Hizia – Abdelhamid Ababssa

21 08 2013

 

Hizia - Abdelhamid Ababssa  dans Histoire arton5511

 

 

 

Selon les traditions orales, Hizia était une jeune femme d’une beauté remarquable et d’une âme limpide qui vécut dans la région de Sidi Khaled dans les Ziban occidentaux. Sa famille comme la majorité des habitants de cette région pratiquait la transhumance vers les Hauts plateaux durant la saison chaude et retournait à l’oasis pendant la saison du froid.

Elle s’était mariée avec son cousin Saïd avec qui elle aurait vécu une histoire d’amour mouvementée couronnée par leur mariage qui dura à peine un mois.

A la mort de sa bien-aimée en 1875 à l’âge de 23 ans, Saïd sombra dans un chagrin inconsolable. 

 Ne pouvant supporter la douleur de la mort de sa bien-aimée, Saïd erre quelque temps, avant de demander au grand poète de la région, Ben Guitoun, de l’immortaliser par un poème. Le maître du melhoun le prend en pitié, après avoir écouté son histoire d’amour .

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 Tombeau de Hizia,à Sidi Khaled,près de Biskra.

 

 

 

 

Le poète Rabah Benguitoune a immortalisé cette histoire dans un poème d’une rare sincérité qui a été chanté par plusieurs grands artistes dont Rabah Deriassa, Abdelhamid Ababssa et Khélifi Ahmed.

 

 

 

 

 LA Traduction française :Hizia 
Traduction de C. SONNECK (1902) 

« Amis, consolez-moi; je viens de perdre la 
reine des belles. Elle repose sous terre. 
Un feu ardent brûle en moi ! 
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s’en 
est allé, avec la svelte Hiziya
hélas ! Plus jamais je ne jouirai de sa 
compagnie. Finis les doux moments, 
où, comme au printemps, les fleurs des 
prairies, nous étions heureux. 
Que la vie avait pour nous de douceurs ! 
telle une ombre, la jeune gazelle a 
disparu, en dépit de moi ! 
Lorsqu’elle marchait, droit devant elle, ma 
bien-aimée était admirée par tous. 
Telle le bey du camp qui s’avance un 
cimeterre à la ceinture. 
Entouré de soldats et suivi de cavaliers qui 
sont venus à sa rencontre, pour lui 
remettre chacun un présent; 
Armé d’un sabre d’Inde, il lui suffit de 
faire un geste de la main, pour 
partager une barre de fer, ou fendre 
un roc. 
Il a tué un grand nombre d’hommes, 
ennemis du bien. Orgueilleux et 
superbe, il s’avance fièrement. 
C’est assez glorifier le bey ! Dis-nous, 
chanteur, dans une nouvelle chanson 
les louanges de la fille d’Ahmad ben 
al-Bey. 

Amis, consolez-moi; je viens de perdre la 
reine des belles. Elle repose sous terre. 
Un feu ardent brûle en moi ! 
Ma souffrance est extrême. Mon coeur s’en 
est allé, avec la svelte Hiziya

Lorsqu’elle laisse flotter sa chevelure, un 
suave parfum s’en dégage. Ses 
sourcils forment deux arcs bien 
dessinés, telle la lettre noun, tracée 
dans un message. 
Ton oeil ravit les coeurs, telle une balle de 
fusil européen, qui aux mains des 
guerriers, atteint sûrement le but. 
Ta joue est la rose épanouie du matin, et 
le brillant oeillet; le sang qui l’arrose 
lui donne l’éclat du soleil. 
tes dents ont la blancheur de l’ivoire, et, 
dans ta bouche étincelante, la salive 
a la douceur du lait des brebis ou du 
miel qu’apprécient tant les gourmets. 
Admire ce cou plus blanc que le coeur du 
palmier. C’est un étui de cristal, 
entouré de colliers d’or. 
Ta poitrine est de marbre; il s’y trouve 
deux jumeaux, que mes mains ont 
caressés, semblables aux belles 
pommes qu’on offre aux malades. 
Ton corps a la blancheur et le poli du 
papier, du coton ou de la fine toile de 
lin, ou encore de la neige, tombant 
par une nuit obscure. 
Hiziya a la taille fine; sa ceinture, penche 
de côté, et ses tortis entremêlés 
retombent sur son flanc repli par 
repli. 
Contemple ses chevilles; chacune est 
jalouse de la beauté de l’autre; 
lorsqu’elles se querellent elles font 
entendre le cliquetis de leurs 
khelkhals, surmontant les 
brodequins.

