L’hiji : chevet de protection

22012017

 

 

 

 

L’outre fait par les femmes ; pour mettre les réserves de provisions : grain, son, abricot secs, laine, à l’exception de la farine et des dattes molles.

 

 

 

 

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Outre – Algérie, début du 20ème siècle

 

 

 

6 outres colorées utilisées pour le montage de l »‘hiji« , chevet de protection utilisé lors des mariages, symbolisant la femme. Éléments importants du rituel de mariage, six outres teintes représentant la fiancée et une outre blanche pour le fiancé étaient remplies de grains et de fruits secs et empilées contre le poteau constituant ainsi le hiji, contre lequel la fiancée va être installée ; un rituel propitiatoire était alors exécuté. Un hiji analogue était aussi dressé lors des circoncisions.

 

 

 

 

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Outre tannée par la femme, teinture au nouet, couleur mouillée mise dans peau, ficelée par fractions. Algérie ; Avant 1936

 

 

 

 

Après le tannage, la peau entière de chevreau était retournée et assouplie, puis des ligatures exécutées enfermant un peu de colorant dans de petites poches avant la teinture de la peau dans un bain rouge. Le décor comprend ainsi trois registres de couleurs différentes, la bande centrale ornée de cercles de couleurs contrastées.

 

 

 

 

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L’une des 6 outres utilisées pour le montage de l’hiji – Algérie, avant 1936

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Objet d’Art : Sarma (coiffure de femme)

20012017

 

 

 

 

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Sarma en argent/ Algérie 19ème siècle

 

 

 

Coiffure métallique ayant la forme d’une tuile à jours et se posant horizontalement sur la tête, garnie, au préalable, d’un foulard noir pour les juives et de couleur pour les mauresques. Les premières ne pouvaient les porter qu’en argent. Cette parure longue et demi-cylindrique, a une grande ressemblance avec les coiffes bretonnes en dentelles. Elle servait à fixer une étoffe qui pendait derrière en longue traîne et se composait de quatre morceaux : d’abord le corps principal du bijou qui a souvent près d’un mètre ; puis, une calotte placée derrière la tète ; enfin, de chaque côté des joues, deux plaques rappelant celles qui garnissent le chef des hollandaises de la Frise. Toutes les pièces de la sarma sont ajourées à l’emporte-pièce, pour n’être ni trop chaudes, ni trop lourdes. 

 

Comme ornementation, des fleurs et des grillages; souvent, au centre, un motif s’épanouit rappelant un peu les grandes feuilles du palmier. Avec cette coiffure les femmes ressemblaient à Isabeau de Bavière portant le hennin. Les fillettes n’avaient le droit de prendre la sarma et des queues d’or que lorsqu’elles devenaient nubiles, c’est-a dire vers leur neuvième année. Elles avaient souvent, pour les fêtes, sur une chachia pointue, une petite sarma droite en or ayant la forme d’un cône tronqué, surmonté d’un plateau hémisphérique. Dans les mailles, leurs mères piquaient des ouarda ou épingles trembleuses.

 

 

 

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Coiffe de femme juive Sarma / Alger 17ème siècle : Accessoire du costume et de la parure féminine juive L’usage de ce type de coiffe est tombé en désuétude vers 1870.

 

 

 

 

En 1789, Venture de Paradis décrivait la sarma de la façon suivante: « Un plateau d’or ou d’argent travaillé et ajouré, cousu sur un morceau d’étoffe. Ce plateau est en deux morceaux : celui qui couvre la tête et celui qui, ceignant le front, vient se lier par derrière. Cet ornement est encore assujetti par un bandeau de crêpe de couleur, couvrant la moitié du front. La sarmah est un objet de sept à huit cents livres et même de mille livres (cent sequins algériens). Une femme riche met, au lieu de bandeau de crêpe, un assabé, qui est un bandeau en or, incrusté de perles, de diamants et d’émeraudes. » Depuis la deuxième moitié du 19ème siècle cet ornement de la toilette des femmes a cessé d’être porté. La sarma n’était plus qu’un objet de collection en Algérie,  elle était en usage en Syrie où elle porte le nom de Tentour.

 

 

 

 

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© Tancrède Dumas . Portrait d’une Fiancée Druse au Liban en costume traditionnel, coiffée du tentour 1880

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Aspects des parlers jeunes en Algérie

18012017

 

 

 

Les pratiques langagières des locuteurs algériens et plus particulièrement des jeunes se caractérisent par une dualité : à la fois l’alternance codique et le mixage entre les différentes langues mais aussi par une productivité importante sur le plan lexical.

Les transformations sociales, issues des transformations économiques, s’opèrent en même temps que les transformations langagières. Dans les quartiers surpeuplés des grandes villes, les jeunes « pratiquent la rue » ; ils « pratiquent aussi la conversation à bâtons rom pus ». La parole collective est profondément ancrée dans ce quotidien fait d’incertitudes, de désarroi, de colère et de violence, parfois, mais aussi d’humour, d’amitiés partagées et de connivence.

Leur parler imagé qui désoriente souvent les adultes a recours à différents procédés. C’est essentiellement sur le plan lexical qu’on observe le plus de créativité car les jeunes locuteurs n’hésitent pas à puiser dans les différentes langues dont ils disposent.

Tout d’abord on constate une utilisation pléthorique de certains mots puisés dans l’arabe dialectal et remis au goût du jour : certains appartiennent au champ des rapports sociaux comme dssara (familiarité déplacée), ettagssira (« causette »), d’autres au champ des sentiments, rarement prononcés dans l’usage courant à cause de la traditionnelle pudeur mais employés fréquemment par les jeunes comme pour briser les tabous. C’est le cas de hnana (tendresse), ghbina (tristesse), maghboun (malheureux, au sens d’amoureux transi).

Ce vocabulaire est largement présent dans le chant châabi (de châab : peuple), ce genre musical populaire, essentiellement citadin, qui a la faveur des jeunes. Yamilé Ghebalou  écrit à ce propos : « Chanter le châabi c’est user d’une langue particulière, en éprouver les subtilités, en reconnaître et en décoder les sous-entendus, réaffirmer un lieu de connivences et de complicités actives… Un étranger ou un Algérien de la campagne n’ont pas accès à ces référents exclusifs. Jeux de mots, clins d’œil, toponymes plus ou moins anciens de la ville, sont autant de moyens d’assurer ce statut particulier ».

On relèvera, en particulier, une certaine richesse des termes qui servent à exprimer les rapports d’amitié, la connivence, la complicité comme la houma, la sohba (amitié), ouled el houma (les enfants du « quartier »). A partir de certains mots se constituent des algérianismes d’usage répandu tels que houmisme et houmiste, indices de la compétence des jeunes locuteurs algériens en matière de règles de dérivation lexicale en français et mises en application ici pour un mot arabe. Ces procédés sont assez courants.

Autre champ connaissant une véritable floraison : les termes qui servent à catégoriser. Les bouleversements économiques et sociaux des dernières années ont entraîné la mise en place de nouvelles couches sociales, plus nettement différenciées, avec la crise croissante. Grâce aux ressources des jeunes locuteurs, des mots nouveaux sont apparus pour les désigner. Ainsi maqla (pluriel mqali : poêle à frire) et nomenklaturiste désignent les individus appartenant aux sphères du pouvoir et aux « castes » qui en sont proches.

Tchi-tchi dont l’origine reste mystérieuse est le terme consacré pour nommer ceux que la presse algérienne d’expression française appelle « la jeunesse dorée », progéniture des privilégiés du système dont le mode de vie est calqué sur le modèle occidental. Ils sont à la fois enviés et honnis par les jeunes des autres couches sociales, d’où une certaine oscillation dans l’emploi du terme, du mélioratif au péjoratif.

Les bouhis sont les jeunes des classes moyennes en phase d’appauvrissement, ne disposant évidemment pas ni des mêmes moyens matériels financiers que les tchi-tchis ni de leurs appuis mais qui, en compensation, revendiquent des « valeurs » propres comme la redjla (« masculinité »), le nif (sens de l’honneur) dont leurs rivaux seraient, selon eux, démunis.

Les Aryas, eux, sont les jeunes des quartiers déshérités (aryas signifie « nus »), sans travail, sans perspective, sans espoir, en un mot démunis.

Richesse des termes également pour désigner ceux dont l’origine rurale est flagrante, dont la « socialisation » en ville n’est pas assurée : cave, kerrouch, djabri, kaaba, guebli. Ce qui atteste du caractère éminemment citadin de cette créativité. On peut aussi rapprocher de ce champ ce qui est en relation avec l’idée de naïveté et de niaiserie souvent associée aux représentations du paysan et du monde rural avec les termes de niya (naïf, simplet), djayeh (niais), tnah (imbécile).

Richesse enfin pour marquer le clivage avec les générations plus âgées : les jeunes multiplient les qualificatifs particulièrement évocateurs voire corrosifs comme abd qdim (littéralement : individu usagé). A titre d’équivalents à cette expression on trouvera, en français, des formes du participe passé substantive comme périmé (« II est périmé celui-là » ou « C’est un périmé »), recasé (qui désigne les habitants des anciens quartiers comme La Casbah qui ont été relogés dans des grands ensembles de banlieue).

La création lexicale consiste ici en une opération à travers laquelle le « réel » que constitue l’existence de ces groupes humains, différenciables, dans la société, par leurs tenues vestimentaires, leurs comportements, leurs pratiques socioculturelles et langagières, est interprété.

Par ailleurs, des cheminements de sens par rapport à l’arabe dialectal méritent d’être signalés : ainsi à l’origine, le substantif houl était employé pour désigner un mouvement de foule de type contestataire ; aujourd’hui, on parle de « plage houl » (en position d’adjectif épithète) pour désigner une plage « où il y a de l’ambiance ». De même hala, substantif ayant pour sens « état » (dans lequel on est), « situation », est utilisé soit en position adverbiale (On s’est baignés, hala.) soit comme interjection (Hala !) pour saluer une bonne nouvelle par exemple.

Quant aux emprunts à l’arabe littéral, ils sont souvent employés sur le mode de l’ironie, ironie contestataire, particulièrement manifeste dans l’usage redondant de l’adjectif rasmi (officiel), parfaitement représentatif de la terminologie officielle imposée qui se trouve ainsi démystifiée.

Le football offre par ailleurs un espace important de parole en toute liberté où la créativité se débride. Quelques exemples peuvent en donner une illustration : les supporters du MCA (Mouloudia Club d’Alger), majoritairement des jeunes de la Casbah, de condition très modeste, sont appelés « chiffounes » (forme résultant d’une altération phonétique du français « chiffon »). Ils doivent cette appellation à l’état des drapeaux et fanions qu’ils exhibent à l’occasion des matchs disputés par leur équipe favorite.

Les « siradj », eux, sont les joueurs et les supporters de L’USMA, autre club algérois. Ce terme qui n’est que la version, en arabe dialectal, du mot cirage est utilisé par allusion au noir brillant inclus dans les couleurs de l’équipe et par dérision. Ainsi le sens des mots arabes et français se modifie selon les contextes et les besoins expressifs de ces jeunes locuteurs.

 

 

Ces pratiques langagières, sont essentiellement citadines. Elles se développent particulièrement dans les quartiers populaires anciens, dans les grands ensembles anonymes des banlieues récentes (baptisés par la presse francophone « bétonvilles ») comme dans les nouveaux quartiers périphériques, composés de constructions dites « illicites » ou dans les bidonvilles tentaculaires.

Ces parlers, audibles dans l’ensemble des villes du pays, avec toutefois des particularités régionales, ont trouvé des espaces médiatiques qui les ont confortés et qui ont contribué à leur propagation. C’est le cas des radios comme la Chaîne III, dans ses émissions « Local Rock » et « Sans Pitié » (dont le titre reprend une expression consacrée dans le parler jeune), et Radio Behdja qui, en accordant une place importante aux interviews, aux mini-sondages et enquêtes dans la rue ainsi qu’à des émissions donnant la parole directement aux auditeurs par téléphone, ont permis leur éclosion et leur diffusion.

Bien que réputée pour son manque d’ouverture, la télévision, traditionnellement crispée sur l’usage de l’arabe littéral, a finalement admis la langue de la rue, longtemps ignorée, en programmant « Bled Music » et « Qabsa chemma » (la boîte à chique), deux émissions de variétés, caractéristiques de cette « bouffée d’air démocratique » où l’expression populaire avait enfin droit de cité.

 

 

 

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La presse francophone, dans ses rubriques « courrier des lecteurs », « rencontres », « clubs amitié », a, la première accueilli ces formes d’expression dans leur représentation scripturale. Aujourd’hui quelques journaux de langue arabe, ayant radicalement opté pour l’emploi d’un arabe moderne, relativement algérianisé tels Ech Chourouq et El Massa, les acceptent également.

