L’aspect communicatif des bijoux berbères d’Algérie

27062017

 

 

 

 

 

 

La communication est un besoin vital qui remonte à l’existence de l’être humain.  Ce dernier a cherché à travers les siècles à surmonter les difficultés rencontrées pour entrer en contacte avec son entourage. Avant qu’il ne développe la parole, l’homme a créé des canaux et des modes de communication non verbaux basés sur des codes communs dans leurs contextes et à travers lesquels il transmettait des messages et  des significations tels que la danse, le feu, l’écriture murale et les différents supports artisanaux qu’on retrouve aujourd’hui dans notre vie quotidienne.

En notre ère, ces richesses ont malheureusement tendance à perdre leur fonction communicative.

 

 

 

 

 

 

Le Langage des objets (BIJOUX)

 

 

C’est un type de communication non verbale regroupant des objets à travers lesquels on peut comprendre l’aspect comportemental d’une société. Parmi ces objets, on peut citer par exemple les parfums, les vêtements, la coiffure, les meubles, les fantaisies, le décor et les couleurs.

A l’instar des objets sus cités, les bijoux ont aussi leur force d’expression et d’information pas uniquement dans leur aspect esthétique mais encore davantage dans ce qu’ils portent comme information sur bien entendu les secrets que déguise l’aspect sociologique et comportemental d’une communauté.

 

Ci-après, on va montrer comment cet objet peut nous donner des informations sur la classe sociale notamment ceux relatifs à la situation familiale de l’individu et à son âge etc. notamment ceux de la région de Beni-Yenni dans la région de la Grande Kabylie et ceux de la région d’Ouled Fatma de la région des Aurès, car les bijoux peuvent être appréhendés, comme tout objet fait par l’homme, à un double niveau, l’un esthétique au sens exact du terme, c’est à-dire selon le sentiment immédiat du plaisir qu’il procure celui qui le perçoit, et l’autre conceptuel ou sémiologique, et à ce moment là l’objet tend à s’élever au-dessus de son utilité et de sa fonction pour exprimer l’esprit d’un groupe.

 

 

 

 

 

Les fonctions du bijou

 

 

  1. La fonction de thésaurisation Lors de son mariage, la femme reçoit un nombre de bijoux proportionnel à l’importance de sa dot, l’ensemble de ces bijoux représente un capital monnayable en cas de difficultés imprévues ou de frais occasionnels au sein du foyer familial et là on peut citer le proverbe algérois qui illustre l’usage des bijoux aux moments de crise « Elhadaïd lil chadaïd ».

 

 

  1.  La fonction de protection Cette fonction peut être déterminée par l’usage des bijoux pour la protection contre l’effet du mauvais œil provoqué par l’envieux et le jaloux, ou les maladies, le malheur et les dangers et pour cette fonction on peut citer la main protectrice dite « KHAMSA ».

 

 

 

  1. La fonction communicative Celle-ci dépasse la fascination et la protection que peut porter le bijou pour le corps afin qu’il devienne un objet témoin de son contexte socioculturel, car il dévoile à travers ses symboles et son port des vérités et des informations,  qui remontent à l’histoire profonde de nos ancêtres, accompagnées des croyances, cultes, mythes…

 

 

 

 

 

 

Symboles

 

Ces symboles qui caractérisent les bijoux en forme de figures animales, florales et géométriques continuent toujours de survivre sur tous les objets d’art populaires car les artisans qui les ont conçus, depuis l’antiquité, les ont chargés de significations et les auteurs considèrent que ces signes (symboles) relèvent d’une intention magico-religieuse : conservation de soi et de l’espèce, fertilité de la terre et des hommes, cultes des morts. 

 

 

 

 

Le port du bijou

Aujourd’hui chaque femme peut porter un bijou de la manière dont elle le perçoit tandis  qu’auparavant il y avait des règles qui déterminaient le port de certaines pièces de bijou par une catégorie de femmes, car ces dernières, et suite à un code commun, se servait de la manière dont elles les portaient  pour communiquer des messages non verbaux concernant des événements qui marquaient leurs vie dans leur société (naissance, puberté, mariage, divorce…)

 

 

 

 

 

 

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Portrait de femme kabyle entre 1880-1899 © Prince Roland Bonaparte

 


 

 

 

 

La région de ben-yenni

 

 

Les bijoux de Ben-Yenni sont très célèbres par leurs grandes tailles, l’usage de corail et de décor émaillé.

 

 

 

 

  • Diadème (Thaassabth) C’est un bijou connu par sa grande dimension, d’une longueur de 54 cm et d’une hauteur totale environ 15 à 16 cm. C’est une pièce qui a son histoire et sa grande force symbolique, car elle n’est portée dans cette région que sur le front des femmes mariées comme signe d’alliance entre les familles, donc  auparavant il suffisait de remarquer « thaassabth » sur le front d’une femme pour comprendre qu’elle est mariée.

 


 

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Très grande Thaassabth ; diadème kabyle ancien en argent émaillé à décor floral polychrome serti de 40 gros cabochons de corail.
Poids Brut : 735g./ Dim. 60 x 18 cm
Grande Kabylie, Beni Yenni

 

 

 

 

 

 

  • Thialloukin C’est un type de boucles d’oreilles arrondies ; elle est constituée d’une pièce d’argent unique qui ne contient ni corail ni email. Ce genre de boucles d’oreilles est porté dans cette région par les petites filles qui n’ont pas encore atteint l’âge de la puberté, donc les parents les mettent à leurs fillettes afin de dire aux membres de leur tribu qu’elles sont encore jeunes pour le mariage et qu’elles ne possèdent pas encore les forces de la fécondité.


 

 

 

 

  • Thigoudhmathin C’est un type de boucles d’oreilles sous forme d’anneau qui porte dans l’une de ses extrémités un cabochon de corail comme il a une petite ouverture dans l’autre. Ce genre de boucles d’oreilles est porté dans la région par les vieilles femmes afin d’exprimer aux autres et au sein de leur tribu leurs phase transitoire vers la stérilité (la ménopause).


 

 

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  • Thafzimth C’est une pièce arrondie riche en email et en cabochon de corail. Le premier usage de cette pièce était d’après EUDEL, lors de la victoire des Béni-Yenni sur les Béni-Abbes ; à cette époque-là les femmes de Beni-Yenni la portaient comme signe de joie et de victoire. Mais cette fibule est devenue après un signe approprié aux femmes qui donnent naissance à un garçon, et à ce moment-là, si on rencontre dans la région de Beni-Yenni une femme qui porte sur son front Thafzimth, on comprendra, d’une manière non verbale, qu’elle est fière de mettre au monde un garçon.  


 

 

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Grande fibule ronde, Algérie,Grande Kabylie, Benni Yenni, fin du XIXe – début du XXe siècle Argent ciselé, décoré d’émaux cloisonnés jaune, vert et bleu, serti de gros cabochons de corail.


 

 

 

 

 

  • Thafzimth de petite taille Celle-ci n’est portée au milieu du buste que par la mère, au lendemain du mariage de sa fille. Ce port est une manière de marquer sa joie et sa fierté d’avoir bien élevé sa fille qui a su à son tour garder et protéger la dignité de sa famille.

 


 

 

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2 petites fibules / Beni Yenni, Grande Kabylie XXe siècle


 

 

 

 

  • Afzim C’est une fibule triangulaire riche en email cloisonné et au corail. Elle été portée auparavant que pas la jeune fiancée, ce port a comme fonction d’émettre aux jeunes de sa tribu le message qu’elle est déjà promise.


 

 

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Importante fibule triangulaire, en argent émaillé en vive polychromie, serti de cabochons en corail. Le revers est entièrement émaillé. Algérie, Grande Kabylie. L : 22 cm.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La region des ouled fathma: (therwent en fathem)

 

 

Le bijou traditionnel dans cette région constitue, comme dans toutes les régions Aurasiènnes une réalité complexe comportant des particularités accumulées à diverses époques de l’histoire locale.

 

 

 

 

. Diadème (L’djbin)

Ce type de diadème aurésien peut envoyer deux messages non verbaux selon la manière dont il est porté, car il peut exprimer le mariage de la femme qui le porte s’il est mis sur son front comme il peut aussi transmettre le sens du célibat de celle qui le met sur son buste.


 

 

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  • Thit Yir Ce type de boucles d’oreilles sous forme d’un simple anneau transmet dans la région des Ouled Fathma deux sens différent selon son port car en l’observant chez une femme de cette région on pourra déterminer soit qu’elle est enceinte ou bien qu’elle veut dire aux autres qu’elle est ménopausée et qu’elle a perdu ses forces de fécondité.


 

 

 

 

 

  • Thimshrefth C’est un type de boucle d’oreilles qui est dans le demi-cercle inférieur en dents de scie. Ce bijou veut dire, dans la région des Ouled Fathma, que la femme qui le porte est célibataire si seulement si elle l’accompagne avec un bracelet à la main, mais si elle le porte tout seul en impair celle-ci a comme objet de dire à son entourage qu’elle est soit veuve ou divorcée.


 

 

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  • Tabzimt

Ce bijou peut être sous différentes formes. Celle-ci (triangulaire) véhicule deux messages non verbaux ; si on aperçoit dans la région des Ouled Fathma une femme qui porte ce bijou sur son buste du côté gauche, cela veut dire qu’elle a donné naissance à un garçon, mais si cette pièce est mise sur le coté droit on comprendra que cette femme veut nous transmettre le message de la naissance d’une fille.


 

 

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Superbe et rare paire de petites fibules en provenance du pays Chaouia (Aurès), fin du XIXe début du XXe siècle.

 

 

 

 

 

 

Les bijoux jouent un rôle très important dans une communauté quelconque pas seulement par leur aspect esthétique mais aussi par les vérités qu’ils cachent, tels qu’ils  permettent une transmission non verbale entre les différentes catégories de la société. De cette manière, ils permettent d’une façon efficace d’apporter une contribution appropriée pour le développement d’une communauté, particulièrement sur le plan structurel et communicatif.

 

Ainsi, en valorisant cet objet de double importance, on peut conclure  que l’être humain par son intelligence a su surmonter les difficultés qu’il a rencontré depuis son existence à nos jours afin de créer des modes de communication non verbaux fiables et qui expriment ses préoccupations et ses croyances.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Home (film)

25062017

 

 

 

Home est un film documentaire sorti en 2009, écrit et réalisé par Yann Arthus-Bertrand et produit par Luc Besson.

Ce film de 90 minutes dans sa version courte (télévision, DVD et Internet) et de 120 minutes dans sa version longue (cinéma) développe le lien qui unit l’homme à la Terre. Conçu comme un carnet de voyages, il est constitué uniquement d’images aériennes et d’une voix off.

Il a eu la particularité d’être diffusé gratuitement sur Internet en français, anglais, espagnol, portugais, allemand et arabe, et cela dès sa sortie le 5 juin à minuit dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement, sur la page YouTube qui lui est consacrée.

 

 

 

 

 

Image de prévisualisation YouTube

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les anciennes grandes familles algéroises (XIXe siècle) – 4ème partie-

23062017

 

 

Grandeur et décadence

 

 

 

 

A côté de ces familles qui ont conservé longtemps leur rang, que de désastres ou d’abaissements de situation pour bien d’autres! Les unes ont été ruinées par les expropriations. D’autres avaient vendu leur propriété à rente viagère. Le capital leur en fut payé plus tard. Elles ne surent pas placer ces remboursements, laissèrent ces fonds sans emploi et virent s’épuiser peu à peu leur fortuné improductive.