 

 

 

 

Quand nous campions à Bazer , je me 
rendais auprès d’elle le matin; alors 
nous goûtions les joies de ce monde. 
je saluais la gazelle; j’observais les 
présages; heureux comme un homme 
fortuné, possédant les trésors de 
l’univers. 
La richesse n’avait pour moi aucune 
valeur, comparée au tintement des 
khelkhals de Hiziya, quand je 
franchissais les collines pour aller la 
rencontrer. 
Lorsqu’au milieu des prairies, elle 
balançait son corps avec grâce, et 
faisait résonner son khelkhal, ma 
raison s’égarait; un trouble profond 
envahissait mon coeur et mes sens. Après avoir passé l’été dans le Tell, nous 
redescendîmes vers le Sahara, ma 
belle et moi. 
Les litières étaient fermées; la poudre 
retentissait; mon cheval gris 
m’entraînait vers Hiziya. 
Ils ont conduit les palanquins des belles, et 
ont campé à Azal, face à Sidi 
Lahcen et à Zerga. 
Ils se sont dirigés vers Sidi Said vers al- 
Matkaouak, puis sont arrivés le soir 
à M’Doukal. 
Ils sont repartis de bon matin, au lever de 
la brise, vers Sidi Mohammed, 
ornement de cette paisible contrée. 
De là, ils ont conduit les litières à 
al-Makhraf. Mon cheval, tel un aigle, 
m’emporte dans les airs, 
en direction de Ben Seghir, avec la belle 
aux bras tatoués. 
Après avoir traversé l’Oued, ils sont passés 
par Al Hanya. Ils ont dressé leurs 
tentes à Rous at-Toual, près du désert. 
L’étape suivante mène à Ben Djellal. 
De là, ils se sont dirigés vers El Besbes, puis 
vers El-Herimek, avec ma bien-aimée 
Hiziya
A combien de réjouissances avons-nous 
pris part ! Mon cheval gris, 
disparaissait presque dans l’arène, 
(derrière un rideau de poussière); on 
aurait dit un fantôme. 
Ma belle était grande comme la hampe 
d’un étendard; ses dents, lorsqu’elle 
souriait, formaient une rangée de 
perles; elle parlait par allusions, me 
faisant ainsi comprendre (ce qu’elle 
voulait dire). 
La fille de Hmida brillait, telle l’étoile du 
matin; elle éclipsait ses compagnes, 
semblable à un palmier qui seul, 
dans le jardin, se tient debout, grand 
et droit. 
Le vent l’a déraciné, il l’a arraché en un 
clin d’oeil. Je ne m’attendais pas à 
voir tomber ce bel arbre; je pensais 
qu’il était bien protégé. 
mais j’ignorais que Dieu, souverainement 
bon, allait la rappeler à Lui. Le 
Seigneur a abattu (ce bel arbre). 

je reprends mon récit. Nous avons campé 
ensemble sur l’Oued Ithel; c’est là que 
la reine des jouvencelles me dit 
adieu. C’est cette nuit-là qu’elle passa 
de vie à trépas; c’est là que la belle 
aux yeux noirs quitta ce monde. 
Elle se tenait serrée contre ma poitrine, 
lorsqu’elle rendit l’âme. Les larmes 
remplirent mes yeux, et s’écoulaient 
sur mes joues. 
Je pensais devenir fou, et me mis à errer 
dans la campagne, parcourant tous 
les ravins des montagnes et des 
collines. 
Elle a ravi mon esprit et enflammé mon 
coeur la belle aux yeux noirs, issue 
d’une race illustre. 
On l’enveloppa d’un linceul, la fille de 
notable; ce spectacle a augmenté ma 
fièvre, et ébranlé mon cerveau. 
On la mit dans un cercueil, la belle aux 
magnifiques pendants d’oreilles. Je 
demeurais stupide, ne comprenant 
pas ce qui m’arrivait. 
On l’emporta dans un palanquin, embelli 
par des ornements, la belle, cause de 
mes chagrins, qui était grande telle la 
hampe d’un étendard. 
Sa litière était ornée de broderies 
bigarrées, scintillantes comme les 
étoiles, et colorées comme un arc-en- 
ciel, au milieu des nuages, quand 
vient le soir.

