Inscription de l’Arc de Triomphe de Cirta

15072019

 

 

 

 

 

 

Inscription de l’Arc de Triomphe de Cirta dans Archéologie 1561367164-inscription-arc

 

 

 

 

 

 

 

 

On est en présence de la dédicace d’un monument célèbre, l’arc de triomphe de Cirta, dédicace qui fait ressortir l’ensemble des dons tout au long de son cursus honorum.

 

 

 

 

Cirta (actuelle Constantine) est une colonie romaine depuis 44 avant J.-C., année de la mort de César. Milev, Rusicade (Skikda) et Chullo (Collo) sont trois colonies voisines, mais il existe une administration unique pour les quatre cités. Ces dernières forment la « Confédération de Cirta« , du moins jusqu’à l’époque Gallien où elle sera supprimée. Même si elles sont théoriquement placées sur un pied d’égalité, Cirta exerce une prépondérance de fait.

 

 

 

 

 

Quant a « notre seigneur Antonin Auguste« , il s’agit de l’empereur de l’époque, Marcus Aurelius Antoninus ou Caracalla (212-217), ce qui nous fournit la date approximative de l’inscription.

 

 

 

 

 

 

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Marcus Caecilius Natalis: une Carrière Exemplaire

 

 

 

 

On est dans une colonie romaine: tous les citoyens de la colonie sont citoyens romains, à la différence d’une cité de droit latin. Tout citoyen de naissance libre peut avoir accès aux magistratures, à condition toutefois de satisfaire aux critères d’âge et de fortune correspondant à la charge requises.

 

 

 

 

« Marcus« : prénom; « Caecilius« : nom gentilice; « Natalis« : surnom; on est en présence de tria nomina (les trois noms désignant le citoyen romain), à qui s’ajoutent l’indication de la filiation (« fils de Quintus« ; c’est un fils de citoyen romain) et la mention de la tribu (tribu Quirina): toutes les marues de la citoyenneté sont donc présentes, d’autant plus qu’il s’agit d’un magistrat. Il a été « édile, triumvir, questeur, quinquennal, préfet des colonnies« …. Dans les cités existent comme à Rome le cursus honorum (la carrière des honneurs), mais dans le cas présent, l’ordre hiérarchique des fonctions est très différent de celui qui existe à Rome et dans beaucoup d’autres cités. L’édilité (police et ravitaillement des cités) est mentionnée en premier lieu alors qu’à Rome et dans bien d’autres cités, la carrière des honneurs commence par la questure (gestion des finances de la cité), l’édilité venant en second lieu. L’explication provient peut-être du fait qu’à Cirta, les édiles disposaient de pouvoirs judiciaires importants. Il existe en principe deux édiles par colonie ou municipe sous l’Empire.

 

 

 

 

Dans les cités, le duumvirat (ou duovirat) représente la magistrature supérieure. Les duumvirs sont élus pour un an et disposent de pouvoirs importants (en matière de finances, police, justice….ainsi que la présidence de la curie des décurions, sorte de conseil municipal avant la lettre). Ici le duumvirat laisse la place à un triumvirat (donc une association de trois magistrats). Le triumvirat et le quatuorvirat se rencontrent pourtant plus fréquemment dans les municipes que dans les colonies. La quinquennalité est liée au recensement: il existe quatre magistrats (quinquennales, singulier quinquennalis) par cité ou municipe chargés d’effectuer le recensement et disposant de la potestas censoria (pouvoir du censeur). Ils exercent un rôle en matière budgétaire (affection des dépenses et des recettes de la colonie) et tiennent à jour l’album de la curie.

 

 

 

 

On sait d’après une autre inscription que Marcus Caecilius a été triumvir en 210. Il a élevé cet art de triomphe à l’occasion de sa quinquennalité, sans doute vers 216-217.

 

 

 

 

« Outre les 60.000 HS qu’il a versés à la commune pour les honneurs de l’édilité, du triumvirat et de la quinquennalité« : il a versé 20.000 sesterces à chaque fois qu’il a occupé une des magistratures désignées (édilité, triumvirat, quinquennalité): il s’agit d’une somme fixée par la cité pour exercer telle ou telle magistrature, dite somme honoraire. En revanche, la questure, ainsi que la préfecture des colonies, ne sont pas classées dans les « honneurs« : elles sont considérées à Cirta comme de simple fonctions et non comme des magistratures honorifiques, ce qui explique qu’elles ne nécessitent pas de s’acquittet de « sommes honoriaires« . Il est possible que la gestion des finances ait été largement prise en charge par les triumvirs, les questeurs agissant comme de simples exécutants. Quant à la préfecture des colonies, elle s’explique par la dépendance de fait de Milev, Rusicade et Chullu par rapport à Cirta; les trois premières n’ayant pas de magistrats sont administrées par un préfet, ce qui correspond ainsi à une charge tout à fait particulière. Elles n’étaient pas satisfaites de ce sort et demandaient à être reconnues comme des colonies à part entière, ce qu’elles n’obtiendront, on l’a vu, qu’environ un demi-siècle après la date approximative de l’inscription.

 

 

 

 

 

 

 

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Les Evergésies Ob Honorem

 

 

 

 

 

On appelle évergétisme une pratique par laquelle certains citoyens puissants et fortunés prennent à leur charge une partie des dépenses de leur cité: construction de monuments, faveurs au peule, distribution de blés, organisation de spectacles…. Les actes d’évergétisme peuvent être effectués en accomplissement de promesse faites lors de candidatures à telle ou telle élection correspondant à une charge dans la cité. Il s’agit d’actes d’évergétisme ob honorem, c’est-à-dire liés à la carrière des honneurs (magistratures et prêtrises). Ils correspondent dans ce cas à des pratiques légales et obligatoires: l’élu qui ne tient pas sa promesse est possible de poursuites. Il existe toutefois certains actes d’évergétisme correspondant à des libéralités, échappant aux honneurs, et donc sans caractère obligatoire. Dans l’un et l’autre cas, ces actes sont accomplis essentiellement en l’honneur de l’empereur, d’où les références à « notre Seigneur«  (« l’Indulgence de notre Seigneur« ; « la Vertu de Notre Seigneur Antonin Auguste« ). Les dons mentionnés sont les suivants:

 

- deux statues de bronze (pour l’édilité et le triumvirat) et la chappelle tétrastyle (à quatre colonnes) protégeant la deuxième statue de bronze;

 

- l’arc de triomphe, à l’occasion de la quinquennalité, « élevé à ses frais dans la même année«  qu’il en avait fait la promesse: il s’agit d’un don plus important qui témoigne de la progression des fonctions.

Le magistrat insiste sur son empressement à tenir ses promesse tout comme il avait tenu à rappeler son exactitude quant à l’acquittement des sommes honoraires.

 

 

 

 

 

A ces dons s’ajoutent les libéralités qui ont eu lieu dans les quatre citées: elles sont composées de spectacles essentiellement théâtraux (« jeux scéniques« ) et de « lancer de cadeaux à l’assistance«  (il y a parfois distribution d’argent). De telles libéralités autorisent la réunion de toute la cité autour de ces actes d’évergétisme. Elles montrent aussi que les trois cités dépendantes de fait par rapport à Cirta ne sont pas oubliées bien qu’elles ne disposent pas de magistrats.

 

 

 

 

 

Nous sommes tout cas en présence d’un magistrat qui dispose d’une fortune tout à fait considérable, d’autant plus que les sommes honoraires évoquées semblent particulièrement élevées pour une cité romaine. Il était rare que les magistrats des cités accomplissent autant d’actes d’évergétisme ob honorem.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Royaume D’Alger sous Le Dernier Dey – 18ème partie -

13072019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Royaume D'Alger sous Le Dernier Dey - 18ème partie - dans Attributs d'Algérienneté 1554714294-benais10 

Ben Aissa l’ancien ministre de Hadj Ahmed Bey

Photo prise en 1856

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre Cinquième

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BEYLIK QSANTINA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

II. — Ahl el-Makhezène

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2e CATÉGORIE.—TENANCIERS, FERMIERS, AUXILIAIRES, ETC.

 

 

 

 

 

 

 

 

308. AZEL-DES-AMEUR-CHERAGA (1837).— Apanages des-dignitaires de la Cour du bey. — BEBCHIA, AÏNE-EL-HADJAR, AMEUR-EL-HETE, BLED-STETIRA, OULED-EL-BEY, AÏNE-EL-MEURS, OULED-GOUAM, SEKARNIA, FERRAOUINE, etc. — Ameur-Serahouia, D. C , partie; Ouled-Naceur, D. C., partie; Ahsasnah, D. C., partie; El-Meradcha, D. C, partie (Aïne-Mlila, M. ; Ouled-Rahmoun, P. E.; El-Guerra, P. E. ; Khroub, P. E. ; Quettar-el-Aïch, centre et toute la banlieue de Constantine).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

309. AZEL DE L’OUED-KEBBAB (1837). — OULED-TEBIB, BENIGHOMERIANE, OULED-SOLAD, BENI-GUECHA. — Ghomeriane, D. C; Oued-Kebbab, D. C. (Fedj-Mzala, M. et centre de Lucet).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

310. Azels de MILA (1837). — OULED-KAÏM, MILA, AZEBA, etc. — Mila, D. C. (Mila, P. E., territoire de colonisation de Aïne-Tine, P. E.; Azeba).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

311. MOUIA. (1837). — Sidi-Abdelmelek, D. C. (Grarem, P. E., et El-Milia, M.); Guettara, D. C. (El-Milia, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

312. KERMOUDA et ZOUAGHA-EL-GUEBLIA (1837) (Voir n°’356). — Kermouda, D. C , partie (Zeraïa, P. E.); Ouled-Yahia, S. I., partie (Sidi-Merouane, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

313. OUED-BENGRATS (1837). — Karkara, D. C., partie (Roufach, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

314.OUED-EL-KOTONE (1837). — Bou-Ksaïba, D. C. (Aïne-Kerma, P. E.) ; Bab-Trouche, D. C. (Roufach, P. E., et territoire de colonisation d’Aïne-Tine).

 

 

 

 

 

 

 

 

315. OUEDJEL (1837), territoire de colonisation de Roufach, P. E. ; El-Malah, C.; Mezoura, C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

316. CHETTABA (1837), territoire indigène et de colonisation. — (Aïne-Smara, P. E.); Djebel-Aouqueb, D. C. (Oued-Atmenia, P. E.); Karkara, D. C., partie Rouffach, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

317. Azels des BENI-HAROUN (1838), territoires de colonisation. — (Grarem, P. E.; Sidi-Merouane, P. E., et Gravelotte, centre).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

318. OUED-ROUMMEL (1837). — Ouled-Arema, D. C. (Oued-Seguine, P. E., et Arema, fermes).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

319. OULED-BELAQUEL-EL-BERRANIA (1838), apanage du caïd El-Ebel, gardiens, pâtres et chameliers du Beylik.— Ouled-Aaziz, D. C.; Ouled-Belaguel, D. C.; Ouled- Sellem, D. C. (Aïne-Mlila, M.).

 

 

 

 319bis. BENI-HAMEIDANE, TAKOUK, HAOUIMEUR (1838). — Beni-Hameïdane, D. C. (Bizot, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

320. OULED-BRAHAM (1838). — Ouled-Braham, D. C. (Bizot, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

321. Azels de SMENDOU, MSOUNA, MECHMECH, SOUHALIA, partie, OULED-ATTIA, SOUADECK, etc. (1838-1839-1840), territoires de colonisation de Condé-Smendou, P. E.; El-Kantour, P. E.; El-Arrouch, P. E.; Eulma-Medjabria, D. C.; Souadek, D. C. (Condé-Smendou, P. E.), Msouna, D. C. (El-Arrouch, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

322. Azels des GUERFA (1838-1839-1840-1852). — (BENI-OUDJANA, EULMA-KCHAKCHA, SOUHALIA, partie, etc. (V. n° 324). — Khanguet-Sebate, D. C., Ouled-Ahmed, Béni-Ahmed, D. C.; Ouled-Saci, D. C; Khesara, D.C.; Oued-el-Aar, D. C. (Oued-Cherf  M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

323. CEDRATA, BENI-SALEM,OULED-DERRADJ (1843). — Ouled-Derradj, D. C, (Jemmapes, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

324. OULED-DJEBARA (1843).— OULED-HAMZA, OULED-HABELA, OULED-EL-ALIA. — Ouled-Hamza, D. C.; Ouled-Habela, D. C. ; (Jemmapes, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

325. MOUELFA. — Mouelfa, D. C. (Guelaa-bou-Sba, P. E ).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

326. OUED-BESBÈS (1836). — Oued-Besbès, D. C. (Randon, P. E., centre et territoire de colonisation).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

327. TREATE, partie. — HASSAHACE. — Abdesselem, D. C. (Edough, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

328. AMEUR-GHERABA. — OULED-DERRADJ, TEMLOUKA, HARMALIA, GUELLAL, etc. (V. n° 337). — (Banlieue de Sétif, P. E., et de Saint-Arnaud, P. E.; centres ou fermes de Temlouka, Harmalia, Guellal).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La fête andine, un symbole identitaire aux multiples facettes

11072019

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le monde andin, les fêtes se déroulent sur une ou deux semaines, elles rythment la vie et la structurent. Qu’elles soient familiales ou communautaires, profanes ou religieuses, elles sont l’expression d’une identité culturelle aux multiples facettes que nous voudrions mettre en lumière car, au-delà des formes diverses et des apparences extérieures variées, elles présentent des constantes très marquées. Certes, toute manifestation festive est rupture avec la vie quotidienne et se définit par la prodigalité, la débauche, l’excès. Pour être réussie, elle doit inclure nourriture et boisson en abondance, musique, chant et danse jusqu’à l’épuisement mais, outre ces caractéristiques, elle cimente l’union des participants et met en jeu des valeurs spécifiques, en relation avec le sacré et la mémoire collective.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le calendrier festif annuel et la dimension religieuse de la fête

 

A l’exception des réjouissances familiales, qui peuvent intervenir à n’importe quel moment de l’année, les festivités qui mobilisent les communautés correspondent au calendrier agraire et sont étroitement liées aux rituels de fertilité, aux divinités protectrices, la Terre-Mère ou le Dieu Montagne, dont dépendent l’abondance des récoltes, la fécondité des troupeaux et la santé des personnes. Le Carnaval, situé à la fin de la période des pluies, porte l’espoir des fruits à venir, il est propice à de joyeux divertissements, mais la saison la plus favorable aux célébrations de tous ordres s’échelonne de mai à septembre. Elle s’achève avec la Toussaint, visite à la famille des âmes des défunts, qui scelle la solidarité intrinsèque des morts et des vivants. Quelques solennités religieuses chrétiennes sont commémorées avec un éclat particulier dans certains villages mais le point d’orgue du cycle cérémoniel est, partout, la fête patronale devenue, avec le temps, le repère identitaire majeur. L’unique rassemblement annuel à caractère civil concerne l’intronisation des nouvelles autorités communales le premier janvier.

 

 

La première constatation qui s’impose, lorsque l’on se penche sur l’agenda festif des communautés andines contemporaines, est que l’Eglise catholique, qui a su faire adopter par les populations indigènes les messes, les processions, les pèlerinages, ainsi que la sacralisation des principaux rites de passage, baptême et mariage notamment, n’a pas réussi à faire disparaître la religion et les traditions autochtones.

 

 

Les festivités associées aux rites agricoles et pastoraux respectent l’ancien calendrier incaïque, même si les fêtes chrétiennes l’ont officiellement remplacé, et les apports hispaniques se sont intégrés à l’univers socio-culturel andin. Ainsi, le Carnaval, introduit par les Espagnols, conserve son côté grotesque et fournit l’occasion de se déguiser, de s’asperger d’eau ou de farine, mais demeure, fondamentalement, un hommage à la Terre-Mère. Partout, des offrandes sont adressées à cette divinité tutélaire, à titre individuel par chaque famille et à titre collectif par ceux qui exercent une responsabilité communautaire, pour qu’elle concède des produits généreux. Au mois de février, les Incas sacrifiaient des lamas au Soleil afin que leurs champs aient de bons rendements et, aujourd’hui encore, certaines communautés égorgent des chevreaux et offrent leur sang à la « Pachamama ».

 

 

 

La récolte du maïs appelait de multiples festivités qui ont été relayées par la célébration des Croix de Mai. Celle-ci est devenue un symbole majeur de la religiosité paysanne et s’est chargée d’une mission de protection, liée à la fertilité et à l’abondance. Aussi, après la cueillette, quand la terre a accompli son cycle de gestation, toutes les croix sont-elles enlevées du lieu qui leur est assigné, fleuries et portées en procession à l’église du chef-lieu de district pour y être bénies. Elles seront remises à leur place avant les semailles, en septembre, au seuil de la nouvelle phase de production. Pour préparer le 3, le Christ de l’église des villages est veillé toute la nuit du premier mai, avec chants, danses et prières. Cette vigile rappelle les trois soirs de veille que les anciens Péruviens consacraient à « Marna Zara », la divinité du maïs. D’ailleurs, à Yucay, près de Cusco, un lien étroit s’est établi entre cet objet symbolique et cette graminée : l’emblème confectionné avec les épis est placé à côté d’un véritable crucifix et est considéré comme une image de la famille.

