa profession avouée était la mendicité ; mais quand il ne mendiait pas à la porte des mosquées, Ali rôdait presque toujours dans ou autour des gorges qu’il connaissait mieux que personne.

Il s’y sentait chez lui. On le voyait parfois perché sur des rocs que l’on eût cru accessibles aux seuls vautours. Ignorant le vertige, il éprouvait là une ivresse sauvage qui comblait jusqu’aux derniers recoins de son âme ténébreuse. Longuement, il se plaisait à épier les profondeurs sonores de l’abîme et à humer les relents de proie qui s’en exhalaient.
Un ancien souterrain non loin du Pont du Diable lui servait de gîte et de cachette où il entassait son butin. Car Ali était aussi un voleur des mieux entraînés qui, à l’occasion, n’éprouvait pas le moindre scrupule d’égorger ou d’étrangler ceux qui lui résistaient. Quant aux femmes qui détournaient les yeux de sa laideur avec effroi, elles lui inspiraient une envie morbide, maniaque et jamais apaisée, malgré les satisfactions fréquentes qu’il tirait d’elles de grès et surtout de force chaque fois qu’une de ces malheureuses tombait entre ses mains d’étrangleur.

Son repaire recelait des richesses dignes de l’antre d’Ali Baba: bracelets, bagues, boucles d’oreilles, vêtements brodés, monnaies d’or trouvées dans les ruines ou dans les tombes romaines et qu’il serrait dans un coffre avec un nombre appréciable de bourses pleines d’argent dérobées avec une habilité incroyable aux visiteurs de la grande mosquée auxquels il tendait la main en psalmodiant d’une voix chevrotante les litanies de Sidi Abdelkader, le patron des mesquines.

Mais l’antre d’Ali abritait encore d’autres trophées dont la contemplation le plongeait dans une délectation macabre : c’étaient les cadavres de suicidés plus ou moins momifiés qu’il avait ramassés au fond des gorges et dont il tapissait les parois de sa demeure.

Cependant, certains d’entre eux étaient ses propres victimes. Il y en avait de toutes conditions : jeunes, vieux, anciens et récents, des hommes, des jeunes femmes et même de vieilles édentées, hideuses à voir déjà de leur vivant.

Ses nombreux loisirs, Ali les passait à guetter les abords des gorges avec l’oeil avide des vautours nichant comme lui dans les recoins de l’abîme.

Dès qu’il avait repérait une silhouette humaine qui s’attardait à couper un peu d’herbe ou à rechercher une chèvre égarée, il se glissait avec l’adresse d’un félin jusqu’à sa proie, la poussait dans le gouffre, ou bien, s’il y avait lutte, il l’étranglait et l’emportait dans sa tanière.

Malheur à elle si la proie était une femme ; supplications et larmes, loin d’apitoyer le coeur de pierre du Ghoul, stimulaient encore ses ardeurs.

Un jour, Ali aperçut une fillette qui cueillait paisiblement des fleurs au bord de l’abîme en chantonnant de sa petite voix douce et fraîche comme une source dans un matin de printemps. La petite avait la chevelure toute blonde et elle frisait comme la toison de l’agneau nouveau-né.

Ali trouva tout cela si ravissant qu’il en oublia pour une fois ses instincts dépravés.
Soudain, la fillette vit surgir de l’abîme la hideuse figure de l’ogre. Elle ne poussa pourtant pas le cri de frayeur horrifié que ce dernier attendait, mais elle le regarda, très étonnée seulement, de ses grands yeux limpides comme le ciel bleu.

Les mains d’Ali, au lieu de se nouer autour du cou de l’enfant, se mirent à trembler.

- Comment t’appelles-tu, belle enfant? questionna-t-il d’une voix mal assurée.
- Aziza, dit la petite, après quoi elle se remit à cueillir des fleurs.
- C’est un très joli nom … et qui veut dire la chérie, balbutia Ali tout étonné de se sentir sans volonté et sans force devant cette fillette qui ne semblait pas voir sa laideur.
- Veux-tu venir avec moi dans mon logis? Il y a là -bas des fleurs bien plus belles que celles ci et je t’y ferai voir de bien jolies choses.
La fillette regarda l’ogre de ses grands yeux où une vive curiosité s’éveillait.
- Quelles jolies choses ?
- Des bracelets d’argent, des bagues avec des pierres brillantes rouges, bleues et vertes! Car je suis riche, tu verras … et j’ai aussi beaucoup de belles poupées dans mon logis.
- Des poupées ! s’écria la fillette en battant des mains, oh, je veux bien ! Et Ali, l’âme agitée de toutes sortes de pensées étranges et contradictoires, prit la petite dans ses robustes bras et l’emporta dans sa tanière.
En y pénétrant, Aziza, pétrifiée de stupéfaction devant les poupées « momifiées » tapissant les murs, ne vit pas le rictus de joie mauvaise avec laquelle Ali se retourna vers elle après avoir solidement barricadé son antre avec des poutres calées dans l’entrée.