 Elle était tendue de soie et tapissée de 
brocart. Et moi, comme un enfant, je 
pleurais la mort de la belle Hiziya
Que de tourments j’ai endurés pour 
celle dont le profil était si pur ! Je ne 
pourrai plus vivre sans elle. Elle est 
morte du trépas des martyrs, la belle 
aux paupières teintées d’antimoine ! 
On l’emporta vers un pays nommé 
Sidi Khaled. 
Elle se trouva la nuit sous les dalles du 
sépulcre, celle dont les bras étaient 
ornés de tatouages; mes yeux ne 
devraient plus revoir la belle aux yeux 
de gazelle. 
Ô fossoyeur ! ménage l’antilope du désert; 
ne laisse point tomber de pierres, sur 
la belle Hiziya ! Je t’en adjure, par le 
livre saint, ne fais point tomber de 
terre sur celle qui brille comme un 
miroir. S’il fallait la disputer à des 
rivaux, je fondrais résolument sur 
trois troupes de guerriers. 
Je l’enlèverais par la force des armes aux 
ennemis. Dussé-je le jurer par la tête 
de la belle aux yeux noirs, je ne 
compterais pas mes adversaires, 
fussent-ils au nombre de cent. 
Si elle devait rester au plus fort, je jure 
que nul ne pourrait me la ravir; 
j’attaquerais, au nom de Hiziya, une 
armée entière. 
Si elle devait être le trophée d’un combat, 
vous entendriez le récit de mes 
exploits; je l’enlèverais de haute lutte, 
devant témoins. 
S’il fallait la mériter au cours de rencontres 
tumultueuses, je combattrais durant 
des années, pour elle. 
Je la conquerrais au prix de persévérants 
efforts, car je suis un cavalier 
intrépide. 
Mais puisque telle est la volonté de Dieu, 
maître des mondes, je ne puis 
détourner de moi cette calamité. 
Patience ! Patience ! J’attends le moment 
de te rejoindre : je pense à toi, ma 
bien-aimée, à toi seule ! 
Amis, mon cheval me fendait le coeur, 
lorsqu’il s’élançait en avant (attristé 
par la perte de Hiziya). 
Après la mort de ma bien-aimée, il s’en est 
allé, et m’a quitté. 
Mon cheval était plus rapide que tous les 
autres chevaux du pays; dans les 
échauffourées, on le voyait en tête du 
peloton. 
Quels prodiges n’accomplissait-il pas sur le 
champ de bataille ! 
Il se montrait au premier rang. Sa mère 
descendait du fameux Rakby. (Nom d’un étalon célèbre amené du Maroc par si Ahmed Tidjani ) 
Combien il excellait dans les joutes entre 
les douars, à la suite de la tribu en 
marche; je tournoyais avec lui 
insouciant de ma destinée ! Un mois 
plus tard, il m’avait quitté; trente 
jours après Hiziya
Cette noble bête mourut; le voilà au fonds 
d’un précipice; il ne survécut pas à 
ma bien-aimée. Tous deux sont partis 
pour toujours. 
Les rênes de mon cheval gris sont tombés 
de mes mains. 
Ô Douleur ! Dieu, en les rappelant à lui, 
m’a enlevé toute raison de vivre. 
Mon âme est près de s’éteindre, après leur 
cruelle perte. 
Je pleure cette séparation, comme pleure 
un amoureux. 
Mon coeur se consume chaque jour 
davantage; ma vie n’a plus de sens. 
Pourquoi pleurez-vous mes yeux ? Nul 
doute que les plaisirs du monde vous 
raviront. Ne me ferez-vous point 
grâce ? 
la belle aux cils noirs a ravivé mes 
tourments; celle qui faisait la joie de 
mon coeur repose sous la terre. 
Je pleure la belle aux dents de perles; mes 
cheveux ont blanchi; et mes yeux ne 
peuvent supporter cette séparation. 
Le soleil qui nous a éclairé, est monté au 
Zénith, se dirigeant vers l’Occident; il 
s’est éclipsé après avoir été le sommet 
de la voûte céleste, au milieu du jour. 
La lune qui se montre à nous, a brillé 
pendant le mois du Ramadhan, puis 
a disparu du ciel, après avoir fait ses 
adieux au monde. 
Ce poème, je le dédie à la mémoire de la 
reine du siècle, fille d’Ahmed, et 
descendante de l’illustre tribu des 
Douaouda. 
Telle est la volonté de Dieu, mon Maître 
Tout-Puissant. Le Seigneur a manifesté 
sa volonté, et a rappelé à lui Hiziya
Mon Dieu ! Donne-moi la patience; 
mon coeur meurt de son mal, 
emporté par l’amour de la belle, qui 
a quitté ce monde. 
Elle vaut deux cents chevaux de race, et 
cent cavales issues de Rakby. 
Elle vaut mille chameaux; elle vaut une 
forêt de palmiers des Ziban. 