 

 

 

Juin était marqué par la grande fête du Soleil, « Inti Raymi ». A cette occasion, les Indiens répandaient des fleurs le long du chemin, chantaient et dansaient. Aussi les premiers missionnaires solennisèrent-ils les processions en l’honneur du Saint-Sacrement en adaptant un « haylli », hymne de triomphe du paysan dans le labour, pour que les enfants l’exécutent et le miment pendant la cérémonie. Les célébrations actuelles de la Fête-Dieu se situent dans cette ligne, bien que les chants exaltent la récolte du blé, servant à fabriquer le pain céleste, et que les danses mettent en scène la moisson. Ceci tendrait à démontrer que l’on honore à la fois les fruits de la nature, le labeur des hommes et l’Eucharistie.

 

 

L’adoption de Saint Jacques comme patron des troupeaux s’explique par le fait que le « Fils du Tonnerre » s’est confondu avec « Illapa », le dieu de l’éclair, du tonnerre et de la foudre, une des divinités ancestrales les plus vénérées. La relation avec le bétail se fait par l’intermédiaire des « illas », ces pierres sur lesquelles la foudre est tombée, considérées comme sacrées et dotées du pouvoir magique de faire prospérer le cheptel. De même, la Vierge, souvent fêtée dans les Andes, est considérée comme « le symbole de la fertilité », elle est alors assimilée à la « Pachamama ».

 

 

 

La Toussaint perpétue les rites des défunts. Les rassemblements chez les personnes qui ont perdu un proche dans l’année ou dans les cimetières début novembre donnent lieu à de véritables débauches car « plus les invités boivent et mangent, mieux les âmes seront rassasiées ». Celles qui ont été aussi bien accueillies dans ces réunions bruyantes favoriseront la venue de la pluie, elles intercéderont auprès des forces surnaturelles protectrices pour que les besoins des leurs soient satisfaits et pour que leur soient évités les maladies et autres malheurs.

 

 

 

La fête patronale est la manifestation essentielle d’une communauté. Néanmoins, dans quelques cas, fin juin, elle est un prétexte pour célébrer « l’Inti Ray mi » : les bains nocturnes purificateurs dans les sources sacrées, les batailles rituelles qui peuvent entraîner la mort de certains participants, dont le sang va féconder la terre, éclipsent les rites catholiques. Partout, le saint patron est révéré par une procession, au cours de laquelle sa statue est promenée dans les rues du village, et une messe solennelle, avant que les divertissements ne s’imposent pendant plusieurs jours et que tout le monde ne sombre dans l’ébriété générale. C’est au cours de ces festivités, où les villageois revêtent leurs plus beaux atours, qu’a lieu la traditionnelle corrida et que l’on peut apprécier les danses les plus significatives.

 

 

 

Les débordements de joie collective sont indissociables des célébrations à caractère religieux que nous venons de mentionner. Les rapprochements que nous avons établis entre les deux systèmes de référence, autochtone et catholique, montrent que, si un syncrétisme s’est parfois produit, les deux religions se côtoient souvent sans interférences et la première semble l’emporter sur la seconde. En effet, de nombreuses cérémonies dites chrétiennes recouvrent des réalités culturelles qui n’ont pratiquement rien à voir avec le réfèrent théologique catholique censé leur servir de support et la réinterprétation qui en est faite, à partir des schémas de pensée andins, met en pleine lumière l’originalité du phénomène religieux qui s’exprime dans le rituel festif. Cependant, quelle que soit la référence surnaturelle sollicitée, la priorité de la fête est la communication avec le sacré, la communion de l’homme avec les forces qui animent l’univers, le retour à l’harmonie primordiale qui conditionne toute vie sociale, la reconnaissance pour les dons reçus et la demande pour ceux qui sont à venir.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fête, lieu de prestige et expression de la cohésion communautaire

 

 

 

De plus, cette manifestation collective remplit une triple fonction : politique, sociale et économique. Sa prise en charge est le moyen pour son principal organisateur d’acquérir du prestige aux yeux de ses concitoyens et sa réalisation repose sur une solide organisation. Elle se prépare plusieurs mois à l’avance et les principaux rôles sont clairement déterminés avec une antériorité d’une année car il s’agit de réunir les moyens de la financer, ce qui peut impliquer l’émigration temporaire de certains membres de la famille. Les deux piliers mis en place durant la période coloniale pour assurer la pérennité de l’hommage dû au saint patron sont les confréries et le système des charges politico-religieuses. En fait, ils sont intimement liés, car, même si les premières sont en voie de disparition, sociologiquement, de nombreux villages andins fonctionnent encore comme ces associations.

 

 

 

Les obligations administratives et religieuses y sont la pièce maîtresse de la structure sociale. Le rite festif est donc le dispositif essentiel par lequel tout homme, en fonction de son âge, remplit ses devoirs cérémoniels envers la collectivité et s’y intègre comme un membre à part entière. Pour chaque événement, les responsabilités sont réparties selon une hiérarchie préétablie, déterminée par l’âge du candidat et les services qu’il a précédemment assumés. Elles respectent aussi son appartenance à la partie haute ou basse du village car les deux moitiés constitutives de la communauté se doivent d’être représentées en proportions égales. Le partage des tâches au sein de l’équipe organisatrice, qui va être à l’origine d’une parenté rituelle, revient à la personne qui s’est engagée à « pasar el cargo ». Les termes utilisés pour la désigner varient selon les endroits : « prioste », « mayordomo », « alférez », « caporal ». En réalité, c’est le couple qui assume conjointement cet engagement, chacun selon sa fonction propre. En effet, rien n’est laissé au hasard et le déroulement des diverses phases de cette activité majeure du calendrier indigène obéit à des canons très rigides.

 

 

 

Lorsqu’un homme s’est porté volontaire, parfois sous la pression du groupe, pour célébrer une fête, il est assuré de la collaboration de tous ses parents et alliés, ainsi que de ses « compadres », car celui qui a reçu une aide, à un moment déterminé, se doit de la rendre largement à cette occasion, dans les proportions fixées par la coutume. La réciprocité, inhérente à cet acte collectif, renforce donc, en premier lieu, la cohésion familiale. Les proches, y compris ceux qui vivent très loin ou en ville, apportent leur contribution matérielle, ce qui permet d’avoir accès, pour ces réjouissances publiques, à des produits spécifiques des différents étages écologiques et d’offrir une abondance inaccessible en temps normal. De fait, celles-ci mobilisent toutes sortes de richesses et donnent lieu à un échange de biens sans précédent, puisque l’organisateur nourrit tous les participants et leur donne largement à boire pendant plusieurs jours. Cette redistribution a souvent été considérée comme un moyen de nivellement social, c’est aussi une manière d’affermir la vie communautaire et de mettre en évidence les valeurs essentielles qui la constituent : l’équité, la justice, la réciprocité, l’harmonie entre les membres, la recherche du juste milieu, de l’équilibre entre les hommes, lié à celui de l’univers. Ainsi, nul n’est exclu de cette profusion et chacun saura payer de retour les bienfaits reçus. La célébration commune qui favorise l’intégration de tous, en faisant oublier les inévitables tensions et conflits, fortifie donc aussi l’union des villageois, à travers le sentiment d’appartenance à une même entité et la participation à une action qui revêt pour tous une certaine transcendance. De plus, l’entreprise appelle des collaborations très larges et déborde le cadre strict de la communauté. Le concours des habitants des villages voisins est souvent sollicité. Musiciens, danseurs, responsables, à titres divers, de l’organisation festive, tous doivent être fin prêts pour le grand jour. Il s’agit de surpasser les fastes des années antérieures, la réputation de chacun est enjeu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les modulations de l’identité dans la fête

 

 

 

Une fête dans les Andes présente avant tout une dimension esthétique, qui s’exprime à travers le luxe de couleurs des magnifiques vêtements des femmes, en particulier les nombreuses « polleras », enfilées les unes sur les autres, les châles aux teintes chatoyantes, les bijoux, les ponchos cérémoniels vivement colorés ou rayés des hommes, les chapeaux neufs, les ceintures tissées, les uniformes des musiciens et les travestissements arborés par les danseurs. L’identité ethnique s’affiche à travers tous ces éléments.

Mais, plus subtilement, les motifs de décoration géométriques, le jeu des coloris clairs et foncés, la symétrie des dessins permettent à un regard averti de décoder l’organisation de l’univers spatial andin et de découvrir, par l’intermédiaire de ces symboles, le code culturel qui unit les villageois : les structures sociales fondamentales, le dualisme, la cosmogonie locale.

 

 

 

Les danses rituelles obéissent à un ordre strict laissant peu de place à l’expression individuelle. Elles sont intimement associées à la musique, qui leur impose le rythme. Les deux sont un aspect essentiel de la fête. Danseurs et musiciens y démontrent leur virtuosité et leur résistance mais, par le biais de ce déploiement d’énergie énorme, puisqu’il s’agit de jouer et de danser sans s’arrêter durant des heures, ils ont le sentiment d’entrer en communion avec leur saint patron, de sentir le battement de son cœur, de vivre une réciprocité avec lui. Cet engagement volontaire est une manière d’implorer sa protection et de lui manifester sa dévotion.

 

 

 

Cependant, la plupart de ces danses s’effectuent avec des déguisements, que, dans une communauté indienne, seuls les hommes revêtent. Masques, plumes, tuniques de laine, guenilles, capes de velours, costumes en satin richement décorés de pierreries et de broderies permettent de revisiter l’Histoire, de réaffirmer et reconstruire l’identité culturelle, en opposition à la culture dominante et en relation aux différents groupes ethniques. Dans de nombreux villages, les artistes du jour ramènent aux temps primordiaux en figurant les sauvages des régions amazoniennes, appelés « chunchos », considérés comme les ancêtres, qui expriment l’idéal d’égalité des sociétés andines. Ils font revivre la période incaïque, en privilégiant l’Inca Atahualpa, et le drame de la Conquête, la domination espagnole avec ses représentants caractéristiques, tous tournés en dérision, ce qui permet aux danseurs de récupérer, symboliquement, l’espace politique que les premiers ont confisqué à leur seul profit. Leurs pantomimes satirisent également le pouvoir local et critiquent ceux qui commettent des abus. La danse est donc le lieu où les rôles s’inversent, où l’ordre est subverti et où toute forme d’oppression est rejetée. Elle rend possible l’impossible. En ce sens, la fête agit comme une véritable catharsis, elle favorise l’expression des rancœurs refoulées, elle rend possible les recompositions d’identité, elle est l’échappatoire ludique qui fait accepter la vie quotidienne et sa réalité.

 

 

 

Le jeu avec un taureau est un autre élément caractéristique de toute manifestation festive andine. Il revêt différentes formes, selon les régions, mais, pratiquement partout, il se distingue de la corrida espagnole. La bête n’est pas sacrifiée, après avoir démontré sa bravoure, elle revient, le soir même, dans son pâturage. Les toreros sont de vaillants jeunes gens du village qui, dans cet épisode, témoignent de leur courage aux yeux de tous. Dans le sud du Pérou, le quadrupède est, de plus, mis en face d’un condor que l’on a préalablement enivré et qui, lui aussi, sera relâché le lendemain. Par contre, dans certaines communautés d’altitude des départements d’Apurimac et de Cusco, tout comme dans le roman d’Arguedas Yawar Fiesta (1941), le rapace est attaché sur le dos du mammifère et l’excite en le mordant avec son bec, ce qui le rend encore plus furieux envers les Indiens qui le bravent.

 

 

 

Les deux mises en scène sont différentes. Dans la première, il y a antagonisme apparent entre les deux belligérants, combat fréquemment interprété comme l’expression de l’opposition des Blancs et des Indiens, de la lutte entre culture dominante et culture dominée. Cependant, cette lecture néglige le fait que le fougueux ruminant venu d’Espagne a acquis, au cours des siècles, un don de protection incontestable, puisqu’une sculpture le représentant couronne le toit des maisons des environs de Cusco et a pour mission de repousser les mauvais esprits. Plus probablement, pour Pénélope Harvey, ces deux animaux, également dangereux, incarnent les puissances de la nature. Celles-ci sont contenues à l’intérieur du village par l’action des hommes mais leur menace ne peut jamais être totalement éliminée. Cette pratique symbolique réalise la synthèse du pouvoir espagnol et indigène dans une tentative de défi aux forces extérieures menaçantes. Dans la seconde situation, les deux acteurs sont alliés, le lien qui les unit est explicite, ils jouent en complémentarité.

 

 

 

A travers les représentations animales et leur position (le condor renvoie à la partie haute de l’espace andin et le taureau au bas), ne faut-il pas percevoir le principe organisateur du monde indigène, les deux moitiés opposées et complémentaires qui structurent la vie sociale et président à l’agencement de l’univers rassemblées dans une perspective d’unité ? Par ailleurs, la remise en liberté du condor retient notre attention. Orné de rubans multicolores, il est reconduit comme un hôte de marque au lieu réservé aux adieux précédant les longues séparations, au milieu des danses et des chants des femmes. Cet acte solennel donne à celui qui incarne traditionnellement l’esprit de la montagne une dimension exceptionnelle : alors qu’il prend de la hauteur et tournoie au-dessus de la communauté, n’assure-t-il pas le lien entre ceux et celles qui le regardent partir et la divinité qui les protège ?.

 

 

 

Les exemples précédents n’épuisent pas les multiples manières à travers lesquelles se décline l’identité dans la célébration festive mais ils sont explicites des grandes tendances qui s’y dessinent. Elle favorise l’émergence du sens caché des choses, l’expression d’une autre approche de la réalité sur le mode allégorique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fête dans les Andes offre donc des dimensions plurielles. Lieu de la fusion du sacré et du profane, espace où se définit l’identité du groupe dans un rapport au surnaturel, au pouvoir dominant et aux autres participants, elle agit comme le catalyseur des intérêts de tous. Les aspects religieux, politiques, sociaux, économiques, humains qu’elle met en jeu sont indissociables les uns des autres. Aussi cette démarche collective riche en symboles apparaît-elle comme le retour au temps initial : elle permet de garder la mémoire de l’Histoire et de la culture, tout en recréant l’harmonie avec les divinités, la nature, la communauté, et, ce faisant, elle préserve l’équilibre du monde et de la société.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le Royaume D’Alger sous Le Dernier Dey – 17ème partie -

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Le Royaume D'Alger sous Le Dernier Dey - 17ème partie - dans Attributs d'Algérienneté 1554711888-ob-06f9d8-ahmed-bey-par-ahmed-benzelikha

Ahmed Ben Mohammed Chérif,connu sous le nom de Hadj Ahmed Bey: Le Dernier Bey de Constantine (1826 – 1837)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chapitre Cinquième

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BEYLIK QSANTINA

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I. — Ahl el-Makhezène

 

 

 

 

 

 

1re CATÉGORIE. — GROUPES GUERRIERS

 

 

 

 

 

 

 

284. QSANTINA (Constantine) (1837, 13 octobre). — Nouba de 5 sefra actives (73 hommes); artillerie; maison militaire du Bey ; 30 mokahalia ; 50 mezerguia (lanciers) du bach-kateb ou secrétaire général ; 60 kobdji ou gardes de ville, chaouch, etc. — Constantine, préfecture, chef-lieu de division militaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

285. DEIRA DU KHALIFAT DU BEY (1837), 200 cavaliers. — Banlieue suburbaine : Le Hamma, P. E.; Khroubs,P. E. ; Ouled-Rahmoun, P. E.

 

 

 

 

 

 

 

 

286. MAKHEZÈNE DES HARAKTA ou du CAID EL-AOUASSI (1840-1852). — L’ancienne confédération des HARAKTA, comprenant les 4 groupes des OULED-SAÏD, OULED-SLOUANE, OULED-KHANFAR, OULED-EUMARA, se composait de 32 petites tribus, presque toutes apanages des officiers et lieutenants du Caïd El-Aouassi, qui était toujours un parent du bey et un des plus grands dignitaires de la cour. Il avait en permanence 300 cavaliers sous ses ordres et les Harakta pouvaient lui fournir, à un moment donné, près de 4,000 cavaliers de goum. — Forme 26 sections : Aïne-Dess, D. C ; Touseline, D. C. ; Sidi-Rgheïsse, D. C. ; Aïne-Bobouch, D. C. ; Goum, D. C. ; Ouessah, D. C. ; El-Hassi, D. C. ; Medfoun, D. C.; Aïne-Ziloun, D. C.; Fkrina, D. C. (Oum el-Bouaghi, M.); Oulmène, D. C. (Aïne-Beïda, P. E.) ; Mesloula, D C. ; Rahia, D. C. ; Guern-Amar, D. C. ; El-Mechtal, D. C.; Ras-Zebar, D, C. ; Dalah, D. C.; Oued-Nini, D. C.; Mtoussa, D. C.; Baghaï, D. C.; Aïne-Tliouïla, D. C. (Meskiana, M.); Aïne-Snob, D. C.; Bouhaouch, D. C.; Moulaï-Dine, D. C. ; Terraguette, D. C.; El-Zerg, D. C. (Sedrata, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

287. DOUAIR DE L’AGHA (1837-1838). — Environ 1,000 cavaliers commandés par 30 chaouch :

 

 

 

DEÏRA.-EL-OUED (OULED-FILLAH, OULED-ZRAR). — Oued-Bousselah, D. C. (Fedj-Mesala, M.).