 

Oubliés ou de condition bien modeste, les petits-fils des BEN EL-ANNABI, BEN OUANICHE, BEN EL-DJIAR (l’amine des chaufourniers), des BEN NEGRO, lieutenant de SIDI ALLAL, et des BEN HAFFAF, les anciens muphtis. Les descendants des deux frères ALI et AHMED BEN HAFFIZ, riches propriétaires à Aïn-Cahdra, sont devenus simples cultivateurs sur leurs propres terres, après avoir donné des cadis et un général à l’armée turque.

 

Et combien encore, ayant glissé peu à peu sur la pente de la décadence, exerçaient des métiers vulgaires. Disparus avec leur ancienne splendeur, les belles campagnes, les harnachements superbes et les armes magnifiques ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Technique spirituelle du Soufisme : La Méditation

21062017

 

 

 

 

Technique spirituelle du Soufisme : La Méditation   1495730052-the-three-stages-of-islam

 

 

 

 

 

Il y a deux sortes de méditation. La première est Awam, c’est-à-dire commune (populaire). L’autre est Khawas, « d’excellence », c’est celle de l’élite.

 

 

1° La méditation commune : celui qui est le serviteur de Dieu accomplit tout ce que Dieu le « Tout-Puissant » a commandé, et dans tout ce qu’il fait et dans tous ses états se rappelle que Dieu voit et sait. Il doit croire avec une Foi inébranlable que Dieu est éternellement « Soi-existence ».

  

 

2° La méditation « d’excellence » : celui qui cherche la « Réalité » voit dans toutes choses la « secrète Vérité » de Dieu et reconnaît continuellement sa « Présence » avec « Attraction » et « Amour ».

 

 

 

La première méditation est appelée « La Certitude de la Vision », et la seconde « La Réalisation de la Certitude ».

Le Chercheur qui aspire à accomplir la seconde méditation doit se retirer du monde et se purifier. Il doit se représenter à lui-même que l’existence de l’Univers, du firmament à l’extrême profondeur, n’est rien. Il doit se vider lui-même de toutes règles et conditions et penser à lui-même comme étant seul en la Présence de Dieu. Si cette méditation prend racine en lui, le Chercheur, quel qu’il soit, devient conscient de la Perfection de Dieu. Pour atteindre cet état, il doit expulser de son cœur toute chose autre que la « Réalité » (qui est Dieu).

 

 

La prière que nous a enseignée notre prophète est celle-ci : « O Seigneur ! Ne me laisse pas me préoccuper des choses que tu as interdites et montre moi la Réalité des choses. » Nous avons appris à demander le pardon de Dieu en ces termes : « O Mon Seigneur ! J’implore ton pardon, pardonne-moi et ne me laisse pas des pensées néfastes entre dans mon esprit. » Dans cette méditation il est nécessaire de se représenter soi-même tourné vers Dieu dans toutes les directions.

 

 

 

 

Un homme spirituel a dit :

 

 

Dehors et dedans ـــ Il est là.

Et Dieu a tourné toute chose vers lui.

Le Chercheur doit absolument croire qu’il est avec Dieu dans son âme.

 Dehors et dedans ـــ Il est là.

Il doit méditer comme s’il voyait Dieu en tout lieu.

Si le Chercheur n’atteint pas un certain degré,

Cela signifie que son aspiration s’arrête là.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les anciennes grandes familles algéroises (XIXe siècle) – 3ème partie-

19062017

 

 

 

Anciennes familles restées en Algérie

 

 

 

 

Mais l’exil ou la mort n’ont pas fait disparaître toutes les vieilles familles algéroises des premiers temps de la colonisation. Il en resta beaucoup à Alger, où elles firent souche. Il faut mentionner parmi elles:

 

 

 

OULID EL-CAÏD ALI, colonel du dey, dont une campagne de l’Arbà porte toujours le nom: Haouch Caïd Ali.

 

 

 

ALI CHÉRIF, famille descendant de Mahomet par sa fille Fatma Zohra; originaire de Cordoue, issue d’un marabout célèbre dont le souvenir est perpétué par une inscription à la porte de la mosquée Sidi M’hammed Chérif. Elle était représentée sous les français par deux frères: SID HADJ KADDOUR CHERIF, ancien cadi et membre du medjelès consultatif, chevalier de la Légion d’honneur, et ALI CHÉRIF, ancien capitaine de spahis, conseiller général, délégué au Conseil supérieur, officier de la Légion d’honneur, jadis prisonnier de l’émir Abd-el-Kader lors de là prise de sa smala. Cette famille a reçu le nom patronymique de Zehar et n’a aucun lien de parenté avec les BEN ALI CHÉRIF de la Kabylie, qui résident à Akbou, famille chérifienne et maraboutique qui est fort riche et qui possède surtout des plantations d’oliviers considérables.

 

 

 

BEN MARABET, Hadj Hassan et Mustapha, deux grands négociants de la Porte de la Mer (Bab el-Behar), trafiquant avec toute l’Europe. L’un d’eux alla aux Indes. Ils avaient été chargés par le dey de la construction, à Livourne, d’un chebek qui arriva après la colonisation et donna lieu à des réclamations. Mustapha fut membre de la première municipalité, et l’un de ses petits-fils, Mahmoud, est conseiller municipal et membre de la Chambre de commerce d’Alger.

 

 

 

SID HASSEN BEN BRIHMAT, ancien directeur de la Médersa, célèbre par son luxe mauresque et artistique. Famille représentée par les deux fils d’Hassen: Ahmed, ancien interprète militaire, et Omar, professeur à la Médersa.

 

 

 

SID LAMALLI, muphti. Son fils est professeur à la Médersa.

 

 

 

BEN SMAÏA, descendant du secrétaire particulier de l’un des derniers deys. Les petits-fils de sa fille ont repris son nom. Ils étaient de riches marchands de tabacs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le château de Sahyûn en Syrie (Xe – XIIIe siècle)

17062017

 

 

 

 

Le château de Sahyûn en Syrie (Xe – XIIIe siècle)  dans Archéologie 1495453927-89-sy-v1-02-33

 

 

 

 

 

 

La forteresse de Sahyûn, le Saône des Croisés (rebaptisé Qal’at Salah ed-Dîn par le gouvernement syrien), fait partie d’un réseau de châteaux qui constituaient un véritable maillage du territoire conquis lors des croisades. La mise en place de ces édifices permit, notamment, de défendre les frontières des Etats et de contrôler les voies de passages ou les points stratégiques. La plupart des études sur les édifices fortifiés de Syrie ont été menées durant la période du Mandat français et les chercheurs ont négligé la plupart des structures qui n’étaient pas attribuées aux occidentaux ou moins bien documentées par les chroniqueurs francs, les édifices musulmans en particulier. Certains de ces travaux ont donné lieu à de volumineuses monographies dans lesquelles les chercheurs puisent, aujourd’hui encore, de multiples informations.

 

Le château de Sahyûn constitue un très bon exemple de ces forteresse dites franques, réoccupées postérieurement  par les musulmans. Situé au nord de la Syrie, à 24 km à l’est de Lattaquié, dans une chaîne montagneuse appelée le djebel Ansarié, il occupe un site stratégique de premier plan, contrôlant une des routes entre la vallée de l’Oronte et la côte. Cette plate-forme calcaire a été fortifiée par les Byzantins au Xe siècle. La construction la plus élevée du site est traditionnellement attribuée à cette période. Les Francs (principalement d’Antioche) s’y sont installés au début du XIIe siècle et l’ont utilisé comme une forteresse seigneuriale, contrairement aux autres châteaux qui étaient tenus, en majorité, par les ordres militaires, templiers et hospitaliers.

 

 

 

 

 

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Sahyûn symbolise à bien des égards les multiples interpénétrations culturelles entre les trois civilisations, byzantine, franque mais aussi et surtout, musulmane. En effet, Saladin, après la bataille de Hattin (1187), s’empara du site comme de la plupart des autres chateaux francs de l’intérieur du pays et le réaménagea.

 

 

 

 

 

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les murailles du château (©C.Bélingard, août 2010)

 

 

 

 

 

Ce gigantesque ensemble fortifié s’étend sur un promontoire rocheux long de 600 mètres environ, orienté d’est en ouest. Sur ses faces nord et sud, le château est naturellement protégé par de profonds ravins. La zone orientale de cet éperon calcaire est la plus élevée (439 mètres d’altitude). L’enceinte de la basse-cour épouse la topographie du terrain dans sa partie occidentale. Elle est séparée de la forteresse par un fossé renforcé par une ligne de murailles. Cette coupure artificielle, inachevée, fut la brèche par laquelle Saladin et ses troupes envahirent le château. Dans la partie orientale, un fossé beaucoup plus profond a été creusé dans le roc, d’une profondeur de 28 mètres environ, pour séparer le plateau situé à l’est de l’ensemble castral proprement dit. Cet ouvrage a particulièrement retenu l’attention des chercheurs et plusieurs phases de creusement ont pu être mises en évidence.

 

 

 

 

 

 

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source: Ruines de châteaux

 

 

 

 

 

Le front est, donnant sur ce grand fossé, présente, au sud, une tour circulaire flanquant les courtines sud et est. C’est dans ce secteur que se situent la citerne et les écuries du château. Les ouvrages francs ont intégré les tours rondes byzantines préexistantes. Les tours sont relativement peu élevées mais présentent des ouvertures de tir dans trois directions : elles permettent de prendre d’enfilade le fossé mais surtout de pouvoir atteindre   le plateau qui lui fait face. A cela s’est ajouté un imposant donjon carré dont la technique de construction est celle du grand appareil à brossage.

 

 

Du côté nord s’élève l’ancien massif d’entrée, la pile monolithe matérialisant toujours le passage anciennement aménagé au-dessus du vide. Sur toute la façade nord, le dispositif défensif est relativement peu important, l’escarpement étant assez abrupt pour protéger l’accès à la forteresse. Cependant, ce secteur était particulièrement exposé aux coups des engins musulmans (mangonneaux) lors du siège de 1188. Il dut ensuite être restauré par Saladin (murs épaissis, courtines rehaussées). De nombreux réemplois figurent dans la maçonnerie et des éléments architecturaux musulmans caractéristiques ont été ajoutés. Le côté sud présente trois grands ouvrages rectangulaires dont le plus occidental sert aujourd’hui d’entrée. Deux de ces tours, ainsi que le donjon carré du front est, sont indépendants des courtines qui les flanquent. Ils restent ainsi autonomes en cas de prise du château. Derrière la ligne de défense principale orientée est-ouest, préexistait une enceinte byzantine (courtine flanquée de tours rondes présentant une succession de petits appareils géométriques, de type opus quadratum). Sur la partie sommitale se dresse la citadelle dite byzantine ainsi que la chapelle des Croisés qui est en grande partie ruinée et dont il reste peu d’éléments architecturaux mis à part le portail d’entrée.

 

 

 

 

De nombreux vestiges de la présence musulmane, relativement bien préservés, sont encore visibles et témoignent d’une fonction plus résidentielle que défensive de la citadelle pendant cette troisième période d’occupation. Le lieu fut réaménagé et une mosquée fut construite. Son minaret carré, atteignant près de 30 mètres de haut, domine les constructions franques. Un espace d’habitation ainsi que des bains furent bâtis à proximité, ils dateraient vraisemblablement de la fin du XIIIe siècle.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les anciennes grandes familles algéroises (XIXe siècle) – 2ème partie-

15062017

 

 

 

Familles disparues ou émigrées

 

 

 

 

Voici les noms de quelques familles de Maures exilées ou disparues depuis la colonisation de la régence en 1830.

 

 

YAHIA AGHA : Ancien ministre de la guerre pendant douze ans, il possédait une grande expérience militaire. Hussein eut la malheureuse idée de le destituer et de le faire étrangler à Blida; il lui eût probablement épargné les défaites lamentables de Staouéli s’il l’avait conservé dans ses fonctions. L’incapacité de son gendre Ibrahim, qui le remplaça, fut la cause de la chute rapide de la Régence.