- Et si je t’étranglais maintenant comme j’ai étranglé un bon nombre de ceux qui sont là ! Vois-tu, comme cela, et il approcha ses mains du cou de la fillette.

Aziza regarda son ravisseur avec de grands yeux effrayés et qui n’arrivaient pas à comprendre. D’un geste brutal, Ali la poussa sur son grabat.
- Non, tu ne peux pas me tuer, dit alors Aziza d’une voix très calme et confiante, parce qu’Allah qui te voit, te punirait et te mettrait en enfer.

Ali hésita. Tant de candeur le stupéfiait. Il lui arrivait encore, certains jours, de faire la prière quand la voix du Muezzin de la mosquée de Sidi Rached éveillait l’écho des gorges. Un frisson de crainte parcourut son âme scélérate.

- Ah, tu crois qu’Allah … me voit … et qu’il pourrait m’envoyer en enfer ? Après tout, tu as peut-être raison, petite ! Soit, ne pleure pas, je veux bien ne pas te tuer, mais à une condition : tu resteras avec moi, toujours, et tu seras ma petite épouse.

Aziza, en avalant ses larmes, acquiesça d’un mouvement de tête.


A partir de ce jour, une vie nouvelle commença pour Ali « l’Ogre des gorges».

Sa petite épouse se montra obéissante et docile en tout. Cependant, craignant qu’Aziza ne s’échappât en profitant de ses absences, il ne la quittait jamais sans proférer de terribles menaces et, de l’extérieur, il barricadait solidement son repaire.

Aziza passait son temps à préparer les repas. Ou bien elle se parait des bracelets et des bagues accumulées dans un grand sac. Puis elle se drapait dans de riches hayeks sans s’inquiéter de la provenance des taches brunes qu’elle y découvrait parfois. Elle s’habitua peu à peu aux horribles « poupées » grimaçant aux murs. Elle leur donna des noms et il lui arrivait de leur parler comme à des personnes vivantes. L’idée de s’évader hantait pourtant de plus en plus souvent son esprit, mais en imaginant la colère de son redoutable seigneur et maître, elle se sentait glacée de peur.
Un jour, où on fêtait la fin du Ramadan, Ali était parti de bon matin mendier à la porte de la grande mosquée, les gorges se firent toutes sombres et soudain un terrible fracas se répercuta dans les rochers.
La lueur d’éclairs de plus en plus fréquents emplit la caverne.
Tout à coup, les eaux du Rhumel se mirent à gronder, à monter, monter toujours plus haut. De gros blocs de rochers et des troncs d’arbres s’entrechoquaient avec des bruits angoissants et toujours plus proches, tandis que les éclairs éblouirent Aziza jusque dans le fond de la caverne où elle s’était réfugiée. Soudain l’eau jaillit au dessus du seuil et un énorme tronc d’arbre défonça les poutres qui barricadaient la porte.
Saisie d’épouvante devant cette eau monstrueuse montant vers elle, Aziza ne réalisa pas tout de suite qu’elle était libre. Sur les flots déchaînés qui emplissaient les gorges d’un grondement couvrant presque le fracas du tonnerre, elle vit arriver un âne, le ventre et les jambes en l’air. Alors, pour fuir l’eau qui montait rapidement dans la caverne, elle n’hésita plus. Saisissant la queue de l’animal qui passait tout près, elle invoqua le secours d’Allah et se laissa entraîner.

De temps en temps elle plongeait dans l’un de ces grands trous qu’on appelle «Marmites de géants » et se sentait projetée de nouveau en avant avec une force prodigieuse. Au centre des gorges, un peu en amont des bains de Salah Bey où le torrent s’engouffrait avec un mugissement assourdissant, un gros figuier tendait ses branches. Aziza s’y agrippa et, lâchant la queue de l’âne, se hissa sur une roche en palier.

Elle était sauvée.

Rentrée dans la maison de son père où on l’avait cru morte depuis longtemps, elle conta son étrange aventure. La police beylicale fut avertie et, à la décrue des eaux, une troupe de janissaires alla cerner le repaire d’Ali. Lorsqu’il s’y aventura pour voir ce qu’était devenue sa petite épouse, il fut appréhendé sans difficulté.

La justice du bey fut prompte et expéditive : le soir du même jour, Ali fut conduit au sommet du Kef Chekora d’où, en implorant dans un grand cri la miséricorde d’Allah, il se précipita lui-même dans l’abîme avant que l’on ne l’y pousse pour exécuter la sentence du Bey.


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