 

 

 

BENI-MEROUANE. — Tachouda, D. C. (Fedj-Mesala, M.).

 

 

 

DEIRA-SERAOUÏA.— Seraouïa, D. C. (Aïne-Tine, P. E ).

 

 

 

DEIRA-ZENATIA. — Zenatia, D. C. (Aïne-Abid, P. E).

 

 

 

 

 

 

 

 

288. ZMOUL (1837-183.8). — Makhezène de 500 cavaliers d’élite, commandés par un caïd turc. — El-Kouachi, D. C. ; Ouled-Zouaï, D. C. ; Meraouna, D. C. (Aïn-Mlila, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

289. OULED-ABDELNOUR (1832-1838-1839-1840). — Grande tribu sbahia, fournissant 1,000 cavaliers, sous un caïd turc. — Ouled el-Haïf, D. C. ; El-Brassa, D. C.; Ouled-Zerga, D. C.; Ouled-el-Arbi, D. C.; Zaouïet-ben-Zarroug, D. C. (Châteaudun-du-Roummel, M.) ; Ouled-Belkhir, D. C. ; Ouled-Zaïm, D. C. ; Ouled-Belhaouchète, D. C. ; Ouled-Bouaoufane, D. C; Ouled-Mekhencha, D. C. (Eulma, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

290. TELAGHMA (1832-1838), tribu sbahia, 100 cavaliers. — Ras-Seguine (Seguin), D. C.; (Oued-Seguin, P. E. et Châteaudun-du-Roummel, M.); Timtelacine, D. C. ; Aïoum-el-Hadjez, D. C. ; Meghalsa, D. C. (Châteaudun-du-Roummel, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

291. DAMBEUR et ARAB-CHETTAIA (1838-1839). — Apanage du Chikh-el-Arab officiel; avaient la charge d’assurer les communications postales avec le Sahara et de faire la police des nomades. — Dambeur, D. C. (Oued-Atmenia, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

292. EULMA-MESLA (1838-1840), 50 Mokhaznia, appanage du bach-kateb. — Oued-Sbikha, D. C.; Sferdjela, D. C. (Condé-Smendou, P. E.); Refref, D. C. (El-Arrouche, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

293. SAHEL DE STORA ou BENI-MEHENNA (1838-1840-1843), 50 cavaliers. — Oued-Ksob, D. C. (Gastonville, P. E.) ; Aïn-Ghorab, D. C. (St-Charles, P. E.).

 

 

 

BENI-BECHERE, ARB-EL-HADDARA. — Beni-Bechir, S. I. (Philippeville, P. E.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

294. SAHEL DE SKIKDA (MAOUIA et OULED-ATTIA) (1843), 200 cavaliers pour la police de la route. — Khorfane, D. C. ; Gherazla, D. C. ; Hazabra, D. C. ; Khendek-Asla, D. C. Ouled-Messaoud, D. C. (Jemmapes, M., et territoire de colonisation de Jemmapes, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

295. MAKHEZÈNE DES GUERFA, 200 cavaliers sous les ordres du caïd Guerfa, dont la dignité était héréditaire dans la famille Ben Merad (répartis sur les Azel, V. n°322).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

296. DEIRA et AZELS DE L’OUED-DEHEB (1840), 25 cavaliers.

 

 

 

BENI-FOUDA, OUED-DEHEB. — Territoire de colonisation de Sillègue et d’Oued-Deheb (Eulma, M.) ; Dehemcha, D. C. ; Maouïa, D. C., partie.

 

 

 

 

DEHEMCHA. — Perigotville, Aïne-Kebira (Amoucha, M.) (V. n°404).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

297. Zmala des ASAMNIA (1839). — Koulougli (banlieue et ville de Sétif, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

298. GHERAZLA-GHERABA (1838-1839), 25 cavaliers, Diera-Mezerguine et goum. — Gherazla, D. C. (Madid, M.); Aïne-Turk, D. C (Madid, M., et Davout, C); Ouled- Mosly, D. C. (Righa, M.).

 

 

 

OULED-ALI-BOU-NOBA et SEDRATA. — Bounab, D. C. (Aïne-Taghroute, P. E.).

 

 

 

 

 

298bis. Ville de MSILA, AHL-MSILA (1841). — Nombreux couloughli; n’avait plus de nouba en 1830 (V. 478).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

299. MAKHEZÈNE DES OULED-FADEL (1844), dit aussi du CAÏD investi de l‘AOURES, 200 cavaliers. — Ouled-Fadel, D. C.; Ouled-si-Mançar, D. C.; Ouled-Amor ben Fadel, D. C. (Aïne-el-Ksar, M. et centre d’Aïne-el-Ksar).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

300. SAHARI-DU-CHIKH-EL-ARAB (1838-1839-1844). 800 cavaliers environs. — MRARIG, OULED-MANSOUR, RGAÏATE, OULED-AMEUR, TLET, OULED-DAOUD. — Bitam, D.  C. (Barika, T. C.) ; El-Kantara, partie, D. C. El-Outaïa, partie, D; C. (Aïne-Touta, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

301. BISKRA (1844). — Fort à la prise des eaux, Nouba de quatre sefara, 72 hommes. (Le fort Turc et le fort Saint-Germain, Biskra, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

302. TÉBESSA (1841-1842). — Ville forte. Nouba active de deux sefara (Tébessa, D. C.; Tébessa, P. E ).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

303. ANNABA (1830-1831-1832). — Ville forte et; banlieue. Nouba active de 5 sefara (Bône, P. E).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

304. DJIDJELI (1839). — Nouba active de 2 sefara. Ville franche en souvenir de Khireddine (La presqu’île de Djidjeli, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

305. BEDJAIA. (1833). — Ville forte. Nouba active de 3 sefara. Artillerie (Bougie, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

306. HAMZA. — Fort et nouba de. 1 sefari (Bouira, P. E, département d’Alger).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

307. MAKHEZÈNE DES OULED-BELLIL (1). — Ouled-Bellil, D. C. (Bouïra, P. E., département d’Alger).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Zommora, Msila et Collo n’avaient plus de garnison turque en 1830, ils figurent aux n°s 343 et 451.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Tlemcen, capitale du Maghreb central : Fonctions d’une ville islamique médiévale

7072019

 

 

 

 

 

 

LA CRÉATION DE L’ETAT ABD EL-WADIDE

 

 

 

 

 

La chute de l’empire Almohade, au début du XIIIe siècle, mit fin à l’unité politique du Maghreb. Du vide politique créé par le déclin de la puissance Almohade, émergèrent trois Etats : l’Ifriqiya sous la dynastie des Hafcides, l’extrême — Maghreb sous la dynastie des Merînides et le Maghreb Central sous celle des Abd el-Wâdides.

 

 

 

 

Les Abd el-Wâdides étaient une tribu Zenâta ; ils furent, semble-t-il, repoussés vers l’Ouest jusqu’à l’extrême — Maghreb au temps des invasions Hilaliennes, mais, plus tard, les Almohades les installèrent, en récompense de leur loyauté, dans la région qui s’étend entre Tlemcen et Oran. Le déclin des Almohades fournit aux Abd el-Wâdides, sous la conduite de Yaghmorâsan, du clan Zaïyânide, l’occasion d’installer une dynastie indépendante ; cette dynastie allait régner sur le Maghreb Central pendant trois siècles.

 

 

 

Pour capitale, Yaghmorâsan choisit Tagrart (l), l’actuelle Tlemcen, et au cours de son règne, qui dura près de cinquante ans, il fit beaucoup pour consolider et pour étendre le contrôle des Abd el-Wâdides sur le Maghreb Central. Pendant les années 1230 à 1250, il ne contrôlait que le territoire entourant Tlemcen et il le défendit avec succès contre les attaques des Hafcides et des Almohades. Plus tard, Yaghmorâsan entreprit une politique d’expansion territoriale, avec pour but le contrôle du reste de l’Algérie Occidentale et de Sijilmassa, qui était, au Sud du Maroc, un centre commercial de première importance sur la route principale du commerce transsaharien. Sijilmassa fut conquise en 1264, mais reprise par les Merînides dix ans plus tard. Pendant ces années, Yaghmorâsan réussit à imposer son autorité aux Maghrâwa, une tribu Zenâta qui occupait la région située entre l’oued Chélif et la Méditerranée ; il prit Miliana en 1270 et Ténès en 1273. Son fils Abu Saïd Uthman conquit le reste du territoire Maghrâwa entre 1283 et 1287 et força les Béni Tujin, autre tribu Zenâta établie dans la région située au Sud du Chélif, à reconnaître son autorité. Après la conquête de Médéa en 1289, l’Etat Zaïyânide s’étendait depuis la Moulouya à l’Ouest jusqu’à la Soummam à l’Est (Abu n-Nasr, 1971). Mais l’unité de l’Etat fut toujours fragile et menacée : de l’intérieur, par l’opposition tribale et de l’extérieur, par les ambitions territoriales de ses deux voisins.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tlemcen, capitale du Maghreb central : Fonctions d'une ville islamique médiévale dans Architecture & Urbanisme 1561267022-ruines-de-la-mosquc3a9e-agadir-idrisside-fondc3a9-par-idris-en-790-jc-a-tlemcen 

Agadir (Tmemcen)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Néanmoins, en dépit de trois siècles d’invasions, de guerres et d’insécurité, c’est pendant cette période que la cité islamique de Tlemcen atteint le sommet de la prospérité en tant que capitale de l’état Abd el-Wâdide. Il s’agit, d’autre part, d’une période sur laquelle on possède un relativement grand nombre de documents, si on la compare aux siècles précédents : en particulier nous disposons des écrits de Ibn Khaldoûn (1322-1406), Yahya Ibn Khaldoûn (1333-1379), et de Léon l’Africain (1465-1550).

 

 

 

 

 

La domination Abd el-Wâdide à Tlemcen comprend deux époques, séparées par une courte période (1337-1359) durant laquelle la cité tomba sous le contrôle de la dynastie voisine des Merînides de Fès. C’est la première branche des Abd el-Wâdides qui entreprit de faire de Tlemcen une cité digne de son nouveau rôle.

 

 

Leur réussite est rapportée par Ibn Khaldôun en ces termes :

 

« Tlemcen est la capitale du Maghreb Central. Durant les guerres contre les Béni Ghânîya, plusieurs villes voisines ont été prises et demeurent aujourd’hui abandonnées. Tlemcen, au contraire, a accru sa prospérité, ses quartiers résidentiels se sont étendus et montrent de solides maisons en briques et en tuiles. Les successeurs de Yaghmorâsan ont fait de Tlemcen leur résidence et y ont construit de beaux palais et des caravansérails pour les voyageurs. La cité a maintenant l’allure d’une vraie capitale musulmane, centre administratif d’un Sultanat« .

 

 

 

 

 

 

C’est Yaghmorâsan lui-même qui fit construire le minaret de la Grande Mosquée et réparer le dôme et le minaret de la mosquée Idrisside à Agadir. Sous son règne, les remparts ouest furent renforcés pour pouvoir supporter les attaques continuelles auxquelles la cité était soumise. Il abandonna le palais (ChâteauVieux) construit par les Almoravides près de la Grande Mosquée et posa les fondations d’un nouveau complexe palais — citadelle (le Méchouar) dans le secteur sud de la Tlemcen actuelle ; celui-ci devint la résidence officielle des princes Zaïyânides. Ses successeurs continuèrent la tâche commencée. Le Sultan Abou Saïd Othmân construisit l’oratoire de Sidi Bel-Hasen — le plus richement décoré des mosquées de Tlemcen — en 1296. Le Sultan Abou Hammou 1er construisit la medersa, la zaouîa et la mosquée d’Oued el-Imam en 1310, et, dans le Méchouar, il construisit un palais et une mosquée (1317). Son successeur Abou Tâchfîn construisit à Tlemcen de nombreux bâtiments publics dont il ne reste plus aucune trace aujourd’hui. Seule de toutes ces constructions, la Medersa Tâchfïniya survécut jusqu’au XIXe siècle et fut complètement démolie en 1876. Il semble que le Sahridj-el-Kèbir ou Grand Bassin, situé à l’extérieur des remparts ouest de la cité, soit aussi l’œuvre d’Abou Tâchfîn. Ce bassin rectangulaire — 200m de long, 100m de large et 3m de profondeur— fut creusé puis recouvert de briques crues. Georges et William Marçais (1903) ont émis l’hypothèse qu’il s’agit d’un réservoir qui était alimenté par les sources de Lalla Setti pour fournir en abondance de l’eau d’irrigation destinée aux jardins du nord de la ville — comme le Sahridj de Marrakech construit un siècle plus tôt.

 

 

 

 

 

 

Les premiers souverains Abd el-Wâdides étaient fort désireux d’annexer les territoires de l’état Hafcide situés à l’est, mais, malgré plusieurs guerres de conquête contre leurs voisins orientaux, ils virent leur attention constamment détournée vers l’Ouest, où l’existence même de l’état était menacé par les ambitions des Merînides de Fès. Pendant le règne d’Abou Saïd Othmân (1283-1304) le Sultan Merînide, Abou Yakoûb, attaqua trois fois Tlemcen : la ville dut à ses forts remparts de n’être pas prise. Abou Yakoûb commença alors le siège de la cité en 1299 et essaya d’obtenir sa reddition par la famine. Pendant ce siège, qui dura huit ans, le Sultan de Fès éleva autour de Tlemcen un mur tel que, selon Ibn Khaldoûn,

 

« un esprit, un être invisible aurait eu de la peine à pénétrer dans la cité« .

 

 

 

 

A l’approche de l’hiver, le Sultan Marocain construisit aussi, à 5 Km à l’ouest de la cité, un palais, une mosquée, des quartiers pour ses soldats et pour ses fonctionnaires, des bains, des auberges et des marchés. Ce nouveau camp retranché qui fut plus tard entouré d’un système de remparts impressionnant, prit le nom d’al-Mahalla al-Mançoura (Camp de la Victoire).

 

 

 

 

 

Bien que la nouvelle ville comprit des constructions permanentes, la plupart des habitations étaient certainement des bâtiments temporaires, tentes ou baraques. On trouve au Maghreb plusieurs exemples de camps militaires qui avaient l’apparence de villes ; certains d’entre eux d’ailleurs devinrent plus tard des habitats urbains authentiques. Tagrart elle-même était à ses débuts un camp Almoravide à l’extérieur d’Agadir. Nous savons qu’Abou Tâchfîn, pendant qu’il faisait le siège de Bougie, réunit des artisans qui, avec l’aide de l’armée, construisirent en 40 jours une nouvelle ville du nom de Temzezdekt ; quant au Sultan Merînide Abou’l-Hasan pendant une offensive contre Sijilmassa, il employa des ouvriers à la construction d’une nouvelle ville sous les murs de la cité. Durant ces périodes de siège, beaucoup de soldats étaient accompagnés de leur famille ; s’y ajoutaient des marchands, des artisans et tous les autres fournisseurs et services qui suivaient l’armée. Si le siège était long, la construction de baraques provisoires de branchages ou de pisé devenait essentielle, particulièrement pour les mois d’hiver, et donnait au camp l’apparence d’une ville.

 

 

 

 

 

En dépit du fait que la majorité des constructions de al-Mançoura n’étaient pas permanentes, on a de bonnes raisons de croire que les Merînides tentèrent d’élever une ville qui pût rivaliser avec la capitale Abd el-Wâdide. A cette époque, Tlemcen avait une importance vitale comme centre de transit pour la marchandise européenne et africaine, et les échanges commerciaux demeuraient actifs en dépit des hostilités et de l’insécurité régnante. Cependant, pendant le siège de Tlemcen, des caravanes venues du Sud furent détournées par les Merînides vers al-Mançoura qui supplanta rapidement la capitale Abd el-Wâdide dans ses fonctions commerciales. Al-Mançoura devint un centre commercial prospère et une cité cosmopolite qui attirait les marchands chrétiens, musulmans et juifs de plusieurs pays. Parmi les marchands chrétiens, les majorquains avaient une position particulièrement importante et l’un d’eux, Bernât Salarn, portait le titre de « consul des marchands chrétiens de l’armée d’Abou Yakoûb ».