 

 

 

MUSTAPHA BEN OMAR : cousin, par la fille de la sœur de son père, de Hassan Pacha. Fils de l’ancien cheikh el-belad de la ville nommé bey de Titteri pour remplacer Mustapha bou Mezrag à Médéa révoqué de la mission que le général de Bourmont lui avait confiée.

 

 

 

BEN GUELATTI : originaire des Beni-Guelatti, de la Kabylie. Ali, l’un d’eux, fut Kateb esserr (écrivain du secret) du ministre des affaires étrangères, puis muphti de la grande mosquée. Son petit-fils fut officier de tirailleurs.

 

 

 

SIDI MUSTAPHA BEN KEBABTI, descendant des Maures de Grenade, venu en Algérie avec de véritables richesses, propriétaire de Darel-Kebabti démolie lors de la construction du Palais Consulaire. Cadi maleki de l’odjac, il avait été aussi le dernier des ministres des affaires étrangères (el-oumour el-kharidjia). Il avait combattu à Sidi Ferruch. Rallié aux Français, il fut nommé muphti remplaçant Sidi ben Guellati. Nommé administrateur des biens habous, il refusa son concours pour leur expropriation et partit pour l’exil. Il fut ensuite grand muphti au Caire où une rue porte, son nom.

 

 

 

SIDI ALLAL : agha de Koléa, marabout, cousin de Mahi Eddine, nommé par le général Berthezène. Il prit, la fuite lors de l’affaire des laines. Il avait pour lieutenant HAMIDO, beau-frère de Hamdan ben Othman Khodja. Accusé de haute trahison, ce dernier mourut de frayeur à l’hôpital.

 

 

 

AHMED BEN ABDELATIF, descendant des premiers conquérants arabes de l’Afrique, membre de la municipalité provisoire d’Alger. Il possédait sa généalogie depuis 800 ans.

 

 

 

ZAOUÏ MUSTAPHA EL-SAJJY, trésorier du kasnadji, et MOHAMED OULID IBRAHIM RAÏS, deux des sept membres du premier Conseil municipal, qui, leurs conseils n’étant pas écoutés, donnèrent leur démission et s’expatrièrent.

 

 

 

BEN SMIRLY, caissier du premier ministre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les Gaba, les Chaouch, deux dynasties de caïds dans l’Algérie coloniale, de 1851 à 1912 (Cercle de Tébessa)

13062017

 

 

 

 

Le caïdat des Némenchas est créé en 1847. Les noms de Mohammed Gaba et d’Ahmed Chaouch n’apparaissent que de 5 à 10 ans plus tard. En effet, pendant les années qui suivent l’occupation du cercle (après 1851 date d’occupation de Tébessa), et, en gros, jusqu’en 1860, les choix de la France se sont portés sur les représentants de vieilles familles de Tébessa, familles anciennes, considérables (les Bel Arbia et famille du Dir, sédentaires ). C’étaient des familles parentes et alliées entre elles, qui n’avaient aucun lien avec la tribu. En revanche, ces familles étaient liées à des tribus extérieures au cercle et même avec la régence de Tunis.

 

 

Les choix d’Ahmed Chaouch, puis de Mohammed Gaba comme caïds à la tête des Brarcha représente une double nouveauté.

Chaouch est Kouloughli, descendant des Turcs ; son père et sa famille ont servi sous les Turcs. Quant à Mohammed Gaba, c’est un homme de tribu, il est issu d’une fraction des Brarcha. Double nouveauté, car d’une part, les Kouloughli n’avaient jamais été des personnages importants du cercle. Et c’est la première fois, aussi, que les Némenchas, acceptent de collaborer avec un pouvoir extérieur à la tribu. Tous les premiers rapports des officiers du cercle sont unanimes : les Némenchas ne veulent pas d’un chef pris parmi eux…Jl n’y avait pas, parmi les Némenchas, une seule famille ayant fait parti du maghzen des Turcs…

Ces deux hommes sont bien perçus par les anciennes familles du cercle comme nouveaux, comme de dangereux rivaux. On sait , par exemple, que le représentant d’une ancienne famille, la famille du Dir, Mohammed Tahar, caïd des Ouled Si Yahia, a tout fait pour évincer A. Chaouch de sa place de caïd des Brarcha. Mohammed Tahar, jaloux de voir que A. Chaouch venait de rendre un service aux Français qui avait été si bien apprécié, jaloux d’entendre dire que ce service lui vaudrait bientôt la croix, s’irrita contre le caïd des Brarcha avec lequel il était en mauvais terme..Il avait juré d’envoyer A.Chaouch à l’île Sainte Marguerite..Il imagina une intrigue à laquelle il sut donner toutes les apparences de la vérité… si effectivement, Chaouch est envoyé pour quelques années à Sainte Marguerite.

Les Gaba et les Chaouch sont bien des hommes nouveaux qui se maintiennent au pouvoir pendant toute la période.  » Se maintiennent « , car ce pouvoir, accordé par la France, a exigé le déploiement de toute une stratégie, une volonté qui se manifeste de différente façon.

Au début de la période quand il s’agit de mettre fin à la suprématie des grandes familles de Tébessa, ce sont des hommes qui se poussent au pouvoir, qui intriguent pour y être.

Par exemple, Gaba essayer de faire enlever son caïdat au caïd des Allaouna, al Hafsi b Ahmed , représentant d’une famille ancienne : il aurait eu des « relations intimes  » avec al Hafsia, femme du caïd des Allaouna.. Il arrive à se procurer, par son intermédiaire, le cachet de al Hafsi et écrit au Général une lettre, signée de al Hafsi, dans laquelle il se plaint du chef du bureau arabe de Tébessa : le pays va se mettre en insurrection …Personne ne peut t’approcher que par l’intermédiaire du caid Chaouch.. Il espérait que le Général, outré d’une plainte émise par un caïd contre le chef du bureau, destituerait le caïd des Allaouna.

Par moments, ces deux hommes nouveaux s’allient : en 1867, ils viennent présenter ensemble une requête au Commandant supérieur, chef du bureau, qui observe : Ces deux hommes possèdent au plus haut point le génie de l’intrigue. .Ces deux personnages sont en effet fort intelligents pour des indigènes…. Tous deux sont en relation avec tous les chefs politiques et religieux de la Régence, le but de leur travail est de se créer des relations des deux côtés. .Ils font leur propre politique. On constate même une alliance de famille : le caïd Mohammed Gaba marie une de ses filles âgée de 3 ans à un fils du caïd Chaouch, âgé de 5 ans.

Mais, lorsque le danger que représentent ces anciennes familles s’estompe, ce sont des hommes qui rivalisent pour le pouvoir; à cette date, vers 1870, les deux familles deviennent concurrentes acharnées :

A. Chaouch, candidat aux Brarcha (en 1869) est l’ennemi acharné des Gaba qu’il considère comme des concurrents dangereux pour son fils et auxquels il a voué une haine implacable. Inversement, quand un fils de Chaouch s’installe aux Brarcha en 1900 : Sa situation reste toujours assez difficile en raison de l’hostilité que montrent à son égard les partisans de l’ex caïd Abdessalam « (petit-fils de Mohammed Gaba) et, en 1907, Seddik b A. Chaouch démissionne car « il a fini par comprendre qu’il ne saurait jamais s’imposer aux Brarcha.

 

Enfin, ce sont des hommes qui, après avoir cherché le pouvoir pour eux, ont essayé de le transmettre à leurs enfants. On a parfois le témoignage écrit, l’aveu de cette ambition.

En 1867, Mohammed b Abdallah Gaba écrit : Les Brarcha sont dispersés par la misère et un homme de mon importance ne peut pas rester caïd d’une centaine de tentes ; il faut donc ou joindre à mon commandement ce qui reste des Allaouna ou me laisser donner ma démission en faveur de mon fils aîné.. Si vous donnez les Allaouna pour mon fils ou pour moi, cette récompense nouvelle me donnera du courage pour continuer à servir. Quant à Ahmed Chaouch, son rêve , écrit le Commandant, avait toujours été d’être bachaga des Nemenchas et de placer l’un de ses fils à la tête de chacun des caïdats de cette grande tribu.

 

 

 

 

 

Les Gaba, les Chaouch, deux dynasties de caïds dans l'Algérie coloniale, de 1851 à 1912 (Cercle de Tébessa) dans Histoire 1496089063-frdafan83-ol1894012v001-l 

Brevet de Légion d’honneur de Mohammed ben Abdallah Gaba 

 

 

 

 

 

 

 

Ils y ont réussi : il y a eu 43 nominations de caïds de 1851 à 1912. 15 appartiennent à l’une ou l’autre des deux familles, soit plus du 1/3. Aucune autre famille n’a occupé ainsi le devant de la scène, comme le montre le tableau suivant.

Date de nomination et tribus d’affectation des caïds du cercle de Tébessa entre 1851 et 1912, ( en gras : les caïds de la famille Gaba et Chaouch).

 

Allaouna

Brarcha

1851 al Hafsi b Ahmed

1862 Belgasem b Naceur

1872 al Hag Saad

1878 BrahimbNacib

1894 Seghrir b Brahim

1900 Saoula Moh. b.Amar

1904 Ali b Tlem b Ab Chaouch

1912 Ferhat b Ah Chaouch

 

1851 Ali b Mohammed

1852 Ahmed Chaouch

1855 Mohammed b Abd Gaba

1868 Mohammed b Ali

1869 Ahmed Chaouch

1872 Mohammed b al Hag Chettouh

1882 al Hafsi b Gaba

1888 Abdes b al Haf Gaba

1900 Seddik b Ah Chaouch

1908 Moh Taieb b bel Naceur

 

Sidi Abid

Ouled Si Yahia

1853 Ali b Mohammed

1859 Moh b al Hag Chettouh

1873 Belgasem b Ahm Chaouch

1881 Tlem b Ahmed Chaouch

1892 Ali b Tlem b A Chaouch

1904 Moh Taieb b Bel Naceur

1908 Ferhat b Ahm Chaouch

1912 Mohammed b Mohammed

 

1851 Mohammed b Tahar

1859 Ahmed Lakhdar b Belgasem

1861 Ali b Mohammed 1

867 Tahar bYounes

1869 Ahmed Lakhdar

 

 

 

Tébessa

Ouled Rechaich

1851 Ali bLaaz Mohammed b Ali Pacha

1855 Ali b Mohammed

1858 Ahmed Chaouch

1867 Mohammed Salah b Ali

1880 Utman b ali Pacha

 

1851 Ali bRegeb

1854 Moh Sghnr b Abd al Wahad

1859 Utman b Mohammed

1867 Ahmed Chaouch b Ahmed

1869 Reghis b Mohammed

1872 Mohammed b Ali

1877 Belgasem b Ah Chaouch

1891 Seddik b Ah Chaouch

1901 Ali Bey al Mihoub b Chenouf

 

 

Ils ont développé toute une stratégie pour tenter d’assurer l’hérédité de la fonction. Ces hommes, de leur vivant, essaient d’associer leur parenté, et le plus souvent leurs fils, au pouvoir. Et le quadrillage bureaucratique institué par la France pour l’administration des tribus leur en laisse la possibilité. Soit en tant que Khalifa (associé) du caïd, soit en tant que cheikh de fraction.

Là encore, il nous reste parfois la trace de leurs désirs :

Al Hafsi b Gaba m’a fait connaître qu’il n’avait confiance en personne autre autant qu’en son propre fils Abdessalam, déjà très au courant du service. Il s’agit d’un poste de Khalifa, en 1884.

 Avons sollicité caïd de nommer cheikh de la famille ( de l’ancien cheikh des Ouled Chakor, qui vient de mourir), mais a nommé l’un de siens âgé de 15 ans sommes trompés signe la djemaa des Ouled Chakor en 1902.