Elle vaut tout le pays du Djérid; elle vaut 
le pays des noirs, et des milliers de 
Haoussas. 
Elle vaut les Arabes du Tell et du désert, 
ainsi que tous les campements des 
tribus, aussi loin que puissent 
atteindre les caravanes, voyageant à 
travers les cols des montagnes. 
Elle vaut ceux qui mènent la vie 
bédouine, et ceux qui habitent les 
continents. 
Elle vaut ceux qui se sont installés dans 
des demeures permanentes et mènent 
une vie de citadins. 
Elle vaut les trésors, la belle aux beaux 
yeux; et si cela ne suffit pas, ajoutes-y 
les habitants des villes. 
Elle vaut les troupeaux des tribus, les 
bijoux, les palmiers des oasis, le pays 
des Chaouias. 
Elle vaut ce que renferment les océans; 
elle vaut les Bédouins et citadins 
vivant au delà du Djebel Amour, et 
jusqu’à Ghardaïa. 
Elle vaut, elle vaut le Mzab, et les plaines 
du Zab, hormis les saints et les 
marabouts. 
Elle vaut les chevaux recouverts de riches 
carapaçons, et l’étoile du soir; cela est 
peu, trop peu, pour ma bien-aimée, 
unique remède à mes maux. 
Je demande pardon au Seigneur; qu’il ait 
pitié de ce malheureux ! 
Que Mon Seigneur et Maître pardonne à 
celui qui gémit à ses pieds ! Elle avait 
23 ans, la belle à l’écharpe de soie. 
Mon amour l’a suivie; il ne renaîtra 
jamais dans mon coeur. 
Consolez-moi de la perte de la reine des 
gazelles. Elle habite la demeure des 
ténèbres, l’éternel séjour. 
Jeunes amis ! Consolez-moi de la perte du 
faucon. 
Elle n’a laissé que le lieu où sa famille a 
campé, et qui porte son nom. 
Bonnes gens ! Consolez-moi de la perte de 
la belle aux khelkhals d’argent pur; on 
l’a recouverte d’un voile de pierre 
reposant sur des fondations bien 
bâties. 
Amis ! Consolez-moi de la perte de la 
cavale de Dyab3 qui n’eut d’autre (l’un des principaux héros de la geste des banou Hilal ) 
maître que moi. 
J’avais de mes mains, tatoué de dessins 
quadrillés, la poitrine de la belle à la 
fine tunique, ainsi que ses poignets. 
Bleus comme le col du ramier, leurs traits 
ne se heurtaient pas; ils étaient 
parfaitement tracés, quoique sans 
plume; seules mes mains avaient 
exécuté ce travail. 
J’avais dessiné ce tatouage entre ses seins, 
lui donnant d’heureuses proportions. 
Au-dessus des bracelets qui paraient ses 
poignets, j’avais écrit mon nom. 
Même sur ses chevilles, j’avais figuré un 
palmier ! 
Que ma main l’avait bien dessiné ! Ah ! La 
vie est ainsi faite ! 
Saiyed, toujours épris de toi, ne te reverra 
plus; le seul souvenir de ton nom, lui 
fait perdre ses sens. Pardonne-moi, 
Dieu compatissant; pardonne aussi à 
tous les assistants; Saiyed est triste; il 
pleure celle qui lui était si chère. Aie 
pitié de l’amoureux, et pardonne à 
Hiziya; réunis-les dans le sommeil, 
Seigneur ! 
Ô Dieu, le Très-Haut. Pardonne à 
l’auteur, qui a composé ce poème; son 
nom est formé de deux mim, d’un ha 
et d’un dal (Mohamed). 
Ô Toi qui connais l’avenir ! Donne la 
résignation à cet homme, qui est fou 
(de douleur); je pleure comme un 
exilé; mes larmes apitoieraient même 
mes ennemis. 
Je ne mange plus; toute nourriture m’est 
devenue insipide; mes paupières ne 
connaissent plus le sommeil. 
Cette pièce a été composée trois jours 
seulement après la mort de celle qui 
me fit ses adieux, et ne revint plus 
vers moi. 
Ô vous qui m’écoutez ! Ce poème a été 
achevé en 1295 de l’Hégire4. (fin de l’année 1878 ap. J. C.)Ould Seghir a composé, au mois de l’Aid 
El-Kebir, cette chanson. 
A Sidi Khaled ben Sinan, Ben Guittoun a 
chanté celle que vous aviez vue 
vivante. Mon coeur est parti avec la svelte Hiziya

 

 

 

La version chantée du poème; interprétée par la sublime voix du grand maître d’El Melhoun Le regretté Cheikh Abdelhamid Ababssa

 

Image de prévisualisation YouTube

Actions

Informations



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>




Homeofmovies |
Chezutopie |
Invit7obbi2812important |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Trucs , Astuces et conseils !!
| Bien-Être au quotidien
| Cafedelunioncorbeilles45