 

 

 

 

 

La ville comprenait aussi maints artisans, y compris ceux qui travaillaient les métaux précieux. D’après Georges et William Marçais (1903), c’est le transfert de ces fonctions commerciales qui transforma le camp de al-Mançoura en véritable ville. Cette théorie reçoit l’appui de Ibn Khaldoûn qui écrit que Tlemcen était

« une cité impressionnante aussi bien par son étendue que par sa nombreuse population, l’intensité de son activité commerciale ou la solidité de ses fortifications. On y trouve des bains publics, des caravansérails et une mosquée où les habitants se réunissent le Vendredi pour la prière. Chaque jour sa prospérité s’accroit ; ses marchés regorgent de denrées et les marchands viennent de nombreux pays. Il ne faudra pas longtemps à cette ville pour devenir la cité la plus influente du Maghreb « .

 

 

 

 

 

En 1307, Abou Yakoûb était assassiné à al-Mançoura. Son successeur conclut immédiatement une paix avec les Abd el-Wâdides et retourna à Fès avec son armée. Selon les termes du traité de paix, les Abd el-Wâdides s’engageaient à respecter la nouvelle ville Merînide ; mais il semble que, plusieurs années après le départ des Marocains, ils aient démoli systématiquement al-Mançoura parce qu’elle offrait une base facile à une nouvelle offensive contre Tlemcen. Cependant, en 1355, le sultan de Fès attaqua à nouveau la capitale Abd el-Wâdide et, après un siège de dix ans, la cité tomba entre les mains des Marocains. Pendant près d’un quart de siècle les Marocains allaient contrôler le Maghreb Central.

 

 

 

 

 

Le Sultan Marocain n’établit pas sa résidence dans la capitale Abd el-Wâdide, mais choisit de reconstruire al-Mançoura et d’en faire sa résidence officielle et la capitale administrative des Merînides dans le Maghreb Central. Il reconstruisit la Grande Mosquée à al-Mançoura, la décora avec profusion et construisit le fameux Palais de la Victoire, un vaste complexe palais — citadelle qui entourait des jardins et des lacs d’agrément. Cette résidence royale, située dans la partie sud de la ville, était, semble-t-il, entourée d’une aire de peuplement dense : le quartier officiel, avec de solides constructions de brique crue, quelques routes pourvues d’un revêtement, des citernes et des fontaines publiques. Les quartiers nord de la ville étaient probablement réservés aux marchands, commerçants et artisans. On construisit de nouveaux remparts flanqués de tours carrées et le Sultan Merînide fit tout ce qu’il put pour repeupler la cité et lui rendre son importance commerciale. Une fois encore al-Mançoura devint une cité prospère et florissante indépendamment de Tlemcen même.

 

 

 

 

 

Quant à l’existence de travaux d’urbanisme à Tlemcen même durant la période Merînide, nous en avons très peu de traces ; leurs constructions les plus importantes se trouvent dans la zone qui entoure immédiatement la capitale Abd el-Wâdide. En plus de la reconstruction et de l’embellissement de al-Mançoura le Sultan de Fès fit élever les trois bâtiments principaux de Sidi Bou Médien, situé à un peu plus d’un kilomètre à l’est de Tlemcen. Ce village, parfois connu sous le nom d’El-Eubbâd, se développa vers la fin du XIIe siècle autour de la tombe de Sidi Bou Médien, sur les pentes nord des Monts de Tlemcen. Il devint un important centre de pèlerinage et au XIVe siècle les Merînides construisirent la mosquée, la medersa et le petit palais qu’on peut encore y voir. Les Marocains construisirent aussi une mosquée près de la tombe de Sidi ’1-Haloui, juste sous les remparts nord-est de la capitale Abd el-Wâdide.

 

 

 

 

 

Merînides et Abd el-Wâdides étaient tous deux héritiers des traditions hispano-arabes des Almoravides et des Almohades : leur art, leur architecture étaient essentiellement ceux de l’Espagne musulmane, d’où une évidente unité de style entre Tlemcen, Fès et Grenade. Nous savons qu’à la demande du souverain Abd el-Wâdide Abou Hammoû 1er et de son fils Abou Tâchfîn, le souverain de Grenade envoya ses architectes, ses artisans et ses ouvriers les plus capables à Tlemcen et le travail de ces immigrants andalous apparaît clairement dans les bâtiments publics construits pendant la période Abd el-Wâdide et pendant la période Merînide. Le Sultan Abd el-Wâdide Abou Tâchfîn employa également des milliers de prisonniers chrétiens dans ses nombreux travaux d’urbanisme.

 

 

 

 

 

C’est une révolte de leurs sujets nomades qui mit fin en 1359 à la domination directe des Merînides dans le Maghreb Central et amena la restauration d’une branche des Abd el-Wâdides. Sous le nouveau Sultan, Abou Hammoû Moûsa II (1359-1389), le Maghreb Central connut une courte période de prospérité, mais, après sa mort, une longue succession de souverains faibles et de nombreuses crises dynastiques amenèrent un profond déclin politique.

 

 

 

 

Pendant de longues périodes le royaume Abd el-Wâdide se trouva réduit à l’état de vassal du Sultan de Fès et les Merînides, comme les Hafcides, intervinrent dans la politique intérieure de l’Etat. Le contraste entre la première et la seconde branche des Abd el-Wâdides s’exprime clairement dans leurs constructions : les derniers Abd el-Wâdides réalisèrent très peu de constructions importantes ; en revanche ils restaurèrent et entretinrent quelques-unes des constructions antérieures. Cependant, al-Mançoura qui leur rappelait constamment leur défaite, ne survécut pas longtemps au départ des Merînides et fut rapidement détruite. La mosquée et la tombe de Sidi Brahim construites par Abou Hammoû II illustrent la rapide décadence artistique de Tlemcen (Julien 1970).

 

 

 

 

 

Paradoxalement, malgré le déclin politique qui caractérisa les deux derniers siècles de la dynastie Abd el-Wâdide, la vie économique semble être demeuré prospère. Léon l’Africain après avoir visité la cité au XVIe siècle, écrit :

  »Telensin, est une grande et royale cité. Du temps du roi Abou-Tesfin, elle parvint jusques au nombre de seize mille feux, et si elle était accrue en grandeur, elle n ‘était pas moindre en civilité et honnête façon de vivre . . Tous les marchands et artisans sont séparés en diverses places et rues, comme nous avons dit de la cité de Fez. Mais les maisons ne sont pas si belles ni de telle étoffe et coutanges. Outre cela, il y a de beaux temples et bien ordonnés. Puis se trouvent cinq collèges d’une belle structure ornés de mosaïques et d’autres ouvrages excellents dont les aucuns furent édifiés par les rois de Telensin et les autres par les rois de Fez… Il s’y trouve davantage un grand nombre d’hôtelleries à la mode africaine, entre lesquelles il en est deux où logent ordinairement les marchands genevois et vénitiens. Et sont les murailles merveilleusement hautes et fortes donnant entrée par cinq portes très commodes et bien ferrées, joignant lesquelles sont les loges des officiers, gardes, et gabelliers. Hors la ville se voient de belles possessions et maisons, là où les citoyens ont accoutumé en temps d’été demeurer pour le bel ébat qu’on y trouve, pour ce qu ‘outre la plaisance et belle assiette du lieu, il y a des puits et fontaines vives d’eau douce et fraîche. Puis, au dedans le pourpris de chacune possession, sont des treilles de vignes qui produisent des raisins de diverses couleurs et d’un goût fort délicat avec des cerises de toutes sortes et en si grande quantité que je n ‘en vis jamais tant en lieu où je me sois trouvé.

 

 Les habitants de Telensin sont divisés en quatre parties, écoliers, marchands, soldats et artisans. Les marchands sont pécunieux, opulents en possession, hommes justes ayant en singulière recommandation la loyauté et honnêteté de leurs affaires et prenant merveilleusement plaisir à tenir la cité garnie, en sorte que, pour y faire conduire la marchandise, se transportent au pays des noirs. Les artisans sont fort dispos et bien pris de leurs personnes, menant une très plaisante vie et paisible, et n’ont d’autre chose qui leur revienne mieux que de se donner du bon temps. Les soldats du roi sont tous gens d’élite, et soudoyés suivant qu’on les sent suffisants et mettables, tellement que le moindre d’entre eux touche 300 ducats par mois . . . Les écoliers sont fort pauvres et demeurent aux collèges avec une très grande misère ; mais, quand ils viennent à être doctorés, on leur donne quelque office de lecteur ou de notaire, ou bien ils se font prêtres. Les marchands et citoyens vont honorablement vêtus, et le plus souvent mieux en ordre que ceux de Fez, parce qu’à vrai dire ils sont plus magnifiques et libéraux« .

 

 

 

 

 

 

 

 

  dans Architecture & Urbanisme

La Citadelle El Mechouar

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LA FONCTION DE TLEMCEN A L’EPOQUE ABD EL-WADIDE

 

 

 

 

 

 

Quelle était la base de cette prospérité ? Quelles étaient les fonctions de Tlemcen pendant l’époque Abd el-Wâdide ? La fonction administrative et militaire remplie par la cité avait une importance particulière ; elle se manifestait dans la présence d’une riche cour auprès de laquelle étaient accrédités plusieurs ambassadeurs et consuls étrangers, les makhzen (personnel administratif du souverain), les chefs militaires, la garde personnelle du prince, qui comprenait les mercenaires chrétiens, et les troupes en garnison. Les makhzen des premiers sultans Abd el-Wâdides étaient plus nombreux que ceux des Merînides. Yaghmorâsan, par exemple, quand il arrive au pouvoir, nomme un vizir (premier ministre et conseiller), un hâjib (chef de la maison royale), un secrétaire à la correspondance, un secrétaire aux armées, un ministre des finances et un cadi de la capitale. Au début, les postes-clés du gouvernement étaient donnés à des membres de la dynastie régnante, mais plus tard des réfugiés andalous et des esclaves chrétiens convertis à l’Islam arrivèrent à occuper quelques-uns des plus hauts offices de l’Etat (G. Marçais, 1940). De Tlemcen, les sultans Abd el-Wâdides gouvernaient un royaume qui s’étendait de l’Oued Moulouya à l’Ouest jusqu’à la Soumman à l’Est, territoire dont les dimensions variaient toutefois quelque peu selon la force de ses voisins. Dans les régions où l’autorité du sultan pouvait s’exercer directement ainsi que dans les centres urbains, il était représenté par un gouverneur choisi normalement dans la famille régnante. Ailleurs, l’administration des provinces était assurée par des tribus fidèles au pouvoir central et connues sous le nom de tribus makhzen.

 

 

 

 

 

Les souverains contribuèrent beaucoup au développement de la vie religieuse et intellectuelle de leur capitale. Ils élevèrent ou dotèrent plusieurs mosquées et construisirent de nombreuses médersas , résidences qui comprenaient des cellules pour les étudiants et des pièces prévues pour l’enseignement. Comme dans toutes les villes islamiques du Maghreb, l’école était un élément habituel du paysage urbain, contrairement à la campagne où les écoles étaient soit clairsemées soit même totalement absentes dans des régions très étendues. Cependant une partie seulement de la population urbaine avait la possibilité d’aller à l’école. Il n’y avait pas d’écoles pour filles, et beaucoup de garçons entraient tout jeunes encore en apprentissage. C’est la bourgeoisie qui fournissait à l’école la majorité de ses élèves. L’éducation comprenait principalement les études religieuses, mais la plupart des garçons ne dépassaient pas le stade de l’école coranique. Quelques-uns avaient la possibilité d’aller étudier à la mosquée sous la direction des oulémas (érudits, généralement d’origine bourgeoise et jouissant de revenus personnels) : l’étude du Coran, de la loi Hadith et de la loi musulmane avait la première place, et les autres matières occupaient une position tout à fait secondaire. Pendant cette période, Tlemcen acquit une réputation de culture et, quoique le champ des matières étudiées y fût moins étendu qu’à Fès ou Tunis par exemple, ses érudits et ses nombreux lettrés attiraient les étudiants des provinces gouvernées par les Abd el-Wâdides, mais aussi de plus loin. Sous la dynastie Abd el-Wâdide, la cité acquit son atmosphère intellectuelle propre. Mais elle assimila peu la culture des régions extérieures au Maghreb et Le Tourneau (1957) a souligné que la vie intellectuelle y était beaucoup moins raffinée que dans l’Orient musulman.

 

 

 

 

 

La présence d’une riche cour encouragea aussi beaucoup le développement de l’industrie urbaine : elle fournissait un marché aux produits de luxe, dont quelques-uns étaient aussi exportés en Afrique subsaharienne. Les autres produits de l’artisanat urbain se vendaient aux bourgeois et au peuple de Tlemcen et aux paysans des campagnes voisines. Pourtant la spécialisation n’était pas très poussée et toutes les villes, quelles que soient leurs dimensions, produisaient à peu près le même choix de produits de base, Néanmoins, étant l’un des plus grands centres urbains du Maghreb, Tlemcen, comme Fès et Tunis, arrivait à produire, un choix plus varié de certains produits, et ces articles étaient souvent distribués aux petites villes qui entouraient Tlemcen.

 

 

 

 

 

Le textile était la branche la plus importante de l’industrie. On fabriquait en grandes quantités le tissu de grosse laine et les tisserands de Tlemcen, contrairement à ceux des petites villes, fabriquaient aussi un tissu de laine fine, de la soie, du coton, du tissu mélangé laine et soie ou laine et coton, ainsi que de riches brocarts. La laine était produit local, mais il fallait importer la soie et le coton. Le peignage de la laine, le filage de la laine, du coton ou de la soie étaient effectués à la maison par les femmes des familles urbaines pauvres. Les tissus étaient tissés dans leur couleur naturelle, mais il existait aussi une industrie teinturière florissante qui produisait des fils de différentes couleurs en utilisant des colorants minéraux ou végétaux du pays. La broderie d’or et d’argent était en principe l’œuvre de femmes de la bourgeoisie qui travaillaient chez elles.

 

 

 

 

 

 

L’industrie urbaine avait une autre branche bien développée dans le tannage et le travail du cuir. Le cuir provenait de la peau de mouton, de vache, de chèvre et parfois de chameau ; dans plusieurs tanneries des ouvriers spécialisés coloraient les cuirs à l’aide de colorants locaux. Ces cuirs étaient alors vendus par les tanneries aux cordonniers, leurs principaux clients, mais aussi à des fabricants de selles, de harnais, de ceintures et de sacs. Comme la broderie sur tissu, la broderie sur cuir était effectuée à la maison par les femmes.

 

 

 

 

 

 

La construction était une autre industrie importante. Les carriers, d’abord, chauliers, fabricants de briques et de tuiles ; des menuisiers pour les portes et fenêtres, l’assemblage des plafonds et les poutres ; des forgerons pour la ferrure et, dans les habitations plus luxueuses, des maçons spécialisés : les tailleurs de marbre, les poseurs de mosaïques, les sculpteurs sur bois.

 

 

 

 

 

 

Un quatrième groupe d’industries concernait la fabrication d’outils et d’équipement à l’usage non seulement des citadins mais aussi des populations rurales voisines. Il y avait des forgerons, des tourneurs de bois, des fabricants de pelles, fourches, charrues, métiers et rouets ; il y avait des tonneliers et des cordiers. On peut ajouter à cette liste les industries manufacturières d’objets domestiques : les potiers, vanniers, soudeurs, chaudronniers et armuriers. En revanche il y avait très peu d’industries alimentaires : la plupart de ces produits étaient faits à la maison.

 

 

 

 

 

 

Pour ce qui est de l’organisation de l’industrie, chaque unité ou entreprise était de petites dimensions, parfois limitée au propriétaire (m ‘allem), plus généralement comprenant de 2 à 10 ouvriers et apprentis groupés autour du propriétaire. Rares étaient les établissements plus larges et le propriétaire, qui d’habitude travaillait avec les employés, n’était pas riche. Parfois aussi l’artisan travaillait seul dans une petite échoppe ouverte sur la rue ou dans des établissements plus importants qui abritaient plusieurs ouvriers. La journée de travail était réglée sur le nombre d’heures de plein jour, mais, compte tenu des nombreuses fêtes religieuses, des fêtes officielles pour l’avènement d’un nouveau sultan ou pour la célébration d’une grande victoire, et des cérémonies familiales (mariages ou naissances), le nombre annuel de journées de travail se trouvait considérablement réduit. On a estimé par exemple que les artisans marocains, à Fès, travaillaient 200 jours par an pendant une moyenne de six heures par jour (Le Tourneau, 1957). La mécanisation était réduite ou nulle, et les produits de l’industrie urbaine étaient faits à la main avec des outils qui n’avaient pas changé depuis des siècles. Les seules exceptions en la matière étaient la minoterie, où l’on employait parfois la force hydraulique, et les huileries où un animal était souvent employé pour tourner les meules qui pressaient les olives. Les techniques industrielles étaient des secrets jalousement gardés et transmis au cours des siècles par les artisans aux apprentis.

 

 

 

 

 

 

Peu d’artisans vendaient directement à l’acheteur ; plus généralement, les produits de l’industrie locale se vendaient par l’intermédiaire de négociants et de boutiquiers. Le négociant et le boutiquier n’avaient pas de fournisseur régulier ; ils s’approvisionnaient à heure fixe tous les jours ou une fois par semaine selon le volume des ventes.