Outre le chant chaâbi, déjà évoqué, le raï est également porteur de ces parlers jeunes. Son succès, on le sait, tient au fait qu’il « raconte la vie telle qu’elle est, sans déviation ni sélection et loin de toute phraséologie ». On pourrait préciser qu’il raconte surtout la vie des jeunes. Rabah Meziane écrit à ce propos : « Ce credo lancinant véhiculé par des milliers de cassettes dont les qualités techniques et acoustiques sont aux frontières de la médiocrité a fait plus que séduire, il a conquis toute une jeunesse majoritaire, numériquement, mais exclue, socialement, coincée entre le désœuvrement, le chauvinisme des stades, le jargon patriotique, le bar, la mosquée et un marché de loisirs inexistant. » Invité à s’exprimer sur les questions très controversées de la langue et des paroles du raï, Houari Benchenet, catégorique, déclare : « Si on change les paroles du raï, ce dernier n’aura plus droit de cité, car s’il est considéré comme un tabou, c’est justement parce qu’il s’attaque aux tabous ».

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source :  Langue française, n°114, 1997. Les mots des jeunes. Observations et hypothèses 

Aspects des parlers jeunes en Algérie dans Attributs d'Algérienneté

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




L’urbanisation dans l’Algérie Médiévale (1ère partie)

16012017

 

 

 

 

Quand on lit les textes relatifs à la conquête musulmane du Maghreb, on est frappé par l’indigence des informations liées à la géographie urbaine de cette région. On l’est encore plus quand il s’agit du Maghreb central qui semble le parent pauvre par rapport à l’Ifriqiya, au Maghreb extrême et à al- Andalus. En fait trois écoles se distinguent par leurs traditions divergentes : une école orientale représentée par l’Égyptien Ibn Abd El Hakam. C’est la tradition la plus ancienne car c’est à partir de l’Egypte que s’est effectuée la conquête (le gouverneur d’Egypte étant chargé des affaires du Maghreb à cette époque) : une école ifriquienne elle-même assez orientalisée ; enfin une école hispano-maghrébine. Étant donné les intérêts régionaux de ces trois écoles, le Maghreb central est très mal pris en compte et les sources ne le citent presque pas. Elles parlent par exemple de la chevauchée de Oqba Ibn Nafi’ en le faisant partir de Kairouan et en le faisant arriver à Tanger sans citer la moindre ville sur plus de mille kilomètres. Pourtant le réseau de villes existant dans les provinces romaines de Proconsulaire, de Numidie ou de Maurétanie césarienne est suffisamment important pour ne pas être ignoré. De plus la recherche archéologique, telle qu’elle s’est pratiquée durant la période coloniale, n’a pas essayé, à de rares exceptions près, de montrer un continum dans l’occupation du territoire. Tout était fait pour donner au chercheur ou au lecteur l’idée d’une rupture définitive entre deux périodes d’une histoire occupant le même espace.

 

 

 

 

 

LE DEVENIR DES CITÉS ANTIQUES DE L’ALGÉRIE ORIENTALE

 

Dès le début de la conquête les troupes musulmanes axent leurs offensives dans la région des Aurès où l’on sait que des villes comme Tobna, Baghaï, Belezma, sont des forteresses assez importantes dans le dispositif de défense mis en place par les Byzantins et repris par les Berbères qui déploient une forte résistance. Si l’effort de guerre est orienté sur cette région, c’est parce qu’il existe dans cet espace des zones urbaines assez importantes et des structures étatiques que l’on devine dans les différents récits relatifs à l’époque vandale et surtout byzantine. Nous savons par exemple qu’à la veille de la conquête musulmane, il existait dans les Aurès, un chef berbère du nom de Mastiès, qui s’était proclamé imperator vers 476/477 et qui avait régné pendant quarante ans.

 

Par ailleurs, nous savons que les villes antiques décrites sur la côte ou à l’intérieur du pays continuent de vivre. Nous ne savons pas si elles sont occupées par les nouveaux arrivants. Les données archéologiques ne sont pas suffisantes ou ont été détruites au XIXe siècle lors du dégagement des grandes cités antiques comme Hippone, Cuicul, Calama ou Theveste. Aussi nous ne pouvons que nous appuyer sur les textes des historiens et géographes du Moyen Âge comme Ibn Hawqal ou Al Ya’qubi qui ne donnent pas la mesure exacte des transformations urbaines introduites par les nouveaux conquérants.

 

Nous allons prendre un certain nombre d’exemples pour voir comment les cités antiques évoluent avec les nouveaux maîtres du pays dont les conceptions urbaines diffèrent de celles en vigueur à l’époque antique.

 

Al Ya’qubi a traversé le Maghreb au IXe siècle, c’est-à-dire au moment où les Aghlabides occupaient l’actuelle Tunisie et une partie de l’Algérie orientale, en particulier les hautes plaines constantinoises qui formaient une sorte de frontière militaire tenue par des forteresses plus ou moins remaniées, datant de l’époque byzantine ou même du limes romain. Ainsi dans son Kitab Al Buldan, le livre des pays, il décrit Mila (l’antique Mileu) comme une ville forte disposant de deux citadelles, l’une étant placée au-dessus de l’autre. Le chef de cette citadelle est un arabe des Beni Solaym appelé Moussa Ibn Abbas qui tient son autorité du prince aghlabide de Kairouan. Ses remparts avaient été édifiés à l’époque byzantine. C’est l’une des rares villes où les structures antiques apparaissent dans le tissu urbain moderne. La cité occupait une position stratégique sur la route de Cirta (Constantine) à Sitifis (Sétif). « Elle surveillait au nord la région très accidentée et couverte de forêts qui s’étend dans la direction de Djidjelli et Collo, au sud les massifs montagneux qui la séparent du cours supérieur de l’Oued Rummel». C’est sûrement au début du VIIIe siècle que la ville fut annexée avec les autres citadelles qui défendaient les marches de l’ouest. Elle devint très vite un centre administratif et militaire avant qu’elle ne soit remplacée par Tobna à l’époque des Aghlabides. Sa proximité du centre de la révolte chi’ite, Ikjan, en fit une proie facile pour les tribus Kotama, au début du Xe siècle. Celles-ci se révoltèrent contre le ziride Al Mansûr et firent de Mila le centre de leur dissidence. Al Mansûr réprima lui-même la révolte, fit déporter la population à Baghaya (989). La ville renaîtra au XIe siècle avec les Hammadides et aura un gouverneur sur place. Ses remparts, longs de 1200 m, étaient flanqués de 14 tours. Ils furent très peu remaniés à l’époque musulmane. L’enceinte possédait deux portes : Bab al-Rouous au sud-est et Bab al-Soufli au nord-est. Des fouilles entreprises en 1969 dans la mosquée ont permis de retrouver la structure originelle du bâtiment (alignements des colonnes, mihrab primitif). L’ancienneté de la mosquée est également prouvée par l’armature des arcs et de leurs supports. Les arcs qui longent les nefs sont des arcs outrepassés qui s’appuient sur le chapiteau par l’intermédiaire de parallélépipèdes de briques. Des tirants en bois dont on voyait la trace consolidaient la structure. Des sondages ont permis de reconnaître les niveaux islamiques : une pièce de monnaie idrisside et un fragment de plâtre sculpté en lettres coufiques. Des éléments de décor en stuc, fleurs et rosaces, montrent des ressemblances avec les décors trouvés à la Qal’a. Le niveau antique profondément enfoui fut atteint.

  

 

 

L'urbanisation dans l’Algérie Médiévale (1ère partie)  dans Architecture & Urbanisme

Ruines près de l’ancienne Tobna

 

 

 

 

La citadelle de Sétif semble avoir eu le même statut que Mila. La ville n’a plus l’importance qu’elle avait à l’époque romaine. Les écrits ne nous renseignent pas sur le Sétif des débuts de la conquête musulmane. Des fouilles entreprises au début des années 1980 ont montré des niveaux d’époque musulmane. La ville n’était pas totalement abandonnée et les vestiges des thermes servaient d’abri occasionnel aux hommes et au bétail. Le développement de la ville musulmane se serait fait d’abord au nord de la forteresse byzantine. La fouille a montré que les premières maisons avaient été construites avec des réemplois de pierres de taille renforcées sur leur face intérieure de cailloux liés à du pisé. Les dates données par le carbone 14 varient entre 655 et 970 ap. J.-C.

 

La fouille mit à jour neuf bâtiments qui ont été datés entre 810 et 974. Une monnaie d’Al Mu’izz le fatimide ainsi qu’un tesson de céramique figuré ont été trouvés dans le troisième sol. Mais l’important est que la fouille a pu dégager une typologie de l’habitat des Xe et XIe siècles pour cette région, avec des pièces plus longues que larges.

 

Mais nous savons que ces bastions aux marges du royaume avaient une certaine autonomie et un esprit d’indépendance. Ce fut le cas de la forteresse de Belezma dont la garnison fut passée au fil de l’épée par l’Émir Ibrahim II (893-280). Selon Ibn Idhari « l’affaire de Belezma fut une des causes qui contribuèrent à la ruine de la dynastie ».

 

Après avoir pris deux exemples de villes du Nord- Est, voyons l’évolution de deux autres villes situées plus au sud.

 

Baghaya, « grande et ancienne ville » selon Al Bekri, est située sur la route de Theveste à Lambèse, entre la montagne de l’Aurès au sud et la Garaat al- Tarf au nord, au débouché de la route qui franchit le col de Khenchela (antique Mascula). Obstacle incontournable, elle « constituait un des principaux passages entre le Sahara et le Tell ». Construite sur la première ligne de défense byzantine en Numidie, reconstruite sous Justinien, la ville était au moment de la conquête musulmane une place forte importante avec la présence d’un évêché. Elle était un passage obligé vers l’ouest : « les Berbères et les Romains s’étaient fortifiés dans Baghaya quand ‘Oqba Ibn Nafi’ le Qoreichite les attaqua et leur enleva plusieurs chevaux appartenant à la race que l’on élevait dans l’Aurès ». Lorsque la Kahina s’opposa à Hasan Ibn No’man, elle rassembla ses troupes dans cette ville et de là se dirigea vers le nord-est sur les rives de la Meskiana et de l’oued Nini, proches de Baghaya. La ville ne fut occupée par les troupes musulmanes qu’après 701. La ville tomba sous les assauts d’Abû Abdallah le chi’ite en 907 qui en fit une base stratégique et c’est de là qu’il entama sa marche victorieuse vers Kairouan. À partir de ce moment, Baghaya eut pour rôle, avec Tobna et Belezma, de contenir les révoltes des Berbères de l’Aurès. Après la fondation de Msila comme nouvelle capitale du Zab par le khalife fatimide Abû-1-Qasim, à 4 km de Zabi Justi- niana, Baghaya dépendit des gouverneurs Bani Hamdun. Elle fut la première forteresse à subir les assauts de « l’homme à l’âne », révolté contre le pouvoir fatimide. Par la suite, Bologgin Ibn Ziri, ayant en charge le Maghreb après le départ des Fatimides vers Le Caire, y nomma un gouverneur militaire. En 1017, Baghaya fut un des enjeux qui opposa les dynasties ziride et hammadide. Hammad fut contraint par Al Mu’izz d’en lever le siège. Lors de l’invasion hilalienne, la ville passa sous l’emprise des tribus Athbadj et déclina. Elle est mentionnée uniquement comme étape.

 

La ville de Baghaya est construite sur « un mamelon aplati qui domine la plaine, en suit fort exactement les contours de manière à assurer à la ville la protection du profond ravin qui la borde au nord ouest… Cette vaste enceinte ayant ainsi avec ses 25 tours un énorme développement de 1172 m ». Le rempart fait de pierres de taille avec des tours rondes et carrées est signalé par Ibn Hawqal et Al Muqa- dassi au Xe siècle 14. La citadelle occupait la partie la plus haute de la colline.

 

Tobna, antique Tubunae, fait exception par sa taille et son importance dans ce chapelet de bastions aux marches de l’empire. Elle semble être au centre de ce dispositif défensif et abrite un gouverneur ayant plus d’importance dans la hiérarchie aghlabide.