Les résultats de leurs stratégies : tous les Khalifa, à partir de 1880, date à laquelle l’institution du Khalifa est reconnue, sont fils de caïds en place. De même, de nombreux postes de cheikhs ont été occupés par la parenté du caïd en place : les caïds Gaba ont placé comme cheikhs 7 des leurs (fils et frères); les Chaouch 6 fils et frères. Incontestablement, des hommes nouveaux ; des hommes qui ont aspiré au poste de caïd et ont déployé toute une stratégie pour y accéder, eux et leur famille, des hommes qui ne sont pas restés étrangers à la collaboration avec l’administration française.

Cependant, ces deux familles ont un comportement politique différent. Regardons d’un peu plus près où s’effectue la carrière politique de ces hommes : pour les Gaba, aucune ambiguïté, leur carrière s’effectue dans leur famille d’origine, aux Brarcha. Ils sont uniquement caïds des Brarcha; leurs enfants sont khalifa aux Brarcha ; et les cheikhs qu’ils placent sont cheikhs de fractions des Brarcha. Ils sont les hommes d’un groupe.

Tout autre est la carrière des Chaouch. Caïds aux Allaouna, aux Brarcha, aux Ouled Sidi Abid, aux Ouled Rechaich, leurs fils sont Khalifa dans toutes les tribus : Ferhat a été Khalifa aux Ouled Rechaich, en 1900, puis aux Brarcha en 1903 avant de devenir caïd des Allaouna en 1912; Seddik b Ahmed Chaouch est Khalifa aux Ouled Rechaich en 1879, puis caïd des Brarcha en 1900; de même, les Chaouch sont cheikhs de fractions qui appartiennent à n’importe quelle tribu du cercle. A. Chaouch et ses fils, frères, et petits-fils apparaissent donc comme des hommes qui ne sont pas liés à un groupe particulier, ils sont au-dessus du groupe. Si ces deux types de famille dominent le devant de la scène pendant plus de 50 ans, c’est qu’ils représentent deux types de notables, entre lesquels la France hésite pendant toute la période.

 

 

 

 

 

Les choix de la France

 

En 1901, la France obtient la démission de Abdessalam b al Hafsi b Mohammed Gaba. Par qui le remplacer? C’est justement un descendant d’Ahmed Chaouch qui est candidat, son fils Seddik. Le général de brigade hésite sur le choix et questionne le Colonel Flogny qui a été Commandant du cercle de Tébessa dans les années 70 ; et voici la réponse de Flogny : il convient de tenir compte de la part d’influence et d’autorité que donne à un chef indigène le fait d’appartenir par sa naissance, par sa famille à la tribu qu’il commande et dont les intérêts sont les mêmes que les siens; qu’un vent de désordre vienne à souffler, il est à craindre que le caïd étranger ne puisse plus être d’aucune utilité.

 

 

 

 

 

 

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 Le caïd Si Seddik Ben Ahmed Chaouch se rendant à une audience du président de la République -

 

 

 

 

 

Deux types de carrière ?

En 1901, Seddik, l’étranger aux Brarcha, est finalement choisi, malgré l’avis du Colonel Flogny. Au même moment, on voit tous les descendants de A.Chaouch à la tête de l’une ou l’autre de ces tribus : victoire des Chaouch. En revanche, la famille Gaba, les hommes de la tribu, échouent. La descendance devient un fil qui s’étire et se casse en 1901.

 Il s’est révélé difficile, voire impossible, d’être un chef à la fois intégré à son groupe et homme de la France.

Les Gaba se sont montrés tout d’abord trop chefs, trop exigeants, trop orgueilleux. Mohammed Gaba exige. Citons une lettre du Commandant du cercle de Tébessa : Je vous ai souvent entretenu des prétentions du caïd Gaba à absorber le commandement des Némenchas. Depuis quelque temps, il revient à la charge avec de nouvelles ardeurs, et expose fort nettement ses désirs.. Ses prétentions tenaces sont devenues insupportables. Il est constamment chez moi, ressassant les mêmes demandes..

Et, quand il y a problème avec le bureau arabe, il ose se mettre sur un pied d’égalité avec l’empereur des Français : Informez en l’empereur, si vous le jugez convenable… A l’inverse, A.Chaouch, dit le Commandant, tout en me laissant entrevoir qu’il désirait le caïdat des Brarcha, ne l’a jamais fait qu’avec une extrême réserve.

 

Le petit fils de Gaba, Abdessalam, se comporte aussi avec trop d’indépendance, et trop d’arrogance : Mon autorité, dit le Commandant, en 1901, était presque annihilée par celle du caïd. De nombreuses affaires assez importantes pour m’ être soumises, étaient réglées, sans mon autorisation par Si Abdessalam. Et il ne supporte pas les observations. En 1901, deux hommes, qui ont montré à un officier français des terres que le caïd des Brarcha laboure mais ne déclare pas, sont victimes d’une tentative d’empoisonnement. On interroge Abdessalam, qui répond : il est probable que les douleurs observées proviennent de ce que les deux hommes ont fait une longue marche à cheval et ont ensuite bu de l’eau fraîche. Je n’ai pas cru devoir me préoccuper de douleurs d’entrailles qui sont très fréquentes en cette saison. Et le caïd d’envoyer tous les individus atteints de diarrhée, de dysenterie et même d’hémorroïdes au bureau arabe pour être examinés par un médecin militaire..

 

Les Gaba se montrent aussi trop musulmans. Gaba n’est pas un homme de progrès ni de civilisation.. .Il est fanatique, imbu à l’excès de toutes les superstitions qui ont cours chez la race arabe. Abdessalam, lui cache les marabouts tunisiens, laisse percevoir la ziara, protège les marabouts.

Et ils sont hostiles à toute pénétration culturelle française ; ainsi, al Hafsi fils de Mohammed Gaba, victime d’une tentative d’assassinat, dont il mourra a refusé les médecins militaires, il a préféré se faire traiter par les praticiens arabes.

 

Autrement dit, les Gaba échouent parce qu’ils n’ont pas su ou pu résoudre la contradiction des exigences françaises : comment avoir un caïd proche de son groupe, enraciné dans sa tribu et qui, en même temps ne soit pas chef, fier ou orgueilleux de l’être et ne soit pas musulman ?

Mais les Gaba échouent aussi parce qu’ils ne se comportent pas, avec leurs administrés, comme on avait imaginé qu’un chef de tribu traditionnel devait le faire.

Ils sont grossiers et hautains : Ils ont la plus extrême grossièreté de langage vis à vis de leurs administrés.

Et surtout ils sont malhonnêtes : et les officiers accumulent contre Gaba et sa descendance les plaintes des administrés : bijoux volés, moutons, brebis, fusils. Il serait trop long d’énumérer la suite des griefs accumulés par les Brarcha contre leur caïd, ses serviteurs et ses deiras.

La cause de leur disgrâce a donc une double origine : ils sont les hommes de leurs groupes ; ils sont arabes, ils sont musulmans et ils se comportent en seigneur, en maître. Mais ils ne réalisent pas les idées que les officiers se faisaient des rapports que le chef traditionnel se devait d’entretenir avec son groupe.

 

Par opposition, les chefs qui réussissent mieux, les Chaouch, manifestent d’autres qualités : Ahmed Chaouch a demandé dès 1854, à aller se faire soigner de la syphilis à l’hôpital de Bône. Il envoie tous ses enfants à l’école française de Tébessa, et même, un jour, il défend -relativement- l’instituteur contre la population de la ville; un de ses fils, de 9 ans, de retour de l’école est pris de fièvre. On lui demande ce qu’il a et il répond que le maître lui a donné un coup de règle sur la tête .De là, grande rumeur, on envoie chercher le médecin arabe,., qui incise ..et déclare, que la boîte osseuse est fêlée…Ce fait a été exploité par les fanatiques de l’endroit.-Voilà, ont-ils dit, la récompense du caïd qui a déjà mis plusieurs de ses enfants à l’école des Français, Dieu l’a puni! Lorsque je suis rentré, dit l’officier, j’ai pris des informations.. Le caïd a été beaucoup plus raisonnable que son entourage…. On ne sait pas très bien en quoi a consisté cette attitude raisonnable. Mais les enfants vont à l’école, les petits enfants même sont élevés au collège arabe français ; ils parlent un peu le Français ; ils se plient à nos idées ..Ils sont au courant de nos procédés administratifs.

Si les Chaouch triomphent , peu à peu, c’est qu’ils ne sont pas français, mais ils parlent un peu le Français, fréquentent écoles et hôpitaux de la France. Ils ne sont pas arabes, mais ils parlent arabe et sont musulmans, sans que leur soient attribués superstition ni fanatisme.

 Ils ne sont pas hommes de tribu mais acceptent de jouer au moins le jeu de la résidence au milieu du groupe qu’ils administrent. Ce sont des espèces d’entre les deux, entre les Turcs et les Algériens, entre les arabes et les Français, entre la tribu et la ville.

Mais leur succès est tout relatif : d’abord, Seddik doit démissionner aux B rare ha en 1908, parce qu’il n’est pas accepté par la tribu. De plus, jusqu’en 1912, les officiers français reprocheront toujours aux caïds de la famille Chaouch de ne pas être assez près de leurs administrés, de s’en éloigner trop souvent : commande à distance, ne visite pas assez ses fractions, ne visite pas assez ses administrés ou encore pas assez arabes pour leurs administrés. Enfin, de toute façon, en 1912, tout le cercle passe sous administration civile et le combat cessa faute de combattants : on n’avait plus besoin de caïds. Et les Chaouch perdent la place.

 On serait tenté de conclure : mission impossible, quels qu’aient été les types de candidats. Aux hommes choisis dans le groupe, il était reproché de ne pas se tenir au-dessus du groupe pour représenter la Loi. Aux hommes choisis hors du groupe pour se plier à la mission de ce que l’on pourrait appeler l’homme d’Etat moderne, il était reproché de ne pas être assez près du groupe. Et, de toute façon, ces hommes d’Etat n’avaient aucun accès à ce qui entoure la notion moderne de pouvoir : l’élection, la promotion. La situation coloniale les maintenait dans une situation d’aval sur laquelle ils n’avaient aucune prise.

Et cependant, on l’a vu, la fonction a été recherchée, convoitée, défendue. Essayons de voir si l’étude des biens et des fortunes accumulés par les caïds permet de trouver une réponse à cette question.

 

 

 

 

 

 

 

LES BENEFICES DE LA FONCTION

 

 

Et, tout d’abord, comment était conçue la rémunération du caïd ? Les textes officiels ne parlent que d’un seul type de rémunération : le caïd touchait un peu moins de 10% des impôts qu’il percevait, le hokor, le achour et la zakkat et un pourcentage des amendes (sans doute 20%). Deuxièmement, à la faveur d’un conflit qui éclate entre trois caïds au début du XXème siècle, on apprend que les caïds jouissaient aussi d’une terre d’apanage, une terre maghzen, dont ils prenaient jouissance dès leur nomination.

Enfin, les caïds tiraient de leurs fonctions des revenus officieux. On a des dossiers, épais sur les fraudes de tous les caïds de la famille Gaba et Chaouch  (et sur les autres aussi). Les assises de la fraude sont multiples. Fraude sur les impôts : on se débrouille pour diminuer les siens, en ne comptant pas des animaux possédés, ou des terres cultivées, (facile à réaliser, puisqu’on est juge et partie). Plus fine : l’entente avec le contribuable; on accepte de ne pas déclarer certains biens du contribuable, donc on y perd, puisqu’on a 10% de l’impôt ; il suffit de s’arranger avec le contribuable : que celui-ci verse au caïd une somme supérieure aux 10%, mais inférieure à la somme qu’il aurait dû payer. On évite les amendes, et le code de l’indigénat en prévoyait beaucoup. On évite l’amende, oui, mais on exige le prix du silence. On accepte, ou on suscite les cadeaux, on exige des corvées, et surtout, on abuse de son pouvoir. Quiconque avait une jolie femme, une belle jument se les voyait prendre par le caïd.