 

 

 

 

 

 

Quoique pauvre, l’artisan, patron ou ouvrier, avait sa place dans la société urbaine. Comme Le Tourneau (1957) l’a souligné, « il a le sentiment de tenir une place dans la cité où le travail manuel n ‘est pas considéré comme une activité inférieure mais bien comme une activité sur le même plan moral que les autres. Ceux mêmes qui exercent un métier moins considéré que d’autres, comme les égoutiers ou les porteurs d’huile, ne sont point du tout regardés comme des parias : ils participent à la dignité inhérente à tout travail, ont, comme les autres, leur honneur professionnel et accomplissent leur tâche avec beaucoup de conscience et de sérieux « ,

 

 

 

 

 

 

Tlemcen fournissait une très grande variété de commerce de détail à la cité même et à ses environs. On trouve en premier lieu, abondamment et largement réparties dans la ville, les fonctions les plus humbles, qui répondaient aux besoins locaux plutôt qu’à ceux de la ville dans son ensemble : elles comprenaient les épiceries et les échoppes qui vendaient huile, savon, beurre, miel, charbon de bois, thé, légumes, fruits et autres denrées essentielles aux besoins quotidiens. Ces échoppes, qui existaient dans chaque quartier de la ville, étaient généralement groupées autour de la mosquée, des bains et du four communal. En second lieu, au sommet de la hiérarchie du commerce de détail, on trouve les marchands et boutiquiers du bazar (qaïçariya). Le bazar était une aire d’activité commerciale intense où, dans un espace relativement petit, citadins et campagnards pouvaient acheter tous les produits alimentaires ou manufacturés dont ils avaient besoin. Là, toutes les boutiques qui vendaient le même type de produits étaient concentrées dans une même rue, chacun formant cependant une unité séparée. Petits commerçants de quartier et commerçants de bazar s’approvisionnaient les uns comme les autres dans les marchés spécialisés dispersés dans la ville. En revanche, les produits d’importation étaient généralement vendus directement des marchands aux détaillants. Tlemcen jouait un rôle de carrefour commercial pour la campagne environnante, centralisant les produits locaux pour les besoins de la population urbaine ou pour l’exportation, et distribuant les produits et services dont la campagne avait besoin. Les habitants des régions rurales qui entouraient immédiatement Tlemcen apportaient eux-mêmes leurs produits aux marchés spécialisés et faisaient leurs achats dans le bazar. Les échanges commerciaux avec les régions rurales plus éloignées de la ville s’effectuaient par l’intermédiaire d’une série de centres urbains secondaires. Tlemcen, comme Tunis et comme Fès, était entourée d’un certain nombre de centres urbains plus petits servant chacun de foyer à la zone rurale qui l’entourait. Produits alimentaires et autres étaient d’abord portés par les campagnards aux marchés des petits centres urbains les plus proches ; de là ils étaient ensuite transportés jusqu’à la capitale. Les marchandises d’importation et les produits de l’industrie urbaine, vêtements, souliers, outils, étaient également distribués dans les petites villes satellites.

 

 

 

 

 

 

 

Néanmoins, la sphère d’influence économique de Tlemcen n’était pas très étendue, limitée à l’Est par la vallée du Sig et à l’Ouest par la Moulouya. Vers le Sud, cependant, son influence s’étendait jusqu’à la bordure nord du Sahara, couvrant les steppes des hauts plateaux de l’intérieur d’où les nomades venaient échanger les produits de leur élevage contre les céréales de la zone côtière et les produits de l’industrie urbaine (Le Tourneau, 1957).

 

 

 

 

 

 

Si Tlemcen, comme les autres villes musulmanes importantes du Maghreb à la même époque, desservait la région environnante par l’intermédiaire d’une série de centres urbains plus petits, en revanche la mauvaise qualité des communications empêchait toute compétition ou interaction économique véritable avec d’autres villes possédant un niveau élevé de services, comme Fès et Marrakech. Ces villes étaient relativement isolées les unes des autres et il y avait peu de contact économique signifiant. La spécialisation était peu développée et chaque cité devait reproduire l’ensemble des services déjà fournis par ses voisines. Webb (1957) a décrit cette situation comme celle d’une « société urbaine isolée » et l’a opposée à la « société urbaine intégrée » de nos jours. On peut distinguer une vague hiérarchie de centres administratifs, mais un système urbain véritable n’avait pas encore émergé dans le Maghreb Central sous la dynastie Abd el-Wâdide.

 

 

 

 

 

 

Tlemcen était aussi, avec un petit groupe d’autres cités, une de celles qui avaient des relations commerciales actives avec les états d’Afrique subsaharienne et les états chrétiens du Nord de la Méditerranée. Sous la dynastie Abd el-Wâdide, la principale route commerciale transsaharienne allait d’Awdaghost (royaume du Ghana), et plus tard, au XIIIe siècle, d’Oualata et de Tombouctou jusqu’au grand centre commercial du Nord, à Sijilmassa dans le Tafilelt sur la bordure nord du Sahara (Lessard 1969). Sijilmassa, cependant, était séparée de Marrakech et de Fès par la formidable barrière du Haut-Atlas, et les ports de Safi, Salé, Arzila et Ceuta étaient sous le contrôle Merînide, tandis que les communications avec Tlemcen, dans le Maghreb central, à 50 Km seulement de la Méditerranée, étaient beaucoup plus faciles et se faisaient à travers les steppes facilement accessibles des hauts plateaux de l’intérieur. En conséquence, Tlemcen vint à occuper une position-clé sur le grand axe commercial qui reliait le monde méditerranéen et le monde africain. De même que Sijilmassa était la « porte du désert » qui conduisait à l’Afrique subsaharienne, Tlemcen était, pour les caravanes venant du Sud, la porte du bassin méditerranéen.

 

 

 

 

 

 

Les caravanes qui arrivaient à Tlemcen en provenance du Sud apportaient del’ivoire, des plumes d’autruche, de la gomme, de l’encens, de l’ambre, mais surtout de l’or et des esclaves — les deux éléments les plus importants du commerce transsaharien ; elles les échangeaient contre des céréales, des tissus, du cuivre, de la verrerie, des drogues et des parfums ; certains de ces produits étaient importés d’Europe. Al-Maqqari qui écrivait au XVIe siècle, nous a laissé un tableau vivant, basé sur des lettres familiales en sa possession, des activités commerciales de certains membres de sa famille, marchands à Tlemcen pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle. Il nous apprend que leurs caravanes empruntaient la route de Sijilmassa à Oualata en passant par Teghaza, et que, pour assurer l’écoulement régulier des marchandises, on avait dû faire creuser de nouveaux puits le long de la route, organiser des convois avec d’autres groupes de marchands, et recruter, pour les accompagner, des guides qualifiés ansi que des gardes armés. Cinq petits-enfants du fondateur de cette famille de marchands formèrent une société avec deux d’entre eux établis à Tlemcen, un à Sijilmassa pour servir d’agent de liaison, et deux à Oualata. Des membres de la communauté juive de Tlemcen jouèrent aussi un rôle actif dans le commerce avec le Sud (Coudray, 1897 ; Barges, 1853 ; Mauny, 1961).

 

 

 

 

 

Les origines du commerce transsaharien sont obscures : on en trouve les premières traces dans des documents Ibadites qui montrent que des échanges commerciaux existaient à la fin du VIIIe siècle entre la capitale Rostemide, Tihert (près de l’actuelle Tiaret), fondée en 761 ap. J.C., et les états du Ghana et du Gao (Lewicki, 1962). Les marchands de Tihert n’étaient pas les premiers commerçants musulmans à atteindre la zone soudanaise de l’Afrique de l’Ouest ; ils furent certainement précédés par des marchands de Sijilmassa (fondée en 757-758 ap. J.C.), de Ziz et de Daria (villes qui florissaient avant Sijilmassa), et de Tarqala. La conquête arabe joua à l’évidence le rôle d’un puissant stimulant pour le commerce transsaharien et il semble probable, même en l’absence de preuves certaines, que Tlemcen devint très tôt un des terminus nordiques de ce commerce, peut-être pendant le VIIIe siècle alors que la ville était la capitale d’un petit état Khârijite.

Plus tard, lorsque Tlemcen devint le centre politique du Maghreb central sous la dynastie Abd el-Wâdide, les relations commerciales avec le Sud connurent une rapide expansion. En fait les premiers Abd el-Wâdides choisirent peut-être Tlemcen comme capitale précisément pour profiter des revenus provenant du commerce transsaharien et pour porter plus loin ce dernier.

 

 

 

 

 

 

Des marchands européens de Gênes, Pise et Marseille, et des royaumes d’Aragon et de Castille visitaient fréquemment les ports côtiers du Maghreb central, surtout Honeïn, mais aussi Taount, Mazagran, Mostaganem, Ténès, Brechk, Cherchel et Alger avant la création de l’état Abd el-Wâdide ; tous s’empressèrent d’établir des liens avec le nouveau pouvoir à Tlemcen. Contrairement à l’état Merînide dans lequel ils voyaient une projection de la Castille, et au royaume Hafcide qui avait des liens étroits avec la Sicile, le sultanat Abd el-Wâdide était, aux yeux des Européens, une partie du monde africain, sa capitale était le terminus nordique du grand axe commercial qui conduisait au mystérieux Eldorado africain. Peu de marchands européens pénétrèrent au sud jusqu’à Sijilmassa ; la majorité d’entre eux se contentaient de s’établir à Tlemcen où ils trouvaient un commerce bien organisé en affaires prospères comprenant des marchands musulmans et juifs qui eux-mêmes faisaient du négoce avec l’Europe.

 

 

 

 

 

 

Au début de l’histoire du sultanat Abd el-Wâdide, des marchands originaires du royaume d’Aragon arrivèrent à dominer le commerce entre Tlemcen et l’Europe, et la pénétration commerciale et financière des Catalans dans l’état Abd el-Wâdide aux XIIIe et XIVe siècles a été étudiée en détail par Dufourcq (1966). Depuis le début du XIIIe siècle, les états chrétiens de l’Ouest méditerranéen avaient de puissantes visées commerciales sur le Maghreb, mais peu d’entre eux avaient les mêmes avantages que l’ Aragon. Contrairement à ses riveaux italiens, l’Aragon, avec la Castille et le Portugal, avait derrière lui des siècles d’expérience de relations économiques, politiques et culturelles étroites avec le Maghreb, et, en dépit des progrès de la reconquista, ces états demeuraient intellectuellement et culturellement proches de leurs voisins musulmans du sud du bassin Méditerranéen. Mais la puisssance de la Castille était essentiellement sur terre, et le Portugal, pour sa part, avait tourné le dos à la péninsule et à la Méditerranée. L’Aragon, en revanche, s’il jouait un certain rôle dans les affaires de la péninsule, était aussi une grande puissance commerciale, possédait une puissante flotte marchande basée dans les ports prospères de Barcelone, Valencia et Palma, et la Méditerranée était sa zone d’activité naturelle. La position géographique des territoires placés sous contrôle aragonais, en particulier la position stratégique de l’île de Majorque, conquise en 1230, favorisait le développement de liens commerciaux avec les Sultanats du Maghreb. Le succès des marchands catalans dans le Maghreb en général et dans l’état Abd-el-Wâdide en particulier avait encore d’autres raisons. Les souverains aragonais s’intéressaient particulièrement aux activités commerciales de leurs sujets et les encourageaient,, voyant en elles un élément essentiel de la puissance et de l’influence du royaume. En fait l’importance du commerce était reconnue par toutes les sections de la société catalane : princes, nobles, bourgeois, gens du peuple, chrétiens, juifs et musulmans, le roi lui-même, tous avaient une part dans des aventures commerciales. Bien plus, dès le début du XIIIe siècle, le commerce était devenu, beaucoup plus que la guerre, le moyen par lequel les Aragonais cherchaient à étendre leur influence politique sur le Maghreb, et en particulier sur le sultanat de Tlemcen, porte ouverte sur la richesse de l’Afrique subsaharienne. On a également estimé qu’au début du XIIIe siècle, à peu près 40 % de la population d’Aragon, particulièrement à Valencia et à Majorque, était composée de musulmans ; et comme les désaccords se multipliaient entre les deux communautés religieuses, de nombreux musulmans s’empressèrent d’émigrer au Maghreb. Cette situation fut utilisée comme moyen de pression sur les Sultanats du Maghreb, sensibles à la condition faite à leurs co-religionnaires d’Aragon, afin d’obtenir d’eux des concessions. Confrontés à une succession de révoltes musulmanes au XIIIe siècle, les souverains d’Aragon étaient eux-mêmes fort désireux de trouver un moyen de faciliter le départ de leurs sujets musulmans gênants. Mais le facteur le plus important était le fait que de nombreux marchands de Barcelone et de Majorque étaient des juifs qui avaient l’avantage d’avoir des liens très étroits avec les communautés juives qui faisaient du négoce — en particulier le commerce de l’or — dans le Maghreb central et, plus au Sud à Sijilmassa (2). C’est par l’intermédiaire des relations étroites qui existaient entre les juifs de Barcelone, de Majorque, de Tlemcen et de Sijilmassa qu’un contact sûr et direct put s’établir et se maintenir entre l’Aragon et l’Afrique subsaharienne.

 

 

 

 

 

 

Le premier contact diplomatique entre la Couronne d’Aragon et le Sultanat Abd el-Wâdide dont l’existence nous soit connue prit place en 1250, quand Yaghmorâsan envoya un ambassadeur, Abou-Arlan, à Barcelone. Il semble que ces négociations entre Yaghmorâsan et Jacques le Conquérant avaient pour but d’encourager le commerce, déjà important, entre les deux états : à cette fin, le roi d’Aragon interdisait aux pirates catalans d’attaquer les navires et les ports Abd el-Wâdides. Il est aussi probable qu’on se mit d’accord sur les procédures de l’émigration au Maghreb de musulmans de Castille et de Valencia, qui eut lieu en 1258 (les fameuses « émigrations organisées ») en échange de la libération et du rapatriement des catalans prisonniers dans le Sultanat. Il semble que très tôt Jacques le Conquérant ait utilisé la présence dans le sultanat de marchands catalans et de mercenaires catalans employés par Yaghmorâsan, pour étendre son influence politique et financière à Tlemcen. En 1265 et 1267, Valcayt, chef de la communauté catalane de Tlemcen, était également le chef officiel de tous les Chrétiens, civils et militaires, des territoires Abd el-Wâdides, formule qui avait clairement pour but de contrôler ou d’éliminer les Italiens et autres marchands rivaux. L’opposition de Gênes, de Pise, et des Abd el-Wâdides eux-mêmes amena le roi d’Aragon à abandonner ces prétentions en 1272, mais il apparaît que, la même année, Yaghmorâsan accepta de verser certaines sommes à la couronne d’Aragon, par le moyen d’un « présent » annuel et par le reversement d’une partie des droits de douane payés par les marchands catalans dans le Sultanat. En fait, cela représentait un tribut annuel payé par les Abd el-Wâdides, qui obtenaient en retour deux privilèges : la paix et de paisibles échanges commerciaux avec l’Aragon.

 

 

 

 

 

 

Après la mort de Jacques le Conquérant les rapports avec Tlemcen demeurèrent à peu près inchangés sous le règne de Pierre III, son successeur. Le nouveau roi, après un échange d’ambassadeurs, fit en 1277 un « traité » avec Yaghmorâsan qui acceptait de payer un tribut annuel de 2000 dinars d’or à la Couronne d’Aragon ; il semble que ce tribut était complètement indépendant du reversement des droits de douane. Le tribut, cependant, ne fut pas payé régulièrement, ce qui est peut-être la raison principale des hostilités périodiques qui éclataient entre les deux pays. Néanmoins, après la mort de Yaghmorâsan, le nouveau sultan, Abou Said Othmân, renouvela le traité d’amitié avec Pierre III en 1285. L’accession au trône d’Alphonse III fournit l’occasion de nouvelles négociations entre l’Aragon et Tlemcen, et ces négociations aboutirent au fameux traité de 1286 — le premier traité entre les deux états dont le texte nous soit connu. Il couvrait plusieurs aspects des relations entre les deux états — relations commerciales, financières et politiques — mais la clause concernant les relations commerciales était capitale : le port officiellement reconnu pour le commerce Catalan (3) était Oran, où un agent du roi était habilité à percevoir et à reverser à la Couronne d’Aragon 50 % des droits d’importation payés par tous les marchands chrétiens à Oran et dans tous les autres ports du Sultanat. Cette procédure semble avoir remplacé l’idée d’un tribut annuel fixe. Le traité marqua le plus haut point de la pénétration catalane dans le Sultanat. Il représentait une victoire évidente sur les intérêts commerciaux des autres états chrétiens, en particulier sur les Italiens, et une certaine perte d’indépendance économique du côté des Abd el-Wâdides.