 

Il faut attendre Al Bekri pour avoir une description assez complète du territoire. Il mentionne Meskiana « bourg situé sur une rivière », Baghaï « grande et ancienne ville, dont les environs sont couverts d’arbres fruitiers, de champs cultivés et de pâturages… », puis Tobna : « Le château de Tobna, énorme édifice de construction ancienne, est bâti en pierre et couronné par un grand nombre de chambres voûtées ; il sert de logements aux officiers qui administrent la province et touche au côté méridional du mur de la ville ; il se ferme par une porte de fer… Tobna a plusieurs portes : Bab Khacan, beau monument construit en pierre, avec une porte de fer ; Bab El Feth (porte de la victoire), situé dans la partie occidentale de la ville et se fermant aussi par une porte en fer ; une rue, dont les deux côtés sont bordés de maisons, s’étend à travers la ville d’une de ces portes à l’autre ; Bab Téhuda (porte vers l’antique Thabu- deos), qui regarde le midi, est aussi en fer et offre un aspect imposant. Bab el-Djedid (la porte neuve) et Bab Ketama sont situés au nord de la ville … on y voit beaucoup de bazars… Depuis Kairouan jusqu’à Sijil- massa, on ne rencontre pas de ville plus grande. . . ». Cette ville joue un rôle essentiel aux VIIIe-IXe siècles dans le contrôle des zones comprenant en gros les provinces anciennes de Numidie et de Maurétanie sitifienne. ‘Oqba est obligé de l’éviter dans son expédition de 683. Au début du VIIIe s., elle passe sous domination musulmane avec Moussa Ibn Nusayr. C’est le siège du Gouverneur. Elle était déjà suffisamment importante dans l’antiquité puisqu’elle était le chef-lieu de la région du Hodna. Les nouveaux conquérants en font un chef-lieu en 771 dont dépendent les villes de Baghaï, Biskra, Téhuda, Mila, Nikaous, Belezma… Elle est la charnière du système défensif aghlabide et résiste aux attaques des Rosté- mides de Tahert en 767 ou des tribus Kotama, qui occupaient la région de Mila – Sétif, c’est-à-dire les territoires situés à l’est de Constantine. Les différents commandants de la place sont destinés à occuper des postes importants dans l’administration centrale. Ce fut le cas du comte Boniface au Ve siècle. C’est le cas d’Ibrahim Ibn Al Aghlab qui commanda les troupes stationnées à Tobna en 795. Le khalife de Bagdad, Haroun Al Rachid, le confirma dans son poste en 797. Il fut appelé à Kairouan où il fonda la dynastie des Aghlabides. Ce recentrage du territoire se fait au détriment de villes comme Zabi (Zabi Justiniana) qui étaient pourtant des centres économiques très urbanisés. La ville s’agrandit de faubourgs, fut dotée d’un cimetière à l’est de la ville et d’un hammam. À l’intérieur, on construisit le palais du gouverneur, une mosquée cathédrale et une citerne. La ville soutint avec succès les assauts des tribus berbères acquises à la cause fatimide avant de se rendre quelques années plus tard. Elle reçut alors un gouverneur chiite, Yahya Ibn Salini. Élargissant leur domaine vers l’ouest pour contenir les menaces des tribus zénètes Maghrawa soutenues par les Ommeyades de Cordoue, les Fatimides de Kairouan construisirent une nouvelle place forte en 92720, à deux journées au nord ouest de Tobna. Le site fut choisi près de l’ancienne Zabijustiniana, à la limite du Zab, au pied des monts du Hodna. La nouvelle capitale porta le nom d’Al Mohammadiya, la future Msila, qui fut construite en 315/927 par le fils du Mahdi. La ville constitua aux Xe et XIe siècles la limite occidentale du Zab et donc de l’Ifriqiya, puis après du royaume hammadide. Le gouvernement du Zab fut confié à ‘Ali Ibn Hamdun Ibn Al Andalusi par Abu-1-Kasim. Ibn Khaldun nous apprend que ce gouverneur était l’un des premiers partisans de ‘Ubayd Allah qu’il suivit jusqu’à Sijilmassa avant que celui-ci ne devienne Mahdi. Le Zab et Msila furent confiés à la mort de ‘Ali Ibn Hamdun à son fils Ja ‘far qui avait été pressenti par Al Mu’izz pour gouverner le Maghreb, poste qu’il refusa. Al Bekri décrit ainsi la ville : « El Mecila, ville située dans une plaine, est entourée de deux murailles, entre lesquelles se trouve un canal d’eau vive qui fait le tour de la place. Par le moyen de vannes, on peut tirer de ce canal assez d’eau pour l’arrosage des terres. Dans la ville on voit plusieurs bazars et bains et, à l’extérieur, un grand nombre de jardins. On y récolte du coton dont la qualité est excellente. Tout est à bas prix dans El Mecila ; la viande surtout est très abondante. . . Au sud d’El Mecila est un endroit nommé « El Kibab », les coupoles ; on y remarque des voûtes antiques auprès desquelles sont les restes d’une ville antique… »

 

Nous n’avons pas de documents très précis sur cette nouvelle cité même si le poète Ibn Hani glorifie ses palais à l’époque des princes de Msila, descendants de ‘Ali Ibn Hamdun. Tobna contribua à son édification et à son peuplement comme elle le fera plus tard pour Achir.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Présage relatif à l’Ennayer

14012017

 

 

 

 

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Chez les nomades de la région de Mascara, pendant la première nuit de Yennayer (nouvel an berbère coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien), on place sur les tentes quatre assiettes renfermant du sel et dont chacune représente l’un des mois suivants : Janvier, Février, Mars, Avril.

Le lendemain, de bonne heure, on les examine. Si, dans l’assiette de janvier, le sel est humide, ce mois sera pluvieux. Si le sel est resté sec dans telle autre, le mois qu’elle représente verra la sécheresse.

 

 

A Figuig, au lieu de sel, on prend comme corps hygrométrique des flocons de laine.

 

 

A Tlemcen, on place quatre petites pierres de sel sur le berkoukes humecté de lait. Chacune d’elles est recouverte d’une coquille de noix portant le nom de l’un des quatre  premiers mois.

On dit aussi :

 

لا روات فناير انقص من الخماير و زيد في المطاير * و لا ما روات شي زيد فالخماير و انقص من المطاير

 

« Si, à l’Ennâyer, la terre est trempée d’eau, laisse moins de grain au silo et ensemence une plus grande surface de terre humide.

Mais si la terre est restée sèche, laisse le grain en réserve et sème peu ».

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




l’Ennayer chez les Beni Snous

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L’édition  en dialecte berbère des Béni Snous été dicté au Kef pendant la fête d’Ennâyer  (en 1905) par le jeune Belkacem ben Mohamed. Le texte est donné en transcription arabe, traduction en français et mise en forme par Edmond DESTAING le professeur à la Médersa de Tlemcen.   

 

 

 

 

« Nous célébrons au Kef la fête d’Ennâyer pendant quatre ou cinq jours ; au Khemis, elle dure sept jours, pendant lesquels les gens ne mangent que des aliments froids.

Avant l’Ennâyer, les hommes se rendent au marché et y achètent les choses nécessaires. Ils partent au moulin y chercher de la semoule. Pendant cinq jours, les femmes vont couper du bois qu’elles rapportent du Taïnet (montagne qui s’élève au N-E du Kef) sur leurs épaules.

Le premier jour, dés le matin, les femmes et les enfants vont à la forêt sur les pentes. Ils en rapportent des plantes vertes : du palmier nain, de l’olivier, du romarin, des asphodèles, des scilles, du lentisque, du caroubier, de la férule, du fenouil. Les femmes jettent, sur les terrasses des maisons, ces plantes qu’on y laisse se dessécher.

Les tiges vertes ont, en effet, une influence favorable sur les destinées de l’année nouvelle, qui ainsi sera verte comme elles. Et pour que l’année soit pour nous sans amertume, nous nous gardons de jeter, sur nos maisons, des plantes, telles que le chêne-vert, le thapsia, le tuya, qui toutes sont amères.

Les enfants rapportent aussi, de la montagne, de petits paquets d’alfa, six, huit, en nombre pair ; deux paquets sont d’alfa sec ; ils se procurent aussi trois grosses pierres ; au pied des pentes, ils recueillent de la terre rouge. Ils apportent le tout à la maison. Alors, au moyen d’une pioche, les femmes démolissent l’ancien foyer, enlèvent les trois vieilles pierres, qui servent de support à la marmite, et les remplacent par celles que les enfants ont apportées. Elles font détremper la terre rouge dans l’eau, la pétrissent, en enduisant les pierres du nouveau foyer et laissant sécher jusqu’au moment de préparer le repas du soir. On allume alors le feu avec l’alfa récolté sur la montagne.

Quant aux hommes, ils se réunissaient autrefois, de grand matin, à Mzaourou, pour faire une battue. On en rapportait des lapins, des perdrix que l’on mangeait le lendemain. De nos jours, on égorge un mouton, une chèvre, pour que les gens soient pourvus de viande (le second jour de la fête). On mange aussi des poules dans chaque famille.

Alors, on s’occupe du dîner. Il se compose uniquement de berkoukes au lait. Après le repas, on en place quelques grains sur les pierres du foyer, ainsi que sur les poutres qui soutiennent le toit. On ne lave pas le plat dans lequel on l’a mangé, ni l’ustensile qui a servi à le faire cuire ; on ne nettoie pas les cuillers ; on ne secoue pas la corbeille à pain, ni l’anfif (en alfa dans lequel se cuit le couscous).

 

 

 

 

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A cette occasion, on fait des سفنج (crêpes) et des ثريد (beignets). On prend des figues, des grenades, des oranges, des noix. On en fait des colliers, auxquels on ajoute un thaja’outh. C’est un pain plus ou moins gros, au milieu duquel on place un œuf, que l’on recouvre de petites baguettes de pâte ; on porte au four beaucoup de ces pains ; quand ils sont cuits, on les retire et on en fait cadeau aux amis qui en rendent d’autres.

Pour faire un gâteau avec des œufs, les femmes en cassent vingt ou trente, y mêlent du levain, des raisins secs, du sucre. Lorsque cette pâte a levé, on la place dans une marmite et on fait cuire dans de l’huile. On enlève le gâteau et, après l’avoir laissé refroidir, on le mange, en compagnie d’invités, avec du pain de froment.

On ne mange pas, ce jour-là, de pain d’orge, mais seulement du pain de farine de blé. Les femmes ont soin de jeter les coquilles au loin, afin  qu’il n’arrive à personne de marcher dessus.

A celui qui n’a rien, nous offrons des figues, des grenades mises en colliers, un petit pain ; de cette sorte, ses enfants ne pleurent pas d’envie en voyant les friandises des autres.

Tous les enfants vont jouer sur la pente des montagnes, ils emportent des crêpes, du pain, des figues et, quand ils ont bien joué, ils mangent et reviennent à la maison.

Parfois ils vont, quand le soleil est chaud, jusqu’à la grotte des Ath Moumen. Au moyen d’une tige de férule, les petites filles font une poupée qu’elles revêtent comme une mariée et jouent, en chantant jusqu’au coucher du soleil.

 

 

 

 

 

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Quand approche la nuit, on fait un lion. Deux hommes, placés l’un devant l’autre, la face tournée vers le sol, se saisissent. Les jeunes gens vont chercher un tellis dont ils les revêtent et qu’ils fixent au moyen de tresses d’alfa ; on n’oublie pas de pouvoir le lion des attributs de son sexe. Alors l’individu placé devant se met à rugir dans un mortier qu’il a à la main. La marmaille emmène le lion dans les maisons et les tentes, où il effraie les petits enfants. Les jeunes gens disent aux habitants : « donnez-nous pour le diner du lion ». On leur donne des figues, des beignets, du pain, des crêpes. Tout ce monde vient ensuite au bordj du caïd. Chemin faisant, le lion danse au son d’un tambourin. Puis on se réunit dans un endroit voisin de la Tafna ; les jeunes gens se partagent le produit de la quête, mangent et se séparent après avoir récité la Fatiha.

Et comme cette année-ci est sèche, nous avons ajouté cette prière : « O Seigneur, donne-nous de la pluie ».

Après le diner, le maître de la maison va vers ses brebis et les appelle ; si elles bêlent, la nouvelle année sera bonne ; si le troupeau se tait, l’homme se rend auprès de ses vaches et leur parle ; un beuglement comme réponse est le présage d’une année passablement prospère. Si les vaches restent silencieuses, le maître se dirige vers ses chèvres. L’année sera médiocre si elles bêlent, mauvaise si elles se taisent.

Le lendemain, nous préparons au village un chameau. On fait un faisceau de perches que l’on lie avec des tresses d’alfa. On apporte alors une tête de cheval, ou d’âne, ou de mulet ; on y adepte une branche que l’on fixe ensuite à l’une des extrémités du faisceau en question. Trois hommes, masqués par une couverture, supportent le tout. Cela représente un chameau. Dans des raquettes de figuiers de Barbarie, on taille à l’animal des oreilles, et aussi des yeux au milieu desquels on place des petites coquilles d’escargots. On fait, de ces coquilles un grand collier que l’on passe au cou du chameau. Enfin, on lui adepte une queue faite d’une branche de palmier. On le promène ensuite comme on l’a fait pour le lion, et la marmaille crie : « Donnez-nous à manger pour le chameau ».

On ne revêt pas, pour l’Ennâyer, des beaux habits, comme on le fait un jour de fête.

Si l’un de nous veut arriver à découvrir, dans les broussailles, les œufs de perdrix, il se teint, le palmier jour d’Ennâyer, le bord des paupières avec du collyre ; puis, la nuit, se plaçant un tamis sur le visage, il compte les étoiles au ciel, cela, afin de renforcer sa vue.

 

 

 

 

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Une femme est-elle en train de faire une natte aux approches d’Ennâyer ? Elle s’empresse de l’achever pour l’enlever du métier avant la fête : elle détache ensuite le roseau auquel est fixée la trame. Parfois ses voisines viennent l’aider. Si cette femme n’enlevant pas la natte, lui laissait  passer l’Ennâyer sur le métier, un malheur surviendrait, qui éprouverait ses enfants, son mari, ses biens. On agit de même pour un burnous ou une jellaba.

Si une femme n’a pu achever une natte commencée, elle l’enlève avant l’Ennâyer et la fait porter au loin dans la montagne. Puis, la fête passée, on la place de nouveau sur le métier et on l’achève.

Voilà comment se passe le premier de l’an chez les Béni Snous. Que cette année soit heureuse pour vous !  »

 

 

 

 

 

 

L’Ennayer chez les Beni Snous (texte berbère, Dialecte des B.Snous)  ICI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi: Ayrad N’Yennayer chez les At Snus 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Monnaies de la régence d’Alger (5ème partie)

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V/ MONNAIES ÉTRANGÈRES

 

 

 

 

 

De toutes les monnaies étrangères, les monnaies espagnoles sont à peu près les seules qui aient un cours ordinaire à Alger; cependant on y rencontre habituellement en circulation des espèces d’Egypte, surtout des pièces d’or, telles que les Sequins et les Demi-Sequins du Caire.