Il est difficile de quantifier. Les revenus officiels des caïds des Brarcha varient entre 6000 et 10000 francs par an. Ce qui représente à peu près le salaire d’un professeur de faculté de province à la même époque. Ou le salaire des 10% les mieux payés des fonctionnaires français en cette fin du 19ème siècle. Revenons à l’Algérie : le fellah, propriétaire, d’après des estimations faites, aurait environ un revenu de 300 francs par an. Il existe donc un écart de 1 à 20 ou à 30, entre les revenus du fellah et ceux du caïd. Par leurs revenus officiels, les chefs indigènes se distinguent nettement de leurs administrés. J’ai pu faire une estimation des revenus officieux : au minimum, ils doublent les revenus officiels. Ce qui suffirait à vouloir être caïd.

On a peu d’éléments précis sur la fortune des Gaba et des Chaouch. Cependant, à deux reprises et un peu par hasard, un certain nombre d’affaires dans lesquelles les caïds sont impliqués arrivent au bureau de Tebessa et permettent d’établir au moins deux points.

Le premier, c’est qu’il y a évolution dans la fortune caïdale entre les années 1870 et les premières années du 20ème siècle.

En 1869, en effet, après l’affaire de l’Oued Mahouine, et la fuite en Tunisie du caïd des Brarcha Mohammed b Ali et al Hafsi b Gaba, fils du caïd Mohammed qui vient de mourir, les familles de M b Ali et du fils de Gaba sont internées à Tébessa. Et deux documents établissent le recensement des deux familles et de leurs biens.

Ce que l’on constate alors, c’est que, si la fortune de Al Hafsi dépasse de loin la fortune moyenne du fellah, elle n’en diffère pas par la structure. On peut estimer le montant de la fortune de Al Hafsi à environ 15 000 francs ; à la même époque, une estimation évalue la richesse moyenne des tentes (après paiement de l’impôt) de toutes les fractions des Brarcha à 450 francs. Donc une grosse différence. Mais l’étude de la composition détaillée de la fortune révèle peu de différences entre la tente du nomade et la tente du chef.

Dans la tente du fils Gaba, il y a 5 hommes, 9 femmes, 10 enfants. Il y a 574 moutons, 21 têtes de bétail, 10 veaux, 4 juments, un cheval, 7 mulets, une ânesse, une pouliche et une mule, propriété de Si al Hasnaoui, un lit enfer, deux grands paniers pleins de dattes, deux grands paniers dans lesquels il y a des metred, deux guessaa, un ustensile de cuisine, 5 selles dont l’uns vient de Guelaa, un tapis de selle, 30 pièces de cotonnade, un grand tapis pour séparer la tente en deux, 126 paires de souliers jaunes, 10 gheraia de dattes, 4gheraia de laine, une tandjera, un stol, 12 gheraia contenant des vêtements de femme en cotonnade, 6 gheraia de beurre salé, une gheraia de viande salée, deux gheraia de farine, une gheraia contenant du poil de chameau, 6 guetif, 3 tapis, une charge de laine cordée ou filée, un hanbelpour séparer la tente en deux, 6 boîtes dans lesquelles il y a deux burnous, deux haik, deux gandoura, un turban en soie, deux burnous en drap, 3 vêtements en drap, trois en cotonnade, 4 oreillers en soie, 3 couvertures en soie, deux tasses, deux stol, un pilon enfer, deux poêles, un chandelier, 5 matelas, 5 oreillers en laine, 6 haik, 2 fusils à 2 coups, un pistolet, une djebira, 6 saa de blé, 12 saa d’orge.

La nature des biens possédés ne permet pas de distinguer le caïd du nomade et implique un mode de vie semblable. Quelques inventaires de biens de nomades à la même époque renseignent sur le contenu de la tente : à côté des moutons, des chèvres et des chameaux, on y trouve de quoi manger : céréales, dattes, beurre; de quoi se vêtir : robes, turbans, tissus, du coton et de la laine, quelquefois des souliers; de quoi dormir : nattes tapis.

 La famille caïdale des Gaba appartient au monde des tribus. Et la composition de la fortune évoque la vie traditionnelle des Némenchas : une vie sous la tente, une existence qui tire ses ressources des cultures de céréales et d’un troupeau composé avant tout de moutons, de chèvres , de quelques bovins, de chevaux et de chameaux.

Mais dans la tente caïdale, il y a plus. Et d’abord, plus de personnes : le capitaine Hugonnet, 10 ans avant, estimait le contenu moyen de la tente nomade à 6 personnes. Dans la tente de Al Hafsi, 4 fois plus. Al Hafsi et ses frères ont entre deux et trois femmes, dont deux négresses, des serviteurs, des pâtres. La fortune des chefs se mesure sans doute d’abord à l’importance de ce capital humain, qui comprend famille et serviteurs.

Et ensuite, dans la tente du caïd, il y a plus. Plus de vêtements, plus de tapis, plus de confort, plus d’ustensiles. L’impression domine que les biens possédés par eux assure un surplus qui procure la tranquillité. Mieux logé, mieux nourri, mieux vêtu, le chef indigène peut supporter la pénurie, affronter les mauvaises années. On sait ce qu’il récolte, qu’il a des réserves, dans des silos : 365 saa de blé, 298 d’orge. Or, la consommation individuelle de l’année a été calculée par A.Nouschi; pour l’ensemble de la famille Gaba internée à Tébessa, cette consommation s’élèverait à 72 saa de blé et 108 d’orge. Il y a donc surplus, les réserves assurent l’avenir.

Trente ans plus tard, d’importants dossiers sont consacrés à trois caïds, Abdessalam b al Hafsi b Gaba, Seddik b Ahmed Chaouch et Ali Bey, qui vient d’être nommé aux Ouled Rechaich : dans ces premières années du XXème siècle, la récolte importe moins que la propriété.

Abdessalam fils de Gaba, lui, a presque été un propriétaire heureux : il a émis la prétention de détenir, à titre privé, une zone de 2000 hectares autour du village de Cheria.. Il a omis de rappeler les jardins de Cheria et de Aïn Rabah, d’Ain Babouche, les vastes terrains de culture qu’il détient dans la partie Ouest du cercle. De plus, on sait par une lettre de 1890, qu’il possède des palmiers dans l’oasis de Négrine : sur les 910 palmiers de l’oasis, Abdessalam en possède 432.

 On dit »presque » été propriétaire heureux, parce que cette acquisition de terres suscite toutes sortes de difficultés. Abdessalam est accusé d’avoir d’abord agrandi une terre dont il a eu la simple jouissance, une terre d’apanage, une terre maghzen, et d’avoir transformé cette terre maghzen agrandie en propriété personnelle. Il est menacé d’avoir à la restituer.

Et nous en arrivons au deuxième point qu’établissent ces rapports, c’est que, si les revenus existent et permettent l’acquisition de biens fonciers, cette acquisition n’est pas chose aisée. La même impression domine pour tous, les Gaba et les Chaouch. Ils veulent être propriétaires, ils le sont presque, mais ils se heurtent à toutes sortes de difficultés.

D’une part, on les voit revendiquer avec force le titre de propriétaires. Seddik : J’ai demandé il y a plusieurs années, à être propriétaire de (la terre de) Tazougart… Et le Commandant ajoute : Ce n’est pas la première fois que Seddik présente une pareille demande.. La première demande.. évalue la superficie à 2 charrues, soit 24 hectares, la seconde à 60, la dernière à 70.

Et d’autre part, cette acquisition de terres, elle, n’est pas facile. Il s’agit de terres d’apanage, répondent les Commandants ; vous n’y avez pas droit; ou bien, il s’agit de terres arch, de terres de tribus, et vous n’avez pas le droit de transformer une terre arch en terre melk.

A ces empêchements, les Gaba et les Chaouch répondent en utilisant toutes les tactiques et tous les arguments; par moments, ils utilisent le droit musulman, qui lie le droit de propriété à la notion de mise en valeur par le travail. Nous les avons défrichées depuis longtemps dit Seddik. Quant à Abdessalam, il fit même subrepticement passer ses charrues pour en affirmer la jouissance. Par moment, ils pensent et agissent en hommes qui connaissent parfaitement le vocabulaire et les subtilités des lois (établies par le droit français) qui règlent, en Algérie, le statut de la terre. Ils jonglent avec les notions de terre arch et de terres melk, et avec les modes d’acquisition de terres prévus par la législation coloniale : passage devant des commissions spéciales, le mot kumisyun est passé dans leur vocabulaire; comme le mot concession kunsisyun.

 

Donc, un point semble clair : les deux familles aspirent à la propriété de terres. Et l’on peut dire que cette soif de terres manifeste l’apparition d’une mentalité capitaliste, dont on ne trouve nulle trace dans les années 1870. Cette mentalité est dénoncée d’ailleurs par la djemaa des Ouled Rechaich, en 1902 : Seddik b Ahmed Chaouch vous a porté plainte pour que vous le rendiez propriétaire de la terre de Tazougart.. Toutes les fois qu’il fait des bénéfices dans notre tribu, il achète des propriétés à Tébessa.. Son but est de devenir propriétaire du terrain de Tazougart pour le revendre à des colons, dit la traduction ; le texte arabe parle de markanti.

 

On assiste alors à une contradiction : des caïds qui, on l’a montré ont des revenus bien suffisants pour acheter des terres, mais qui se heurtent à des difficultés d’acquisition. Et la contradiction s’aggrave du fait que ce sont les mieux placés politiquement, ceux qui réussissent le mieux en ce début du 20ème siècle, les Chaouch, qui ont le plus de difficultés à acquérir ces terres ; car ils sont étrangers aux tribus qu’ils administrent.

Suivant la coutume arabe, l’étranger n’a pas de droit aux terres collectives. Les Chaouch vont acheter, mais pas dans les tribus. Ils achètent à Tébessa. Le caid Seddik …a acheté et réparé les immeubles laissés par son père à Tébessa dont la valeur atteint le chiffre de 90000 francs. Ali b Tlemcani b Ahmed Chaouch possède trois immeubles et des terres dans la commune de plein exercice de Tébessa Je tout peut valoir 60000 francs.

 C’est à la ville que la principale famille caïdale a été contrainte de bâtir sa fortune; contrainte, parce qu’il semblerait que les Chaouch eussent préféré acheter des terres et non des immeubles. Les immeubles que je possède à Tébessa sont grevés d’hypothèques, affirme Seddik. Que je vienne à mourir, ce que Dieu réserve à chacun d’entre nous, si l’on m’a dépossédé de la terre de Tazougart, ma famille ne trouvera rien que des immeubles hypothéqués. ..Enfin, j’ai besoin du terrain que je réclame.

On finit sur une note d’amertume, de désillusion, de frustration. Au début du 20 ème siècle, les Gaba comme les Chaouch, enrichis, sans aucun doute du fait de leurs occupations, ont convoité la propriété de terres ; ils semblent avoir beaucoup de mal à les acquérir, et contradiction, les Chaouch plus que les Gaba, peu à peu éloigné du pouvoir.

Et c’est sur cette impression qu’il faudrait peut-être conclure. La seule réalité de leur pouvoir s’exerçait en aval : sur leur groupe, au contact duquel ils se trouvaient, ils ont exercé un pouvoir qui a été de plus en plus un pouvoir de surveillance, de contrôle, un pouvoir policier ; et aux dépens du même groupe, au vu et au su de tous, ils ont prélevé des revenus importants. Mais, en amont, et du côté de l’avenir, les portes étaient fermées.