 

 

 

 

 

 

Jacques II, qui devint roi en 1297, tenta plusieurs fois de conclure un traité avec le Sultan de Tlemcen. mais toutes ses tentatives aboutirent à des échecs, et le nouveau roi ne parvient pas à renforcer davantage la pénétration économique des Catalans dans le Sultanat, ni à faire de l’état Abd el-Wâdide un satellite politique. Néanmoins, même sans l’aide d’un traité en bonne et due forme les liens entre les deux états étaient si nombreux et variés que, malgré le retour périodique des hostilités, des relations amicales se rétablissaient rapidement.

 

 

 

 

 

 

Les marchandises les plus importantes, dans le commerce des marchands catalans à Tlemcen, étaient les tissus de laine et la toile fabriquée en Aragon, en France et dans les Flandres. Les autres importations comprenaient des épices, de l’indigo et du coton apportés du Moyen-Orient par des marchands de Barcelone et de Majorque ; de petits objets de verre, des bijoux et de la quincaillerie (une partie de ces articles était alors revendue en Afrique subsaharienne par des marchands juifs et arabes) ; du plomb, du cuivre, du sel, de l’huile, du vin et des fruits secs (quoique plusieurs des fruits importés fussent aussi produits à l’intérieur du Sultanat). Les exportations du Sultanat vers l’Aragon et vers d’autres pays européen comprenaient : de l’or de l’Afrique subsaharienne, que les Catalans utilisaient pour acheter des produits en provenance du Moyen-Orient ; des esclaves de l’Afrique subsaharienne et des territoires Abd el-Wâdides ; du grain, des peaux,de la laine, du cuir et des dattes, produits du Sultanat.

 

 

 

 

 

 

La capitale Abd el-Wâdide devint en fait un marché florissant pour le négoce international : les produits de l’Afrique subsaharienne et du Maghreb central y étaient centralisés pour l’exportation vers l’Europe, et les produits de l’Europe et de l’Est de la Méditerranée y étaient redistribués aux autres régions du Sultanat et aux Etats placés au Sud du Sahara.

 

 

 

 

 

 

Il est difficile d’évaluer l’importance du commerce entre Tlemcen et l’Aragon, vu l’absence générale de documents ou le caractère fragmentaire de ceux que nous possédons. Néanmoins, les recherches de Dufourcq (1966) nous donnent une idée de l’envergure des échanges commerciaux entre l’Aragon et Tlemcen, du moins pendant les XIIIe et XIVe siècles. Un registre unique, conservé aux archives de Palma, indique qu’entre le 23 janvier et le 18 mars 1284, 45 navires quittèrent Majorque, un tiers d’entre eux pour se rendre dans le Sultanat de Tlemcen (9 à Oran, 3 à Alger, 2 à Brechk, 1 à Ténès). Ainsi, même en plein hiver, 2 ou 3 petits navires appareillaient chaque semaine pour les ports Abd el-Wâdides. Nous savons qu’en 1328, 20 navires environ quittèrent Majorque pour des ports Abd elWâdides et qu’il y avait des traversées régulières, au moins une fois par mois, entre Majorque, Valencia, Barcelone et Oran, Honeïn et les petits ports du Maghreb central. Selon les documents assemblés par Dufourcq, 150 navires catalans débarquèrent dans des ports Abd el-Wâdides entre 1308 et 1331. Beaucoup, sinon la majorité de ces navires firent certainement plus d’une traversée d’un port du Sultanat à un autre, et le chiffre n’inclut pas, bien entendu, les navires Abd el-Wâdides, ou les navires appartenant à des Italiens, des Castillans ou à d’autres états chrétiens. Selon des estimations modérées, les exportations catalanes à Tlemcen à la fin du XIIIe siècle se montaient à 35 000 dinars et au début du XIVe siècle, cette somme s’élevait à 100 000 dinars. Ces statistiques, quoique trop souvent incomplètes, témoignent de l’intensité et de l’envergure des échanges commerciaux entre Tlemcen et l’Europe à cette époque, en dépit du mauvais temps, du climat politique changeant et de la piraterie.

 

 

 

 

 

 

Les liens commerciaux étroits entre Tlemcen et l’Aragon durèrent jusqu’au milieu du XIVe siècle environ, après quoi prit fin l’influence catalane sur le commerce extérieur du Sultanat. A partir du début du XIVe siècle, la diplomatie aragonaise se désintéresse de plus en plus du Maghreb pour se tourner vers le reste de la péninsule ibérique et vers l’Italie. La piraterie augmente, interrompant le commerce entre l’Aragon et le Sultanat. Mais un autre facteur, d’aussi grande importance, intervint : la conquête de Gibraltar par les Merînides en 1333 et la reconquête des îles de Kerkennah et de Djerba en 1335 donnèrent aux musulmans une nouvelle assurance et les rendirent moins dociles aux pressions exercées par les Catalans et moins prêts à accepter une position de dépendance dans leurs relations avec la Couronne d’Aragon. Des marchands catalans continuèrent leur commerce avec les états Abd el-Wâdides (4), mais les liens commerciaux avec les états italiens de Gênes et de Venise semblent être devenus plus importants. Léon l’Africain note la présence à Tlemcen, au début du XVIe siècle, de nombreux marchands génois et vénitiens ; il rapporte qu’avant la prise d’Oran par les Espagnols en 1509, quoiqu’Oran ne fût plus le premier port du Sultanat, des marchands génois, vénitiens et aussi catalans y faisaient commerce. Certains marchands arabes et juifs de Tlemcen tirèrent d’énormes profits de leur commerce avec le Sud et avec l’Europe et, faute d’autres possibilités, ils investirent une partie de leurs richesses en terres. La plaine fertile qui était située au nord de la ville était consacrée à des vergers et jardins où de nombreux citoyens riches firent construire des maisons qu’ils habitaient pendant les mois d’été. Les jardins étaient cultivés par des fermiers qui vivaient en ville. On cultivait beaucoup la vigne autour de Tlemcen et des vignerons juifs de la ville faisaient d’excellents vins (Isnard 1951). Au delà des jardins et vergers de banlieue, il y avait des terres consacrées aux céréales et à l’élevage. Ces terres aussi étaient souvent la propriété de riches citoyens et elles étaient occupées par des villageois et par des tribus parfois apparentés à des familles de la ville. Durant l’époque médiévale, c’est la cité qui dominait l’agriculture et l’économie tribale de la région qui l’entourait, créant son modèle propre d’utilisation de l’espace rural.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

( 1 ) La cité de Yousouf ben Tâchfîn fondée au IXe siècle à côté d’Agadir, ville islamique du VIIIe siècle construite sur le site de la ville romaine de Pomaria.

 

 

 

 

(2) L’importance que Barcelone attachait à la coopération juive africaine dans le développement des relations commerciales avec Tlemcen se révèle dans le fait qu’en 1247 le roi d’Aragon (Jacques le Conquérant) étendit sa protection royale à deux familles juives établies à Sijilmassa.

 

 

 

 

(3) Au mois de juin 1385, une lettre du gouverneur de Majorque au sultan de Tlemcen, Abou Hammou Moûsa II (1359-1389) indique que Honeïn était officiellement le port d’entrée dans le Sultanat. Au XIIIe siècle, Oran semble avoir été beaucoup plus important qu’Honeïn, au début du XIVe siècle, les deux ports étaient d’importance égale (Dufourcq, 1969). La lettre de l’année 1385, ainsi que les recherches de X. Le Cour Grandmaison (1966), indiquent cependant qu’à la fin du XIVe siècle Honeïn était le port principal du Sultanat ; mais nous ignorons la raison de son importance croissante et du déclin relatif d’Oran.

 

 

 

 

(4) La lettre du Gouverneur de Majorque au Sultan Aboû Hammoû Mousa II en 1385 prouve que des marchands catalans faisaient toujours négoce avec Tlemcen. Deux ans plus tard, quand le Sultan fut déposé par son fils, il quitta son royaume sur un navire marchand catalan qui faisait route d’Oran vers Alexandrie via Tunis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Royaume D’Alger sous Le Dernier Dey – 16ème partie -

5072019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BEYLIK OUAHRANE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

V. — Groupes indépendants

 

 

 

 

(EN RELATIONS ÉVENTUELLES AVEC LES TURCS DE CE BEYLIK)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

260. Confédération des BENI-OURAGH (1842-1843-1845-1848), 2 grands groupes.

 

 

BENI-OURAGH-IRANE (1848), 22 petites tribus.— Marioua, D. C. ; Ouled-Defeltène, D. C; Menkoura (Ouled-Ali), D. C.; Ouled-el-Abbès, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

BENI-OURAGH-OULED-MOHAMMED, 19 petites tribus. — Adjama, D. C. ; Ouled-Bouikni, D. C. ; Ouled-Moudjeur, D. C.; Ouled-lsmeur, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

261.Confédération des MIKNASSA (1842-1843-1845-1848), 4 villages : AÏNE-ZIATINE, KERNACHINE, GSAÏBA, BESSENEZ; ce dernier prépondérant sous les Turcs, en raison d’une zaouïa des khouane Taïbya. — Meknassa, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

262. Confédération des MATMATA (1842-1843-1845-1848), 6 fractions. — El-Mellab, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

263. Confédération des BENI-TIGRINE(1842-1845-1848). — OULED-BERKÂNE (4 fractions), OULED-BAKHETA (7 fractions).— Ouled-Bakheta, D. C; Mekmène, D. C; Ouled-Berkane, D. C. (Ammi-Moussa, M ).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

264. Confédération des KERAICHE (1842-1843-1845-1848). — KERAÏCHE, OULED-EMBAREK, BENI-ZIDJA, OULED-MAHALLA, berbères ; TOUAFÈS et autres mrabtine, Kéria, D. C; Ammi-Moussa, M.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

265. Confédération des HALLOUYA (1842-1843-1845-1848) (11 petites tribus). — Dar-Bosseri, D. C. ; Ammi-Moussa, M.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

266. Confédération des MAACEM (1842-1843-1845-1848) (5 fractions). — Maacem, D. C.; Ammi-Moussa, M.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

267.Confédération des OULED-YACOUB-ZERARA (1843), grands nomades circulant entre le Mzab, Tadjerouna et les chott de la Yacoubia. — Ouled-Yacoub-Cheraga, K.; Ouled-Yacoub-Gheraba, K.; Tadjerouna, K. (Afflou, T. C); El-Maïa, K. (Géryville, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

268. Confédération des HASSASNA (1) (1841), alliés des Harrar (236).

 

 

HASSASNA (23 octobre 1841). — Hassasna-Cheraga, S. I.; Hassasna-Gheraba, S. I. (Yacoubia, T. C.).

 

 

OULED-BRAHIM (2) (1841-1846). — Aïoun-el-Beranice, D. C. (Saïda, M.).

 

 

DOUI-HOCINE (3) (1841-1846). – Tircine, D. C. (Saïda, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

269. Confédération des ANGAD. — OULED-ALI-BEL-HAMEL (1845-1847). — Angad, K. (El-Aricha, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

270. Confédération des HAMYANE-GHERABA. — HAMYANE-CHAFAA, HAMYANE-DJEMBA (1848-1852), groupe de 13 tribus et 5 ksours ayant conservé leurs noms et formant :

 

 

HAMYANE-CHAFAA.— Akerma, K. ; Bekakra, K. ; Beni-Metarref, K. ; Ouled-Mansoura, K. (comprenant les Ouled-Khelif) (Mecheria, T. C).

 

 

HAMYANE-DJEMBA. — Ghiatra-Ouled-Messaoud, K. ; Ghiatra-Ouled-Ahmed, K. ; Maghaoulia, K. ; Ouled-Serour, K.; Ouled-Farès, K.; Ouled-Toumi, K.; Frahada, K.; Mgane, K.; Ouled-Embarek, K. (Mecheria, T. C.); Aine-Sefra, K.; Sfissifa, K.; Thioute, K.; Moghar-Fouqani, K.; Moghar-Tahtani, K. (Aine-Sejra, T. C).

 

 

 

 

270bis. Confédération des AMOUR (1847-1855), nomades entre Asla et Figuig, et emmagasinant dans les ksours de Asla (n° 239), Aïne-Sefra, Aïne-Sfissifa, Tioute, les deux Moghar (n° 170) et aussi à Ich, ksar marocain, forment 6 caïdats du cercle d’Aïne Sefra, savoir :

 

 

OULED-BOU-BEKEUR. — Ouled-Abdallah, K. ; Ouled-Gottib, K.

 

 

OULED-SELIM. — Merinate, K.; Ouled-Chahmi (ou fort de Benikhou), K.

 

 

SOUALA. — Ouled-Ameur, K. ; Ouled-Slimane, K.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

271. CHERFA-OULED-MOULAI-ABDELMALEK (1872-1882). — Cherfa, K. (Aïne-Sefra, T. C.). .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

272. ZAOUIA D’AINE-MADI (1844). — Fief politique et religieux d’une ancienne famille chérifienne illustrée au siècle dernier par Sid-Ahmed-el-Tidjani, fondateur de l’ordre des Tidjanya. — Ennemis déclarés des Turcs et en rivalité avec les Ouled-Sidi-Chikh, les Tidjanya en 1830 étaient une puissance ayant des attaches à Fez, à Tlemcen et à Tunis, et des adhérents partout dans le Sahara, au Souf, à Temacine, à Laghouat et jusque dans le Soudan. — Dans la zone immédiate du beylik d’Ouahrane, la famille de Tidjani avait la suzeraineté des cinq Ksours suivant: Aïne-Madhi, K.; Tedjemoute, K. (Laghouat, T. C.); Chellala-Dahrania, K.; Chellala-Gueblia, K.; Bou-Semghoum, K. (Géryaille, T. C.). — Les guerriers et adhérents étaient surtout les Trafi (n° 240), les Laghouat-el-Ksal (n° 241); les Hamyane (n°270), les Larba (n° 128), les Hallaf (n° 127). — La Zaouïa d’Aïne-Madi avait aussi la suzeraineté sur le fief religieux de Tameltalte, à Temacine, où elle avait une importante, succursale dont l’action s’étendait jusqu’en Tunisie (V. n° 503).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

273. BENI-SNACÈNE, BENI-MENGOUCHE, ATTIA (1845). — Tribus marocaines réfugiées sur le territoire des MSIRDA (n° 244). Beni-Mengouche, K.; Attia, K. (Lalla-Maghnia, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

274. Confédération des BENI-SNOUSSE (1843-1844), partie (le reste n° 248).

 

 

EL-KHEMIS, El-Khemis, K. (Lalla-Maghnia, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

275. Confédération des BENI-BOUSAID (1843-1844) (OULED-BELHACEM, BENI-BOUKHALFKNE, BENI-AZIZ, OULED-MOUSSA-BEN-YAHIA). — Beni-Bousaïd, K. (Lalla-Maghnia, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

276.Confédération des MOGRAOUA-DAHRA (1844-1852), partie, (V. n° 230).

 

 

ACHAACHA (18454848-1852). — Achâacha, D. C., partie (Cassaigne, M.).

 

 

ZERRIFA (1845-1847). — Zerrifa, D. C , partie (Cassaigne, M.).

 

 

CHERFA-EL-DJEBEL, OULED-YOUNÈS (1844-1846). — Dahra, S. I. (Ténès, M.).

 

 

OULED-ABDALLAH (1844-1846). — Ouled-Abdallah, S. I. (Ténès, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

277. Confédération des BENI-MENNA ou du DAHRA-CHERGUIA (1848) (BENI-MADOUN, BENI-TAMOU, TALASSA, CHEBEIDIA, Ouled-bou-Frid (mrabtine)., BENI-MERZOUG, BENI-MAMA). — Beni-Merzoug, D. C; Talassa, D. C ; Baghdoura, D. C. ; Baache, D. C. (Ténès, M.). — Beni-Tamou, D. C.  (Cavaignac, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

278. Confédération des BENI-HIDJA (1842-1845-1846).

 

 

ZOUGARA. — Touïra, D. C. (Ténès, M.).

 

 

MAÏNE, RABTA, AMEROUA, BENI-MADOUN-BOUAMOUD (1842-1845). — Maïne, D. C. (Ténès, M.).

 

 

SINFITA. — Sinfita, D. C. (Ténès, M.).

 

 

NEGOUS, GHARRÈRE, TARAGHNA (territoires de Ténès, P. E. ; Montenotte, P.E. ; Cavaignac, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

279. BENI-DERDJINE (1843). — Beni-Derdjine, D. C. (Ténès, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

280. ARIB et ZAKAR (1842). — Arib, D. C. (Liltré-les-Arib, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

281. Confédération des MATMATA (partie).

 

 

MATMATA. — Oued-Tirzerte, D. C. ; Djebel-Louhe, D. C. (Djendel, M.).

 

 

HARAOUATE-CHERGUIA (OUED-MASSINE). —Haraouate, partie, S. I. (Téniet, M.).

 

 

SIOUF (1840-1843). — Siouf, S. I. (Téniet, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

282. AHL-CHARÈNE ou OULED-ANTEUR (1840-1843). Ouled-Auteur, D. C. (Boghar, P. E. et Boghari, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

283. OULED-HELLAL (1840-1842-1843).— Ouled-Hellal, D. C. (Boghari, M.).

 

 

BENI-BOUDOUANE (tribu dirigeante).—Beni-Boudouane, S. I. (Chélif, M.).