 

 

 

 

1° Le SEQUIN du CAIRE est connu sous le nom de Mahboub محبوب ou de Zermahboub زر محبوب .

 

 

 

 

Les Monnaies de la régence d’Alger (5ème partie) dans Attributs d'Algérienneté image00238

 

 

La Face, porte la même inscription que celle des Soultânys ou Sequin d’Alger

Le Revers, porte le Toghrâ طغرا ou chiffre impérial du Sultan Selim Khan ben-Moustafa سليم خان بن مصطفى vingt-huitième sultan ottoman, nommé par les Européens Selim III du nom, qui monta sur le trône l’an 1203 de l’Hégire 1789 de notre Ère), et qui, l’an de l’Hégire 1222 (1807 de notre Ère) eut pour successeur le Sultan Moustafa-Khan ben Abd-el-Hamid مصطفى بن عبد الحميد connu des Européens sous le nom de Moustafa IV.

 

 

On lit ensuite en quatre lignes le reste de la formule:

 

عز نصره ضرب * في * مصر سنة * ١٢٠٣

 

«  Dieu illustre sa victoire! — Frappé — au Kaire, année 1203. »

 

 

 

L’année 1203 de l’Hégire a commencé le jeudi 2 octobre 1788 de notre Ère; ainsi cette pièce porte la date de l’avènement même du Sultan.

Le Sequin du Caire vaut, en monnaie d’Alger. 72 Mouzounéh, c’est-à dire 3 Ryrâl-Boudjou, ou 9 Pataques-Chiques; sa valeur en monnaie de France est de 5 francs 58 centimes.

Il est à remarquer que, pendant l’expédition d’Égypte, ce Sequin y était tarifé à 180 médins, égalant 6 livres tournois 8 sols 6 deniers et 2 septièmes, ou 6 francs 34 centimes et demi. Ainsi sa valeur actuelle est de 76 centimes et demi au-dessous de l’ancienne il y a quarante ans.

 

 

 

 

 

 

Le Mahbub se divise en deux Nous-Mahboub نص محبوب (demi-sequins), nommés aussi Nousfyeh ; dont voici l’empreinte :

 

 

 

 

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La Face, A,  porte la même inscription que celles du Soultâny et du Zermahboub.

Le Revers, B, présente en 6 lignes la formule suivante:

 

السلطان * عبد الحميد بن أحمد خان

عز نصره ضرب * في * مصر سنة * ١١٨٧

 

« Le Sultan— Abd El Hamid , fils de Ahmed-Khan.—

« Dieu illustre sa victoire! Frappé — au — Caire, l’an — 1187. »

 

 

L’an 1187 de l’Hégire a commencé le jeudi 25 mars 1773 de notre Ère. C’est dans l’avant-dernier mois de cette année que le Sultan Abd-El Hamid-Khân السلطان عبد الحميد خان , e27e sultan ottoman, succéda sur le trône de Constantinople à son frère Moustafa ben Ahmed-Khân مصطفى بن أحمد خان connu des Européens sous le nom de Moustafa II du nom.

 

Le Nouss-Mahboub vaut 36 Mouzounéh, c’est-à-dire 1 Ryal-Boudjou et demi, ou 4 Pataques-Chiques et demie argent d’Alger. Sa valeur en monnaie de France est de 2 francs 79 centimes.

 

 

 

 

 

 

Le Nousfyéh du Caire se partage également lui-même en deux Roubya’h روبعيه (Quarts de Sequin) dont voici l’empreinte :

 

 

 

 

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La Face,A,  ne porte dans son champ entouré d’un cercle ponctué, que le Toghrâ ou chiffre du Sultan Selim, comme la partie supérieure de la Face du Zermahboub.

Le Revers, B,  dans son champ également entouré d’un cercle ponctué, présente la portion inférieure de l’inscription de cette même Face du Zermahboub ; la date des deux pièces est la même.

 

 

Le Quart de Sequin du Caire vaut 18 Mouzounéh, c’est-à-dire trois quarts du Ryâl-Boudjou ou deux Pataques-Chiques et un quart. Sa valeur en monnaie de France est 1 franc 39 centimes et demi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Piastre forte d’Espagne à colonnes a été fixée à 5 francs 40 centimes, et le Quadruple d’or à 80 francs, par le règlement du Ministre des finances en date du 9 avril 1830.

Cette Piastre est appelée à Alger Douro d’Espagne (دورو سبانيولي). On l’appelle aussi Colonnataà cause des colonnes qui flanquent chaque côté de l’écusson que porte son Revers. Les Arabes, prenant ces colonnes pour des canons, ont donné aussi à cette Piastre le nom de Bou-Medfa’ بومدفع (pièce aux canons).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les anciennes Mosquées de Tlemcen

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Restée de 1069 à 1144 sous la domination des Almoravides, Tlemcen continua à se développer avec les Almohades. Vers 1227, un gouverneur, Yarmorasen ben Zian, se déclara indépendant. Tlemcen devint sa capitale et le siège d’une dynastie nouvelle (les Béni-Zians ou Abdelouadites). Les successeurs de Yarmorasen restèrent sur le trône pendant près de trois cents ans, avec une interruption de vingt-cinq ans: l’entracte mérinide au XIVème siècle.

L’histoire de Tlemcen est dominée par une longue lutte contre les bandes arabes venues de l’Ouest et les rois mérinides de Fez. Ceux-ci, en 1299, investissent la ville. Pendant le siège qui dure huit ans, ils bâtissent en banlieue un camp fortifié, avec mosquée et édifices divers, dans une enceinte de remparts mesurant près de 4 kilomètres: c’est Mansoura. Tlemcen, cependant, demeura inviolée. Mais, en 1337, après un nouveau siège de deux ans, elle fut cette fois prise d’assaut par les Mérinides. Ils y restèrent jusqu’en 1359. Cette date marque la restauration des Abdelouadites. Leurs descendants occupent le trône cent quatre vingt-seize ans. En 1555, enfin, les Turcs s’empareront de la vieille cité.

 

Malgré ces luttes continuelles, les Abdelouadites, les premiers surtout, ne cessèrent d’embellir leur capitale. Eux et les Mérinides ont fait de Tlemcen la « perle du Maghreb », le pur diamant de l’art musulman algérien. Du wagon qui roule à travers tant de méandres, on attend avec fièvre Tlemcen. On la désire du cœur et des lèvres. Une dernière courbe: la voici enfin. Elle est toute féminité. Elle s’appuie nonchalamment à l’épaule des collines. Ses hanches frôlent de leurs tendres inflexions la campagne ardente. Et quelle envolée d’inspiration! Les panneaux des monuments grouillent d’arabesques: elles font comme un bruissement de formes agiles dans le silence odorant des mosquées. Ici, la matière docile s’est amoureusement pliée aux fantaisies de l’homme. Art voluptueux. Art mystique. Art de subtilité délirante.

Le paysage est un parterre de souvenirs. Tlemcen n’a point voulu que le passé demeurât inerte. La nature anime les vieilles pierres. A Mansoura, elle leur verse ses ondes frémissantes. Le soleil met aux ruines un sourire. Secouées de frissons dans les pollens de l’aurore, toutes roses de chaudes carnations, elles désertent les temps révolus. Elles s’incorporent au siècle. Et ces mosquées bourdonnent encore de prières. Elles réconcilient le passé et le présent. Elles enlacent le rêve à la vie. L’heure n’a plus un timbre désuet; elle vibre des sonorités de l’actuel. Admirable leçon de Tlemcen : l’art ne doit pas être un cimetière; la fleur n’est rien sans le fruit, la pensée sans l’action n’est qu’une fleur stérile…

Sous les Beni Zians, Tlemcen devint un marché commercial de premier ordre. C’est là qu’aboutissaient pour se croiser les courants d’affaires, allant de l’Occident à l’Orient, et du port voisin d’Honaïn, aujourd’hui ruiné, au Tafilalet et au Soudan. Cette position cardinale, les influx divers qui se mêlèrent à Tlemcen, expliquent bien des affinités artistiques. Mentionnons aussi la présence de chrétiens, esclaves, soldats ou ouvriers et d’andalous qui vinrent d’Espagne, nous confie Ibn-Khaldoun, à la demande d’un abdelouadite. Petit fait, mais considérable. La Tlemcen de l’époque a, avec l’esthétique de Grenade, une étroite amitié.

 

 

 

 

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Le commencement du XIe siècle est une époque de prospérité pour Tlemcen, dont les beaux monuments, surtout les mosquées, sont d’un style remarquable :

 

 

 

 

Mosquée de Sidi-Bel-Hassen

 

 

 

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TLEMCEN – Le Musée – Ancienne Mosquée de Sidi-bel-Hassen

 

 

 

 

Deux inscriptions la situent (696-1296 de J.-C.) et précisent qu’elle fut érigée en mémoire de l’émir Abou-Amer-Ibrahim, fils de Yarmorasen, en exécution sans doute de la volonté testamentaire de ce prince, On ignore encore pourquoi la mosquée, bâtie pour assurer au défunt émir les félicités éternelles, a changé de destinataire au cours des âges. La piété publique l’a vouée au vertueux, au savant Abou­ L’hassen-et-Tenesi.
 

Salle de prières partagée en trois nefs par deux séries de colonnes d’onyx que relient des arcs outrepassés. Autour de la pièce, frise géométrique. Les arcades étaient autrefois décorées; les murs se peuplent encore çà et là de larges arabesques et de losanges lobés contenant des motifs. Le mihrab  sous coupole à stalactites, s’arque en plein cintre outrepassé; le fer à cheval est couronné de trois bordures, la première circulaire, les deux autres rectangulaires, avec arabesques et inscriptions en koufique. Au-dessus trois fenêtres plein cintre, ajourées d’une ténue dentelle de rosaces. Les chapiteaux, trop massifs peut-être pour les fûts, révèlent deux types: une zone inférieure de méandres sous un turban de palmettes entrecroisées – des feuillages pressant un court bandeau; – la facture en est un peu surchargée. Le minaret est illustré d’un réseau d’arcades et de céramique verte, brune et blanche.

 

 

 

 

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Intérieur de la Mosquée de Sidi Bel Hassen

 

 

 

 

La décoration. - Epigraphie d’un Koufique aminci plus élancé que le Koufique almoravide de la grande Mosquée. Il projette ses tiges, les termine en biseaux, en feuilles, en replis angulaires capricieusement noués aux motifs voisins. En même temps, les vides se comblent d’arabesques: c’est comme un lierre qui grimpe aux longues hampes des lettres. Modèle fréquent dans les inscriptions de l’époque. Le cursif, employé au mihrab sur une partie du cadre, emprunte les belles formes, courtes, grasses, mais ingambes, de l’Andalousie.

La géométrie a pris de l’importance. Elle use de l’étoile octogonale, de la rosace à seize pointes, de dodécagones qui se relient, se prolongent, se répètent en un délire linéaire d’une hallucinante obsession. La flore, nettement andalouse, ne garde plus qu’une lointaine affinité byzantine. Elle jaillit avec une luxuriance de forêt vierge. La broussaille ornementale répète à l’infini un système de palmes, trèfle trilobé et acanthe. L’ensemble est saisissant: c’est un feu d’artifice d’arabesques qui éclatent et couvrent les panneaux de leurs gerbes étincelantes.
 

 

De tous les monuments de Tlemcen, la Mosquée de Sidi-Bel-Hassen est celle qui se rapproche le plus des chefs-d’œuvre espagnols. Avec son mihrab, véritable joyau d’une ciselure infinie, elle est un fleuron splendide de l’art musulman. Elle porte, disent MM. W. et G. Marçais, la trace d’une culture artistique qui ne sera guère dépassée.

 

 

 

 

 

 

 

La mosquée des Oulad-El-Imam

 

 

Cette petite mosquée où Bargès ne trouve « rien de remarquable sous le rapport de l’art » mérite cependant d’être mentionnée. Elle a, sans doute, été assez maladroitement réparée, mais ses beaux spécimens de l’art hispano-moresque attirent encore le dilettante.

 

 

 

 

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La mosquée des Ouled-El-Imam

 
 

 

 

Elle fut fondée en 710 (1310 de J.-C.) par ordre d’Abou Hammou Ier, avec une médersa (El-Médersa El Qadima) et des annexes aujourd’hui disparues. L’ensemble était destiné à deux frères Abou Zeid Abderrahmane et Abou Moussa, savants réputés que le roi voulait retenir à Tlemcen. Ils étaient fils d’un iman de Ténès. De là, l’appellation de l’oratoire. En 1859, date où Bargès l’étudia, il était déjà abandonné. « Il ne sert plus au culte, à cause de la « solitude du lieu où il se trouve… ».
 