Ils ont exercé un pouvoir dont la légitimité n’a jamais été sûre : chefs traditionnels ? Hommes d’Etat moderne ? Et dont la suite n’était jamais assurée, quoi qu’ils fissent. Ils ont accumulé des revenus officiels et officieux, qui ne pouvaient pas se transformer pas en capital et qui restaient en quelque sorte plaqués. C’est donc un sentiment très lucide qu’exprime M. Gaba dès 1867 : Vous autres, Français, vous travaillez parce que vous avancez en grade ou en dignité dans la Légion d’honneur. Cela se conçoit, mais moi, je suis caïd et ne puis .. aller plus loin (Mohammed Gaba 1867).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Documents concernant :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Source : Cahiers de la Méditerranée, n°45, 1, 1992. Bourgeoisies et notables dans le monde arabe (XIXe et XXe siècles)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Les anciennes grandes familles algéroises (XIXe siècle) – 1ère partie-

11062017

 

 

 

 

Au lendemain de la chute d’Alger le 5 juillet 1830, les janissaires furent expulsés immédiatement. On les embarqua sur des bateaux qui devaient les conduire en Asie. Beaucoup de familles turques voulurent partager leur sort. Les unes allèrent en Syrie, d’autres en Égypte, quelques-unes aussi à Tunis, fort peu au Maroc.

La plupart, enfin, restèrent encore un certain temps à Alger. Mais après avoir triplé leurs revenus par la location ou la vente de leurs propriétés, elles quittèrent le pays, en tâchant d’entraîner avec elles en pays musulmans certains de leurs compatriotes.

 

 

 

 

 

 

 

Familles turco-arabes restées à Alger

 

 

Parmi les plus importantes familles qui acceptèrent la domination française et qui conservèrent longtemps quelque splendeur, il faut citer, en première ligne, celle des princes Mustapha, descendant de l’ancien dey, qui édifia le palais dans lequel était installée la Bibliothèque nationale (à l’époque coloniale).

 

 

 

 

 

MUSTAPHA PACHA : Ancien charbonnier, complètement illettré (d’après M. le commandant Rinn, ancien chef du bureau central des Affaires indigènes), il était sans l’ombre d’une qualité; on le disait à moitié fou; il passait, en outre, pour très poltron. Il fut d’abord khaznadji sous son oncle, Hacen Pacha. Il ne voulait pas être dey et chercha à mettre à sa place l’agha des Arabes, l’oukil el-hardj ou le beit el-mal. Ces derniers refusèrent et firent proclamer Mustapha ben Ali, plus souvent désigné sous le nom de Mustapha Pacha. Il régna huit ans, de 1212 à 1220 de l’hégire (1798-1805).

Il commença d’abord par dévaliser son oncle maternel, le khaznadji, et persécuta sa famille qui avait mis ses richesses à l’abri; fit périr sous le bâton plusieurs de ses ennemis, et exigeait des cadeaux et de l’argent des consuls étrangers et des notables musulmans. Il était l’ami de la France; aussi le consul de cette nation, obéissant aux ordres de son gouvernement, sut résister à ses exigences; mais le consul d’Angleterre le combla de présents, pour obtenir ses bonnes grâces en faveur de ses nationaux.

  

 

 

 

Les anciennes grandes familles algéroises (XIXe siècle) - 1ère partie-  dans Architecture & Urbanisme 1495021677-s-l1600

Ancien Palais de Mustapha Pacha / Alger 1880

 

  

 

 

 

Pendant son règne, Busnach, devenu trop arrogant, fut tué par un janissaire, et les juifs furent massacrés par les Maures, Kabyles, Biskris et Mozabites. Pour sauver sa tête, Mustapha dut s’incliner devant cette rébellion: en guise de pardon, il envoya son chapelet à l’assassin. Le corps de Busnach fut exposé à la porte Bab-Azzoun. 

 

 

Chaque vendredi, le pacha apportait aux femmes de son harem, pour se parer, un grand coffre rempli de joyaux toujours nouveaux; ils étaient en si grand nombre que beaucoup restaient sans emploi. 

 

 

Le présent que Mustapha fit à la Porte, lors de son avènement, dépassa de beaucoup celui de ses deux prédécesseurs. Il s’éleva, dit-on, à près d’un million; mais il faut dire qu’il lui coûta peu, puisqu’il provenait, en grande partie, des diamants et des objets précieux qu’il venait de recevoir lui-même, comme tributs ou comme cadeaux, des puissances européennes. 

 

Pour se distraire, il se promenait un jour dans le Hamma (jardin d’Essai), lorsqu’un yoldach, dissimulé derrière un arbre, tira sur lui et le blessa. Ses soldats voulurent le venger séance tenante et massacrer l’assassin; il s’y refusa et leur intima l’ordre de se retirer à la caserne des Qechaïria. 

 

 

Moins heureux plus tard, il ne put échapper à une autre tentative. Le 30 août 1803, des soldats, excités contre lui par un de ses ennemis, Ahmed Khodja, un defterdar destitué qui voulait lui succéder, l’assaillirent; et l’un d’eux, d’un coup de yatagan, le fit tomber à côté de la mosquée de Sidi Ouali Dada, près la Cathédrale actuelle, où il se rendait pour faire sa prière. On l’enterra d’abord au cimetière de Bab-Azzoun puis à la mosquée de Sidi Abderrahmane, où se trouve maintenant la sépulture de sa famille. 

 

 

Ahmed Khodja s’empressa de s’emparer de treize coffres contenant le trésor de son prédécesseur. Ils renfermaient des pièces rares et curieuses, qui ont depuis disparu; mais en cherchant, à la longue, on en retrouverait peut-être des traces dans les inventaires des anciennes archives musulmanes.

 

 

Mustapha était fort jaloux: il renfermait ses femmes et leurs esclaves dans la maison qui servait autrefois de Cour d’assises à Alger. Personne ne pouvait y pénétrer ou en sortir. Suivant l’un de ses descendants, les portes étant closes, c’est par les toits que le ravitaillement se faisait.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




LAMIAT-ALARAB Poème de Schanfari – لامية العرب – للشنفرى

9062017

 

 

 

 

 

Le poète Schanfari* était de la tribu d’Azd, et du nombre de ceux qui se distinguaient par leur légèreté à la course. Parmi les coureurs célèbres entre les Arabes, il y en avait qu’un cheval n’aurait pu atteindre : tels étaient Schanfari, Solaïc fils de Salaca, Omar fils de Barrak, Asir fils de Djaber, et Taabbata-scharran.

 

Schanfari avait juré de tuer cent hommes des Bénou-Salaman, et il en tua effectivement quatre-vingt-dix-neuf. Toutes les fois qu’il rencontrait un homme de cette tribu, il lui disait, à ton œil, puis il tirait sa flèche, et attrapait justement son œil. En conséquence ils lui tendirent des embûches, et réussirent à se rendre maîtres de sa personne.

 

Ce fut Asir ben-Djaber, l’un de ces fameux coureurs, qui se saisit de lui. Il ne cessa de le guetter jusqu’à ce que Schanfari étant descendu dans une gorge pour boire, il l’y surprit à la faveur de la nuit. Les Bénou-Salaman firent donc mourir Schanfari ; mais ensuite un d’entre eux passant auprès de son crâne, et lui ayant donné un
coup de pied, une esquille du crâne lui entra dans le pied, et lui fit une blessure dont il mourut. Ainsi fut complété le nombre de cent que Schanfari avait juré de faire périr.

 

 

 

 

 

 

 

**لامية العرب – للشنفرى

1- أَقِيمُـوا بَنِـي أُمِّـي صُـدُورَ  مَطِيِّـكُمْ         فَإنِّـي  إلى قَـوْمٍ سِـوَاكُمْ  لَأَمْيَـلُ

2- فَقَدْ  حُمَّتِ  الحَاجَاتُ  وَاللَّيْـلُ   مُقْمِـرٌ         وَشُـدَّتْ لِطِيّـاتٍ  مَطَايَـا  وَأرْحُلُ

3- وفي الأَرْضِ مَنْـأَى لِلْكَرِيـمِ  عَنِ  الأَذَى         وَفِيهَا  لِمَنْ  خَافَ  القِلَـى  مُتَعَـزَّلُ

4- لَعَمْـرُكَ مَا بِالأَرْضِ ضِيـقٌ على  امْرِىءٍ           سَرَى رَاغِبَـاً أَوْ رَاهِبَـاً وَهْوَ يَعْقِـلُ

5- وَلِي دُونَكُمْ  أَهْلُـون : سِيـدٌ  عَمَلَّـسٌ           وَأَرْقَطُ زُهْلُـولٌ  وَعَرْفَـاءُ  جَيْـأََلُ

6- هُـمُ الأَهْلُ  لا مُسْتَودَعُ  السِّـرِّ  ذَائِـعٌ           لَدَيْهِمْ وَلاَ  الجَانِي  بِمَا جَرَّ  يُخْـذَلُ

7- وَكُـلٌّ  أَبِـيٌّ   بَاسِـلٌ   غَيْـرَ  أنَّنِـي           إذا عَرَضَتْ أُولَى  الطَرَائِـدِ  أبْسَـلُ

8- وَإنْ مُـدَّتِ الأيْدِي إلى  الزَّادِ  لَمْ  أكُـنْ           بَأَعْجَلِهِـمْ إذْ  أَجْشَعُ  القَوْمِ  أَعْجَلُ

9- وَمَـا ذَاكَ  إلّا  بَسْطَـةٌ  عَـنْ   تَفَضُّـلٍ          عَلَيْهِـمْ وَكَانَ  الأَفْضَـلَ  المُتَفَضِّـلُ

10- وَإنّـي كَفَانِـي فَقْدَ  مَنْ  لَيْسَ   جَازِيَاً           بِحُسْنَـى  ولا  في  قُرْبِـهِ  مُتَعَلَّـلُ

11- ثَـلاَثَـةُ أصْحَـابٍ : فُـؤَادٌ  مُشَيَّـعٌ           وأبْيَضُ  إصْلِيتٌ  وَصَفْـرَاءُ  عَيْطَـلُ

12- هَتُـوفٌ مِنَ المُلْـسَِ  المُتُـونِ  تَزِينُـها           رَصَائِعُ قد نِيطَـتْ  إليها  وَمِحْمَـلُ

13- إذا زَلََّ عنها  السَّهْـمُ حَنَّـتْ  كأنَّـها           مُـرَزَّأةٌ  عَجْلَـى تُـرنُّ   وَتُعْـوِلُ

14- وَأغْدو  خَمِيـصَ  البَطْن لا  يَسْتَفِـزُّنيِ           إلى الزَادِ حِـرْصٌ أو فُـؤادٌ مُوَكَّـلُ

15- وَلَسْـتُ بِمِهْيَـافٍ  يُعَشِّـي  سَوَامَـه          مُجَدَّعَـةً   سُقْبَانُهـا  وَهْيَ   بُهَّـلُ

16- ولا  جُبَّـأٍِ  أكْهَـى مُـرِبٍّ   بعِرْسِـهِ           يُطَالِعُهـا في  شَأْنِـهِ كَيْفَ  يَفْعَـلُ

17- وَلاَ خَـرِقٍ هَيْـقٍ  كَـأَنَّ   فــؤادَهُ           يَظَـلُّ به المُكَّـاءُ  يَعْلُـو  وَيَسْفُـلُ

18- ولا  خَالِــفٍ  دارِيَّــةٍ  مُتَغَــزِّلٍ           يَـرُوحُ وَيغْـدُو داهنـاً  يَتَكَحَّـلُ

19- وَلَسْـتُ  بِعَـلٍّ  شَـرُّهُ  دُونَ  خَيْـرِهِ           ألَفَّ إذا ما رُعْتَـهُ اهْتَـاجَ  أعْـزَلُ