 

 

BENI-HINDEL. — Beni-Hindel, D. C. (Ouarsenis, M.).

 

 

BENI-BOUKANNOUS. — Beni-Boukannous, S. I. (Ouarsenis, M.).

 

 

OULED-BOUSELIMANE.—Lardjem, D. C. (Ouarsenis,M.).

 

 

SENDGES (4) (1843). — Harchoun, D. C. ; Tsighaout, D. C.; Guerboussa, D. C (Chélif, M.).

 

 

TAMELLAHATE.— Tamellahate, D. C. (Ouarsenis, M.).

 

 

BENI-OUAZANE.—Beni-Ouasane, D. C. (Ouarsenis, M.).

 

 

OULED-GHALIA . — Ouled-Ghalia, S. I.(Ouarsenis, M.).

 

 

BETTAÏA. — Bettaïa, S. I. (Ouarsenis, M.),

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Ne pas confondre les Hassasna nomades de la Yacoubia avec ceux des Beni-Ameur- de la Mekerra n° 200.

 

 

 

 

(2) Les Ouled-Brahim et les Beni-Hoccine occupaient alors d’autres territoires que ceux où la France les a installés lors de leur soumission en 1841.

 

 

 

(3) Les trois tribus Ouled-Embarek, Ouled-Toumi et Ouled-Farès étaient parfois réunies sous le nom de BENI-OKBA.

 

 

 

(4) La plupart de ces tribus, et les Sendjès en particulier, étaient restées sur les crêtes et n’occupaient jamais dans la plaine les territoires qu’elles cultivent sous l’occupation française. .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




La Légende d’Imrou’lqaïs.

3072019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les sept poètes auteurs des Mo’allaqahs, le plus connu et le plus renommé à juste titre est Imrou’lqaïs, surnommé le « roi des poètes. » La vie de ce poète antéislamique a fourni aux nombreux commentateurs qui se sont occupés de ses œuvres, le thème de plusieurs légendes dont nous nous contenterons de citer deux des plus intéressantes à notre point de vue.

 

 

 

 

 

 

 

 La Légende d'Imrou'lqaïs. dans Croyances & Légendes

Calligraphie du nom d’Imrou’l Qays

 

 

 

 

 

 

 

 

Imrou’lqaïs (l’homme de la déesse Qaïs), était le fils du roi des Kindites, Hodjr. Ses talents poétiques se développèrent rapidement, à la grande colère du roi Kindite. Ne pouvant arriver à combattre les dispositions précises que manifestait Imrou’lqaïs, le roi Hodjr bannit son fils, puis ne trouvant pas cette punition suffisante, il chargea un de ses serviteurs nommé Rabi’a de rejoindre Imrou’lqaïs et de le tuer. Rabi’a avait été justement l’un des amis du jeune poète. Il partit néanmoins avec l’intention bien arrêtée de tuer le fils de son souverain. Mais vaincu par les supplications du poète et surtout en souvenir de son ancienne amitié, il ne lui fit rien. Hodjr avait demandé les yeux de son fils comme preuve que la mission de Rabi’a serait remplie. Le serviteur tourna la difficulté en tuant une gazelle et en en rapportant les yeux au roi des Kindites.

 

 

 

 

Cette légende n’a sans nul doute aucun fondement historique.

 

 

Cette légende qui, comme le fait remarquer M. René Basset dans sa Poésie arabe anté-islamique, se trouve dans maint récit d’Orient et d’Occident et rappelle celle de Geneviève de Brabant et de plusieurs récits des Mille et une Nuits, semble avoir été imaginée pour expliquer le passage suivant du divan d’Imrou’lqaïs:

 

« Ne me trahis pas, à Rabi’a, moi qui auparavant eus toujours confiance en toi. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Imrou’lqaïs avait obtenu des secours de l’empereur grec et se préparait à retourner en Arabie «lorsqu’un des Benou Asad, nommé Thammâh, qui était allé à Constantinople combattre ces projets, dénonça au César une intrigue que le poète aurait eue avec sa fille ; suivant d’autres, il l’aurait averti de se méfier des intentions d’Imrou’lqaïs. L’empereur envoya à ce dernier, comme pour l’honorer, un de ses propres vêtements qu’il avait fait imprégner d’un poison violent ; dès qu’il se fut revêtu de cette tunique de Nessus, le prince kindite vit son corps tomber en lambeaux et mourut à Ancyre dans de cruelles souffrances »

 

 

 

 

Cette légende, véritable mythe héracléen, est donnée par le Kitâb Al Aghani, d’après les récits traditionnels qui avaient cours chez les Benou-Asad, sujets de Hodjr et d’Imrou’lqaïs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Royaume D’Alger sous Le Dernier Dey – 15ème partie -

1072019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

BEYLIK OUAHRANE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV. — Vassaux ou Alliés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

B. — VASSAUX ET ALLIÉS DANS LA RÉGION DU KHALIFAT DU CHERG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

250. Confédération des AYAD ou NAHAR-OUASSEL (1842), sous la suzeraineté des Djouad des AYAD EL-MEHAL (ZIATINE, OULED-SIDI-AYAD, BENI-HAYANE). — Ben-Naouri, D. C. ; Ighoud, D. C. ; El-Medad, D. C. (Téniet-el-Haâd, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

251. — BENI-LINTE. — Beni-Lent, S.  I. (Téniet, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

252.Confédération des BLAIEL (1842-1843).— 6 groupes :

 

 

BENI-MEHARÈZE, ANASSERIA. — Beni-Meharez, D. C. (Téniet, P. E.; Téniet,M.).

 

 

OULED-SIDI-SLIMANE. — Aïne-el-Anseur, D. C. (Téniet, M.).

 

 

SOUAÏAH. — Taza, D. C. (Téniet, M. et Taza, centre).

 

 

BENI-SOUMEUR (1842). — Aïne-el-Khemaïce, D. C. (El-Khemaïs) (Téniet, M.).

 

 

OULED-MERIEM (Djouad). — El-Meddad, D. C, partie (Téniet, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

253. Confédération des OULED-BESSEM (1842-1843).

 

 

OULED-BEN-DHAMANE. — Ouled-Bessem-Cheraga, S. I. (Ouarsenis, M.).

 

 

OULED-ALI-BEN-EL-GHEROUL. — Rouaba, D. C. (Ouarsenis, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

254. BENI-BELHACÈNE (1842-1843). — Beni-Belhassène, S. I. (Ouarsenis, M ).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

255. OULED-AMMAR (1849-1843).— 0uled-Ammar, S. I. (Ouarsenis, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

256. Chikhat héréditaire du DJENDEL (1842-1843), sous la suzeraineté des Ouled-Ben-Cherifa, Djouad tenus en échec par les mrabtine des Ouled-Lakhedar, dont la rivalité assurait l’alliance turque.

 

 

DJENDEL. — Djendel, D.  C. (Djendel, M. ; Lavigerie (Amoura), C. et Dolfus-ville, C.).

 

 

BOUHALOUANE DU GOUNTASSE. — Bouhalouane, D. C , partie (V. 4) (Hammam-Righa, M.).

 

 

Territoire des RIGHA (1842), alors dépossédés. — Adélia, D. C. (territoire de colonisation de Vesoul-Benian, P. E.; Hammam-Righa, M.).

 

 

BENI-AHMED. — Oued-Telbenête, D. C. (Djendel, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

257. MRABTINE DES BENI-FERAH (1842). — Descendance et clientèle du grand saint de l’Islam Si Ahmed ben Youcef, de Miliana, sous la suzeraineté absolue de la famille des Ouled-Khalladi, puis ensuite des Merzougya. — SOUHALIA, TAÏMDA, BERGHOUT, TIRÂNIMTE, HAYOUNA, MESKER; répartis en 3 sections.— El-Anneb, D. C., partie (Bras, M.); Bouhlal, D. C., partie (Gouraya, M.); Madja, partie (Kherba, P. E.) (V. 219).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

258. BENI-GHOMERIANE (1842), vassaux des précédents.— Beni-Ghomeriane, D. C. (Bras, M.; Kherba, P. E.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

259. MEDJADJA (1842). — Mrabtine et Ouléma parmi lesquels la famille des Ouled-Si-Henni avait la prépondérance, fournissaient des câdhi et des khodja aux Turcs.

 

 

OULED-SIDI-HENNI, OULED-SIDI-BOU-ALI, OULED-SIDI-ALI-DJILALI. — Médinet-Medjadja, D. C. (Chélif, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Califat

29062019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduction

 

 

Le terme “califat” désigne une fonction; il dérive de calife, emprunté à l’arabe khalifa qui, jusqu’à nos jours, a servi à qualifier la dignité du chef de la communauté musulmane Importante à l’époque des Omeyyades, la fonction de calife a décliné après la chute du calife de Bagdad dont les pouvoirs étaient déjà très amoindris Le prestige de ce titre donné aux héritiers de Mahomet (prophète Mohamed saw) n’en avait pas moins été considérable dans le monde islamique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Califes Légitimes (633-661)

 

Le Prophète Mohamed n’avait pas prévu sa succession, et c’est pour assumer sa charge de chef d’État, pour prendre la direction des affaires publiques, que les premiers musulmans de Médine choisirent le beau-père du Prophète, Abu Bakr. Il aurait pris le titre de khalifa, “successeur” de l’Envoyé de Dieu. Les quatre premiers califes, qui réghnèrent à Médine, furent désignés par acclamations ou à la suite de transactions. On ne peut guère s’appuyer sur cette courte période pour épiloguer sur la manière dont s’établit l’autorité de ces premiers califes, qui entrent dans l’histoire avec le qualificatif de “légitimes” retenu par la tradition arabe, peut-être par réaction contre le régime héréditaire qui allait prévaloir par la suite. Dès cette époque, les Arabes, exaltés par leur foi nouvelle, se virent donner la mission de conquérir le mode: en quelques années, ils annexèrent la Syrie, l’Égypte et une bonne partie de la Perse, tandis que les confins de la Tripolitaine étaient dépassés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Omeyyade (661-750)

 

Le dernier de ces califes légitimes, Ali, cousin et gendre du Prophète Mohamed, vit s’insurger contre lui son préfet de Syrie, Mo’awiya, lequel, après un arbitrage suspect, fut proclamé calife, dignité qu’il conserva à la suite de l’assassinat d’Ali. Damas devenait la capitale de l’empire naissant. Tels furent les débuts de la nouvelle dynastie, celle des Omeyyades, du nom d’Omeyya, arrière-grand-père du monarque. Le premier soin de Mo’awiya fut d’instaurer définitivement, mais non sans difficultés, le principe de la succession héréditaire. On doit à cette famille, qui conserva le trône pendant près d’un siècle, l’organisation du nouvel État, dont l’extension territoriale fut alors prodigieuse: on vit dans le même temps les cavaliers arabes non loin des rives de la Loire et sur les bords de l’Oxus et de l’Indus.

 

 

 

Le calife omeyyade est par un certain côté un chef bédouin et, de plus, il administre des régions dont les populations ne sont ni arabes ni musulmanes. Le protocole des califes omeyyades, empruntés à la titulature du second calife de Médine, Omar. Est simple et précis: le calife est “l’esclave de Dieu et le chef militaire (émir) des croyants”. Le nom et les titres du calife sont proclamés chaque vendredi à la prière publique.

 

 

 

Ces souverains sont en partie responsables des rapides progrès de l’islamisation. Cette réussite extraordinaire même va faire crouler l’édifice: les convertis n’ont pas perdu le souvenir de leur race ni les traditions de leur patrie d’origine. En ce milieu du VIIe siècle se manifestent les diversités ethniques qui contribuent à rompre l’unité islamique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Califat  dans Histoire 1557575333-1024px-umayyad750adloc

Califat Omeyyade en 750

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Abbasside (750-847)

 

 

 

C’est en Iran, dans la province du Khorassan, que naquit un complot anti-omeyyade, hostile aux Arabes. Un descendant d’un oncle paternel du Prophète Mohamed (saw) sut profiter de cette conjuration, et ce fut l’avènement de la dynastie abbasside, qui, abandonnant la Syrie, se fixa en Mésopotamie, où elle fonda une capitale, Bagdad (765). Cet établissement sur les rives du Tigre vouait la centralisation de l’empire à un échec complet, en tout cas en Occident, où se manifestèrent les premières dissidences. L’Espagne avait accueilli un rejeton de la famille omeyyade, qui fonda l’émirat de Cordoue: le prestige califien restait en effet très grand et à la prière du vendredi on promettait allégeance au calife abbasside, sans toutefois mentionner son nom personnel. Mais déjà, en pays berbère, étaient apparues des dynasties chiites ou hérétiques. Le calife Harun al-Rachid (786-809), percevant le danger, avait accordé au gouverneur de la Tunisie actuelle les pleins pouvoirs et les privilèges de la succession héréditaire. Telle fut la plus ancienne reconnaissance du morcellement territorial.

 

 

 

Dès lors, le calife abbasside passe peu à peu du rang de chef actif de tous les croyants à celui d’un pontife suprême: sa fonction devient insensiblement celle d’un monarque de droit divin. En tout cas, la titulature est explicite: elle ajoute à l’ancien protocole le titre d’imam, c’est-à-dire de chef suprême de la prière, et un surnom en Allah- appelé fort justement le surnom imamien, puisqu’il s’agit en fait d’un adjectif mis en apposition au titre imam, par exemple Mu’tasim billah (833-841).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1557575467-1024px-abbasids786-809 dans Histoire

Le Califat Abbasside dans sa plus grande extension, à la fin du VIIIe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Califat Abbasside en Tutelle (850-1050)

 

 

 

Mention vient d’être faite à dessein de Mu’tasim billah sous le règne duquel l’armée change de nature: des mercenaires turcs sont attachés au service du califat. Ces prétoriens se montrent insupportables, et leur chef semble n’avoir qu’une préoccupation: faire et défaire les califes à sa guise. C’est la notion du pouvoir temporel qui pénètre ainsi dans la vie constitutionnelle de l’Islam et, principalement en Iran, l’empire va se disloquer en une série de principautés, dont les seigneurs tiendront leur puissance d’un geste califien; le calife, reclus dans sa capitale, n’en sera qu’à peine le souverain territorial.

 

 

 

 

 

 

 

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Mausolée des Mamelouks au Caire

 

 

 

 

 

 

 

 

Califat Fatimide et Omeyyade de Cordoue

 

 

 

La propagande alide n’avait pas désemparé: les tenants de ce mouvement avaient toujours considéré que l’imamat appartenait à la descendance du calife Ali. Au Xe siècle, les descendants d’Ali s’étalaient au grand jour et réussissaient à fonder en Afrique du Nord du nouveau califat, plus justement un anticalifat, qui très vite prendra pied en Égypte, où il fondera Le Caire. En dehors de l’Égypte et d’une grande partie de la Syrie, les Fatimides n’eurent aucune autorité réelle, mais il était grave pour la communauté sunnite, dont le chef s’affaiblissait d’année en année, que la souveraineté Chiite fût reconnue en Syrie, en Arabie, avec les villes saintes, et en haute Mésopotamie. Enfin, durant douze mois, le calife abbasside dut quitter Bagdad, administrée par un officier partisan des Fatimides.

 

 

 

 

 

 

 

 

1557575800-fatimid-islamic-caliphate2

Le califat Fatimide

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De son côté, l’émir omeyyade de Cordoue, préoccupé de la décadence du califat abbasside et de l’essor inquiétant du califat fatimide, se proclama émir des croyants. Il l’annonça par un manifeste en l’année 929: ce califat andalou durera jusqu’en 1031.

 

 

 

On retient ainsi trois siècles en arrière, avec les trois grandes familles de l’Islam: les Omeyyades, les Alides-Fatimides et les Abbassides, ces derniers étant au Xe siècle les moins influents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Impuissance Califienne et Rôle Religieux du Calife

 

 

 

Par une singulière ironie, le calife abbasside est en effet contraint d’accepter dans sa capitale même la tutelle de princes iraniens, les Buyides, qui, par surcroît, sont Chiites, mais appartiennent à une secte rivale de celle des Fatimides. La situation morale des califes abbassides ne subit aucun changement lorsque les réformateurs seldjukides imposent leur suprématie au califat, tout en rétablissant le sunnisme. Le calife pense retrouver son ascendant en multipliant de façon singulière ses titres. Déjà le Fatimide s’était intitulé l’(esclave et ami de Dieu), titre que l’Abbasside s’octroie bien vite pour ne pas déchoir, en se qualifiant de “calife de Dieu”, formule étrange qui, dans l’usage littéraire au moins, était d’un emploi courant. À vrai dire, cette même expression se rencontre pour la première fois à Cordoue, jointe au nom du calife omeyyade dans une inscription datée de 969, qui était passée inaperçue. Tandis qu’aux XIe et XIIe siècles la faiblesse du pouvoir temporel de l’Abbasside (rendait plus nécessaire, de faire ressortir sa dignité ecclésiastique). De ce protocole officielle, l’épigraphie fournit une demi-douzaine d’exemples, mais on doit convertir que les juristes condamnèrent la formule “calife de Dieu” comme une marque d’impiété.