Dans les deux travées et les trois nefs de la salle de prières. Rien n’a survécu de l’ancienne ornementation. Le cadre du mihrab conserve les vestiges d’une décoration sur plâtre à maille délicate et légère. La niche se creuse sous une coupole à stalactites que dominent trois petites fenêtres en plein cintre. L’écriture koufique, les palmettes, les courts rinceaux, sont de la même frappe qu’à Sidi-Bel-Hassen.
Le minaret, de 17 mètres, développe sur les quatre faces, comme à Sidi-Bel-Hassen encore, des damiers losangés, des céramiques vertes, blanches et brunes. Dans le sens vertical, deux panneaux, l’un avec arc festonné, le second à deux arcades lobées et jumelées.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mosquée de Mechouar

 

 

 

 

 

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© said bali via Panoramio

 

 

 

Le Mechouar est l’ancien palais-forteresse des rois de Tlemcen. Il dut être superbement aménagé. Mohammed Et-Tenesi parle de ses « édifices splendides, de pavillons « très élevés, de jardins ornés de berceaux de verdure » … Au XVIème siècle, Léon l’Africain évoque la « magnifique « architecture des bâtiments ». Bargès décrit une horloge que les rois de Tlemcen conservaient jalousement. Le passage mérite d’être cité :

« Elle était ornée de figures d’argent d’un travail ingénieux et d’une structure solide. Sur le plan supérieur de l’appareil s’élevait un buisson sur lequel était perché un oiseau avec ses deux petits sous les ailes. Un serpent, sortant de son repaire situé au pied de l’arbuste, grimpait doucement et sans bruit vers les deux petits qu’il guettait et qu’il voulait surprendre. Sur la partie antérieure il y avait dix portes, c’est-à-dire autant que l’on comptait d’heures dans la nuit, et à toutes les heures une de ces portes tremblait et faisait entendre un frémissement. Aux deux coins de l’appareil et de chaque côté était une porte ouverte, plus longue et plus large que les autres. Au-dessus de toutes ces portes et près de la corniche, l’on voyait le globe de la lune qui tournait dans un grand cercle et marquait par son mouvement la marche naturelle que ce satellite suivait dans la sphère céleste pendant cette nuit. Au commencement de chaque heure,… »

« …..au moment où la porte qui la représentait frémissait, deux aigles sortaient du fond des deux grandes portes et venant s’abattre sur un bassin de cuivre, ils laissaient tomber dans ce bassin un poids également de cuivre qu’ils tenaient dans leur bouche; ce poids entrait par un trou qui était pratiqué dans le milieu du bassin et arrivait ainsi dans l’intérieur de l’horloge. Alors le serpent a qui était parvenu au haut du buisson, poussait un sifflement et mordait l’un des petits oiseaux que son père cherchait en vain a défendre par ses cris redoublés. Dans ce moment, la porte qui marquait l’heure présente s’ouvrait toute seule, et il paraissait une jeune esclave ornée d’une ceinture et douée d’une rare beauté. De la main droite elle présentait un cahier ouvert où le nom de l’heure se lisait dans une petite pièce écrite en vers; la main gauche, elle la tenait placée sur sa bouche comme pour saluer le souverain qui présidait la réunion et le reconnaître par ce geste en qualité de khalife. »

 

 

Tout cela avait disparu avant 1830 . En 1836, quand elles pénétrèrent dans le Mechouar, les troupes françaises n’y trouvèrent que des ruines – seule subsistait la Mosquée.
Elle est contemporaine de l’oratoire des Ouled-El-Imam. Mais la salle de prières a été remaniée à diverses reprises, parles Turcs notamment, qui en modifièrent le plan et détruisirent la décoration intérieure. Elle n’a plus guère aujourd’hui de cadence artistique.

Il en est de même du minaret. Cependant il a gardé, surtout sur la façade Sud, des survivances de beauté. Il se rapproche sensiblement de celui des Oulad-El-Imam. On voit, dans un cadre de faïence vernissée, une épigraphie un peu déclamatoire et décadente: « O ma Confiance, O mon Espérance, c’est Toi l’Espoir, c’est Toi le Protecteur, scelle mes actions pour le Bien ».

 

 

 

 

 

 

 

 

La mosquée de Mansoura

 

 

 Mansoura est le camp fortifié devenu une véritable ville, que les rois mérinides construisirent pendant le siège de Tlemcen. Les ruines en ont été exploitées, notamment par les Abdelouadites. Ils y trouvèrent dalles, chapiteaux d’onyx, marbres, colonnes, ultérieurement utilisés pour l’ornementation des monuments tlemcéniens.

 

 

 

 

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On a pu, à la suite : de fouilles, reconstituer le plan de la Mosquée, édifiée en 1303 ou en 1336. Elle occupait un rectangle de 85 x 60 mètres. La cour, de 30 mètres de côté, de forme carrée, entourée sur les flancs gauche et droit de trois nefs parallèles, précédait la salle de prières, longue elle aussi de 30 mètres et divisée en 13 nefs par des colonnes d’onyx. Le mihrab était flanqué de deux portes latérales donnant sur la salle des morts. Suivant Bargès, six fenêtres l’éclairaient encore en 1839. 13 portes, dont la principale sous le minaret, ouvraient l’accès de la mosquée. Bargès parle de « quatre portes ornées de sculptures ». Seule, celle du minaret a été conservée.
 

Le minaret dont une moitié subsiste, fut consolidé en 1877-1878. Haut de 40 mètres, il est, écrit M. G. Marçais, un des plus fiers monuments que nous ait laissé l’art musulman occidental. Sa construction a donné lieu à une légende d’un savoureux accent algérien. La voici (Ici)

 

En bas, la porte monumentale, l’entrée principale à la fois du Minaret et de la Mosquée, encadrée dans un rectangle large de 8 mètres qui porte, sur une bordure, gravée en style andalou, la dédicace du monument. Ce rectangle enchâsse lui-même trois arcs plein cintre, le premier festonné, le second lobé, le troisième sans dentelures. L’étage de dessus prolonge sur le portail, en guise d’auvent, un balcon ruisselant de stalactites. Les autres façades du minaret ouvraient, à la hauteur du balcon, des fenêtres cernées d’arcades. Plus haut, un large panneau réticulé, comme emprisonné d’une cotte de mailles en losanges, avec des miroitements de céramique verte, brune et bleue. A l’étage supérieur, fausses galeries d’arcs brisés tendus sur de fines colonnes. Il ne reste rien du sommet de la tour qui, suivant la légende, portait des globes d’or. La décoration rappelle la Giralda de Séville, la Kou­toubia de Merrakech, la Tour de Hassan à Rabat, la Puerta del Vino à Grenade.
Oui c’est, bien ici l’un des plus fiers élans de l’art maghrébin. Mais la note esthétique, cependant vibrante, pâlit dans l’ensemble: le minaret efface tout. Il monte vers le ciel- comme un sanglot déchiré. Il crie, dans cette Mansoura si vivante, le désespoir mystique que l’époque n’entend plus. Ardentes oraisons, syllogismes compliqués et gauches, affirmation de l’Unité divine, voilà ce qu’il symbolise. Notre Occident, certains de nos élèves musulmans, veulent d’autres métaphysiques. Nous cherchons, dans des systèmes moins rigides, des règles de vie- Le minaret de Mansoura n’est qu’un Dogme, glorieux, magnifique, mais isolé : la moitié en a déjà croulé.

 

 

 

 

 

La Qoubba de Sidi Boumédien et la Mosquée d’El-Eubbad

 

 

Petit village arabe à environ 2 kilomètres au Sud-est de Tlemcen, « El-Eubbad » est le pluriel de « Abed », pieux. Les Européens appellaient l’agglomération: Sidi­ Boumédine. « El-Eubbad » est plus doux. Le mot sur les lèvres a une saveur de miel. Et voyez! La colline vibre du zig-zag doré des abeilles…

 

Sidi-Boumédien, l’une des figures les plus saillantes de l’hagiographie maghrébine, naquit à Séville, vers 1126. Il fit ses études à Fez, puis à la Mecque. Il embrassa le soufisme: manière de quiétisme ascétique, à fond de panthéisme inavoué, où se mêlent des réminiscences alexandrines et hindoues. Les miracles de Sidi-Boumédien sont célèbres: d’un regard il domptait les lions; sa pensée arrêtait un bateau chargé d’esclaves qu’il voulait délivrer; il rendait ses disciples invulnérables au feu. Sa renommée s’étendit dans l’Islam tout entier. Quittant Bougie où il avait enseigné, il allait à Merrakech, quand arrivé à quelque distance de Tlemcen, il s’écria, désignant la colline d’El-Eubbad : « Quel lieu admirable pour dormir le dernier sommeil ! » Il mourut le jour même et fut enseveli à El-Eubbad (1197), sous la qoubba ou il repose encore. Son tombeau, devenu lieu de pèlerinage, a été magnifié par les poètes arabes. « Si nos corps sont loin de l’endroit où tu reposes; nos cœurs ne soupirent pas moins après le moment où il nous sera permis de te revoir. Tu as couru dans la lice de la vie et tes pas ne t’ont pas trahi car ils ont glorieusement atteint le but; tu reçois maintenant le prix de ta course…»
 

Un autre termine ainsi son poème: « Que la bénédiction de Dieu repose sur notre puissant intercesseur Sidi­ Boumédien), et cela, tant que les oiseaux feront entendre dans le ciel leur langage harmonieux. »

 

 

 

 

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La Qoubba. La Qoubba ou dort Sidi-Boumédien remonte aux dernières années du XIIème siècle. L’édifice fut remanié plusieurs fois, lors de la fondation de la Mosquée voisine, à l’époque turque et en 1793 après un incendie. C’est le type classique uniformément usité en Berbérie : cube couvert d’une coupole. Sur les quatre murs intérieurs; défoncements à arc outrepassé, et dans la partie supérieure de l’arcade, une fenêtre qu’ajoure un treillis en plâtre.
La décoration, de date récente, serait l’œuvre d’un artiste turc. « Les parois, de la base au faîte, écrivait Brosselard en 1859, sont entièrement refouillées. C’est une étonnante profusion d’arabesques du style le plus pur le plus correct, le plus gracieux. »


 

 

 

 

La mosquée de Sidi-Boumedien

 

 

 

 

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Annexe de la Qoubba construite en 1339.
Le porche est prestigieux. Une grande arcade outrepassée, dépassant 7 mètres, large de 3, encadre la porté. Dans le rectangle qui la chevauche, s’entrelacent des arabesques en faïences blanches, brunes, vertes et jaunes, combinaisons diaprées de palmettes doublés symétriquement affrontées. Au-dessus, une bande de mosaïques déroule une inscription dédicatoire à hampes élancées: « Louange au Dieu unique ! L’érection de cette mosquée bénie a été ordonnée par notre maître, le Sultan serviteur de Dieu, Ali fils de notre seigneur le Sultan Abou Saïd Otman, fils de ……. etc… que Dieu le fortifie et lui accorde son secours – en l’année 739 (1339) », Dominant le ruban épigraphique, une frise de 5 rosaces dont le centre est une étoile octogonale et qui se joignent les unes aux autres, au moyen de chevrons disposés sur quatre bandes verticales. Un auvent à consoles géminées fait saillie sur l’ensemble. A environ 2 mètres du sol, les faces intérieures du porche sont sillonnées d’arabesques et d’inscriptions.

 

 

 

 

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Une lourde porte en cèdre, à deux battants, revêtue de lames de bronze, sépare le vestibule de l’oratoire. Les thèmes décoratifs en sont les suivants: (a) – un polygone à 16 sommets d’où rayonne une grande rosace rectiligne. Également à 16 sommets; (b) — entre ce groupe géométrique et sa reproduction voisine dans le sens vertical, une petite rosace octogonale; (c) – des remplissages curvilignes et floraux; (d) – de gros clous en dômes cannelés; (e) -­enfin un heurtoir de bronze, de forme à peu près circulaire avec, à l’intérieur, une rosace à huit pointes sertie de palmes trilobées.

 

 

 

 

 

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Cette belle porte a sa légende. Un captif espagnol détenu à Tlemcen obtint sa libération contre la promesse d’envoyer une porte à la mosquée de Sidi-Boumédien. 

Le prisonnier, revenu en Andalousie, confia les deux lourds battants à la Méditerranée. Docilement, la mer latine les déposa sur la colline d’El-Eubbad. Ce miracle géographique a peut-être sa signification. Suivant MM. W. et G. Marçais, il révèle l’origine espagnole des vantaux d’ailleurs en partie confirmée par certaines analogies. Souvenez-vous du rameau de Salzbourg cher à Stendhal : une source le vêt de diamants calcaires. Brisez les cristallisations de la légende: le petit fait historique qu’avait enrichi l’imagination du peuple apparaît aussitôt dans sa sécheresse dépouillée.

 

La cour de la Mosquée (10m x 11) est entourée sur trois côtés de galeries: arcades en fer à cheval plein cintre. Le quatrième côté, au sud, s’ouvre sur la salle de prières large de 19 mètres et longue de 15. Cinq nefs supportées par seize colonnes quadrangulaires, la nef médiane large de 3m50, alors que les autres ont seulement 3m10. Des arcs outrepassés relient les colonnes.
 