20- وَلَسْـتُ بِمِحْيَارِ  الظَّـلاَمِ  إذا  انْتَحَتْ          هُدَى الهَوْجَلِ العِسّيفِ  يَهْمَاءُ  هؤجَلُ

21- إذا  الأمْعَـزُ الصَّـوّانُ  لاقَـى مَنَاسِمِي          تَطَايَـرَ   منـه   قَـادِحٌ   وَمُفَلَّـلُ

22- أُديـمُ مِطَـالَ الجُـوعِ حتّـى أُمِيتَـهُ           وأضْرِبُ عَنْهُ الذِّكْرَ  صَفْحاً  فأُذْهَـلُ

23- وَأَسْتَـفُّ  تُرْبَ الأرْضِ كَيْلا يُرَى  لَـهُ           عَلَـيَّ مِنَ الطَّـوْلِ امْـرُؤٌ مُتَطَـوِّلُ

24- ولولا اجْتِنَابُ الذَأْمِ لم يُلْـفَ  مَشْـرَبٌ           يُعَـاشُ بـه  إلاّ  لَـدَيَّ  وَمَأْكَـلُ

25- وَلكِنّ  نَفْسَـاً  مُـرَّةً  لا تُقِيـمُ  بـي           علـى الـذامِ إلاَّ رَيْثَمـا  أَتَحَـوَّلُ

26- وَأَطْوِي على الخَمْصِ الحَوَايا كَما انْطَوَتْ          خُيُوطَـةُ  مـارِيٍّ  تُغَـارُ   وتُفْتَـلُ

27- وأَغْدُو على القُوتِ الزَهِيـدِ كما غَـدَا           أَزَلُّ  تَهَـادَاهُ   التنَائِـفَ   أطْحَـلُ

28- غَدَا طَاوِيـاً يُعَـارِضُ  الرِّيـحَ  هَافِيـاً          يَخُـوتُ  بأَذْنَابِ الشِّعَابِ ويُعْسِـلُ

29- فَلَما لَوَاهُ  القُـوتُ  مِنْ  حَيْـثُ  أَمَّـهُ          دَعَـا  فَأجَابَتْـهُ   نَظَائِـرُ   نُحَّـلُ

30- مُهَلَّلَـةٌ   شِيـبُ   الوُجُـوهِ  كأنَّـها           قِـدَاحٌ  بأيـدي  ياسِـرٍ  تَتَقَلْقَـلُ

31- أوِ الخَشْـرَمُ المَبْعُـوثُ حَثْحَثَ  دَبْـرَهُ           مَحَابِيـضُ أرْدَاهُـنَّ سَـامٍ مُعَسِّـلُ

32- مُهَرَّتَـةٌ   فُـوهٌ   كَـأَنَّ    شُدُوقَـها           شُقُوقُ العِصِـيِّ كَالِحَـاتٌ وَبُسَّـلُ

33- فَضَـجَّ وَضَجَّـتْ  بالبَـرَاحِ  كأنَّـها           وإيّـاهُ  نُوحٌ  فَوْقَ  عَلْيَـاءَ  ثُكَّـلُ

34- وأغْضَى وأغْضَتْ  وَاتَّسَى  واتَّسَتْ  بـه          مَرَامِيـلُ عَـزَّاها  وعَزَّتْـهُ  مُرْمِـلُ

35- شَكَا وَشَكَتْ ثُمَّ ارْعَوَى  بَعْدُ  وَارْعَوَتْ           وَلَلْصَبْرُ  إنْ  لَمْ  يَنْفَعِ  الشَّكْوُ  أجْمَلُ

36- وَفَـاءَ  وَفَـاءَتْ  بَـادِراتٍ   وَكُلُّـها           على نَكَـظٍ  مِمَّا  يُكَاتِـمُ مُجْمِـلُ

37- وَتَشْرَبُ  أسْآرِي  القَطَا  الكُـدْرُ  بَعْدَما          سَرَتْ قَرَبَـاً  أحْنَاؤهـا  تَتَصَلْصَـلُ

38- هَمَمْتُ وَهَمَّتْ  وَابْتَدَرْنَـا  وأسْدَلَـتْ           وشَمَّـرَ   مِنِّي   فَـارِطٌ   مُتَمَهِّـلُ

39- فَوَلَّيْـتُ  عَنْها  وَهْيَ  تَكْبُـو  لِعُقْـرِهِ           يُبَاشِـرُهُ  منها  ذُقُـونٌ   وَحَوْصَـلُ

40- كـأنَّ  وَغَـاها  حَجْرَتَيـْهِ   وَحَوْلَـهُ          أضَامِيـمُ مِنْ سَفْـرِ القَبَائِـلِ  نُـزَّلُ

41- تَوَافَيْـنَ  مِنْ  شَتَّـى  إِلَيـْهِ  فَضَمَّـهَا          كما ضَـمَّ أذْوَادَ الأصَارِيـمِ مَنْهَـلُ

42- فَغَـبَّ غِشَاشَـاً  ثُمَّ  مَـرَّتْ  كأنّـها          مَعَ  الصُّبْحِ رَكْبٌ  مِنْ  أُحَاظَةَ  مُجْفِلُ

43- وآلَفُ  وَجْـهَ  الأرْضِ  عِنْدَ  افْتَراشِـها          بأَهْـدَأَ   تُنْبِيـهِ  سَنَاسِـنُ   قُحَّـلُ

44- وَأعْدِلُ  مَنْحُوضـاً  كـأنَّ  فُصُوصَـهُ           كعَابٌ  دَحَاهَا لاعِـبٌ  فَهْيَ  مُثَّـلُ

45- فإنْ  تَبْتَئِـسْ  بالشَّنْفَـرَى أمُّ  قَسْطَـلٍ           لَمَا اغْتَبَطَتْ بالشَّنْفَرَى  قَبْلُ  أطْـوَلُ

46- طَرِيـدُ  جِنَايَـاتٍ  تَيَاسَـرْنَ  لَحْمَـهُ           عَقِيرَتُــهُ   لأِيِّـها   حُـمَّ    أَوَّلُ

47- تَنَـامُ إذا  مَا  نَـامَ  يَقْظَـى  عُيُونُـها          حِثَاثَـاً   إلى   مَكْرُوهِـهِ   تَتَغَلْغَـلُ

48- وإلْـفُ هُمُـومٍ مـا  تَـزَالُ  تَعُـودُهُ           عِيَاداً كَحُمَّـى الرِّبْـعِ أو  هِيَ أثْقَلُ

49- إذا  وَرَدَتْ   أصْدَرْتُـها   ثـمّ   إنّـها          تَثُـوبُ فَتَأتي  مِنْ تُحَيْتُ ومِنْ  عَـلُ

50- فإمّا  تَرَيْنِي  كابْنَـةِ  الرَّمْـلِ  ضَاحِيَـاً          على  رِقَّـةٍ  أحْفَـى   ولا   أَتَنَعَّـلُ

51- فإنّي  لَمَولَى  الصَّبْـرِ أجتـابُ   بَـزَّهُ           على مِثْلِ  قَلْبِ  السِّمْعِ  والحَزْمَ  أفْعَلُ

52- وأُعْـدِمُ   أَحْيَانـاً   وأَغْنَـى  وإنَّمـا           يَنَـالُ  الغِنَى ذو  البُعْـدَةِ  المُتَبَـذِّلُ

53- فلا  جَـزِعٌ  مِنْ   خَلَّـةٍ   مُتَكَشِّـفٌ           ولا  مَـرِحٌ  تَحْتَ  الغِنَى   أتَخَيَّـلُ

54- ولا تَزْدَهِي الأجْهـالُ حِلْمِي  ولا  أُرَى           سَؤُولاًَ  بأعْقَـاب  الأقَاويلِ  أُنْمِـلُ

55- وَلَيْلَةِ  نَحْـسٍ  يَصْطَلي  القَوْسَ  رَبُّـها           وَأقْطُعَـهُ  اللَّاتـي  بِـهَا    يَتَنَبَّـلُ

56- دَعَسْتُ على غَطْشٍ  وَبَغْشٍ  وَصُحْبَتـي          سُعَـارٌ  وإرْزِيـزٌ  وَوَجْـرٌ   وَأفَكَلُ

57- فأيَّمْـتُ  نِسْوَانَـاً  وأيْتَمْـتُ   إلْـدَةً          وَعُـدْتُ كما  أبْدَأْتُ واللَّيْلُ  ألْيَـلُ

58- وأصْبَـحَ عَنّـي بالغُمَيْصَـاءِ  جَالسـاً           فَرِيقَـانِ: مَسْـؤُولٌ وَآخَرُ  يَسْـألُ

59- فَقَالُـوا: لَقَدْ  هَـرَّتْ  بِلَيْـلٍ  كِلَابُنَـا          فَقُلْنَـا: أذِئْبٌ عَسَّ أمْ  عَسَّ  فُرْعُـلُ

60- فَلَمْ  يَـكُ  إلاَّ  نَبْـأةٌ  ثُـمَّ  هَوَّمَـتْ           فَقُلْنَا: قَطَـاةٌ رِيـعَ أمْ رِيعَ  أجْـدَلُ

61- فَإِنْ يَـكُ مِنْ جِـنٍّ  لأبْـرَحُ  طارِقـاً          وإنْ يَكُ إنْسَـاً ما كَها  الإنسُ  تَفْعَلُ

62- وَيومٍ  مِنَ  الشِّعْـرَى  يَـذُوبُ  لُعَابُـهُ          أفاعِيـهِ  فـي  رَمْضائِـهِ  تَتَمَلْمَـلُ

63- نَصَبْـتُ له وَجْهي  ولا  كِـنَّ  دُونَـهُ          ولا سِتْـرَ إلاَّ  الأتْحَمِـيُّ  المُرَعْبَـل

64- وَضَافٍ إذا  طَارَتْ  له  الرِّيحُ  طَيَّـرَتْ           لبائِـدَ  عن  أعْطَافِـهِ  ما   تُرَجَّـلُ

65- بَعِيـدٌ بِمَسِّ الدُّهْـنِ  والفَلْيِ  عَهْـدُهُ           لـه عَبَسٌ عافٍ مِنَ الغِسْل مُحْـوِلُ

66- وَخَرْقٍ كظَهْرِ  التُّـرْسِ  قَفْـرٍ  قَطَعْتُـهُ          بِعَامِلَتَيْـنِ ،  ظَهْـرُهُ  لَيْسَ  يُعْمَـلُ

67- فألْحَقْـتُ   أُوْلاَهُ   بأُخْـرَاهُ   مُوفِيَـاً          عَلَى  قُنَّـةٍ  أُقْعِـي  مِرَارَاً   وَأمْثُـلُ

68- تَرُودُ  الأرَاوِي  الصُّحْـمُ حَوْلي كأنّـها          عَـذَارَى  عَلَيْهِـنَّ  المُلاَءُ   المُذَيَّـلُ

69- ويَرْكُـدْنَ بالآصَـالِ  حَوْلِي  كأنّنـي           مِنَ العُصْمِ أدْفى  يَنْتَحي  الكِيحَ  أعْقَلُ

 

 

 

 

 

TRADUCTION

 

Enfant de ma mère, préparez-vous à partir, et hâtez le pas de vos montures : pour moi, je vais chercher une autre société que celle de votre famille.

 

Déjà toutes choses sont prêtes : l’astre des nuits brille de son éclat, les chameaux sont sanglés, la selle est placée sur leur dos : rien n’arrête plus votre départ.

 

II est sur la terre une retraite éloignée, où l’homme généreux peut être à l’abri des insultes; un asile solitaire prêt à recevoir quiconque veut se soustraire à la haine des siens.

 

Jamais, non, jamais il ne se trouvera à l’étroit sur la terre, l’homme prudent, et qui sait employer les heures de la nuit à courir après l’objet de ses désirs, ou à s’éloigner de ce qui cause sa frayeur.