 

 

 

Il est donc indiqué d”examiner ici quel était le rôle légal du calife. Il n’a aucune compétence pour définir le dogme, domaine où il ne lui appartient pas de légiférer. S’il veille à l’application de la loi religieuse, il ne crée pas la loi. Si l’on se tourne vers le camp Chiite, on voit que l’imam est plus impeccable qu’infaillible.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chute du Califat de Bagdad (1258)

 

La période qui s’étend du milieu du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle représente pour le califat une sorte de crépuscule doré: les califes de Bagdad ont sans doute beaucoup perdu de leur prestige, mail ils sont délivrés de la tutelle des Buyides, et la désagrégation de la famille seldjukide leur a rendu quelque indépendance. Le calife se sentait bien le maître d’une administration et le commandant d’une petite armée; mais, en fait, Bagdad n’était que le chef-lieu d’un califat fantomatique. La tragédie est proche:les hordes mongoles de Hulagu envahissent la Mésopotamie, assiègent et prennent Bagdad; le dernier calife abbasside Musta’sim est mis à mort le 10 février 1258. Cette date marque la fin d’un âge, bien que le califat ne représentât déjà plus grand-chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 1557576004-provottomanempire16092

Les provinces de l’Empire ottoman (en jaune) en 1609. Vert : États vassaux musulmans (régence d’Alger, khanat de Crimée, sharifat de La Mecque). Rose : États vassaux chrétiens (Raguse, Transylvanie, Moldavie, Valachie, Abkhazie, Kakhétie-Iméréthie).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Temps Modernes: La Suppression du Califat

 

 

 

À la suite de cette catastrophe, on pensa en Occident à relever le califat: le titre d’émir des croyants fut pris par les Almohades, et surtout les Hafsides de Tunis, ces derniers portant en bloc toutes les épithètes califiennes, “calife (titre imamien) et émir des croyants”.

 

 

Mais ces dynasties maghrebins ne furent reconnus comme tels que dans leurs principautés respectives. Le sultan Baïbars, sultan mamlouk d’Égypte, fit preuve d’une grande finesse diplomatique en accueillant au Caire un descendant authentique du calife abbasside mésopotamien. En même temps qu’il donnait un certain éclat à son propre gouvernement, il justifiait ainsi son protectorat sur les villes d’Arabie. Le dernier calife abbasside d’Égypte, Mutawakkil III, fut emmené en captivité à Istanbul par le conquérant ottoman de l’Égypte, le sultan Sélim Ier, qui se fit céder, dit-on, par l’intéressé, ses droits et ses titres (1517). On n’a guère ajouté foi à cette transmission de pouvoirs et, de fait, rares sont les sultans ottomans qui se sont targués du titre de calife dans les actes diplomatiques ou dans leurs inscriptions monumentales. Toutefois, le sultan Abd-al Hamid II (1876-1909) y attacha quelque importance au moment où, sous ses directives, on lançait le mouvement du panislamisme.

 

 

La soudaine laïcisation de la Turquie par Mustafa Kemal Atatürk éclata comme un coup de tonnerre au sein d’un monde musulman inquiet et posa un temps la question du rétablissement du califat, aboli le 3 mars 1924. La suppression du califat avait revêtu une très grande importance pour des raisons secondaires, mais surtout parce qu’il était devenu une habitude. On assista à quelques polémiques, puis des congrès se réunirent à Jérusalem, à la Mecque et au Caire, en 1926; mais l’indifférence des milieux islamiques fut presque totale. Les considérations précédentes prouvent assez que le califat était une institution désuète et sans efficacité réelle pour l’Islam.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Le Royaume D’Alger sous Le Dernier Dey – 14ème partie -

27062019

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BEYLIK OUAHRANE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IV. — Vassaux ou Alliés

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A. — DANS LA RÉGION DES DOUAIRS OU ZMELA (231 à 249)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

231. OULED-SIDI-BOUABDALLAH-EL-MEGHAOUFEL (Ouled-Sidi-Laribi) (23 mars 1836-1842-1846). — Fief religieux héréditaire dont l’influence était prépondérante dans toute la vallée du Chélif, de Mostaghanem a Oum-es-Senam (Orléansville), la basse Mina et le sud du Dahra (1). — Taghria, D. C. (Renault, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

232. Confédération des BENI-MOSLEM (1842-1845-1846-1847), sous la suprématie religieuse de la ZAOUÏA DE SI-CHADLI. — 14 fractions en trois groupes.

 

 

OULED-BOURIAH (1843-1845-1846), zaouïa et 6 fractions. — Ouled-Bouriah, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

 

OULED-YAÏCH, 7 fractions. — Ouled-Yaïch, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

 

CHEKKALA, 5 fractions. — Chekkala, D. C. (Ammi-Moussa, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

233. ZAOUÏA SIDI-MOHAMMED-BEN-AOUDA (1841- 1842-1843-18-15-1847).— Lieu d’asile, reconnu terre franche, ayant sous les Turcs une étendue de près de 2,000 hectares. — Benaouda, D. C. (520 h. 31 a.) (Zemmora, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

234. ZAOUÏA DES OULED-SIDI-DAHO (1841-1845). — Ouled-Sidi-Daho (2), D. C (Mascara, M ).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

235. ZAOUÏA OULED-SIDI-AMAR-BEN-DOUBA (1843). — Oued-Haddad, D. C., partie (V. n° 156) (Cacherou, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

236.Confédération des HARRAR sous la suzeraineté près des OULED-SIDI-KHALED-BEN-ABDELKERIM (3), famille de l’ex-agha El Hadj Kaddour ben Sahraouï

 

 

OULED-SIDI-KHALED.— Ouled-Sidi-Khaled-Cheraga et Makhezène de Tiaret, S. I. (Tiaret, T. C ). 

 

 

OULED-ZIANE. — Ouled-Ziane-Cheraga, S. I. ; Ouled-Ziane-Gheraba, S. I; Ouled-Addou (ou Ouled-Haddou), S. I. (Tiaret, T. C). 

 

 

KHEDARNA.—Dehalsa, S. I.; Kaabra, S. I. (Tiaret,T. C.). 

 

 

CHOUADI. — Ghouadi, D. C. (Frenda, M.). 

 

 

OULED-BOUAFFIF. — Ouled-Bouaffif S. I. (Tiaret, T. C). 

 

 

CHAOUÏA. — Chaouïa, S. I. (Tiaret, T. C ). 

 

 

HASSINATE. — Hassinate, S. I (Frenda, M.). 

 

 

OULED-ZOUAÏ. — Ouled-Zouaï, S. I; Ouled-Belhocïne, S. I. (Tiaret, T. C.). 

 

OULED-AZIZ. — Ouled-Aziz, S. I. (Tiaret, T. C). 

 

 

HARRAR-MRABTINE, dispersés dans chacune des fractions précédentes; ont été plus tard groupés par l’émir Abdelkader et maintenus par nous avec le nom de Mrabtine-Gheraba, S. I. (Tiaret, T. C), et Ouled-Sidi-Khaled-Gheraba devenu plus tard Madena, D. C. (Frenda, M.). 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

237.Fief héréditaire des OULED-MIMOUN du DJEBEL-AMOUR (1845), aux mains de la famille des Ben-Yahia, représentée alors par Djelloul ben Yahia, frère de l’agha Eddine ben Yahia (alliés platoniques et plutôt indépendants que vassaux). 

 

 

OULED-MIMOUN. — Ouled-Mimoun, S. L ; Taouïala (ksar) S. I. ; Ouled-Sidi-Hamza, S. I. (Afflou, T. C., et centre d’Afflou). 

 

 

OULED-ALI-BEN-AMEUR. — Ouled-Ali-ben-Ameur, S. I. Afflou, T. C. 

 

 

ADJELETE. — Ouled-Ennaceur, S. I. ; Ouled-Sidi-Brahim, S. I. ; Ouled-Sidi-Ahmed-ben-Saïd,S. I. (Afflou, T. C).

 

 

OULED-YACOUB-EL-GHABA (4). — Ouled-Yacoub-el-Ghaba, S. I. (Ksar-el-Ghicha-Afflou, T. C).

 

 

GHERNEUTA. — Gherneuta, S. I. (Afflou, T. C.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

238. OULED-SIDI-ENNACEUR (1845-1846). Mrabtine sédentaires en paix avec tous leurs puissants voisins. — Ouled-Sidi-Ennaceur, S. I. (Afflou, T. C.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

239. Principauté indépendante des OULED-SIDI-CHIKH (1845-1846-1849-1852). Grand fief héréditaire religieux et politique ayant son centre à Abiod-Sidi-Cheikh, où sont les deux Zaouia des deux branches de cette famille que leurs rivalités poussaient les uns vers l’alliance turque à Oran, les autres vers l’alliance marocaine.— Les Ouled-Sidi-Chikh percevaient des impôts religieux (ghefara) sur presque tous les nomades sahariens parcourant les pays situés au Sud de Ouargla, Metlili, Djebel-Amour, Géryville, Chott-Chergui, Chott-Gherbi, Chott-Tigri, Djebel-Grouz, Oued-Fendi, Oued-Nsaoura; dans le pays de Figuig, le Touat, le Gourara et le Tidikelt. Il est à peu près impossible d’assigner une limite topographique à cette principauté qui tirait surtout sa force du prestige religieux de ses chefs; cependant on peut énumérer les groupes suivants notoirement reconnus comme les sujets,’les serviteurs et les guerriers traditionnels des Ouled-Sidi-Chikh :

 

 

 

a) EL-ABIOD-SIDI-CHIKH, AHL-STITENE., OULED-SIDI-CHIKH-CHERAGA (DJOUAD), OULED-SIDI-EL-HADJ-BOUHAFS, OULED-SIDI-EL-HADJ-BEN-AMEUR, MECHERIA-DU-KSEL et les OULED-SIDI-SLIMANE, OULED-SIDI-TIFOUR, GHASSOULMAKENA-GUERARIDJ (dite aussi OULED-AÏSSA); OULED-SIDI-AHMED-EL-MEDJEDOUB (5), ARBAOUATE. — Ces douze groupes ont conservé leurs noms et forment sous l’administration française dans le cercle de Géryville, T. C, douze Kaïdats et trois Makhezenes.

 

 

 

 

b) Les OULED-SIDI-TADJ (des Ouled-Sidi-Chikh Gheraba) et le Ksar d’Asla avec ses nomades forment deux Kaïdats de même nom clans le cercle d’Aïn-Sefra, T. C.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

240. Confédération des TRAFI ou HAMYANE-CHERAGA (1845-1846-1847-1849-1852). — Grands nomades caravaniers, vassaux des Ouled Sidi-Cheikh, mais aussi vassaux des Turcs et de plus agents-des khouanes Tidjanya, Taibya et Qadrya, afin d’avoir des alliances profitables à leur commerce.

 

 

OULED-ZIAD. — Ouled-Ziad-Cheraga, K.; Ouled-Ziad-Gheraba, K.; Ouled-Maallah, K. (Géryville, T. C.)

 

 

DERRAGA. — Derraga-Cheraga, K, Derraga-Gheraba, K.; Derraga-Makhezène, K. (Géryville, T. C).

 

 

AKERMA-CHERAGA. — Akerma, K. (Géryville, T. C.) (V. n° 270, Akerma-Gheraba ou des Hamyane).

 

 

OULED-ABDELKERIME.— Ouled-Abdelkerim, K, (Géryville, T. C).

 

 

OULED-SEROUR. — Ouled-Serour, K. (Géryville, T. C).

 

 

REZAÏNA (1845-1852).— Rezaïna-Cheraga, K.; Rezaïna-Gheraba, K. (Yacoubia, T. C.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

241. Confédération des LAGHOUAT-EL-KSEL (1845-1846).— Vassaux des Ouled-Sidi-Cheikh, vassaux des Turcs et métayers de khouans des Tidjanya.

 

 

OULED-MOUMÈNE. — Ouled-Moumène, K. (Géryville, T. C).

 

 

REZAÏGATE. — Rezaïgate, K. (Géryville, T. C).

 

 

AHL-STITÈNE (ksar et tribu, partie). — Stitène, K. (Géryville, T. C.) (V. n° 239).

 

 

OULED-AÏSSA, GUERARIDJ.— Ouled-Aïssa et Gueraridj, K. (Géryville, T. C.) (V. n° 239).

 

 

BREZINA (ksar), SID-EL-HADJ-EDDINE (ksar). — Brezina, K. (Géryville,T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

242. OULED-SIDI-MEDJAHED (1846). — Mrabtine des Ouled-Riah (158), de Tlemcen; faisaient le service de renseignements au Maroc, d’où ils étaient originaires.— Sidi-Medjahed, D. C. (Lalla- Maghnia, T. C.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

243. Confédération des TRARA (1842-1846), partie (V. n° 205). — Payaient un tribut qu’ils apportaient eux-mêmes, à condition qu’aucun agent du Makhezène ne pénétrât sur leur territoire.

 

 

BENI-MISHEL (1842) (BERRACHED, OULED-BEN-YACOUB, OULED-FADEL, 7 villages dits fouganine ou d’en haut; (SOUAMRIA, ZEGHADDA). — Beni-Mishel, D. C. (Nedroma, M.).

 

 

BENI-MENIR(1846).— Beni-Menir, D. C. (Nedroma M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

244. OUTANE-NEDROMA : Confédérations des SOUHALIA, MSIRDA, DJEBALA, ACHAICHE (1842-1846), autonomes, mais payant un tribut.

 

 

SOUHALIA (1844) (BENI-FRANEK, ZEGHARA).— Souhalia, D. C. (Nemours, P. E.; Nedroma, M.).

 

 

MSIRDA (1847), 12 fractions. — Msirda, K. (Lalla-Maghnia, T. C).

 

 

DJEBALA (EL-AÏOUS, MSIFA, MATILA). — Ternana, D.C. (Nedroma, M.).

 

 

ZAOUÏETE-EL-MIRA, BOUMEDINE, ADJADJÈNE (1844), villages. — Zaouiete-el-Mira, D.C. (Nedroma, M.).

 

 

MAAZIZ (1842-1846) (TAOUNSAÏTE, ELOUAÏA). — Maaziz, D. C. (Lalla-Maghnia, T. C).

 

 

ACHAÏCHE. — Achache, S. I. (Lalla-Maghnia, T. C.).

 

 

 

 

 

 

 

245. ZAOUIA-ZEMMARA (1842).- Cheikhat héréditaire des Ouled-Sidi-Ali-ben-Zemmara qui, à chaque décès du chef, allaient demander l’investiture pour le successeur choisi par eux; d’ailleurs, franche d’impôts ; 2 villages : GOLÉA et KERBA. — Zemmara, D. C. (Lalla-Marghnia, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

246. OULED-ABDALLAH-BEN-MOUSSA-BEN-SIDI-TALA (1845-1846) (OULED-MELOUK, BENI-OUACINE) et OULED-MANSOUR-BEN-SIDI-TALA (1844-1846). — Beni-Ouacine, K. (Lalla-Marghnia, T. C.). — La ville de Lalla-Marghnia et chez les Ouled-Melouk.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

247. ZAOUÏA-SIDI-AHMED (1843). — Cherea, D. C (Sebdou, M.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

248.BENI-SNOUSSE, partie (1843-1844-1845), V. n°274.

 

 

AZAÏL. — Azaïl, S. I. (Sebdou, M.).

 

 

EL-KEF. — Kef D. C. (Lalla-Marghnia, T. C).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

249. OULED-ENNEHAR (1842-1847).— Ouled-Eunehar-Cheraga, K. ; Ouled-Ennehar-Gheraba, K. (El-Aricha, T. C.).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1) Ils percevaient directement la dîme et d’autres redevances religieuses, véritables impôts, sur une partie du Dahra, les Mehal, Ouled-el-Abbasse,Ouled-Khouidem, Ouled-Lekreud, etc.

 

 

 

(2) Ne pas confondre avec le D. C. Sidi-Daho (n° 170) S. I. et centre de la commune d’A'ine-Temouchente, qui a pris ce nom d’une koubba élevée à la mémoire du chef de la zaouïa.

 

 

 

(3) Pris entre les Makhezène des Hachem et les Ouled-Chaïb, qu’ils avaient jadis dépossédés, les Harrar avaient dû faire acte do vassalité pour avoir l’accès du Tell; mais, depuis le commencement du siècle, ils étaient en assez mauvais termes avec les Turcs et à peu près indépendants.

 

 

 

(4) Ne pas confondre les Ouled-Yacoub-el-Graba avec les Ouled-Yacoub-Gheraba du n° 267.

 

 

 

 

(5) Tribu issue de Si Slimane ben Smaha, grand-père de Sidi-Chikh-Abdelkader, l’ancêtre éponyme des Sidi-Chikh.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 







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