 

Le mihrab ressemble beaucoup à celui de Sidi-Bel-Hassen : arcature en fer à cheval, cintre à claveaux, cadre sculpté d’inscriptions koufiques, etc. Les deux colonnes d’onyx qui le supportent sont coiffées de chapiteaux qui réalisent un grand progrès pour l’époque: meilleure coordination des éléments (tailloir bien lié au reste, fût se fondant plus harmonieusement dans le chapiteau), accentuation des reliefs, chaleur de l’invention ornementale toute en méandres, volutes d’angles, festons floraux, entrelacs géométriques.
 Le chapiteau de chacune des deux colonnes d’onyx étale une inscription glorifiant le Sultan Abou-L’hassen qui les fit exécuter. L’une d’elles porte: « Ce qu’il a ambitionné, c’est de se rendre agréable au Dieu tout-puissant et il espère en sa récompense magnifique. Que Dieu, à cause de cette œuvre, daigne lui réserver ses grâces les plus efficaces et lui donne la place la plus haute. »
   

Le minaret, d’un galbe élégant, est remarquable à deux points de vue: la délicatesse linéaire des réseaux qui garnissent les façades (arcade festonnée continuée par une série d’arcs brisés, composant des octogones curvilignes allongés et déformés) — parfois, palme trilobée; en outre, surtout au sommet, l’éclat de l’incrustation céramique, dans une frise en mosaïque toute scintillante de belles étoiles à vingt-quatre pointes. Sur la face ouest, traces d’ornements peints en brun rouge.

Le décor de la salle de prières est géométrique, floral et épigraphique.
Géométrique : peu important, sauf sur le minaret.
Floral: les types foliacés se simplifient encore alors que la tige croît et meuble les vides. Mais le tout est traité avec une virtuosité, une science des rythmes décoratifs, un sens de l’orchestration sculpturale qui confondent et éblouissent. Nous sommes en pleine maturité de l’arabesque, minée, lisse sans doute, mais d’un envol extraordinaire. Elle s’enroule, se déroule, s’élance, se tord à nouveau, enlace les panneaux, dans un mouvement de ferveur incomparable.
Épigraphie: très développée sur le décor de plâtre. Beaux spécimens de cursif andalou. Du koufique fleuri, enguirlandé d’arabesques et dont les hautes lettres, les alif, les lam, les kaf partent comme de longues fusées verticales qui éclatent en pluies de fleurons et d’étoiles, C’est « l’âge d’or » de cette écriture hiératique qui, à partir du XVème siècle, entrera en décadence.

A signaler, à titre tout à fait exceptionnel dans la décoration épigraphique maghrébine, un exemple de koufique quadrangulaire : les lettres allongées en rectangles s’assemblent en un carré que l’on prendrait pour un simple motif géométrique.

 

 

 

 

 

La médersa d’El-Eubbad

 

 

La Médersa est, en pays d’Islam, une école de théologie, de droit coranique, de jurisprudence. C’est ici que l’on étudie la philosophie et la science musulmane. Renan a raillé avec beaucoup de douceur la métaphysique arabe. Est-elle vraiment si méprisable ? Disons que nous avons perdu le sens théologique. L’Islam a eu ses grands docteurs, subtils et embrouillés comme les nôtres. Son Ghazali, entre autres, reste considérable. Il fut le plus beau drame intellectuel de son temps. Figure grave, douloureuse, nostalgique où l’âpre renoncement pascalien se tempère déjà des mélancolies d’un Jouffroy…

 

 

 

 

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La Médersa d’El-Eubbad, terminée en 747 (1347 de J.-C.), est, comme la Mosquée, un hommage à la mémoire de Sidi­ Boumedien. Portail en arc outrepassé inscrit dans deux rectangles de mosaïque et de losanges festonnés. Un auvent protège le porche. Cour à galeries: celles de droite et de gauche sont flanquées chacune de six chambres d’étudiants; quatre autres chambres à l’est. Ces cellules ont 2m85 sur 2m.

 

 

 

 

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Un premier étage répète cette disposition. La salle de prières, qui servait également pour le cours des professeurs, était couverte d’une coupole en bois, restaurée à l’époque turque. L’ornementation, dont il ne reste que quelques fragments, s’apparentait à celle de la mosquée voisine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mosquée de Sidi-Lhaloui

 

 

 

Un cadi andalou quitte soudain sa ville natale. Est-il écœuré de l’argutie juridique ? Veut-il échapper à la mollesse sévillane ? Fuit-il le désenchantement d’un grand amour brisé ? Peu importe. Le voici à Tlemcen. Son mysticisme cocasse séduit la plèbe. En ratiocinant sur l’éternel, pour vivre, il vend des gâteaux. A ce commerce, il gagne un surnom: El-Haloui. Hélas! Que ne reste-t-il dans le beignet frit à l’huile!
Mais l’ambition est le démon des saints. Elle l’attire à la cour. Il y perd sa tête, non par métaphore, mais sur le billot. Au delà des remparts, on jette aux chiens son cadavre. Miracle ! Quand à la chute du jour, le veilleur de nuit clame qu’il va fermer la porte Bab-Ali, il entend la voix du pauvre Sidi Lhaloui « Gardien, gardien, ferme ta porte! Il n’y a plus personne dehors, personne, sauf Sidi-Lhaloui, Sidi Lhaloui l’opprimé ! »

Grand émoi dans la ville. Ces bons Tlemcéniens s’émeuvent. Ils donnent enfin une sépulture à Sidi Lhaloui.

 

Le cadi marchand de gâteaux, l’ascète à la pacotille de bouche, dont la voix lamentable emplissait les soirs bleus de Tlemcen, repose encore dans un modeste mausolée, près de la mosquée qui porte son nom. Suivant une inscription du portail d’entrée, elle fut bâtie en 754 (1353) sur l’ordre du sultan Méridine Abou-Inan-Farès. L’arcade portale ouvre un cintre outrepassé qu’entouraient des céramiques. On voit encore le second cadre, bandeau rectangulaire avec entrelacs, rosaces de faïence, riantes couleurs bleues, vertes, jaunes, brunes et blanches. Au-dessus, l’inscription dédicatoire à Abou-Inan. Sur la frise, quatre rosaces octogonales. L’auvent est porté par treize consoles appuyées sur une bande de bois à épigraphie koufique : « La prospérité durable, la bénédiction parfaite et la félicité ».
 

La cour intérieure a 10m10 x 10m60. Bordure d’arcades. La salle de prières, 13m68 x 17m50, comporte 5 nefs de 3m de large, celle du milieu de 3m35. Les arceaux des travées, en fer à cheval, reposent sur des colonnes d’onyx hautes de 2 mètres. Les chapiteaux d’un très bel effet, ressemblent à ceux des ruines de Mansoura. Deux colonnes de la salle de prières, prés de l’entrée, offrent une inscription commémorative et l’une d’entre elles un cadran solaire. Un cadran solaire à une place abritée du soleil ? Cette anomalie, l’étroite parenté des chapiteaux et de ceux de Mansoura, sont révélatrices : on estime depuis Brosselard, que les colonnes, d’abord destinées à la ville des assiégeants, furent ensuite employées à la Mosquée de Sidi-Lhaloui.

 

 

 

 

 

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Le mihrab, entre deux fûts d’onyx, dans un cadre dont le décor a disparu, s’abrite sous une coupole à stalactites. Sur les chapiteaux de ses deux colonnes d’ouverture, des inscriptions psalmodient: « Mosquée du tombeau du cheikh aimé de Dieu, l’élu de sa grâce El-Lhaloui, que sa miséricorde divine soit avec lui! L’ordre d’édifier cette mosquée bénie est émané du serviteur de Dieu, celui qui met sa confiance dans le Très Haut, Farès, prince des Croyants.»

 

Le minaret, campé à droite de la façade nord, a un visible cousinage avec celui de Sidi-Boumédien. On y remarque des défoncements, cerclés d’arcades découpées, avec écoinçons géométriques. Au-dessus, comme une toile d’araignée, un grand réseau à lambrequins et à fleurons.
 

Le décor des plafonds, en bois ouvragé, rappelle ceux de la Médersa Bouanania, élevée à Fez sensiblement à la même époque, et du « Tailler del Moro » de Tolède. Ils dessinent, de leurs entrelacs géométriques très régulièrement disposés, rosaces, octogones, losanges et carrés. Nous sommes, en effet, à l’ère où l’ébénisterie hispano-moresque amenuise et découpe le bois pour lui faire rendre sa pleine tonalité d’art. Les lattes assemblées encadrent généralement des polygones traités à la peinture. La frise est une planche sculptée de koufique voisinant avec des arabesques.
N’oublions pas les consoles de l’auvent, sur le portail, avec leurs panneaux latéraux supérieurs à entrelacs et à palmettes.

 

 

 

 

 

 

 

Mosquée et Qoubba de Sidi-Brahim

 

 

 

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Fondée vers 1363 par Abou-Hamou II, avec une médersa aujourd’hui disparue. Elle fut surtout importante au temps des Turcs qui la firent réparer et embellir plusieurs fois, notamment vers 1830. Ils l’avaient réservée aux Kouloughlis. Le plan est celui des mosquées Mérinides. Une arcature avec auvent borde la cour intérieure. La salle de prières, 19m x 15, a cinq nefs délimitées par des piliers supportant des arcs brisés. Mihrab, enfoncé dans un cadre faïencé et fleuri où s’aiguise le croissant turc.
 

Le minaret engoncé, lourdaud, est revêtu, d’abord d’arcatures lobées, puis d’un ruban de faïences en damier blanches, brunes, vertes et jaunes; des réseaux à lambrequins viennent ensuite et, enfin, au dernier étage, un panneau d’arcades sur fond de petits carreaux.
En même temps que la Mosquée et la Médersa, Abou Hamou II fit élever un mausolée (Qoubba) pour servir de sépulcre à son père et à ses oncles. Sidi-Brahim El Masmoudi, mort en 1401, y fut également inhumé. Encore un saint homme, plein de piété et de science, prompt aux miracles et que la ferveur populaire n’a pas abandonné, D’abord une cour carrée de 6 mètres environ avec galeries circulaires en arc à fer à-cheval brisé. Les colonnes d’onyx proviennent sans doute des ruines de Mansoura. La qoubba est, comme toujours, sur plan carré avec coupole à huit pans. Aux quatre murs de la chambre sépulcrale, arcature’ en fer à cheval légèrement déformé au sommet. Sur les panneaux intercalaires, polygones étoilés sertissant des inscriptions. Soubassements de céramique. Décor de plâtre sculpté, avivé de peinture.

 

Le décor floral se réduit à la palmette ordinaire, de moins en moins végétale et évoluant sans cesse vers la stylisation. Le koufique tend à disparaître et cède la place au cursif. Par contre, la géométrie joue un rôle très accentué. Elle forme l’élément principal de l’ornementation des grandes surfaces, symptôme très rare dans les belles époques et qui accuse une incontestable décadence. Le thème polygonal, toutefois, est nouveau à Tlemcen, bien qu’il soit représenté à Grenade: une étoile à douze pointes inscrite dans un grand triangle et centrée d’un fleuron.
En résumé, bien que l’on y trouve encore des parties remarquablement exécutées, la Mosquée et la qoubba de Sidi-Brahim révèlent un style déjà anémique, des gaucheries de dessin, une adresse artificielle qui n’arrive pas toujours à masquer, sous la redondance et l’emphase du détail, la débilité de l’inspiration créatrice.

 

 

 

 

 

 

 

Le minaret d’Agadir

 

 

 

 

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Agadir est l’ancien Tlemcen. Idriss Ier et son fils le pourvurent, au IIème siècle (vite de J.-C.), d’une belle mosquée qui fut ornée d’une chaire. Il ne reste rien de la Mosquée. Çà et là quelques débris de remparts où M. Alfred Bel a retrouvé l’emplacement d’ateliers de potiers et de céramistes (Xème siècle de notre ère). Seul, le minaret quadrangulaire dont Yarmorasen dota la mosquée, vers 1280, se silhouette encore: grande pensée solitaire, agonisante, qui, pierre à pierre, tombe dans l’oubli.

Le soubassement qui atteint 6 mètres est formé de pierres de taille provenant de ruines romaines. Le reste du monument est en briques. Le décor ne commence qu’au tiers de la hauteur totale. C’est d’abord un cadre rectangulaire avec arcade festonnée ou deux arcs découpés de lobes; au-dessus grands réseaux à losanges reposant sur deux arcades lobées. Entre chaque maille, un fleuron incrusté d’émail vert. A la galerie supérieure, cinq arcades lobées.

Les pierres de taille du soubassement portent des inscriptions romaines dont Bargès a donné la traduction. Le savant abbé ajoute avec une bonhomie savoureuse qui dédaigne l’anachronisme :
« Nous ferons remarquer en passant que l’architecte musulman qui a présidé à la construction du minaret, a fait preuve d’intelligence en plaçant dans le mur les inscriptions latines, de manière à pouvoir être lues, car il aurait pu cacher dans la partie intérieure du mur le côté de ces pierres sur lequel ont été gravés les caractères; et la science historique eût été peut-être à jamais privée des données utiles fournies par la lecture de ces antiques monuments ».

 

 

 

 

 

La grande mosquée de Tlemcen

 

 

 

 

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Les Almoravides posèrent la première pierre; cela résulte d’une inscription sur la coupole du mihrab. « Que Dieu bénisse Mohammed, sa famille et lui donne le salut! L’ordre d’exécuter cet ouvrage est émané de l’Émir très illustre… ». Le nom qui manque fut plus tard effacé, biffé d’un trait rageur, peut-être par un puritain almohade haineux du dithyrambe épigraphique. Mais la date de la construction subsiste: 530 ou l135 de J.-C.