 

D’autres compagnons me dédommageront de la perte de votre société, un loup endurci à la course, un léopard au poil ras, une hyène à l’épaisse crinière. En leur compagnie on ne craint point de voir trahir son secret: le malheureux qui a commis une faiblesse, n’appréhende point de se voir lâchement abandonné en punition de sa faute.

 

Tous ils repoussent les insultes, tous ils combattent avec bravoure; aucun d’eux cependant n’égale l’intrépidité avec laquelle je m’élance au premier aspect de l’ennemi.

 

Mais quand il s’agit d’étendre la main pour partager les aliments, alors que le plus lâche est le plus diligent, je ne les devance plus en vitesse.

 

C’est l’effet de ma générosité par laquelle je m’élève au-dessus d’eux celui qui cherche à se distinguer ainsi à droit au premier rang.

 

Je supporterai sans peine la perte de ces compagnons que les bienfaits même ne peuvent subjuguer, et dont le voisinage ne procure aucune agréable diversion.

 

Et je ne m’apercevrai pas de cette perte, pourvu que ces trois autres ne m’abandonnent point, un cœur intrépide, un glaive étincelant, un arc aussi long que robuste qui rende un son éclatant, du nombre de ces arcs polis et forts en même temps, dont le mérite soit relevé par la beauté des courroies et du baudrier auquel il est suspendu: qui gémit à l’instant où la flèche s’échappe, et semble imiter les cris et les hurlements d’une mère accablée d’infortune, à laquelle le sort a ravi ses enfants.

 

Je ne suis pas de ces gens incapables de supporter la soif, qui en menant leurs troupeaux à la pâture, éloignent les petits de leurs mères, pour épargner le lait, tandis que celles – ci paissent librement.

 

Je me suis pas non plus du nombre de ces hommes pusillanimes et poltrons, qui ne s’éloignent jamais de la compagnie de leurs femmes, et délibèrent avec elles sur toutes leurs démarches; de ces hommes qu’un rien étonne, aussi timides que l’autruche, dont le cœur palpitant semble un passereau qui s’élève et s’abaisse tour-à-tour à l’aide de ses ailes; rebut de leurs familles, lâches casaniers, qui passent tout leur temps à causer d’amourettes avec les femmes et que l’on voit à tous les moments du jour parfumés et fardés.

 

Je ne suis pas de ces hommes faibles et petits, dont les défauts ne sont rachetés par aucune vertu, incapables de tout, qui n’étant protégés par aucune arme, prennent l’épouvante à la moindre menace; de ces âmes sans énergie que les ténèbres saisissent d’effroi, quand leur robuste et agile monture entre dans une solitude affreuse qui n’est propre qu’à égarer le voyageur.

 

Quand mes pieds rencontrent une terre dure et semée de cailloux, ils en tirent des étincelles et les font voler en pièces. Je sais supporter la faim avec une constance généreuse, je fais semblant de ne pas la sentir, j’en détourne ma pensée et je l’oublie entièrement.

 

Je dévore la poussière de la terre sèche, et sans aucune humidité, de peur que la faim ne s’imagine avoir quelque avantage sur moi, et ne se vante de m’avoir vaincu.

 

Si la crainte d’essuyer quelque outrage ne m’avait fait embrasser cette vie pénible et errante, tout ce que l’on peut désirer pour apaiser la faim ou la soif, ne se trouverait que chez moi; mais mon âme généreuse, qui ne peut souffrir aucune insulte, se séparerait de moi, si je ne m’éloignais promptement.

 

Mes entrailles, tourmentées de la faim, se tortillent et se resserrent sur elles-mêmes, comme les fils torts par la main ferme et adroite d’une habile fileuse.

 

Je sors dès le matin, n’ayant pris qu’une légère nourriture , tel qu’un loup aux poils grisâtres, qu’une solitude a conduit à une autre solitude, et qui, pressé de la faim, se met en course dès la pointe du jour avec la rapidité du vent : dévoré par le besoin , il se jette dans le fond des vallées et précipite sa marche; fatigué de chercher en vain dans des lieux où il ne trouve aucune proie, il pousse des hurlements auxquels répondent bientôt ses semblables, des loups maigres comme lui, décharnés, dont le visage porte l’empreinte de la vieillesse ; on dirait, à la rapidité de leurs mouvements, que ce sont les flèches qu’agite dans ses mains un homme qui les mêle pour tirer au sort , ou que le chef d’un jeune essaim mis en liberté, hâte le vol de la troupe qui le suit, vers les bâtons qu’a placés, pour les recevoir, dans un endroit élevé, l’homme qui s’occupe à recueillir le produit du travail des abeilles.

 

Ces loups ouvrent une large gueule; leurs mâchoires écartées ressemblent aux deux parties d’une pièce de bois que l’on a fendue; ils ont un aspect affreux et terrible. Aux hurlements de ce loup, les autres répondent par des hurlements dont retentissent au loin les déserts; on les prendrait pour autant de mères éplorées, dont les cris déchirants se font entendre du sommet d’une colline élevée.

 

A ses cris succède le silence, et le silence succède à leurs cris; toujours constants à imiter son exemple, ils se consolent de la faim qui les dévore, par celle qu’endure celui-là, et leurs tourments servent aussi à soulager sa douleur.

 

Se plaint-il : ils font entendre leurs plaintes; s’il renonce à des plaintes superflues, les autres y renoncent aussi ; et certes, là où les plaintes ne servent de rien, la patience est de beaucoup préférable.

 

Il retourne sur ses pas, et les autres retournent pareillement sur leurs pas : ils précipitent leur course, et quoique pressés par la violence de la faim, ils cachent les maux qu’ils endurent sous une bonne contenance.

 

Les kata qui volent en troupe vers une citerne, en faisant retentir l’air du bruit de leurs ailes, ne boivent
que les restes des eaux que j’ai troublées.

 

Nous courions en même temps pour apaiser notre soif ; nous nous hâtions, à l’envi, d’atteindre cet objet de nos désirs : ils déploient toutes leurs forces, tandis que, sans me presser, je les devance lestement, et je semble être le chef de leur troupe.

 

Déjà je les ai quittés, et je me suis retiré, après avoir étanché ma soif : épuisés de fatigue, ils tombent avec précipitation sur les bords humides de la citerne, et plongent dans la fange le cou et le jabot.

 

Le bruit qu’ils font tout à l’entour de cette mare est comme celui d’une troupe de voyageurs
au moment où leur caravane s’arrête pour camper.

 

Ils accourent de toutes parts vers la citerne : elle réunit vers un centre commun leurs troupes éparses, de même que les troupeaux d’un campement d’Arabes se réunissent autour d’un abreuvoir.

 

Ils boivent avec précipitation, et, reprenant leur vol, ils partent aussitôt, semblables, au moment où les premiers rayons du jour éclairent leur retraite, à une caravane de la tribu d’Ohadha qui précipite son départ.

 

Lorsque je prends la terre pour mon lit, j’étends sur sa surface un dos bossu que soulèvent des vertèbres saillantes et desséchées, et un bras décharné, dont toutes les articulations semblent être autant de dés jetés par un joueur, qui se tiennent debout devant lui.

 

Si les destins malins de la guerre se plaignent, aujourd’hui que Schanfari échappe à leurs coups, assez longtemps ils ont joui de son malheur.

 

II a été en proie à toutes les injustices qui se sont partagé sa chair comme celle d’un chameau dont les portions sont tirées au sort; et toutes les fois que quelque malheur est survenu, il en a toujours été la première victime.

 

Si par hasard le sort malin semblait fermer ses yeux vigilants, dans son sommeil même ses yeux s’ouvraient, et s’empressaient de le frapper de quelque nouveau malheur.

 

Les soucis, ses compagnons assidus, n’ont cessé de se succéder avec autant et plus d’exactitude que le retour régulier des accès d’une fièvre quarte.

 

Lorsqu’ils approchaient, je les éloignais de moi; mais ils revenaient, et fondaient sur moi de toutes parts.

 

Si tu me vois, semblable à l’animal qui vit au milieu des sables, me montrer au grand jour, malgré ma délicatesse, les pieds nus et dépourvus de chaussure, sache que je suis un homme dévoué à la patience : elle est la cuirasse sous laquelle je couvre un cœur de lion, et la fermeté d’âme me tient lieu de sandales.

 

Tantôt je manque de tout, tantôt je suis dans l’abondance : car celui-là est véritablement riche qui ne craint point l’exil, et qui n’épargne point sa vie.

 

Le besoin et l’indigence ne m’arrachent aucun signe d’impatience, et les richesses ne me rendent point insolent.

 

Ma sagesse n’est point le jouet des passions insensées: on ne me voit point rechercher les bruits défavorables que sème la renommée, pour ternir, par des rapports malins, la réputation d’autrui.

 

Combien de fois, pendant une nuit rigoureuse où le chasseur brûlait, pour se chauffer, et son arc et ses flèches, son unique trésor, je n’ai pas craint de voyager malgré l’épaisseur des ténèbres et la pluie, n’ayant pour toute compagnie que la faim, le froid, la crainte et les alarmes!

 

J’ai rendu des femmes veuves et des enfants orphelins, et je suis revenu comme j’étais parti, tandis que la nuit conservait encore toute son obscurité.

 

Au matin qui la suivait, pendant que j’étais tranquillement assis à Gomaïsa, deux troupes causaient ensemble, à mon sujet : Nos chiens, disaient-ils, ont aboyé cette nuit; nous nous sommes demandés à nous-mêmes : ne serait-ce point un loup qui erre à la faveur des ténèbres, ou une jeune hyène !

 

Mais, après un instant de bruit, ils se sont rendormis, et alors nous nous sommes tranquillisés en disant : c’est sans doute un milan, ou peut-être un épervier, qui a eu une frayeur passagère .

 

Si c’est un génie malin qui a passé par ici, certes il nous a fait un grand mal par sa
visite nocturne ; si c’est un homme. .. ..; mais un homme ne peut pas faire tant de ravages.

 

Pendant les jours brûlants de la canicule, où les vapeurs formées par l’ardeur du soleil sont en fusion, où les reptiles ne pouvant supporter sa violence, s’agitent sur le sable brûlant, j’ai exposé hardiment mon
visage à tous ses feux, sans qu’aucun voile me couvrît, et n’ayant pour tout abri contre sa fureur, qu’une toile déchirée, et une longue chevelure, qui, agitée par le vent, se séparait en touffes épaisses, dans laquelle le peigne n’avait point passé, qui n’avait point été , depuis longtemps, ni parfumée, ni purgée de vermine, enduite d’une crasse épaisse, sur laquelle une année entière avait passé sans qu’elle eut été lavée et nettoyée.

 

Combien de fois n’ai-je pas traversé, à pied, des déserts immenses, aussi nus que le dos d’un bouclier, qui n’avaient point accoutumé de sentir le pied des voyageurs!

 

J’en ai parcouru toute l’étendue d’une extrémité jusqu’à l’autre, et je me suis traîné jusqu’au sommet d’une hauteur inaccessible, que j’ai gravie tantôt debout et tantôt assis, comme un chien.

 

Autour de moi rôdaient de noirs bouquetins que l’on eût pris, à leurs longs poils, pour de jeunes filles vêtues d’une robe traînante: ils s’arrêtaient autour de moi sur le soir, et semblaient me prendre pour
un grand chamois tacheté de blanc, aux jambes torses, qui gagnait le penchant de la colline.

 

 

 

 

 

 

 

 

: Le mot Schanfari signifie celui qui a de grosses lèvres.

** : Ce poème porte le nom de Lamia لامية parce que tous les vers se terminent par un lam (ل). C’est à l’imitation de ce poème célèbre que Tograï a intitulé le sien لامية العجم .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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