 

Yarmorasen, fondateur de la dynastie royale de Tlemcen, fit vers 1280, bâtir le minaret. Depuis, de nombreuses corrections, au XIVème siècle notamment, modifièrent l’ensemble.
Et c’est l’une des originalités du sanctuaire : les autres mosquées de Tlemcen sont chacune l’œuvre d’une seule époque, d’un seul prince. Elles portent comme un sceau d’origine.
 

Dimensions : 60m x 50. Cour carrée de 20 mètres de côté. Dans la salle de prières, 13 nefs de 3m20 parallèles au grand axe, perpendiculaires au mur du mihrab. Celle du milieu a 4m60. Forêt de 72 colonnes: comme à la grande Mosquée algéroise, leur forme est rectangulaire ou cruciale. Toutes sont en maçonnerie, sauf dans la nef centrale où jaillissent, d’un élan spontané, deux beaux fûts de pierre. Trois types d’arc: le plein cintre outrepassé, le brisé outrepassé, le lobé.
 

Le mihrab rappelle celui de Cordoue. Sa coupole est intaillée de cannelures oblongues. Décor en plâtre, avec feuilles d’acanthe et motifs épigraphiques.

 

 

 

 

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© Happy Boy via Panoramio

Mihrab de la grande mosquée de Tlemcen : La zone du mihrâb est magnifiée par une nef plus large ponctuée de deux magnifiques coupoles, héritières des coupoles de la Grande Mosquée de Cordoue, de Kairouan en Tunisie et d’al-Azhar au Caire.

 

 

 

 

Chapiteaux. – Les premiers décorateurs musulmans ont emprunté leurs chapiteaux aux ruines antiques. C’est pourquoi, vers les débuts, dominent le corinthien et le composite déliquescent. Plus tard, le réservoir classique épuisé, il fallut bien inventer. On reproduisit d’abord la superposition d’acanthes corinthiennes; peu à peu, elles se réduisirent à une seule rangée; l’ancien feuillage se cristallisa en un méandre continu incurvé au sommet. Deux chapiteaux de la grande Mosquée ont encore l’acanthe disposée en étages, mais sans nervures ni découpures profondes. L’acanthe tlemcénienne de l’époque est un moment de l’évolution qui, partie des modèles corinthiens, a fondu le dessin primitif pour aboutir à la formule du XIVème siècle.

Autre innovation, déjà virtuelle, vu, à la Qala des Beni-Hammad : la stalactite ainsi nommée parce qu’elle ressemble aux concrétions calcaires des grottes. A la grande mosquée de Tlemcen, les angles de la coupole – avant du mihrab – s’en revêtent; mais c’est encore un tâtonnement, une gauche réplique de Cordoue.

 

L’élément floral et géométrique – En thèse générale, il faut toujours, dans la décoration végétale, distinguer la tige de la palmette. La tige peut, à elle seule, si elle sait s’épandre, masquer la nudité des surfaces. La feuille a un double rôle; elle aussi remplit les vides des panneaux et elle habille de frondaisons les rinceaux trop grêles. L’art musulman occidental demandera à la tige un immense effort; il l’étirera et l’assouplira, la courbera en de savantes involutions. Par contre, il va réduire de plus en plus la palmette. La voici qui perd sa riche variété. Elle se recroqueville comme une feuille que flétrit l’automne. Tige et feuille s’écartent sans cesse de la nature pour aboutir à un dessin intellectualiste, stylisé, qui dédaigne l’observation.

 

La flore tient une place considérable à la grande Mosquée de Tlemcen. Elle est d’une verve fougueuse et drue. Elle va cependant point les foisonnements de Cordoue dont elle s’inspire visiblement. Son alphabet se réduit, en somme, à une lettre: l’acanthe simplifiée, souvent présentée de profil et tendant déjà à s’ossifier dans la sèche abstraction d’un triangle. La nervure est encore gonflée de vie; elle va se faire plus molle; la palme devient lisse et s’affranchit du détail patient qui pourtant l’individualise, pour devenir une vague généralité. Ainsi elle traduira plus tard le mouvement unitaire de l’esprit almohade. Quant à la tige, elle n’a plus cette rainure médiane, héritée des techniques byzantino chrétiennes, que l’on pouvait encore voir au minbar d’Alger.

 

L’élément géométrique est hésitant. A Tlemcen, comme partout ailleurs, en débutant dans la carrière décorative, il s’exerce d’abord timidement aux grilles, aux panneaux ajourés, aux claustras. Puis, il s’enhardit: des étoiles à huit pointes rayonnent déjà sur l’encadrement du Mihrab : ailleurs, polygones curvilignes à six pointes.

 

Enfin, le minaret quadrangulaire de 35 mètres, qui domine Tlemcen : vieux pasteur, troupeau moutonnant et serré de maisons…

 

 

La grande Mosquée de Tlemcen est peut-être un recul sur l’art espagnol contemporain. Elle constitue, pour l’Algérie, un immense progrès. Par les innovations et l’audace de son décor, le lyrisme de ses arabesques, par ses coupoles, ses stalactites, ses essais de géométrie élégante, elle garde dans l’anthologie des œuvres almoravides une valeur de premier plan.
En somme, l’art almoravide algérien élargit l’utilisation des systèmes d’arcs. Il prépare un chapiteau dont les hérédités corinthiennes s’allègent. Ses ébauches de stalactites et de géométrie ornementale, la générosité de son décor floral, lui donnent une haute valeur d’initiative. Il se, relie étroitement à l’Espagne voisine. L’objection d’influences orientales directes, tirée d’éléments d’apparence asiatique est loin d’être décisive. Au surplus, on n’irrite que ce que l’on crée. Seule est admirée l’œuvre qui, du dehors, vient se superposer au dessin intérieur de la mémoire. Reproduire une sculpture, un tableau, c’est les tirer de l’inconscient. « On n’assimile bien que ce que l’on a soi-même presque inventé ».

 

 

 

 

 

 

Prière du vendredi dans la Grande Mosquée de Tlemcen, début du 20ème siècle.

 

 

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Autres mosquées

 

 

 

 

Mosquée de Sidi-Senoussi. Seules caractéristiques d’une part, la salle de prières au premier étage; d’autre part, le minaret bien pris et svelte, avec ses trois étages d’arcatures; sur une face  » quelques plaques de faïence stannifère à décor bleu et jaune incrustées dans l’un des cadres d’arcade, seul exemple de ce genre que nous ayons observé comme décor extérieur du minaret tlemcénien  » (W. et G. Marçais).

 

 

 

 

 

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Mosquée de Sidi-Lhassen.- Élevée en 1453, en l’honneur du savant Sidi-Lhassen ben Makhloouf erRachidi. Elle est aujourd’hui à demi ruinée. Le minaret tresse de longs réseaux de mailles, sur colonnettes à chapiteaux. A la galerie supérieure, belles arcades dentelées. Décorations de faïences vertes et jaunes.
 

 

 

 

 

A la Mosquée Bab-Zir, chapiteau ancien qui évoque ceux des vieux oratoires de Cordoue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Qoubbas

 

 

La Qoubba de l’Afrique mineure est, dans l’immense majorité des cas, une pièce cubique surmontée d’un dôme. Tantôt l’un des murs, tantôt les quatre sont évidés. L’ingéniosité de la science nord-africaine explique la forme spéciale de la coupole par la rareté du bois. Comment, sans une forêt voisine, soutenir la terrasse et le toit? M. Ricard cite l’exemple d’El-Oued:  » Cette agglomération apparaît, en effet, comme une immense taupinière établie dans une région où les dunes règnent à cent kilomètres à la ronde. La seule végétation arbustive réside dans le palmier, arbre infiniment précieux, que l’on protège sans cesse contre l’envahissement des sables et dont on a prolongé la vie par tous les moyens pour en récolter les fruits. On n’y dispose donc pas de bois. Ce pays, heureusement, est riche en gypse d’où l’on extrait un excellent plâtre, suprême ressource pour la construction. « 

 

Ce type de mausolée, très fréquent en Berbérie, abrite la tombe d’un personnage vénéré ou d’un inconnu dont l’anonymat enchante la masse. C’est là que brûlent les bougies expiatoires. Ici, le voleur qui, en pays arabe, porte toujours d’audacieuses moustaches, jure sous l’œil sévère des plaignants, qu’il n’a pris ni la femme, ni la chèvre du voisin. Ce serment laisse sceptique le vieux mari soucieux lui-même, dans sa lointaine jeunesse, ne vint-il pas ici bien des fois, après des nuits de belle aventure, témoigner de la pureté de ses mœurs ? Mais le bon marabout est indulgent. Il absout tout le monde et son descendant fait la quête. Autour du mausolée, au printemps et à l’automne, auront lieu les zerdas et les ouadas, sortes de foires religieuses où les anciens rites agraires se fondent dans les pratiques de l’Islam berbère.

 

Aux environs de Tlemcen, cent notes blanches éclatent dans la verdure. On dirait un chapelet d’onyx dont le fil s’est rompu. Ce sont les qoubbas. Leur gaîté vive détend la solennité des oliviers séculaires. Aucun aspect funèbre. L’Islam a conservé à la mort une noblesse apaisée, résignée, souriante que nos civilisations occidentales ne comprennent plus. Le fameux fatalisme de l’Orient, dont on n’a guère saisi le tonus psychologique, s’éclaire et s’humanise à la douce blancheur de ces coupoles.

 

 

 

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 koubba de Sidi Yacoub

 

 

 

Citons les qoubbas de Sidi Yakoub, de Sidi Ouahab, de Sidi Senoussi, d’Aïn-el-Hout, dont on trouvera dans le beau livre de M. M. Marçais, de précieuses monographies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Monnaies de la régence d’Alger (4ème partie)

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IV/ MONNAIES D’OR

 

 

 

 

 

1°« La pièce d’or ou Sequin d’Alger est nommée en arabe Soultâny سلطاني, c’est-à-dire Impérial. La Face, porte , dans un champ entouré d’un cercle perlé, en quatre lignes d’un caractère neskhy très-élégant, et séparées l’une de l’autre par un trait, la formule suivante, usitée dans les monnaies ottomanes de Constantinople, et qui est un peu différente de celle que nous avons vue, employée sur le Ryâl-Boudjou et le Double-Boudjou.

 

 

 

 

 

Les Monnaies de la régence d’Alger (4ème partie) dans Attributs d'Algérienneté 1480591980-monnaies-islam-maghreb-pseudo-monnaie-ottomane-xixe-or-134394r

 

 

سلطان البرين * و خاقان البحرين 

السلطان ابن * السلطان

 

« Le Souverain des deux continents, — et le Monarque des deux mers,
. « — l’Empereur, fils — d’Empereur. »

 

 

 

Le Revers, offre la suite de cette formule dans un champ pareil, et en quatre lignes pareilles, dont la seconde présente en son milieu, entre le nom et le titre du Sultan, la particularité d’une sorte de nœud ou de paraphe entrelacé en étoile hexagone:

 

 

 

 

1480591980-monnaies-islam-maghreb-pseudo-monnaie-ottomane-xixe-or-134394a dans Attributs d'Algérienneté

 

 

السلطان * محمود خان

عز نصره ضرب 1237 * في جزاير

 

« Le Sultan, — Mahmoud-khan;
« Dieu illustre sa victoire! Frappé en 1237, — à Alger. »

 

 

 

 

Le Soultâny vaut 108 Mouzounéh; ainsi il équivaut à 4 Ryâl-Boudjou et demi, ou à 13 Pataques-Chiques et demie : sa valeur en monnaie de France est de 8 francs 37 centimes.

 

 

 

 

 

2° Le Soultâny se divise en deux Nouss-Soultâny نص سلطاني (demi-sequins), dont la Face et le Revers portent absolument les mêmes inscriptions et les mêmes ornements que les pièces de cuivre de 5 Aspres-Chiques, dont elles diffèrent toutefois par la dimension.

 

Le Nonss-Soultâny vaut 54 Mouzounéh, et par conséquent il équivaut à 2 Ryâl-Boudjou un quart, ou à 6 Palaques-Chiques trois-quarts. Sa valeur en monnaies de France est de 4 francs 18 centimes et demi : cependant dans quelques tableaux d’estimation il est porté à 4 francs 85 cent.

 

 

 

 

 

 

 

 

A son tour le Nouss-Soultâny se subdivise en deux Rouba’ah-Soultâny ربعه سلطاني (quart De Sequin), qu’on trouve aussi appelés Rebya’h-Soultâny ربيعه سلطاني ; ces Quarts de Sequin portent à la Face et au Revers les mêmes inscriptions que la pièce d’alliage du Qàroub, avec lequel ils diffèrent peu pour la dimension. Cette pièce porte le millésime ١٢٤٠ 1240, année de l’Hégire qui a commencé le jeudi 26 août 1824.

 

Le Quart de Sequin vaut 27 Mouzounéh, et équivaut par conséquent à 1 Ryâl-Boudjou et un huitième, ou à 3 Pataques-Chiques et trois huitièmes. Sa valeur en monnaie française est de 2 francs 9 centimes et un quart.

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Avènement de l’Emir Abou Yahya Ibn Abd El Hack, fondateur de L’EMPIRE MÉRINIDE

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Avènement de l’Emir  Abou Yahya Ibn Abd El Hack, fondateur de  L'EMPIRE  MÉRINIDE dans Histoire 900px-Flag_of_Morocco_1258_1659.svg

Drapeau des Mérinides

 

 

 

 

 

Abou-Yahya, fils d’Abd-el-Hack, fut nommé émir des Beni Merîn l’an 642 (1244-5). Vivement préoccupé des intérêts de son peuple, il commença son règne par concéder à chaque grande famille mérinide une portion du territoire maghrébin, avec le droit d’en jouir à perpétuité et de s’approprier les impôts que payaient les tribus de cette localité. Ainsi favorisées, ces familles eurent des moyens suffisants pour équiper et monter tous leurs hommes de guerre et pour organiser leurs dépendants en corps de fantassins. De cette manière, le nombre des troupes mérinides fut considérablement augmenté.

 

La jalousie se mit alors parmi les tribus mérinides, et les Beni Asker, qui étaient passé du côté des Almohades, entraînèrent ceux-ci dans une guerre contre Abou-Yahya et les Beni Hammama. Sur l’invitation du gouvernement almohade, Yaghmoracen-Ibn-Zian amena toutes ses forces à Fez et se plaça sous les ordres du général qui y commandait. De même que les Beni Asker, il consentit à fournir des otages comme garants de sa fidélité et du zèle qu’il mettrait à combattre les partisans de l’émir Abou-Yahya. Le chef almohade se mit à la tète de l’armée combinée et passa dans la province de Garet, après avoir traversé le Ouergha; mais, ayant vu que l’ennemi évitait sa rencontre, il reprit la route de Fez. Yaghmoracen, qui venait d’être averti que les Almohades tramaient sa perte, profita de cette occasion pour décamper avec ses troupes et celles des Beni Asker. L’émir Abou-Yahya marcha au-devant d’eux jusqu’à la rivière Sebou, mais il n’osa pas engager le combat. Les Almohades, de leur côté, se mirent à la poursuite des transfuges, puis, ils rebroussèrent chemin, parce que le bruit s’était répandu dans leurs rangs que le sultan Es-Saîd venait de mourir. Anter l’eunuque, client du khalife et général de ses armées, reçut alors l’ordre de partir avec une bande d’archers et un peloton de la milice chrétienne, afin de ramener les Abd el Ouad et les Beni Asker par la voie de la persuasion; mais ceux-ci s’emparèrent de lui et de son escorte, tuèrent les chrétiens et retinrent prisonniers les autres soldats, avec l’intention de les échanger contre les otages qu’ils avaient livrés aux Almohades. S’étant ainsi fait rendre leurs enfants, les Beni Asker rentrèrent sous l’autorité de l’émir Abou-Yahya, pendant que Yaghmoracen continuait sa marche vers Tlemcen.

 

Les Beni-Merîn cherchèrent alors à consolider leur puissance et visèrent à la possession des grandes villes du Maghreb, après en avoir occupé les provinces. Conduits par Abou-Yahya, ils pénétrèrent dans la montagne de Zerhoun et sommèrent les habitants de Meknès à reconnaître la souveraineté de l’émir Abou-Zakaria, seigneur de l’Ifriqiya. Il faut savoir qu’à cette époque, Abou-Yahya admettait la suprématie du khalife hafside. Ayant investi la ville de manière à lui couper les vivres, cet émir harassa les habitants par de fréquentes attaques et les contraignit ainsi à capituler. Ce fut par l’entremise de Yacoub Ibn Abd-el-Hack, frère d’Abou-Yahya, qu’Abou l’Hassan Ibn Abi el Afïa, gouverneur de la place, fut amené à se rendre. Le cadi Abou el-Motarref Ibn Omeira dressa, au nom des habitants, l’acte par lequel ils offraient à l’émir Abou-Zakaria l’assurance de leur dévouement. Pour récompenser les bons services de Yacoub, le sultan [son frère] lui concéda un tiers de l’impôt fourni par la ville conquise. Dès lors, Abou-Yahya ressentit les mouvements de l’ambition ; et, voyant sa tribu animée par l’esprit de la domination, il s’entoura des insignes de la royauté.

 

 

Consterné de la perte de Meknès, le khalife Es-Saîd convoqua ses grands officiers et leur fit un discours dans lequel il exposa comment l’empire s’était avancé pas à pas vers sa ruine:

« Le fils d’Abou-Hafs, leur dit-il, nous enleva l’Ifriqiya; Yaghmoracen-Ibn-Zîan et ses Beni-Abd-el-Ouad détachèrent ensuite de notre royaume la province du Maghreb central et la ville de Tlemcen; ils y proclamèrent même la souveraineté du chef hafside et lui firent espérer qu’avec leur appui, il  pourrait effectuer la conquête du Maroc. Ibn-Houd nous arracha [une parti de] l’Espagne pour y faire reconnaître la suprématie des Abbassides ; et, dans une autre partie du même pays, Ibn-el-Ahmer s’est posé comme partisan des Hafsides. Voici maintenant les Beni-Merîn qui ont soumis les campagnes du Maghreb et qui aspirent à posséder nos villes. Leur émir, Abou-Yahya, vient de prendre Meknès, d’y établir l’autorité des Hafsides et de s’arroger les insignes de la royauté. Si nous souffrons davantage ces humiliations, si nous fermons les yeux sur des événements aussi graves, c’en est fait de  notre empire et peut-être même de notre religion. » A ces paroles, les assistants poussèrent un cri de douleur, et, brûlant d’indignation, ils demandèrent à marcher contre l’ennemi.

Es-Saîd se hâta de rassembler les contingents arabes, les troupes almohades et les tribus masmoudiennes; puis, en l’an 645 (1247-8), il se mit à leur tête et quitta Maroc. Son but était de reprendre Mequinez aux Beni-Merîn, d’enlever ensuite la ville de Tlemcen à Yahmoracen et de terminer sa campagne par la conquête de l’Ifriqiya. Il était déjà parvenu à la rivière Beht, et il passait ses troupes en revue, quand Abou-Yahya pénétra dans le camp sous un déguisement. A l’aspect d’une force aussi imposante, l’émir mérinide reconnut l’impossibilité d’y résister ; et, s’étant rendu à Tazouta, dans le Rîf, il envoya aux diverses fractions des Beni-Merîn l’ordre de venir le rejoindre.

 

Quand Es-Saîd parut sous les murs de Mequinez, les habitants se hâtèrent de lui offrir leur soumission et d’implorer une amnistie. Pour exciter sa commisération, ils envoyèrent au-devant de lui leurs enfants, portant chacun un Coran sur la tête; à côté d’eux, marchèrent les femmes souillées de poussière, la figure découverte, les yeux baissés, et témoignant par leur air humble et soumis, de toute la profondeur de leur affliction. Le sultan accueillit cette députation avec bonté et fit grâce à tous les habitants. Il se dirigea ensuite vers Tèza, où il espérait atteindre les Mérinides; mais Abou-Yahya s’était empressé de les emmener vers le pays des Beni-lznacen. Ce prompt mouvement du chef mérinide eut lieu à la suite d’une communication secrète par laquelle Mohîb, chef des Beni-Autas, l’avait averti que cette tribu complotait sa perte par haine et par jalousie. Arrivé à Aïn-essefa, Abou-Yahya réfléchit sur sa position et vit la nécessité de faire la paix avec les Almohades. D’après ses ordres, les cheikhs mérinides partirent pour Tèza, afin de présenter à Es-Saîd la soumission de leur peuple et de s’engager à marcher contre Yaghmoracen. Le sultan almohade agréa cet offre et consentit à oublier les méfaits1 dont ils s’étaient rendus coupables; mais comme ils lui proposèrent ensuite de se charger eux-mêmes du soin de mettre les Beni Abd el-Ouad à la raison, pourvu qu’il leur fournît un corps de lanciers et d’archers, il y soupçonna un piège enfanté par cet esprit de corps qui porte les tribus de la même race à se soutenir entres elles; aussi, leur ordonna-t-il devenir et de marcher sous ses ordres. Abou-Yahya choisit alors dans les tribus mérinides cinq cents guerriers et chargea son cousin, Abou-Aïad-Ibn-Yahya, petit-fils d’Abou-Bekr-Ibn-Hammama, de les conduire au camp almohade. Es-Saîd les rangea sous ses drapeaux et partit de Tèza avec l’intention de passer jusqu’à Tlemcen et même plus loin; mais il fut tué dans la montagne de Temzezdekt par les Beni Abd el-Ouad. L’armée almohade décampa alors précipitamment et prit la route de Maroc après avoir reconnu pour chef l’émir Abd-Allah, fils d’Es-Saîd, qui avait pris part à cette expédition en qualité d’héritier du trône.

 

Abou-Yahya apprit cette nouvelle chez les Beni-Iznacen où son cousin, Abou-Aïad, était venu le rejoindre avec la troupe mérinide qu’il avait emmenée pendant la confusion causée par la catastrophe de Temzezdekt. Sans perdre un instant, il alla se poster à Guercif pour y attendre l’armée almohade, et, au moment où elle passait, il l’attaqua vigoureusement et la mit en pleine déroute. L’équipage du sultan, les bagages et les armes des troupes tombèrent au pouvoir du vainqueur; la milice chrétienne, ainsi que le corps d’archers ghozzes, entrèrent au service des Mérinides. L’émir Abd-Allah perdit la vie dans cette mêlée sanglante. Dès lors, il ne resta plus aux Almohades le moindre espoir de rétablir leur domination.

 

Abou-Yahya envahit aussitôt le Maghreb pour ne pas donner à Yaghmoracen le temps d’y pénétrer, car il savait comment les Almohades avaient enseigné aux Abd el-Ouadites le chemin du pays. En effet, cette dynastie les avait employés à combattre les Beni-Merîn, et elle avait permis que toute la région située entre Tèza, Fez et El-Kasr, fût violée et foulée aux pieds par les troupes de Yaghmoracen. Ce chef et sa tribu espéraient bien s’emparer du Maghreb entier, mais leurs tentatives échouèrent toujours contre la valeur des Beni-Merîn.

 

Abou-Yahya commença alors ses opérations par la conquête du territoire des Outat et par la prise des bourgades que cette tribu possédait sur le Molouïa. Après avoir soumis la montagne occupée par le même peuple, il marcha sur Fez afin de l’enlever aux descendants d’Abd-el-Moumen et d’y faire proclamer la suprématie du khalife hafside, ainsi que dans tous les pays voisins. Etant arrivé avec sa cavalerie devant la ville, qui avait alors pour gouverneur le cîd Abou l’Abbas, il y pratiqua des intelligences et fit promettre aux habitants une administration paternelle dont ils n’auraient qu’à se louer et une protection efficace contre toute espèce de violence. N’ayant plus aucun espoir d’être secourus par les Almohades, ils acceptèrent avec empressement les offres de l’émir et renoncèrent à la dynastie d’Abd-el-Moumen pour celle des Hafsides. Abou-Mohammed el Fichtali [personnage vénérable par la sainteté de sa vie] se rendit auprès d’Abou-Yahya et lui fit prendre Dieu à témoin qu’il remplirait ses engagements par le soin qu’il aurait des habitants de Fez, par la protection qu’il leur accorderait et par sa> conduite juste, paternelle et généreuse à leur égard. La démarche de ce saint homme amena la solution de cette affaire difficile ; elle attira même sur les parties contractantes une bénédiction dont les bons effets s’étendirent à leur postérité. Ce fut à Er-Rabeta, en dehors de la porte de Fotouh que l’on prêta le serment de fidélité à l’émir Abou-Yahya. Au commencement de l’an 646, deux mois seulement après la mort d’Es-Saîd (août /sept. 1248), on installa dans la citadelle de Fez le premier souverain mérinide. Le cîd Abou l’Abbas eut l’autorisation de se retirer, et il se fit prêter une troupe de cinquante cavaliers pour l’escorter jusqu’à l’autre côté de l’Omm-Rebiâ.

 

 

Après avoir effectué cette conquête, l’émir Abou-Yahya marcha sur Tèza, ville où le cîd Abou-Ali exerçait le commandement. Quatre mois de siège suffirent pour la réduction de ce ribat; et, comme la garnison s’était rendue à discrétion, on en passa une partie au fil de l’épée. Abou-Yahya répara les fortifications de Tèza; et quand il eut rétabli l’ordre dans les environs, il le concéda, avec les bourgades du Molouïa, à son frère Yacoub Ibn Abd-el-Hack. Rentré à Fez, il reçut une députation de cheikhs appartenant à la ville de Mequinez, qui vinrent lui offrir leurs hommages et renouveler leur serment de fidélité. Peu de temps après, Salé et Ribat-el-Feth lui envoyèrent leur soumission.

 

Devenu maître des quatre principales villes du Maghreb et de toutes les campagnes de ce pays jusqu’à l’Omm-Rebiâ, l’émir Abou-Yahya y fit proclamer la suprématie du khalife hafside, et il en instruisit ce prince par l’envoi d’une ambassade.

Les Beni-Merîn prirent ainsi possession du Maghreb-el-Acsa, pendant que les Beni Abd el-Ouad occupaient le Maghreb central, que les Hafsides tenaient l’Ifriqiya et que l’empire fondé par Abd-el-Moumen penchait vers sa ruine.

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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